Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 15:14

François Truffaut aurait eu 80 ans en ce 6 février 2012. Pour beaucoup, il est toujours vivant

6 février 1932 : naissance à Paris de François, fils de Janine de Monferrand, secrétaire à "L'Illustration" et de père inconnu au terme d'une grossesse cachée, il ne retrouvera son père biologique, un dentiste juif (Roland Lévy), qu'en 1968.

Sa mère épouse le 9 novembre 1933 Roland Truffaut, dessinateur dans un cabinet d'architecte-décorateur, qui reconnaît l'enfant à l'état civil et lui donne son nom. François, de 1935 à 1942, est confié le plus souvent à sa grand-mère, Geneviève de Monferrand, qui habite rue Henry-Monnier dans le 9e arrondissement de Paris.

18 décembre 1940: Le jeune François Truffaut découvre le cinéma avec Paradis Perdu d'Abel Gance.

80 ans, ce n'est pas vieux, 5 ans de moins qu'Elizabeth II, et pourtant cela fait près de 30 ans qu'est sorti, peu de temps avant sa mort, en 1984, son dernier film. Vivement Dimanche.

 

Et pourtant, ce dernier film, polar assez léger donnait l'impression que Truffaut avait terminé son œuvre. La conduite de sa vie est marquée par la sensation de la brièveté de notre passage sur Terre.

 

Sans céder au surnaturel et affirmer que François Truffaut avait le pressentiment de sa mort brutale et prématurée à 52 ans, il est indéniable qu'il a toujours été un cinéaste impatient et boulimique, enchaînant les projets et les tournages.


Alors qu'un cinéaste comme Alain Resnais ne passera au long-métrage qu'à 37 ans et prendra 50 années pour tourner 18 films; Truffaut ne tourne que 3 courts-métrages, réalise son premier long à 27 ans, enchaîne 21 réalisations en 23 ans avec des années comportant deux tournages.


La mort et le culte des morts occupent une place à part dans la vie et l'oeuvre de François Truffaut.


Il a en effet consacré un film entier au culte des morts La Chambre verte . La plupart de ses films évoquent ce thème de la mort, sans jamais par ailleurs prendre ce thème au tragique.


François Truffaut dès son premier film, Les Mistons (1957) qui aurait pu être un court métrage léger sur l'initiation à l'amour du bande de jeunes garçons, introduit vers la fin la mort tragique de Gérard, dans un accident de montagne, comme en écho aux jeux guerriers et aux simulations des enfants.


Dans son premier long métrage, Les quatre cents coups(1959) Antoine raconte que sa mère est morte pour excuser une absence injustifiée.
En 1943, le jeune Truffaut fait une fugue et se justifie à l'école en expliquant que son père avait été arrêté par les Allemands, mensonge inspiré par l'arrestation effective de son oncle.

Dans son enfance, comme dans le film, il dévore Balzac, au point de lui dresser un autel avec des bougies, provoquant d'ailleurs un début d'incendie. Cette scène préfigure l'autel des morts de La Chambre verte

 

De même que Truffaut est toujours vivant pour ses admirateurs, le propos du film est que les morts sont aussi présents dans notre vie que les vivants. En ce sens, il ne tient qu'à nous de ne pas les perdre.
Comme l'énonce Julien Davenne à un jeune veuf: " Ne pensez pas que vous l'avez perdue, pensez que maintenant vous ne pouvez plus la perdre. Consacrez-lui toutes vos pensées, tous vos actes, tout votre amour. Vous verrez que les morts nous appartiennent si nous acceptons de leur appartenir. Croyez moi, nos morts peuvent continuer à vivre. "

Dans La Chambre verte (1978) , Truffaut ne confie à personne d'autre que lui le rôle délicat de Julien Davenne, un homme qui se préoccupe plus des disparus que des vivants.


