Samedi 7 novembre 2009

La croyance en un Dieu, ou plusieurs, ou en une force supérieure est un fait très répandu parmi les hommes. Cette croyance est légitime, mais entraine très souvent des comportements irrationnels ou une pensée magique. La pensée magique se réfère à la croyance que des pensées spécifiques, la verbalisation, les gestes associés, ou les postures peuvent, d'une façon mystique, conduire à l'accomplissement de certains désirs ou à prévenir certains maux. Les jeunes enfants sont enclins à cette forme de pensée, comme conséquence de leur capacité limitée à comprendre la causalité.


Le premier niveau de la pensée magique consiste à imaginer que l'énonciation d'une prière, pratique commune à beaucoup de religions, peut attirer sur soi l'attention d'une force supérieure et permet d'obtenir des effets bénéfiques. Bien que non inhérent au Bouddhisme, initialement sagesse sans dieux, sans pratique imposée, la prière se pratiquei aussi dans cette religion, en particulier sous forme de récitation de mantra.


Les bouddhistes orientaux vont plus loin et inventent un deuxième degré de la pensée magique, sous la forme des moulins à prière. Ces cylindres sont gravés d'un mantra et le seul fait de faire tourner le moulin équivaut à une prière, car la rotation (dans le bon sens bien sûr). Actionner un tel moulin a la même valeur spirituelle que de réciter la prière du mantra, la prière étant censée se répandre ainsi dans les airs comme si elle était prononcée. Ce dispositif étant, selon toute vraisemblance destiné à permettre aux illétrés d'avoir accès néammoins aux prières.


Les moulins souvent disposés en longues séries sont mis en mouvement l'un après l'autre par le fidèle qui passe devant eux. Le fidèle déplace les moulins avec sa main droite. Le moulin doit être tourné dans le sens des aiguilles d'une montre, afin que le mantra soit lu dans le sens où il a été écrit, ce qui explique que les stupas ou chorten doivent être contournés par la gauche.

Le troisième niveau de la pensée magique est atteint dans les montagnes, car les forces de la nature sont mises à contribution pour faire tourner des moulins à prières. Le plus courant est le moulin à prières à aubes, la rotation étant maintenue par un petit flux d'eau provenant d'un torrent. On trouve même, plus rarement, des moulins à prières à vent, le sommet du moulin étant équipé d'une petite éolienne à godet. Raffinement suprême les mantra sont donc énoncés par le vent ou l'eau et leur bénéfices doit retomber sur tout voyageur qui passe devant le dispositif.

Moulin éolien dans l'Helambu

Par nezumi dumousseau - Publié dans : Népal - Communauté : bouddhisme
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Mardi 6 octobre 2009

Cette pièce de l'artiste suisse Éric Hattan intitulé : Il faut continuer.
C’est une échelle sous laquelle sont suspendus trois seaux où il est écrit le titre de l’oeuvre. Deux des seaux ont le fond percé, dans le troisième, il y a un peu d’eau. Le visiteur est invité à vider l’eau qu’il contient dans le seau le plus haut..

 

Dans sa conception initiale, c'est bien le spectateur qui était censé interagir avec l'œuvre. Mais les spectateurs ne comprennent pas toujours, c'est compliqué l'Art conceptuel.


Alors dans sa grande sagesse , le MAC / VAL a mis à disposition des visiteurs incultes ou timides un "médiateur culturel" qui est chargé de transvaser à intervalle régulier l'eau dans le seau du haut.


Dans ces conditions, il semble bien que le "médiateur culturel" fasse partie intégralement de l'œuvre de l'artiste puisqu'il y joue un rôle permanent, en tous cas aux heures d'ouverture du Musée.


Mais alors, où l'affaire se complique, c'est que le "médiateur culturel" est maladroit et renverse un peu d'eau à chaque transfert. Il doit donc, principe de précaution oblige, faire appel à une "technicienne de surface" pour assécher la surface potentiellement glissante de la salle du Musée.

 

Mais alors dans ces conditions, la "technicienne de surface" fait-elle partie de l'œuvre? Mystère ....



Fichier:Hattan0.jpg

Fichier:Hattan2.jpg

 

Éric Hattan, Il faut continuer, 1993. Echelle, seaux, tapis, eau. Collection de l’artiste. © Eric Hattan. Courtesy Galerie Nicolas Krupp, Basel
Par nezumi dumousseau - Publié dans : art contemporain - Communauté : Art moderne et contemporain
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Lundi 21 septembre 2009

Momoyo Torimitsu ( 鳥光 桃代 Torimitsu Momoyo ) née en 1967.

Elle est diplômée en 1994 de la Tama Art University (université de Tokyo)

Depuis 1996, elle vit et travaille à New-York, avec de fréquents voyages à Paris et Tokyo.

Dans un style très personnel, quelquefois ludique, mais avec une gravité certaine, elle représente les angoisses des "salaryman" japonais, dans un contexte de crise interminable. Elle détourne aussi les codes de la culture Kawaï, pour mieux représenter de façon colorée de sombres préoccupations.

  • 1994-2001 Jiro Miyata, installations et performances
    Cette première réalisation impressionne d'emblée la critique contemporaine: Un japonais en costume gris rampe sur le sol, c'est Jiro Miyata. Ce robot anthropomorphe hyperréaliste représente un employé de bureau modèle et il ne sait faire qu'une chose : ramper. Lors de ses performances, Momoyo Torimitsu est habillée tout en blanc, et joue le rôle d'une infirmière dévouée, accompagnant Jiro Miyata pour le remettre dans le droit chemin lorsqu'il s'en va de biais, l'aidant à traverser la rue, lui remettant ses lunettes, et surtout, prête à changer ses batteries. L'autonomie de Miyata est assez limitée et les moments les plus troublants sont ceux où la belle infirmière déshabille son robot, puis, à l'aide d'un grand tournevis, lui ouvre le dos, en extirpe la batterie usagée pour la remplacer par une batterie neuve. Opération incongrue tout à fait émouvante et figurant la métaphore de l'artiste comme infirmière guidant les salariés et leur redonnant de l'énergie.
  • 2000-2001: Somehow I don’t feel comfortable Installation Galerie Xippas, Paris
    Momoyo Torimitsu réalise une œuvre dont le titre pourrait se traduire par « En fait, je ne me sens pas à l’aise ». Les deux gigantesques lapins roses qui la composent, pourtant si souriant et kawaii, laissent une impression d’étouffement, de suffocation. En plus d'intimider par leur taille, près de trois mètres de hauteur, les deux énormes ballons gonflables roses sont réalisés et disposés de façon à être écrasés entre le sol et le plafond afin qu’ils cachent le reste de la salle d’exposition et gênent la circulation. Ils sont accompagnés de dessins qui les montrent une fois dégonflés, ils ressemblent alors à des bêtes d’abattoir dépecées. L' œuvre est la représentation d’un cliché dénoncé : une forme d’innocence et de naïveté concentrée dans « l’esprit kawaï » sont cruellement mis à nu. La taille disproportionnée de ces jouets pour enfants renvoie au malaise des Japonais face à leur incapacité à se libérer tant physiquement qu’intellectuellement des carcans sociaux.
  • 2004 : Inside Track, installation, New-York
    Ce projet multimédia met en scène trois robots grandeur nature animés. Ce sont des hommes d'affaire, l'un japonais, l'autre américain et le troisième européen. Ils représente la compétition économique acharnée que se livrent les multinationales. Ces robots sont accompagnés de vidéos et de photos géantes des visages des trois compétiteurs, cadrés à la manière des photos de rapport d'activité des grandes entreprises
  • 2004-2007 : Horizons, Installation
    L'artiste réalise cette œuvre au début de la Guerre en Irak. Une centaine de figurines GI Joe's, animées par des piles, rampent sur une vaste carte, figurant des pays et leur activité économique. Ces figurines sont toutes habillées en hommes d'affaire, dénonçant ainsi la collusion entre stratégie militaire et stratégie économique.

Image:Torimitsu94.jpg

Performance autour de Jiro Miyata; 1994-2001


Image:Torimitsu00.jpg

Somehow I don’t feel comfortable, Installation 2000-2001


Par nezumi dumousseau - Publié dans : art contemporain - Communauté : Art moderne et contemporain
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Samedi 12 septembre 2009
Yutaka Sone, ( 曽根 裕 Sone Yutaka ) plasticien contemporain japonais, né en 1965 à Tokyo. Depuis 2000 se partage entre Los Angeles et Tokyo

L'Œuvre de l'artiste japonais Yutaka Sone défie les catégorisations faciles. Non seulement il est difficile de réduire son travail à un seul médium, car la pratique de Yutaka Sone inclut la sculpture, le dessin, la performance et la vidéo, mais il est aussi difficile de le situer culturellement.