Truffaut déclarait  " Sans être croyant, comme Julien Davenne, j'aime les morts. Je crois qu'on les oublie trop vite, nous ne les honorons pas assez… je trouve que se souvenir des morts permet de lutter contre le caractère provisoire de la vie "

Il écrit aussi: " Chaque année, il nous faut rayer des noms sur le carnet d'adresses de notre agenda et il arrive un moment ou nous nous apercevons que nous connaissons plus de morts que de vivants"; et encore "contrairement a ce que les habitudes sociales et religieuses font croire, il arrive que l'on entretienne avec certains morts des relations aussi agressives et passionnées qu'avec les vivants. Les péripéties de "La chambre verte" tournent autour de ces questions: faut-il oublier les morts ? Que se passerait-il si, indifférents à l'usure du temps, nous leur restions attaches par des sentiments aussi violents que ceux qui nous lient aux vivants ?"

Par nezumi dumousseau - Publié dans : cinéma - Communauté : Cinéma
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Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 14:16

Il y a un an, le 25 janvier 2011, la Révolution égyptienne prenait un tournant décisif avec la première occupation de la place Tahrir. Parmi les dizaines de morts de ces premiers jours de soulèvement figurait Ahmed Basiony, jeune musicien et plasticien contemporain égyptien

Ahmed Mohamed Basiony est né au Caire en 1978 .


Ahmed Basiony est diplômé de la Faculté d'art de l'Université de Helwan, en 1999, où il a ensuite travaillé comme professeur assistant dans le département de dessin et de peinture. Après avoir acquis son diplôme de maîtrise en potentiel créatif de l'art sonore numérique, il a réalisé une thèse de doctorat sur l'aspect visuel de programmation Open Source en relation avec les concepts de l'art numérique.


Ses premières peintures de grand format, dans un style expressionniste abstrait, lui ont valu le premier prix de peinture au Salon 2001 de la Jeunesse.

Fin 2001, son travail prend un tournant dans une direction plus expérimentale impliquant les nouveaux médias et les installations multimédias. En 2006, Basiony introduit le premier programme universitaire en art sonore expérimental en Egypte. Ce programme donnait aux étudiants une chance d'acquérir les compétences créatives permettant de percevoir les sons comme une matière première par rapport à l'imagination, ainsi que la méthodologie permettant de fusionner le matériel sonore avec des images virtuelles.


Basiony a ensuite participé à une exposition intitulée Le Corps invisible en Décembre 2009 au Palais Mawlawiyah avec une performance conceptuelle intitulée Système Symétrique, dans lequel il a couvert une grande partie de la scène au sol avec un matériau de caoutchouc mélangé avec des pigments pour simuler la peau humaine. Basiony apparaît sur scène vêtu d'un ensemble bleu, comme ceux des travailleurs des abattoirs. Basiony développe un dialogue surréaliste avec la surface en caoutchouc, pour ne former plus qu'un à la fin. Le travail fait allusion à la nature des relations contradictoires entre deux mondes différents qui veulent secrètement s'unir pour découvrir un langage commun à travers le corps virtuel.


Basiony a produit deux de ses projets artistiques majeurs en utilisant la programmation Open source. Le premier a duré trente jours pendant lesquels il courait sur place dans une pièce en verre placée dans les jardins de l'opéra du Caire. Dans cette installation, Basiony effectuait quotidiennement pendant une heure, vêtu d'un costume en plastique spécialement conçu pour ce projet, un jogging sur place. Sa tenue était munie de capteurs numériques pour calculer la quantité de sueur produite et le nombre de pas réalisés.


Le 28 Janvier 2011, Ahmed Basiony succombait à des blessures par balles infligées par des snipers des forces de police égyptiennes sur la place Tahrir.


Son dernier Tweet : J'ai beaucoup d'espoir si nous continuons comme ça. La police antiémeute m'a frappé. Néanmoins je vais redescendre demain. S'ils veulent la guerre, nous voulons la paix. Je veux juste essayer de regagner un peu de la dignité dans mon pays.