Bien que Yutaka Sone ait vécu toute sa vie au Japon avant de s'installer à Los Angeles en 2000, l'artiste n'exploite pas son héritage culturel mais il ne rivalise pas non plus avec les stratégies de l'art occidental. Sans se lier complètement à une culture spécifique, mais en adhérant plutôt à la culture au sens large du terme, la pratique artistique de Yutaka Sone développe son propre vocabulaire formel et poétique. L'expérience de ses nombreux voyages dans le monde, la diversité et la richesse des lieux et des personnes rencontrées, nourrit toute son œuvre.

Ainsi, la plupart de ses vidéos peuvent être considérées comme le journal intime de ses voyages (Hello Bat, où l'artiste utilise les prises de vue réalisées dans la jungle afin de confronter le spectateur à l'image inquiétante de milliers de chauve-souris en vol), ou comme la documentation de performances utilisant ses propres sculptures (Wuerfelwurf, Throwing the Dice, où deux sculptures en forme de dés géants aux couleurs métalliques sont jetées par l'artiste du haut d'une esplanade).

Les thèmes récurrents de son travail, incluent le rapport privilégié avec le paysage, qu'il soit physique ou imaginaire, urbain ou rural.

Principales expositions

  • 1993 Mito art Tower Mito Japon
  • 1997 Musée d'art contemporain d'Hiroshima, Japon
  • 1999 Musée d'art Sogestu Tokyo
  • 2000 Art Pace San Antonio (Etats-Unis)
  • 2001 Museum of contemporary art Los Angeles
  • 1999-2009 Galerie David Zwirner New York
  • 2004 Centre Georges-Pompidou Paris
Page originale : Yutaka_Sone
Par nezumi dumousseau - Publié dans : art contemporain - Communauté : Art moderne et contemporain
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Mercredi 29 juillet 2009

Le Roi de l'évasion


Armand Lacourtade, 43 ans, vendeur de matériel agricole, assume sa vie d'homosexuel célibataire et rural, mais commence à être las de certains aspects de cette marginalité. Quand il rencontre Curly, une adolescente, mineure et fille d'un ami, et qui n'a pas froid aux yeux, il tente de virer de bord. Pourchassés par tous, les deux bravent tous les dangers pour vivre cet amour à la fois interdit, mais aussi plus classique. Ils finissent par créer un drôle de couple, qui connait lui aussi des difficultés.

 

Le Roi de l'évasion est un film surprenant, étrange par son histoire décousue, et pourtant attachant. Il ne faut pas se formaliser des invraisemblances du scénario et des brusques changements de ton et de représentation qu'il impose au spectateur. Armand Lacourtade remué par une sexualité aventureuse, poursuivi par un policier ambigu et omniscient, et harcelé par le père de la jeune fille, il doit faire face à sa libido contrariée, aux questionnements amusés de ses anciens amants et au besoin d'une virilité retrouvée. Ainsi, décidé à prendre la fuite accompagnée de sa Curly, il se heurte bientôt à la gigantesque battue organisée pour les rattraper. Mais il découvre un stimulant naturel aux vertus sexuelles ahurissantes, une racine nommée dourougne, synthèse du ginzeng et du viagra et un personnage local légendaire dans la communauté gay d'Albi, le queutard !

 

Présentant très souvent des scènes érotiques crues, le Roi de l'évasion balance entre le récit d'un amour illégitime, la farce érotico-bouffonne et la quête d'un confort passant aussi bien par le corps et le désir que par l'envie d'une certaine stabilité tant sociale qu'émotionnelle. Creusant son histoire principale sur un mode léger et non sans une amusante crudité, le film oscille entre grotesque, touchante naïveté et fantasmagorie.

 

Les scènes de sexe sont nombreuses et se produisent dans des contextes surprenants à des moments improbables. Tantôt enjouées et tendrement croquées, tantôt ridicules et surjouées, elles ne limitent pourtant par le Roi de l'évasion à cette seule dimension. Au contraire même, car le réalisateur en dépassant et incorporant sereinement ces dernières, joue de leur pouvoir évocateur, tout en ayant le mérite d'aborder des thèmes forts, sérieux et très peu souvent vus au cinéma. Ainsi les rapports patron-employés dans les petites entreprises de province, les rapports entre la police et les homosexuels, la sexualité des vieux, des gros, des moches, surtout homosexuels et en milieu rural.

 

Avec son originalité et son déroulement haché et inattendu, Le Roi de l'évasion déconcerte et amuse beaucoup, grâce à ses répliques tonitruantes, ses situations piquantes et ses fabuleux comédiens avec une mention particulière à la déjà célèbre Hafsia Herzi et au débonnaire Ludovic Berthillot. Le Roi de l'évasion est une vraie surprise et la confirmation d'une alternative à un certain cinéma français, consensuel et convenu.

Distribution

  • Hafsia Herzi : Curly
  • Ludovic Berthillot : Armand Lacourtade
  • Pierre Laur : Robert Rapaille
  • Luc Palun : Durandot
  • Pascal Aubert : Paul
  • François Clavier : Le commissaire
  • Bruno Valayer : Jean-Jacques
  • Jean Toscan : Jean

Fiche technique

  • Titre : Le Roi de l'évasion
  • Réalisation : Alain Guiraudie
  • Scénario : Alain Guiraudie, Laurent Lunetta, avec la collaboration de Frédérique Moreau
  • Production : Sylvie Pialat, Les films du Worso
  • Image : Sabine Lancelin
  • Musique originale: Xavier Boussiron
  • Directeur de production : Thomas Santucci
  • Date de sortie : Cannes, quinzaine des Réalisateurs mai 2009; 15 juillet 2009 en France
Par nezumi dumousseau - Publié dans : cinéma - Communauté : Cinéma
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Mardi 7 juillet 2009

Fausta film péruvien et espagnol, deuxième long-métrage de la réalisatrice Claudia Llosa, a été récompensé par l'Ours d'or du meilleur film à la Berlinale, sorti en 2009. Sans aborder directement le thème des Droits de l'Homme, il traite cependant des conséquences à long terme du terrorisme et des violences qui l'accompagne. Il est soutenu ainsi par Amnesty International France

 

Fausta, très belle, mais mystérieuse jeune femme péruvienne, est atteinte du syndrome de « La teta asustada », transmis par sa mère qui vient de mourir. Elle est renfermée et se protège des hommes à l'aide d'une pomme de terre solidement enfoncée dans son vagin. L'oncle, qui les héberge dans une lointaine banlieue de Lima et qui gagne sa vie en organisant des mariages, exige de Fausta qu'elle parte enterrer sa mère au village natal.

Fausta, pour payer les funérailles, devient employée de maison dans le centre de Lima, chez une célèbre concertiste, à qui elle va redonner l'inspiration en lui chantant des chants improvisés en langue quechua. Même si cette rencontre est marquée par le mépris de cette grande bourgeoise, elle constitue pour Fausta un premier pas vers sa libération.

Entre les années 70 et 90, le Pérou a traversé une des périodes les plus noires de son histoire. Pendant plus de 20 ans, des milliers de femmes, victimes des violences de la guerre entre Le Sentier lumineux et les forces gouvernementales, ont gardé le silence. Ces crimes ont laissé des blessures et des traumatismes indélébiles, non seulement dans leurs âmes, mais aussi dans celles de leurs enfants, qui ont hérité de leur terreur.

« La téta asustada » est une maladie qui se transmet par le lait maternel. On dit que les enfants sont nés sans âme parce qu'elle se serait cachée dans la terre pour échapper à l'horreur. Fausta n'a pas vécu la guerre mais a été témoin du viol de sa mère et du meurtre de son père depuis le ventre maternel. La guerre est maintenant finie et plus personne ne lui fera de mal, pourtant elle est effrayée par tout ce qui l'entoure.

Le film pose de nombreuses questions:

Comment communiquer dans un pays divisé ? Comment créer une nation à partir d'un pays composé d'individus culturellement différents ? La différence est flagrante entre la cantatrice, blanche, blonde et riche et Fausta ou le jardinier, métis et pauvres. Comment une nation peut-elle se constituer après une rupture et un traumatisme aussi violents que les années de guerre civile? Fausta est la métaphore d'une déchirure. Un pays qui a connu la répression et qui ne peut s'exprimer que par ce qui relève de l'inconscient : ses mythes, ses peurs et ses traumatismes. Le corps d'une femme qui saigne exprime le vide qui demande à être habité, l'angoisse qui appelle à être apaisée, la peur de rencontrer quelque chose de différent, de perdre le contrôle.

Mais la mémoire n'est pas le seul enjeu de ce combat. Par quel processus parvient-on à enterrer un passé aussi douloureux ? Un effort de pardon est demandé et les Péruviens tentent de préserver l'histoire d'une culture orale réprimée par la culture officielle. Le chant est un mode d'expression particulièrement important pour le peuple car il permet de recréer la mémoire de ce qui a été oublié.