 

 


 


 


En juin 2011, la Biennale d'art contemporain de Venise, l'une des plus importantes au monde, lui rend hommage en lui consacrant la totalité du pavillon de l'Égypte.

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Par nezumi dumousseau - Publié dans : art contemporain - Communauté : Art moderne et contemporain
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Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 14:55

Plus que quelques jours pour voir la 11e édition de la Biennale d'art contemporain de Lyon. Le thème retenu par la commissaire Victoria Noorthoorn est Une terrible beauté est née.


Victoria Noorthoorn a réuni tableaux, dessins, sculptures ou installations répondant à un vers du poète Yeats « Une terrible beauté est née ». Il ya relativement peu de photographies et de vidéos, ce qui repose de certaines autres expositions, mais on voit certaines formes artistiques rarement présentées dans des biennales d'art contemporain. Comme cette pièce de Beckett, par exemple, la plus éphémère du dramaturge. Breath dure le temps d'un souffle, porté sur une décharge installée au sol. On découvre aussi ici un très grand poète, le Brésilien Augusto de Campos, âgé de 80 ans, dont les calligrammes recouvrent les murs. On retient également Lynette Yiadom-Boakye, jeune Britannique dont les très beaux portraits d'hommes, de femmes et d'enfants, seuls ou en groupe, souvent en bord de mer, reprennent les codes de la peinture classique. Sauf que tous ses personnages sont Noirs.

Autant la Biennale de Lyon 2009 était pagailleuse et joyeuse, le commissaire ayant changé au dernier moment, autant l'édition 2011 est sérieuse et cohérente. La commissaire a associé chaque artiste à son accrochage, lui indiquant auprès de quelle autre pièce la sienne serait présentée. Sur le fond cette Biennale est éminemment politique. En témoigne un gigantesque silo en bois à ciel ouvert, surmonté de fils barbelés, imaginé par le Polonais Robert Kusmirowski. Il faut grimper un étage pour avoir une vue d'ensemble de ce qu'il contient : une bibliothèque dont de nombreux livres ont été jetés à terre et commencés à être brulés. Ainsi les installations du Néerlandais Michel Huisman. Pour N°84 (Document 2000 Hiroshima), il a enfermé dans une cage une peluche aux jambes coupées qui tient entre ses mains un compteur Geiger, et à qui on peut appliquer des décharges électriques, à l'aide de boutons situés sous la cage. Ou encore l'impressionnante installation de la tchèque Eva Kotátková qui présente une vaste Ré-education machine.


La part belle est faite aux artistes sud-américains ou africains comme le Brésilien Cildo Meireles dont La Bruja (La sorcière), installation de 3000 kilomètres de fil noir et mat, envahit tout un étage du MAC (Musée d'art contemporain) ou Tracey Rose, vidéaste sud-africaine, qui ose le grotesque et l'obscène pour dénoncer le sexisme en Occident depuis la Genèse. Même démesure apocalyptique avec Eduardo Basualdo de Buenos Aires: Le Silence des sirènes est une mare sanglante qui résume la planète menacée, aussi bien par la submersion que par l'épuisement des ressources naturelles.


Mais cette Biennale n'est pas parfaite, les salles du MAC sont parfois trop remplies d’œuvres purement auto-référentielles et hermétiques et de dessins en impasse et à La Sucrière l’attraction disneylandesque de Eduardo Basualdo n'est guère convaincante et la nonnette de Guillaume Bijl n’est guère plus qu’amusante. Pierre Bismuth ne se renouvelle pas beaucoup mais on remarque les vidéos poétiques de Julien Discrit et d'Aurélien Froment. La conclusion peut se situer dans le Sisyphe nu de Laura Lima, Puxador-Pilares, qui, harnaché et retenu par de grand élastiques, tente en vain d’avancer vers on ne sait où, droit dans le mur, allégorie du monde, ou de l’art peut-être.


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Laura Lima, Puxador

  • Commissaire : Victoria Noorthoorn
  • Directeur artistique : Thierry Raspail
  • Dates : du 15/09/2011 au 31/12/2011.

Les lieux:

De plus une centaine de centres d’art, galeries, institutions et collectifs s’associent en Résonance à la Biennale de Lyon. En particulier :

  • Le Plateau - Hôtel de Région, 1 esplanade François Mitterand, 69002 Lyon. Exposition Les Enfants Terribles sur le Lowbrow et le Pop Surréalisme.
  • Musée des Beaux-Arts de Lyon : Ainsi soit-il. Dans la collection du Musée des Beaux-Arts de Lyon certains chefs-d’œuvre sont mis en regard et en perspective avec des œuvres contemporaines de la Fondation Antoine de Galbert
  • Musée d’Art Moderne de Saint-Étienne Métropole : Bertrand Lavier
  • Magasin-CNAC de Grenoble: Mai-Thu Perret : The Adding Machine

Plus de détails : Biennale de Lyon 2011

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Michel Huisman : N°84 (Document 2000 Hiroshima)

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Robert Kusmirowski Stronghold 2011


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Tracey Rose The Prelude The Gardenpath vidéo 2003

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Eva Kotatkova The Re-education Machine, 2011

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Jeudi 15 décembre 2011 4 15 /12 /Déc /2011 21:45

En marge d'une Biennale de Lyon 2011 à la sombre beauté, courageuse et politique, mais pas très gaie, le Spacejunk Art Center, fondé par l’ancien snowboarder professionnel Jérôme Catz, propose une découverte des artistes issus de la contre-culture américaine des années 80. Sur « Le Plateau », à l'intérieur de l'Hôtel de Région de Lyon, le spectateur découvre une dizaine d'artiste venus des quatre coins du monde définis comme Les Enfants Terribles.


Leurs pères se nomment Jean-Michel Basquiat, Keith Harring ou Robert Crumb et ils sont tous des artistes majeurs des mouvements Lowbrow et Pop Surréalisme. Leur travail nous parle du monde d’aujourd’hui sans concession et avec une grande sensibilité. Très coloré, iconoclaste, il faut découvrir ce travail longtemps méprisé.

Le terme lowbrow (littéralement « front bas ») a été construit d'après son contraire, le mot highbrow (intellectuel, littéralement « front élevé »), qui désigne l'expression faciale hautaine que peuvent prendre les amateurs d'art contemporain sous ses formes les plus élitistes. Le Lowbrow se réapproprie les codes issus des médias populaires tels que le comics, la publicité, le graffiti, le dessin animé et tout ce qui n'est pas considéré comme appartenant au monde des « beaux-arts » classiques.

Le Lowbrow Art est souvent humoristique, tantôt joyeux, parfois espiègle et, d'autres fois, sarcastique. La plupart des œuvres Lowbrow sont des peintures, mais elles peuvent également utiliser d'autres supports ou techniques : jouets, art numérique, sculpture1.

En 1979, Robert Williams intitule son premier livre de peintures The Lowbrow Art of Robt. Williams, un nom qu'il employa en réaction au manque d'intérêt suscité par son art auprès des institutions et critiques d'art établis.


Au début des années 1980, les enjeux politiques autour des mythes culturels et de la production de valeurs étaient ardemment discutés. C'est dans cet espace ouvert que le Lowbrow est né. Il y avait un scepticisme croissant du public envers toute forme d'autorité ; le nombre d'activistes et d'artistes qui ne considéraient pas leur travail comme un simple passe-temps, ne cessait d'augmenter. Alors que les artistes rattachés au terme de Lowbrow étaient fréquemment autodidactes, pour la première fois dans l'histoire, les cursus artistiques à travers les États-Unis permettaient à des flots d'individus venus de milieux divers d'obtenir un diplôme. Nombre d'entre eux venaient de familles appartenant aux classes moyennes ou laborieuses, pour lesquelles la notion de culture avec un grand C était un phénomène lointain.