Déclarations

Je connaissais le syndrome de « La téta asustada » bien avant de rencontre Claudia. J'ai grandi en écoutant les femmes de mon village et celles que je rencontrais quand j'accompagnais ma mère au fil de ses tournées dans différents villages pour vendre des fruits. J'entendais ce genre d'histoire et à chaque fois, je voyais une femme pleurer quand elle nous racontait la vie de ses enfants. Elles finissaient toujours leurs histoires par cette phrase : "je demande seulement que Dieu me permette de tout oublier." Ça me mettait hors de moi d'entendre la détresse de ces femmes qui avaient eu et qui continuent à avoir des enfants non désirés, des enfants issus de viols, et qu'elles soient traitées comme des animaux par leurs maris.
Jouer Fausta a été extrêmement difficile, parce que je n'ai rien en commun avec elle. Je me sentais très déprimée après chaque répétition parce que je n'arrivais pas à m'identifier au personnage. Mais un jour, lors d'une des répétitions, Claudia m'a dit : "Fausta est déjà en toi". C'est à partir de ce moment-là que j'ai commencé à travailer sa voix, sa façon de se rassurer en chantant...
Fausta est apparue en moi grâce à la musique. Pour composer les chansons de Fausta, je me laissais simplement porter par la mélodie et je jouais la même note encore et encore. Une fois imprégnée du personnage de Fausta, lui donner une voix devenait beaucoup plus facile.
Magaly Soler, l'actrice principale.

La trame est légère, le propos grave, l'inspiration magique [...] On tient ici ce que ce film a de plus précieux : sa manière de mélanger le grotesque au tragique, la beauté à la cruauté, la poésie à l'obscénité. Entre le cadavre pourrissant de la mère et la joyeuse industrie du mariage qui sert de gagne-pain à la famille de Fausta, autant dire qu'on navigue ici, à la fois médusés et éblouis, en pleine monstruosité latino-américaine.
Claudia Llosa, la réalisatrice, née en 1976 à Lima, est la nièce de l'écrivain Mario Vargas Llosa, et a connu un beau succès d'estime avec son précédent film, Madeinusa, distribué en France en 2006. Il faut impérativement retenir ce nom, et inscrire désormais grâce à elle le Pérou sur la liste florissante de ce jeune cinéma d'Amérique latine qui se confronte, de film en film, à la question de l'aliénation.
Jacques Mandelbaum - Le Monde

Sans misérabilisme ni pathos, ce film décrit le quotidien d'une femme meurtrie, en plongeant dans la culture indienne et en mêlant tragique et grotesque, fantastique et réalisme. Cette récompense (l'Ours d'Or) devrait mettre en lumière le talent de cette réalisatrice remarquée dès son premier film, et placer enfin le Pérou sur la carte du nouveau cinéma d'Amérique Latine.
Première

Fausta est un film beau, riche, captivant, complètement maîtrisé, [...] et qui émeut profondément mais avec tant de sobriété qu'il ne laisse pas de place aux larmes de crocodile. [...] Ce film coloré qui commence par un décès est en fait un hymne à la vie où on assiste à plusieurs exubérantes noces. D'ailleurs, dans cette culture tout s'épouse : vie et mort même cohabitent (comme sont superposés robe de mariée et linceul sur et sous le lit) et la mort, avec ses petits vers, est rattachée à la fertilité. Ce cycle va de pair avec la notion de transmission sur laquelle repose l'intrigue. Comme la pomme de terre (« qui renvoie aux racines et dans le même temps produit des germes qui prennent la direction de l'avenir » a souligné Llosa), Lima vit entre traditions et langue quechua d'une part et modernité de l'autre, sans contradiction.
Bénédicte Prot - Cineuropa

Distribution

  • Magaly Solier : Fausta
  • Marino Bollon : Tio Lucido
  • Susi Sanchez : Aida
  • Efrain Solis : Noe

Fiche technique

  • Titre original : La Teta asustada
  • Titre en France : Fausta
  • Réalisation : Claudia Llosa
  • Scénario : Claudia Llosa
  • Photographie : Natasha Braier
  • Musique originale: Selma Mutal
  • Montage : Frank Gutiérrez
  • Pays d'origine : Espagne - Pérou
  • Directeur de production : Delia García
  • Durée : 93 minutes
  • Dates de sortie : 12 février 2009 (Berlinale)
    • Pérou  : 12 mars 2009
    • France  : 17 juin 2009

Premier film péruvien sélectionné à la Berlinale, Fausta reçoit l'Ours d'or du meilleur film en 2009.

En France le film a été soutenu par la Ligue des Droits de l'Homme et Amnesty International France

Par nezumi dumousseau - Publié dans : cinéma - Communauté : Cinéma
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Mercredi 29 avril 2009

« Léger vent de travers » est la première grande exposition en France consacrée à Noël Dolla. Elle est visible jusqu'au 2 août 2009 au  Musée d'art contemporain du Val-de-Marne à Vitry sur Seine

Allergique à tout acte répétitif et à toute sorte de dogmatisme, le peintre puise dans un savoir faire aussi populaire que savant. Les signes les plus variés,   politiques ou personnels habitent son œuvre.  Il a traversé les courants, Fluxus, Supports/Surfaces, sans perdre son identité, mais sans jamais renier son appartenance.

Entre abstraction et figuration, Noël Dolla explore les limites de la peinture. L’artiste invente une abstraction populaire en transformant en matériau artistique l’environnement le plus trivial : les serpillières, les mouchoirs, les plumes de coq, les leurres… L’artiste nous invite à aborder la peinture autrement : « Pour l’art, il y a deux temps, celui de la vie, de l’artiste et celui du public... L’exposition est le moment privilégié ou, pour un temps, l’artiste fait le mort ».

Noël Dolla 6/3/2009

Biographie

Dès la fin des années 60, Noël Dolla travaille l'esprit d'abstraction ce qui est pour lui "la seule révolution de la peinture depuis un siècle".
En 1964, il rencontre Claude Viallat et s'intéresse au mouvement Fluxus.
Sa premier œuvre exposée le sera chez Ben en 1967.

A partir de 1969, Noël Dolla s'oriente vers un travail de Restructurations. Cette série se compose de peinture de Grands cercles dans la neige, de disques de carton disposés sur le sol des oliveraies et d'une restructuration de la plage de galets de Nice.

En 1968, il participe à la création du mouvement Supports-Surfaces et y restera jusqu'en 1974. Il expose des tissus teints et suspendus à des ficèles, des gazes flottantes couvertes de points de peinture et des toiles cousues.

1972 Séries Leurres et Love Song.

1986 Série très sombre Tchernobyl, en hommage à deux de ses frères morts du Sida

Noël Dolla fonde le groupe ELAN en 1988. L'objectif est de "créer et de promouvoir un art abstrait véritablement en rupture avec tout l'art de médiatisation-consommation".

Avec ses suites abstraites, il lutte contre "la facture, le style, les canons, les répétitions et les retours passéistes, comme autant de faiblesses de l'esprit".

1995: Première rétrospective L'Abstraction humiliée à Vienne et série des Faux bons du Trésor


Dans son importante rétrospective Léger vent de travers au Musée d'art contemporain du Val-de-Marne (mars à juin 2009) où il présente plus d'une centaine d'œuvres qu'il scénarise lui-même. Il revendique ses influences, Supports/Surfaces, Fluxus, célèbre les vertus de la mémoire tout en revendiquant le droit à l'amnésie. Trois axes forts sont représentés: Le développement de l'œuvre dans la perspective de l'histoire de la peinture, une reflexion conceptuelle sur la peinture, l'art en général, ses enjeux théoriques, mais aussi politique et enfin la mémoire intime, familiale, souvent allusive, très discrète mais prégnante.

Noël Dolla vit et travaille à Nice.

Noël Dolla est professeur à l'Epiar, Villa Arson, Nice, depuis 1974.