La Culture passait pour un produit de luxe, alors que l'art était plutôt une philosophie, vivante et inventive, marquée par la nécessité, l'instinct de survie et la joie. Le nombre d'artistes et d'ateliers en activité aux Etats-Unis et en Europe avait atteint un point où les systèmes de production, de réception et d'interprétation employés jusqu'à présent, avaient besoin d'être réévalués. Il y avait non seulement une explosion du nombre et de la diversité des artistes, mais également une augmentation tout aussi visible des pratiques dissidentes qui se moquaient des modèles classiques. Les artistes soulevaient en bloc de nouvelles questions : qui produit la culture ? pourquoi ? et pour qui ?


Le Lowbrow en élargissant ses fondements esthétiques se prolonge et s’intègre au début des années 2000 dans le Pop Surréalisme. Si cette nouvelle école conservait dans ses créations l'accessibilité et la dimension démocratique propre à la sensibilité Lowbrow, elle combinait également ces dernières à des thématiques ouvertement fantastiques et oniriques. En possession de compétences techniques proches des grands maîtres d'antan, elle produisait ainsi des œuvres à l'exécution virtuose, mais qui restaient fidèles aux sources d'inspiration initiales du Lowbrow : bandes dessinées, jouets pour enfants, imagerie punk rock et autres formes d'art égalitaires. Le processus d'embellissement, marqué par l'utilisation de la peinture à l'huile et plus globalement par l'utilisation de techniques picturales raffinées nécessitait néanmoins la création d'une nouvelle nomenclature pour caractériser cette tendance émergente. C'est l'artiste Kenny Scharf qui utilisa pour la première fois en 1996 le terme de Pop Surréalisme pour décrire son propre travail. « Le Surréalisme renvoie à la notion de l'inconscient, et je pense que mon travail tourne autour de l'inconscient. Les images que je peins proviennent de mon inconscient, or mon inconscient est rempli d'une imagerie Pop. En d'autres termes, mon inconscient est Pop, et par conséquent, mon art s'apparente à du Pop Surréalisme ».

La plupart des éléments qui composent l'iconographie du Pop Surréalisme sont facilement compréhensibles et accessibles à tout un chacun, et en particulier pour les personnes avides de culture Pop, mais n'ayant pas forcément de connaissances suffisantes en Beaux-Arts ou en Histoire de l'Art, ou ne s'intéressant tout simplement pas à ces disciplines. Il attire les personnes qui pourraient a priori être intimidées par l'art, et les accueille à bras ouverts en incorporant des personnages ou des visages qui leur sont familiers. Les artistes du Pop Surréalisme de formation classique se sont distingués du courant Lowbrow en rendant hommage aux grands peintres des siècles passés, et par ce biais, certains d'entre eux ont pu être accueillis en retour par le monde des Beaux-Arts.


Depuis son intronisation, le Pop Surréalisme a évolué en incorporant de nouveaux moyens d'expression, sortant du cadre de la peinture traditionnelle. Certains artistes ont ainsi exploré de nouvelles pistes en utilisant Adobe Photoshop et des logiciels de modélisation 3D comme Maya non plus comme de simples outils, mais bel et bien comme des médias en tant que tels. Comme toujours avec les nouvelles technologies, les débuts ont été difficiles. L'imagerie produite semblait artificielle, même au regard des standards Pop Surréalistes. Mais avec le temps, une poignée d'artistes exceptionnels a néanmoins émergé, capable d'apprivoiser et de manipuler ces logiciels de manière à produire des visions surréalistes à la fois confondantes et délicieuses. Ray Caesar est sans doute le maître incontesté dans ce domaine.