Expositions personnelles

  • 1972 Galerie de la Salle, Saint-Paul de Vence
  • 1973 Galerie Chez Malabar et Cunégonde (Ben), Nice
  • 1974 Galerie Albert Baronian, Bruxelles
  • 1974 Galerie La Bertesca, Gênes, Italie
  • 1975 Galerie Paul Maenz, Cologne, RFA
  • 1975 Galerie Renzo Spagnoli, Florence, Italie
  • 1976 Galerie Gérald Piltzer, Paris
  • 1977 Galerie La Bertesca, Düsseldorf, RFA
  • 1980 Noël, Musée de Saint Paul de Vence
  • 1980 Tarlatanes, Galerie d'art contemporain des Musées de Nice, Nice
  • 1982 Galerie Fagergren, Copenhague
  • 1984 Le bleu du Ciel n°11, (Art et paysage Barrois 84), sculpture installation, Bar le Duc
  • 1986 Leurres, Galerie Archétypes, Nice
  • 1987 Galerie Cooperativa Communale, Bologne, Italie
  • 1989 Noël Dolla, Carte blanche au groupe E.L.A.N, (Allen Dool, Aldo Öllen, Della Nolo, O.Del Llano, Li-Pafoal, Lona-Odell), Fondation Cartier, Paris
  • 1989 Groupe E.L.A.N., Galerie Jacques Girard, Toulouse
  • 1990 Les silences de la fumée, CCC, Tours
  • 1991 The First International Sculpture Symposium, création et installation de la sculpture Léger vent de travers (Light crosswind),
  • 1992 Les silences de la fumée, Institut culturel italo-français, Bologne, Italie
  • 1992 Jalousies, Galerie carrée, Villa Arson, Nice
  • 1993 Dessin de tarlatane, Galerie Le regard sans cran d'arrêt, Dunkerque
  • 1994 L'abstraction humiliée, Le Parvis, Tarbes
  • 1995 La nuit des longs lobes 2, Galerie N.Z.E.T Projekt (Météo) Gand, Belgique
  • 1995 L'abstraction humiliée, Museum Moderner Kunst Stiftung Ludwig, Vienne, Autriche
  • 1996 Le tableau d'école ou l'heure de Noël, Galerie M.D.J, Neuchâtel, Suisse
  • 1996 Tableaux d'école et Leurres de Noël, Galerie Météo, Paris
  • 1998 15 Lès, création d'un panoramique, Musée du papier peint de Rixheim
  • 1998 Cinq silences, Centre d'art contemporain de Vassivière
  • 1998 Homère, Le Quartier, Centre d'art contemporain de Quimper
  • 1998 Noël Dolla one-man show, Fondation Katinka Prini de Genova à Art Jonction, Nice
  • 1998 Un leurre, Villa Steinbach art contemporain, Mulhouse
  • 1998 Un outil parfait, Maison Levanneur, Centre national de l'estampe et de l'art imprimé, Chatou
  • 1999 Vir heroicus sublimis Find us /Le grand Leurre, Mamac, Nice
  • 2001 La larme militaire ou la ballade à dos d'âne, Galerie chez Valentin, Paris
  • 2001 Tableaux d'école V, South Art, Nice.
  • 2002 Espace d'art contemporain Gustave Fayet, Serignan
  • 2003 Non, 1967-2001, Mamco, Genève, Suisse
  • 2004 Of shore, exposition itinérante, Paris, Tours, St Etienne, Sète, Nice
  • 2005 Galerie Les filles du calvaire, Paris
  • 2005 Musée de Bourgoin-Jallieu
  • 2006 Noël Dolla, Noir, jaune, violet et rose quelque part, Le Dojo, Nice
  • 2009 Noël Dolla Léger vent de travers au Musée d'art contemporain du Val-de-Marne

Écrits de l'artiste

  • 1969 Propos neutres n° 2, notes de Noël Dolla, septembre 1969
  • 1970 Utilisation de la nature en tant que matériau de création, notes de Noël Dolla, février 1970
  • 1988 Noël Dolla, notes sur les séries Tchernobyl, Les trois du Cap, Le peuple des bateaux, Maroufle et sardines, Nice, janvier 1988
  • 1989 Li-Pafoal (chroniqueur du groupe) : Notes et statuts du Groupe E.L.A.N., octobre 1988-mai 1989
  • 1994 Les Silences de la fumée n° 3, texte du projet d'installation de 3 petits ateliers au pied de 3 volcans en sommeil
  • 1995 Noël Dolla : La parole dite par un oeil, Collection Esthétiques, éditions L'Harmattan, avril 1995
  • 1998 L'outil parfait, poisson sans queue ni tête, oiseau sans queue ni tête, Noël Dolla : Sua Suraya
  • 1999 L'art contemporain et sa présentation, conférence de Noël Dolla, séminaire au Collège International de Philosophie à Paris
  • 2000 Noël Dolla : La parole dite par un oeil, Alliage, N° 43, été 2000, Nice
  • 2002 Noel Dolla : L'esprit de l'abstraction, in revue LIGEIA, octobre 2001- juin 2002

Déclarations

Noël Dolla déclare

« NON à la reproduction mécanique, NON à la multiplication des Petits peints. NON au profit immédiat Non à la sur-productivité, Merde au PIB. Il faut avoir la volonté de peindre pour que demain une jeune fille, un petit garçon, un vieil homme puissent encore s’émerveiller devant une oeuvre d’art vieille de plusieurs dizaines ou centaines d’années ».

«Mort aux clowns de l’art, à mort les rois du clonage, les chantres de la productivité. L’art doit être pensé et réalisé totalement à l’inverse du courant postmoderne, pur produit et du capitalisme mondialiste pour l’instant encore triomphant. Aujourd’hui Fidel Castro, quelques autres et moi nous passons pour des ringards mais nous savons bien nous que nous avons raison. »

in La parole dite par un œil Ed L’Harmattan (1995).


Souvenirs:

"5 mai 1945 Papa a 16 ans, maman aussi. 3 frères suivront : 1947 Claude, 1957 Patrick, 1960 Serge.

Mon grand-père Homère est peintre (fresque, faux bois, faux marbre, etc..) modeste, il peint pour son plaisir des roses et des marines. Il va souvent à la pèche au mulet.

C'est le personnage le plus important de ma vie. Il disparaît la nuit de Noël 1966.

Ce jour là, j'ai fait vœux de peindre et de pêcher tous les 25 décembre de ma vie.

Dis grand-père ça sert à quoi tous ces Dieux ? à rien mon enfant, ou plutôt si, à faire trembler et rêver les pauvres et à enrichir plus encore sont qui sont déjà très riches et qui veulent prendre ou garder le pouvoir.

Dis grand-père, il était grand comment le plus grand poisson que tu as pris à la ligne ?

Dis grand-père, le peintre en bâtiments est-il vraiment le roi du monochrome ? "

Quelques œuvres


Par nezumi dumousseau - Publié dans : art contemporain - Communauté : Art moderne et contemporain
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Mardi 21 avril 2009

Lorsque la mort moissonne,

à la fleur de son âge,

L'homme pleinement convaincu

Que la faiblesse est son partage,

Et qui contre ses sens a mille fois vaincu,

On ne doit point gémir du coup qui le délivre.

Quelque jeune qu'on soit, quand on a su bien vivre

On a toujours assez vécu.

 

Antoinette Des Houlières

1638 -1694

Par nezumi dumousseau - Communauté : bouddhisme
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Samedi 14 février 2009

Danièle Thompson, née le 3 janvier 1942 à Monaco,  scénariste, dialoguiste, réalisatrice et écrivain française.


Fille du réalisateur Gérard Oury et de l'actrice Jacqueline Roman. On lui doit les scénarios de quelques uns des plus grands succès du cinéma français : La Grande Vadrouille en 1966 pour sa première collaboration avec son père , Les Aventures de Rabbi Jacob (1973), La Boum (1980). Son thème de prédilection est "la famille et ses défauts".


En 1964  naissance de sa fille Caroline Thompson et en 1966 de son fils Christopher Thompson.
1966 est également une année importante avec ses débuts de scénariste auprès de son père Gérard Oury.

Elle atteint la consécration en 1977 avec une nomination aux Oscars du meilleur scénario pour Cousin, cousine de Jean-Charles Tachella. Elle sera également nommée 5 fois aux Césars, sans toutefois remporter de trophée.

En 1986 elle est membre du jury au Festival de Cannes.

 

Scénariste, ses premiers pas avec son père

Comme scénariste Danièle Thompson participe aux films suivants:

En 1942, pendant l'occupation allemande en France, l'avion de trois aviateurs britanniques est abattu par la flak au dessus de Paris. Ses occupants sautent alors en parachute. Le premier atterrit dans le zoo de Vincennes, le second sur la passerelle d'un peintre en bâtiment, Augustin Bouvet, et le dernier à l'Opéra Garnier chez un chef d'orchestre acariâtre, Stanislas Lefort.

Les deux Français doivent alors cacher les aviateurs avant de les accompagner vers la zone libre afin qu'ils soient rapatriés vers le Royaume-Uni. Pourchassés par les Allemands et notamment par le major Achbach, les fugitifs vont connaître de nombreuses péripéties lors de leur voyage vers la Bourgogne.


Pour son coup d'essai dans l'écriture de scénario, Danièle Thompson tire le bon numéro. Ce film, avec le duo Bourvil - de Funès, a été pendant plus de quarante ans le plus grand succès d'un film français sur le territoire français avec plus de 17 millions de spectateurs au cinéma , avant d'être dépassé par Bienvenue chez les Ch'tis de Dany Boon en avril 2008, et aussi pendant plus de trente ans le plus grand succès d'un film sur le territoire français, toutes nationalités confondues, avant d'être dépassé par Titanic (1997) en 1997.

Il est maintenant troisième au palmarès des films les plus vus de l'histoire en France. Il connut aussi un succès international, y compris en Allemagne où il fut la première comédie présentée à l'écran consacrée à la Seconde Guerre mondiale. Il fut même retenu pour une nomination étrangère aux Oscars en 1967.

La première télédiffusion a été faite le 1er janvier 1976 sur la première chaîne française. Au total, le film a été diffusé treize fois sur la première chaîne et onze fois sur la deuxième chaîne. La onzième diffusion, en 2002, a encore rassemblé 9,0 millions de téléspectateurs, et la douzième en a rassemblé 9,3 millions.

L'industriel Victor Pivert, personnage au caractère vif et aux idées assez traditionnelles, se prépare à marier sa fille Antoinette au fils d'un général.

Mais un vendredi soir, alors qu'il rentre à Paris avec son chauffeur Salomon, dont il découvre avec stupeur qu'il est juif, il est victime d'une sortie de route. Resté seul après avoir congédié son employé qui refusait de travailler durant le Shabbat, Victor Pivert s'en va chercher de l'aide, et aboutit dans une usine de chewing-gum.

Il y assiste inopinément à un règlement de comptes entre les membres d'une police d'État d'un pays identifié comme « arabe » et un dissident politique, Mohammed Larbi Slimane, que ces derniers veulent éliminer. Slimane parvenant alors à s'échapper entraîne, malgré lui dans sa cavale, Victor Pivert devenu son « otage » et qui se retrouve de surcroît aussi bien recherché par la police française que par la police secrète du pays arabe menée par le sinistre Farès.

Pivert et Slimane cherchent à échapper à leurs assaillants et à regagner la capitale. Les deux hommes se retrouvent ainsi à l'aéroport d'Orly, où ils usurpent l'identité de deux rabbins hassidiques tout juste débarqués de New York. Ils sont alors entraînés, malgré eux, dans une cérémonie juive rue des Rosiers, dans le Pletzl à Paris, au cours de laquelle Victor, devenu « Rabbi Jacob », tombe nez à nez avec son ex-chauffeur Salomon.

Malgré un lourd climat (deux semaines avant la sortie du film, commence au Proche-Orient la guerre du Kippour entre Israël et les pays arabes voisins), et le décès, lié à la sortie du film, de Danielle Cravenne, la femme de Georges Cravenne, le succès du film a été certain avec plus de 7 millions d'entrées.


Le scénario, empruntant au vaudeville ses ressorts, dans le comique de situation comme dans l'emboitement des intrigues, offre des scènes d'anthologie, comme la fameuse danse hassidique, mais aussi des moments plus profonds, comme la bénédiction que David, le jeune Juif, reçoit du faux Rabbi Jacob, ou la poignée de mains entre Salomon et Slimane.

L'émancipation

La plus grande partie du film se déroule au cours d'un repas de noce dans une banlieue parisienne et dans d'autres repas de famille. Biju, cinquante ans, grand-mère, se remarie avec un fringant sexagénaire, Gobert. Sa fille, Marthe, employée dans une compagnie d'assurances, est l'épouse d'un butor, Pascal, qui la trompe ouvertement avec Karine, seconde femme de Ludovic, un professeur de danse. Une aimable complicité rapproche le couple délaissé, qui se transforme bientôt en liaison affichée.

D'une fête de famille à l'autre, ils vont se retrouver et s'aimer, au vu de tous et à la consternation de leurs conjoints respectifs, lassés du même coup de leurs propres fredaines. Tandis que Biju, à nouveau veuve, songe à convoler encore une fois, les deux amants, secouant pour de bon le joug des conventions, se font la paire.

Le scénario est alerte, pointilliste, excluant la vulgarité, en prise directe sur l'air du temps, et sait effleurer avec tact les problèmes de l'heure (la pollution, l'union libre, les désarrois de la jeunesse ou du troisième âge), en se refusant à la délivrance d'un quelconque message .

Cette petite production, au dialogue vif, au rythme soutenu, où le moindre rôle a son importance, enchanta les Américains et fut trois fois « nommée» aux Oscars.

Vic , treize ans, inscrite au Lycée Henri-IV, est à l'âge des premières sorties et des premiers émois. Vic n'a guère l'occasion de parler avec ses parents, trop occupés par leur carrière respective, et dont le couple subit les assauts classiques du temps.

Elle se confie donc à son arrière grand-mère, la pétillante Poupette , ou à sa meilleure amie, Pénélope. Elle partage donc avec elles son amour pour le beau Mathieu . Mais cet amour-là aussi connaîtra quelques difficultés.

Inspiré de la véritable existence des adolescents parisiens de l'époque, lançant la carrière de Sophie Marceau et considéré comme un phénomène de société, La Boum connut un triomphe. Près de 30 ans après ce scénario n'a pas pris une ride, c'est une vraie madeleine de Proust, joliment rétro.

Moïse et Albert Levy sont frères. Mais alors que Moïse, tailleur de diamants à Anvers, perpétue les traditions ancestrales, portant la barbe, les papillottes, le kaftan de soie et faisant ses délices de l'étude des points obscurs de la Thora, Albert a jeté aux orties tous ces signes extérieurs.


Il a même épousé une belle Parisienne, Brigitte, avec qui il tient aujourd'hui un bar tabac. Moïse ne lui a jamais pardonné cette trahison et ne l'a plus revu. Depuis dix ans, les frères Levy ne se parlent plus. Mais un beau jour, Moïse, qui se trouve mêlé bien malgré lui au trafic de drogue organisé par un dénommé Goliath, est obligé de chercher refuge auprès d'Albert et d'abandonner costume, chapeau, barbe et bouclettes, se trouvant ainsi livré à toutes les tentations.

Cette comédie est rondement menée et équilibrée entre comique de situation, humour juif, bon mots et approximation de langage. Mais c'est aussi une visite guidée de deux lieux typiques: l'univers des diamantaires d'Anvers , froid et rigoureux et son opposé, le quartier de la rue des Rosiers à Paris, grouillant et populaire.


Seule petite ombre au tableau, au coin de la Rue des Rosiers et de la Rue des Hospitaliers Saint-Gervais dans le 4ème arrondissement, se situe la boutique de delicatessen “Chez Marianne". Un certain Titi revendique la paternité du scénario du film “Levy et Goliath". L’action de ce film se situe effectivement Rue des Rosiers


Et depuis 1987, cette protestation est peinte en blanc sur la vitre du magasin.



Une famille se rassemble pour Noël dans une station de sports d'hiver et l’on découvre assez rapidement que tous ont d’énormes problèmes, qui reviennent toujours à être des problèmes d’amour ou des problèmes sexuels, ou bien sûr les deux.

Ce portrait d'un groupe humain confronté aux aléas de la vie amoureuse dessine une chronique familiale comme le cinéma français en produit souvent. Le scénario de danièle Thompson tient le choc, malgré la complexité des histoires croisées de 4 ou 5 couples (ou faux couples.

On rit plutôt face aux disputes et aux gros soucis, qui ne sont pas si graves que cela, de tout ce petit monde. Tout cela n’est bien entendu pas très profond mais la belle brochette d’acteurs permet au film de tenir et de nous faire passer un bon moment.

Collaboration avec Patrice Chéreau

A partir de 1994, Danièle Thompson réalise les scénarios de deux films important de Patrice Chéreau

Le 18 août 1572, Catherine de Médicis, pour des raisons stratégiques, marie de force sa fille, Marguerite de Valois, belle et catholique, soeur du roi Charles IX, à Henri de Navarre, un noble protestant, futur roi Henri IV. Les protestants arrivent nombreux à Paris pour célébrer le mariage et gagner en influence en s'appuyant sur l'Amiral de Coligny, qui avait su gagner l'amitié de Charles IX.

Sacrifié à la raison d'état, Margot erre dans les rues dès sa nuit de noce et va cependant connaître l'amour avec un autre huguenot, le seigneur de la Môle. Mais le massacre de la Saint-Barthélemy est déclenché le 24 août, Coligny et de nombreux protestants sont tués, jusque dans les appartements royaux. Protégé par son sang royal Henri est épargné et Margot sauve la Môle. Plus tard Charles IX meurt empoisonné et la Môle est injustement condamné et exécuté. Margot rejoint Henri en Navarre avant d'être exilée en Auvergne.

Ce film est très charnel, passionnel, coloré de blanc, de noir et surtout de rouge. Rarement la passion, la violence faite aux corps ont été montrées avec autant de brio et de réalisme. La reconstitution historique est précise et les nombreux figurants apportent un volume et une qualité incontestables.

Le scénario ne cherche pas à retracer la vérité historique mais juste à peindre cette légende, ce qu’il fait avec beaucoup de talent. On peut voir se dessiner un parallèle entre cette légende noire et les terribles guerres fratricides qui sévissaient à l'époque de la sortie du film en ex-Yougoslavie.

La Reine Margot ne laisse pas indifférent. Il peut rebuter par certains aspects : beaucoup de personnages, les dialogues ne permettent pas une compréhension immédiate de la situation, ou de ce qui se trame, les protagonistes parlent de "il", ou de "elle", sans jamais nommer la personne en question. Il y a de plus énormément de sang, de sexe et de violence.