Les artistes du Pop Surréalisme ont été particulièrement influencés par le cartoon en général, de Disney à Robert Crumb. Nombre d'entre eux ont d'ailleurs créé leur propre bande-dessinée plus ou moins underground, ou ont travaillé dans l'animation. Le cartoon a influencé ces artistes au niveau du style et du graphisme mais leur a donné aussi une certaine vision et conception de la société. L'humour est ainsi très présent avec un détournement récurrent des modèles de la société américaine, des icônes mais aussi des idéaux classiques de la beauté, comme le fait systématiquement Marion Peck. Dans ces peintures, l'ordre des choses est modifié dans un esprit carnavalesque où la figure de l'imbécile devient héroïque, le laid devenant sublime. Les artistes expriment ainsi leur rejet de certaines valeurs et leurs commentaires sur la société. L'aspect subversif et antisocial est très souvent présent dans ces peintures. 


Quelques artistes, la plupart sont visibles à Lyon jusqu"au 31/12/2011:

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Robert Williams : The Waterhead Who Was Raised in a Box 1992

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Marion Peck Fuck You 2008

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Reg Mombassa Stations of the Cross Number 3, d'après Grunewald 2010

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Robert Williams : Diamond in a Goat's Ass (A Lyrically Poetic Euphemism for Pretension) 2009

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Naoto Hattori The Moment of Truth 2011

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Mark Ryden : Slayer 1999

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Ray Caesar : Final Destination 2005

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Mardi 22 novembre 2011 2 22 /11 /Nov /2011 09:56

Pour ceux qui n'ont pas eu la chance de découvrir les premiers joyaux du réalisateur David Lean au Festival international du film de La Rochelle 2011, le coffret David Lean proposé par l’éditeur Carlotta viendra combler ce manque.


Le coffret rassemble les films de ses débuts ; des films de 1944 à 1950, en noir et blanc ou en couleurs, dramatiques ou plus légers. Des comédies de ses débuts aux mélodrames passionnés, le cinéaste élabore un grand style, épris de perfection technique, au montage raffiné. Son tempérament romantique y mélange le lyrisme, la hantise des sentiments fragiles, abîmés, disparus, et la respiration des éléments, ciel, vent et pluie.


Heureux mortels– 1944 (This Happy Breed)
L’histoire d’une famille emménageant dans une nouvelle maison lors du retour du mari de la première guerre mondiale, ils y connaissent joies et peines jusqu’à l’éclatement de la seconde. Fresque historique et intimiste, on y découvre le quotidien d’une famille anglaise typique, inspiré d’une pièce de théâtre de Noël Coward.


Brève rencontre- 1945 (Brief Encounter)
Un mélodrame fondateur, assez moderne pour son époqueen particulier par l’utilisation de la musique, la construction du film, le récit à la première personne et au féminin. Brève Rencontre a gagné le premier Grand Prix au Festival de Cannes, actuelle Palme d’Or.


L'esprit s'amuse‎ – 1945 (Blithe Spirit)
Charles Condomine et sa femme Ruth organise une séance de spiritisme avec la voyante Madame Arcati, la séance provoque l’apparition du fantôme de la première femme de Charles, Elvira. Amusant, de beaux effets spéciaux et une vision de la femme et du couple très caustique, avec des répliques sarcastiques.


Les Amants passionnés' -1949 (The Passionate Friends)
Marie Justin est marié avec un Howard, un homme d’affaires fortuné plus âgé. Alors qu’elle est seule en vacances au lac d’Annecy, elle rencontre par hasard, Steven Stranton avec qui elle a eu une liaison quelques années auparavant, à laquelle Howard mit un terme brusquement.


Madeleine - 1950
En 1857, à Glasgow, contre les vœux de ses parents, qui la destinent à un mariage bourgeois et prometteur, Madeleine Smith noue une relation secrète et passionnée avec Émile L’Angelier. Lorsqu’elle décide de mettre un terme à cette liaison, celui-ci se rebelle. Peu après, Madeleine est accusée de l’avoir empoisonné. Une description de l’Écosse victorienne, et un portrait de femme trouble, coupable, ou pas...