Le film ressemble à une peinture flamande du XVIe siècle: de superbes photos, des décors sombres et sobres, des costumes flamboyants, et une vision du Louvre comme on ne nous l'avait jamais proposé. Un film extrêmement moderne, défenseur de la tolérance et dénonciateur des dictatures. Son œuvre a été récompensée notamment à Cannes, Grand Prix du Jury, et Prix d'Interprétation Féminine pour Virna Lisi, ainsi qu'à Paris, César de la Meilleure Actrice pour Isabelle Adjani.

Jean-Baptiste Emmerich, né à Limoges, peintre scandaleux et tyrannique à Paris, mort à Paris, veut qu'on l'enterre à Limoges (le plus grand cimetière d'Europe). C'est par cette phrase qu'il règle ses dernières volontés, lui qui la voyait arriver et ne voulait pas partir en laissant les autres en paix.

Sous couvert d'enterrement, ce film dissèque une journée d'une quinzaine de personnages en crise, rassemblés autour d'un mort, dont la présence et le regard les faisait exister, qui ont perdu tout repère et se retrouvent obligés de se confronter les uns aux autres. Cet homme, en quittant ces vivants qu'il avait si fort influencés, les laisse face à des questions que sa présence faisait oublier.

L'idée de ce film vient des obseques du fameux cineaste Francois Reichenbach qui a dit "Ceux qui m'aiment prendront le train". S'ensuit la descente de sa famille et ses amis a Limoges en 1993. Daniéle Thompson faisait partie des voyageurs.

Film représentatif de la tension que Patrice Chéreau sait cultiver et entretenir, à l'écran comme à la scène, au cœur de ses personnages et entre ceux-ci. La séquence d'ouverture (long travelling caméra à l'épaule de l'entrée de la gare jusque dans le train) est à ce titre emblématique et stupéfiante.

La scène la plus émouvante de tout le film est celle où Claire découvre dans la pénombre, entre deux portes, la véritable identité de Viviane (anciennement Frédéric . Elle semble troublée mais remarque surtout la beauté de Frédéric, bel homme, devenu belle femme. Elle pleure tellement il/elle lui semble beau. Comment une transformation d'homme en femme peut-elle donner une si belle femme. Claire se sent presque laide face à cette belle femme qu'elle a si bien connu quand il était homme. C'est comme si le Frédéric qu'elle connaissait était mort et venait de renaître en Viviane. Claire va devoir réapprendre à connaître Frédéric/Viviane.


Et aussi

  • 1998 : Paparazzi , de Alain Berbérian
  • 1999 : Belle Maman, de Gabriel Aghion
  • 2001: Belphégor, le fantôme du Louvre, de Jean-Paul Salomé
  • 2004 : Le Cou de la girafe, de Safy Nebbou


Réalisatrice

Le cinéma est une affaire de famille, après avoir été la scénariste de son père, elle se fait assister pour les scénarios des films qu'elle réalise par son fils Christopher Thompson.

Suite au décès récent de son deuxième mari, Yvette tente de réunir de nouveau pour Noël les trois filles de son premier mariage avec Stanislas, violoniste tzigane à la retraite. Autour des préparatifs, les remises en question et les révélations vont bon train pour Louba, l'artiste, Sonia, la bourgeoise et Milla, la rebelle.

La Bûche réussit parfaitement à faire du comique avec du tragique. Les parcours des membres de cette famille s’entrechoquent anarchiquement, dans un gigantesque fatras créé par les tromperies et les séparations successives. Ils ont la panoplie complète. Leurs relations sont devenues si fausses et embrouillées qu’au final on ne sait plus qui est qui. Faire un bon divertissement avec des ingrédients dramatiques est un exercice périlleux, mais brillamment réussi dans ce film.

Le moins réussi des films de Danièle Thompson. Cette comédie à l’américaine repose sur un duo d’acteurs, le grincheux hypocondriaque (Jean Reno) qui se laisse séduire par une écervelée (Juliette Binoche). Les sonneries de téléphones mobiles et les ambiances assourdissantes d’aéroports n'améliorent pas les choses.

Avec le fil rouge d'une jeune serveuse provinciale et autour du théâtre des Champs-Élysées à Paris, plusieurs personnages font basculer leur vie : un riche homme d'affaires liquide sa collection d'art moderne chez Drouot ; une comédienne populaire qui répète au Studio rêve d'interpréter Simone de Beauvoir ; un pianiste préparant son concert étouffe dans ses conventions ; la concierge part à la retraite.

Le film remporte un vif succès aux États-Unis sous le titre Avenue Montaigne. Tout ce petit monde, ou presque, a son vague à l'âme et son stock d'aphorismes percutants. Ssous les yeux perpétuellement émerveillés de Jessica , serveuse toute fraîche, la sarabande explore les grandes ou les petites considérations sur la vie, l'amour, la réussite. On retient surtout la présence émouvante de Suzanne Flon, peu avant sa disparition et de Valérie Lemercier, qui étincelle de fantaisie et de charme en actrice de soap.

Par nezumi dumousseau - Publié dans : cinéma - Communauté : Cinéma
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Jeudi 12 février 2009
12 février 2009, voici 30 ans tout juste que disparaissait Jean Renoir, mort  à Beverly Hills,  le 12 février 1979

Jean Renoir est né à Montmartre (Paris) le 15 septembre 1894.

Il est le second fils du peintre impressionniste Pierre-Auguste Renoir. Il apparaît sur de nombreuses toiles de son père, en particulier dans les bras de sa mère Gilberte ou aux cotés de son frère Claude (Coco)

Ses films, longtemps incompris et mésestimés, apparaissent aujourd'hui comme ayant profondément marqué les mutations du cinéma français entre 1930 et 1950, avant d'ouvrir la porte à la Nouvelle Vague du cinéma français.  


Jean Renoir à 5 ans
Tableau de Pierre-Auguste Renoir
@Musée de Limoges

Les débuts

Après des études médiocres, Jean Renoir s'engage dans le corps des dragons en 1912.
Soldat en 1914, il sert dans l'aviation à partir de 1916. Il rapporte de la guerre une blessure à la jambe qui le fit boiter toute sa vie. En 1920, il épouse l'un des modèles de son père, Andrée Heuchling, et s'installa comme céramiste.
La sortie, en 1921, du film d'Erich von Stroheim Folies de femmes (Foolish Wives) décide de la suite de sa carrière.
Soutenu par sa famille, il réalise son premier long-métrage, la Fille de l'eau (1924), une fable bucolique à l'esthétique impressionniste, dans lequel jouent sa jeune épouse -qui avait pris le pseudonyme de Catherine Hessling- et son frère aîné, Pierre Renoir.
L'accueil mitigé réservé au film ne décourage cependant pas le cinéaste, qui se lance peu après dans une production coûteuse, Nana (d'après Émile Zola, 1926), puis dans une série de réalisations aux inspirations très diverses (la Petite Marchande d'allumettes, d'après Andersen, (1928); Tire-au-flanc, comédie militaire, 1928) qui ne surent pas toujours convaincre le public.
En 1931 il réalise "On purge Bébé", d'après Feydeau, le tournage est bouclé en six jours seulement ( un exploit dans l'histoire du cinéma) et le film rencontre un vrai succès populaire.

La période réaliste

La Chienne (1931) marque un tournant dans œuvre de Jean Renoir. C'est un des premiers films parlants, adapté d'un roman de Georges de la Fouchardière. La Chienne offrait à Michel Simon l'un de ses plus beaux rôles , celui d'un petit-bourgeois jaloux, assassin et veule.
Après la Nuit du carrefour (d'après Georges Simenon, 1932), dans lequel Pierre Renoir interprétait le commissaire Maigret, le réalisateur tourne une série impressionnante de chefs-d'œuvre: Boudu sauvé des eaux (avec, de nouveau, Michel Simon, 1932), le Crime de M.Lange (avec Jules Berry, 1935), Une partie de campagne (1936, sorti en 1946) dont son neveu, Claude Renoir, signe la photographie, et les Bas-fonds (avec Louis Jouvet, 1936).
Puisant son inspiration dans les romans de Gorki ou dans les nouvelles de Maupassant, Jean Renoir fait preuve d'un sens aigu du réel, qu'il met au service d'un véritable naturalisme poétique.

L'engagement politique

Il fait peu à peu appel à des collaborateurs (Jacques Prévert, Roger Blin) qui donnent à sa production une dimension ouvertement politique, marquée par les idées du Front Populaire: La vie est à nous, (1936); le Crime de Monsieur Lange, la Marseillaise, (1936).
Cette tendance allait ouvrir la voie au néoréalisme italien.

Avant la Seconde Guerre mondiale, Jean Renoir essaye, avec "la Grande Illusion" (1937), de promouvoir un message de paix entre les nations européennes, en faisant tourner, en guise d'hommage, son père spirituel Erich von Stroheim aux côtés de Jean Gabin.

Dans la Bête humaine (1937), il s'efforce de mettre en scène les enjeux sociaux de l'époque.
Dans son chef-d'œuvre, la Règle du jeu (1939), il prévoyait l'effondrement des valeurs humanistes et brossait un tableau sans complaisance des mœurs de la société bourgeoise française.
Le film participe à la naissance d'un nouveau style cinématographique, aussi bien dans le découpage de l'espace que dans le montage discontinu du temps de l'action.

La période américaine

Devançant l'arrivée des troupes allemandes, il s'exile aux États-Unis en 1940 (laissant inachevée une adaptation de la Tosca par Victorien Sardou, qui sera finalement tournée par Carl Koch).
Jean Renoir prend la nationalité américaine. Il s'adapte difficilement au système hollywoodien, il réalise néanmoins plusieurs films de commande, notamment des films de propagande (Vivre libre! / This Land is mine, avec Charles Laughton en 1943; Salut à la France / A Salute to France, 1944) et des adaptations littéraires (le Journal d'une femme de chambre/ The Diary of a Chambermaid, d'après Octave Mirbeau, 1946), avant de partir en Inde tourner "le Fleuve" (The River, 1951), film en couleurs, contemplatif et serein, d'un humanisme parfois désenchanté. Ce film eut une influence durable sur le cinéma indien lui-même.

Les derniers films

De retour en Europe au début des années 1950, Jean Renoir tourne encore le Carrosse d'or (d'après Prosper Mérimée, 1952), French Cancan (avec Jean Gabin et Françoise Arnoul, 1955), Elena et les Hommes (avec Ingrid Bergman et Jean Marais, 1956) et le Caporal épinglé (d'après Jacques Perret, 1962), donnant ainsi le pendant désenchanté de "La grande Illusion".

Rencontrant des difficultés de plus en plus importantes à produire ses films, il se tourne alors vers la télévision (le Petit Théâtre de Jean Renoir, 1969-1971) et se consacre plus largement à l'écriture : il publie un livre sur son père, Renoir, mon père (1962), son autobiographie, Ma vie et mes films (1974), un essai (Écrits 1926-1971, 1974), quelques pièces de théâtre (Orvet, 1955) ainsi que plusieurs romans (les Cahiers du capitaine Georges, 1966; le Crime de l'Anglais, 1979).

En 1970, il prend sa retraite à Beverly Hills, où il meurt en le 12 février 1979.


Filmographie :

  • 1924 : La Fille de l'eau
  • 1924 : Catherine
  • 1926 : Nana
  • 1927 : Sur un air de Charleston
  • 1927 : Marquitta
  • 1928 : La petite marchande d'allumettes
  • 1928 : Tire-au-flanc
  • 1929 : Le Tournoi dans la citè
  • 1929 : Le Bled
  • 1931 : On purge Bébé
  • 1931 : La Chienne
  • 1932 : Boudu sauvé des eaux
  • 1932 : La nuit du carrefour
  • 1933 : Chotard et Cie
  • 1933 : Madame Bovary
  • 1935 : Toni
  • 1936 : Le Crime de M. Lange
  • 1936 : La vie est à nous
  • 1936 : Les Bas-Fonds
  • 1936 : Partie de campagne
  • 1937 : La Grande Illusion
  • 1937 : La Bête humaine
  • 1938 : La Marseillaise
  • 1939 : La Règle du jeu
  • 1941 : L'Étang tragique / Swamp Water
  • 1943 : Vivre libre / This Land is mine
  • 1944 : Salut à la France / A Salute to France
  • 1945 : L'Homme du Sud / The Southerner
  • 1946 : Le Journal d'une femme de chambre / The Diary of a Chambermaid
  • 1946 : La Femme sur la plage / The Woman on the Beach
  • 1951 : Le Fleuve / The River
  • 1953 : Le Carrosse d'or / The golden coach
  • 1955 : French Cancan
  • 1956 : Éléna et les hommes
  • 1959 : Le Déjeuner sur l'herbe
  • 1961 : Le Testament du docteur Cordelier
  • 1962 : Le Caporal épinglé
  • 1971 : Le Petit Théâtre de Jean Renoir (TV)

Les deux cinéastes que Truffaut admirait le plus et qui ont chacun eu une influence décisive sur son œuvre sont Jean Renoir et Alfred Hitchcock. 


Truffaut n’a pas écrit d’ouvrage sur Jean Renoir, mais il exprime son admiration pour ce cinéaste en

rédigeant l’introduction du livre que Jean Bazin, en 1971, lui consacre.

Il écrit notamment : « Je ne suis pas loin de penser que l’œuvre de Jean Renoir est celle d’un cinéaste infaillible... C’est grâce à la familiarité que Renoir a réussi à tourner les films les plus vivants de l’histoire du cinéma, ceux qui respirent encore quand on les projette quarante ans après leur tournage. » Il écrit également : " Ce n’est pas le résultat d’un sondage mais un sentiment personnel : Jean Renoir est le plus grand cinéaste au monde ".Et il ajoute : " Ce sentiment personnel, beaucoup d’autres cinéastes l’éprouvent également et d’ailleurs, Jean Renoir n’est-il pas le cinéaste des sentiments personnels ? "


En 1957, François Truffaut fonde sa propre maison de production, « Les films du Carrosse », Ce nom est un hommage direct au film de Jean Renoir : Le Carrosse d'or ( sorti en 1952). Ce film, tiré de l’œuvre de Mérimée, recourt aux conventions de la commedia dell'arte pour offrir une magistrale réflexion sur les frontières du théâtre et de la vie. Anna Magnani y est une inoubliable Camilla, courtisée par un vice-roi sud-américain, par un torero et par un acteur; repoussant ses trois galants, elle choisira finalement le théâtre.


Le cycle Antoine Doinel

Dans son introduction à son livre " Les aventures d'Antoine Doinel " Truffaut écrit : " C'est justement Renoir qui m'a appris que l'acteur jouant un personnage est plus important que ce personnage " et aussi " Antoine Doinel est devenu la synthèse de deux personnes réelles, Jean-Pierre Léaud et moi " tout en reconnaissant que "progressivement Antoine Doinel s'est éloigné de moi pour se rapprocher de Jean-Pierre "

De la même manière Renoir reconnaissait que Le Carrosse d'or avait été fortement influencé par l'actrice Anna Magnani et Elena et les hommes par Ingrid Bergman. Sur ce point l'opposition avec Hitchcock est totale. En effet celui-ci exigeait que l'acteur se soumette totalement au scénario et à la conception générale du film. Par contre Renoir modifiait régulièrement le plan de tournage et le scénario selon les impulsions de ses acteurs.

Le cycle Antoine Doinel (Les Quatre Cents Coups, Antoine et Colette, Baisers volés, Domicile conjugal et l'Amour en fuite) met donc en scène des personnages ordinaires ( issus de la vie de Truffaut et de Jean-Pierre Léaud) présenté de façon extraordinaire.

Dans les films de Renoir comme La Chienne et Le Crime de Monsieur Lange ( 1936) le réalisme et l'intimité sont suggérés par l'utilisation de cadres ajoutés comme des portes ou des fenêtres et par l'exploration d'une cour intérieure d'immeuble comme lieu central. Ces deux aspects symbolisent le fait qu'il existe une réalité complexe, au delà des cadres ou derrière les personnages secondaires qui sont rencontrés régulièrement dans la cour et les escaliers.
Cette méthode est reprise dans Domicile Conjugal où Antoine travaille au milieu de la cour et dialogue avec des personnages variés. Cette capacité à communiquer qui progresse au cours du film, marque une évolution dans le personnage d'Antoine Doinel, jusque là plutôt solitaire.


Romantisme et distanciation

Les deux films adaptés des romans d'Henri-Pierre Roché,Jules et Jim et Les deux Anglaises et le Continent doivent beaucoup au style et aux thèmes de Renoir, comme La Chienne (1931) ou Partie de Campagne (1936). Films sur les sentiments, ils évitent la mièvrerie par une certaine distanciation. Cette distance est introduite dans La Chienne via la marionnette qui en ouverture dit " Les personnages n'en sont ni des héros ni de sombres traîtres. Ce sont de pauvres hommes comme moi, comme vous. Il y en a trois principaux : lui, elle et l'autre "

Les deux films de Truffaut, autour du triangle, une femme et deux hommes pour Jules et Jim, deux femmes et un homme pour Les deux Anglaises, évitent la banalité par la distance introduite par un commentaire littéraire, volontairement neutre. Renoir comme Truffaut se gardent bien de juger leurs personnages, ils respectent leur liberté mais aussi leur vulnérabilité et leur souffrances, sans chercher à nous tirer des larmes.

Le caractère romantique et lyrique des images des Deux Anglaises et le Continent est volontairement tempéré par des commentaires distanciés. Le premier baiser de Claude et d'Anne dans son atelier est commenté par Claude: " Va-t-elle s'écrier, me donner une claque? mais non..." De même le premier rapport intime entre Muriel et Claude est décrit de façon clinique: "Le ruban éclata, après une résistance bien plus vive que chez Anne. .. Il s'agissait pour Claude d'armer Muriel-femme contre lui".


Un cinéma de la tolérance

Une autre caractéristique du cinéma de Jean Renoir est de nous donner en permanence une image de tolérance. La Règle du Jeu (1939) illustre parfaitement ce point: " Tout le monde a ses raisons" peut-on y entendre. Truffaut a toujours admiré ce film; dans sa jeunesse, il notait les films qu'il voyait et leur attribuait des étoiles. La Règle du Jeu avec 12 étoiles est en tète du palmarès.
Cette tolérance envers le comportement des individus se manifeste dans Le Dernier Métro où le réalisateur nous présente sans critique mais aussi sans complaisance Jean-Loup le metteur en scène homosexuel, Arlette la décoratrice lesbienne et aussi Marion, l'héroïne jouée par Catherine Deneuve,  infidèle  à son mari enfermé, en cédant à Bernard. Personne n'est jugé, ni approuvé, dans ce contexte là l'important est ailleurs. Ce qui provoque un drame dans La Femme d'à coté ( avec le même couple Deneuve- Depardieu ) importe moins que la survie du théâtre ou la résistance à l'occupant.
De même dans La Nuit Américaine, pendant le tournage du film à l'intérieur du film, chacun a ses problèmes et Ferrand le réalisateur (Truffaut lui-même) sauve sa réalisation en évitant de porter des jugements ou de prendre partie dans les intrigues qui se nouent. Le docteur Nelson, époux de Julie, vient au secours du tournage en se montrant compréhensif lors de la liaison entre sa femme et Alphonse, l'acteur principal (J.P.Léaud). Même la mort accidentelle (perturbation extrême!) d'Alexandre n'empèche pas son achèvement.
 

Dans un article Truffaut écrit : « N’oublions jamais que les idées sont moins intéressantes que les êtres humains qui les inventent, les modifient, les perfectionnent ou les trahissent... » et se sont surtout les liens personnels qu’il a su nouer avec ses maîtres qui lui ont permis de devenir un artisan habile à la façon d’Hitchcock et un poète humaniste et généreux à la manière de Renoir.


Extraits de la préface de François Truffaut au "CinéRomanPhoto" La Grande Illusion,
Paru chez BALLAND

La Grande Illusion est un des films les plus célèbres du monde, un des plus aimés; son succès a été immédiat dès 1937 et pourtant ce fut, pour Jean Renoir, l'un des plus difficiles à entreprendre, comme il le raconte lui-même dans son livre de souvenirs " Ma Vie et mes Films " :
" L'histoire de mes démarches pour trouver la finance de la Grande Illusion pourrait faire le sujet d'un film. J'en ai trimballé le manuscrit pendant trois ans, visitant les bureaux de tous les producteurs français ou étrangers, conventionnels ou d'avant-garde. Sans l'intervention de Jean Gabin, aucun d'eux ne se serait risqué dans l'aventure. Il m'accompagna dans quantité de démarches. Il se trouva finalement un financier qui, impressionné par la confiance solide de Jean Gabin, accepta de produire le film ".

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Bien des gens se sont interrogés sur la signification du titre : la Grande Illusion que Renoir n'a donné à son film qu'après l'avoir tourné et pourtant il suffit de bien écouter les dernières phrases du dialogue, lorsque Maréchal (Jean Gabin) et Rosenthal (Marcel Dalio) vont se séparer dans la neige à la frontière suisse :

Maréchal : Il faut bien qu'on la finisse cette putain de guerre... en espérant que c'est la dernière.

Rosenthal : Ah, tu te fais des illusions !

La Grande Illusion c'est donc l'idée que cette guerre est la dernière mais c'est aussi l'illusion de la vie, l'illusion que chacun se fait du rôle qu'il joue dans l'existence et je crois bien que La Grande Illusion aurait pu s'appeler La Règle du Jeu (et inversement), tant il est vrai que ces deux films, et bien d'autres de Jean Renoir, se réfèrent implicitement à cette phrase de Pascal qu'il aime à citer : " Ce qui intéresse le plus l'homme, c'est l'homme".


Une des affiches françaises
Si la carrière de Jean Renoir n'a pas toujours été facile, c'est que son travail a toujours privilégié les personnages par rapport aux situations dramatiques. Or, La Grande Illusion déroulant son action dans deux camps de prisonniers, la situation forte, toujours souhaitée par le public, était créée automatiquement : tout peut arriver dans un camp de prisonniers où même les menues actions de la vie quotidienne prennent l'intensité de péripéties exceptionnelles.
Pour les mêmes raisons le public a accepté et apprécié dans La Grande Illusion bien des composantes du style de Jean Renoir qu'il avait refusées ou boudées dans des films précédents: les changements de ton, le goût des généralités dans le dialogue, les paradoxes et surtout un sens très fort des aspects baroques de la vie quotidienne, ce que Jean Renoir appelle la "féerie de la réalité".

affiche américaine

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On ne trouvera pas dans la Grande Illusion une seule remarque, un seul détail qui serait négatif ou péjoratif pour l'Allemagne, la guerre elle-même y est montrée sinon comme un des beaux-arts au moins comme un sport. A un personnage qui s'excuse en disant : " C'est la guerre ", de Boeldieu répond " Oui, mais on peut la faire poliment " et à Penelope Gilliatt qui le questionnait trente ans plus tard pour le New- Yorker, Jean Renoir devait répondre : "En faisant la Grande Illusion, j'étais contre la guerre mais pour l'uniforme ".

Jean Renoir est donc une intelligence libre, un esprit de tolérance et pourtant, malgré le très grand succès de la Grande Illusion, bien des censures s'exercèrent contre ce film. Projeté au Festival de Venise 1937, le jury n'osa pas lui décerner le Grand Prix (qui alla à Carnet de Bal de Duvivier) et inventa un prix de consolation. Quelques mois plus tard, Mussolini interdisait purement et simplement le film que Goebbels en Allemagne se contentera dans un premier temps d'amputer de toutes les scènes où le personnage de Dalio exprime la générosité juive.

En France, par contre, lors de la reprise en 1946, le journaliste Georges Altman se déchaînera contre le film qu'il accusera d'antisémitisme. A cette époque de l'immédiate après-guerre, toutes les copies de la Grande Illusion qui circulent à travers le monde sont incomplètes, ici et là amputées de scènes différentes, et il faudra attendre 1958 pour que Jean Renoir puisse restaurer enfin la copie dans son intégralité.
Les manieurs de ciseaux n'avaient pas su voir, contrairement à André Bazin que " le génie de Renoir, même quand il défend une vérité morale ou sociale particulière, c'est de ne jamais le faire non seulement aux dépens des personnages qui incarnent l'erreur mais même aux dépens de leur idéal. Il donne aux idées comme aux hommes toutes leurs chances ".

En 1958, on a lancé à Bruxelles un questionnaire international pour déterminer " Les douze meilleurs films du monde " et la Grande Illusion a été le seul film français figurant sur la liste finale, cette Grande Illusion qui avait été, pour Jean Renoir, émigrant aux États-Unis en 1940, le meilleur passeport, la carte de visite prestigieuse qui devait lui permettre de poursuivre sa carrière interrompue par la guerre : " Hugo Butler à qui on avait parlé de moi comme metteur en scène possible (pour The Southerner), aimait la Grande Illusion et il était prêt à accepter mes suggestions.
Sacrée Grande Illusion ! Je lui dois probablement ma réputation. Je lui dois aussi des malentendus. Si J'avais consenti à tourner de fausses Grandes Illusions, j'aurais probablement fait fortune".

Jean Renoir tout au long de sa carrière s'est donc moins intéressé à filmer des situations que des personnages et - je vous invite ici à vous remémorer l'attraction foraine qui s'appelle le " Palais des Miroirs " - des personnages qui cherchent la vérité et se cognent aux vitres de la réalité. Jean Renoir ne filme pas directement des idées mais des hommes et des femmes qui ont des idées et ces idées, qu'elles soient baroques ou dérisoires, il nous invite ni à les adopter ni à les trier mais simplement à les respecter.
Quand un homme nous paraît ridicule par son obstination à imposer une certaine image solennelle de sa place dans la société, qu'il s'agisse d'un politicien " indispensable " ou d'un artiste mégalomane, on sait bien qu'il perd de vue le bébé râleur qu'il était dans son berceau et le vieux débris râlant qu'il sera sur son lit de mort. Il est clair que le travail cinématographique de Jean Renoir ne perd jamais de vue cet homme démuni, soutenu par la Grande Illusion de la vie sociale, l'homme tout court.

François Truffaut, 1974

Par nezumi dumousseau - Publié dans : cinéma
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