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Par nezumi dumousseau - Publié dans : cinéma - Communauté : Cinéma
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Mardi 4 octobre 2011 2 04 /10 /Oct /2011 16:34

Venise vaut le voyage, pour la ville, mais aussi pour l'art contemporain, pour la  Biennale de Venise,et ses centaines d'artistes présentés.

 

Un peu plus difficile d'accès, les deux expositions de la  fondation François Pinault.

 

Le monde vous appartient, exposition de la fondation  Pinault au Palazzo Grassi. L’exposition, due à la commissaire Caroline Bourgeois, met en perspective les œuvres des artistes de générations différentes, d’origines diverses, confronte des pratiques, des disciplines, des parcours personnels, explore des rapports à l’histoire, au réel et à sa représentation ; « l’exposition s’articule autour des thèmes majeurs de l’histoire présente, depuis la désintégration des symboles, jusqu’aux tentations de replis et d’isolement en passant par l’attrait de la violence ou de la spiritualité dans un monde troublé et globalisé » déclare Caroline Bourgeois.

Cette exposition manifeste propose un nombre exceptionnel de projets spéciaux, commandes, œuvres in situ: celles de Thomas Houseago, Friedrich Kunath, Matthew Day Jackson, Adrian Ghenie, Yang Jiechang, Zeng Fanzhi, Giuseppe Penone, Rudolf Stingel.

 

Cette édition, qui met en scène une quarantaine d'artistes dans un cadre exceptionnel, est une occasion de montrer la diversité de la collection Pinault. 23 artistes, sur les quelques 40 présentés, sont montrés pour la première fois à Palazzo Grassi ou à Punta della Dogana.

Une des pièces maîtresses est la forêt tout droit sortie de l'apocalypse du Français Loris Gréaud: 36 arbres calcinés en résine baignés dans une semi-obscurité que vient éclairer une lune artificielle. Un paysage à la Tim Burton, inquiétant et fascinant.

 

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Mais la vision proposée par Le monde vous appartient n'est pas noire pour autant, bien au contraire: l'humour pointe et fait mouche à chaque détour, comme dans l'escalier envahi par Joana Vasconcelos et ses tissus en délire.

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En parallèle, Punta della Dogana présente l’exposition Éloge du doute,

Cette exposition rassemble pièces historiques et productions nouvelles, dont plusieurs projets spécialement conçus pour le site, autour de l’idée du trouble, de la remise en question des certitudes sur l’identité, sur le rapport à l’espace de l’intime et à l’espace de l’œuvre. Les œuvres présentées sont souvent monumentales, chaque salle, pourtant imposante en comporte rarement plus de 2.

 

Éloge du Doute propose un parcours thématique sur la force et la fragilité de la condition humaine, s’appuyant sur des œuvres emblématiques des années 1960, et allant jusqu’aux créations les plus contemporaines. L'exposition tend à célébrer le doute dans son aspect le plus dynamique, dans sa force à défier les préjugés, les conventions, et les certitudes. L’idée est d’ouvrir le champ des interrogations possibles pour repousser les limites que chacun s’impose et pour tenter de réinventer le regard qu’on porte sur soi et sur le monde qui nous entoure.

 

Le cheval de Maurizio Cattelan accueille avec ironie le visiteur.

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Cette exposition présente des créations in situ, notamment de Julie Mehretu et de Tatiana Trouvé, et témoigne de la contribution active de certains d’entre eux à la sélection des œuvres.

 

L’approche minimale du sculpteur Donald Judd, à l’entrée de l’exposition, tend à fondre l’esthétique dans la sensation, tandis que les trophées dévoyés de Maurizio Cattelan et David Hammons, tentent de saisir le sens de cette envie de possession, signe extérieur d’un certain pouvoir.

 

Roxys d’Edward Kienholz, première installation de l’artiste (1962) et jalon majeur de l’histoire de l’art contemporain, interroge les pulsions inavouées de l’homme. L’artiste jette une lumière crue sur ces réalités à travers la reproduction d’une maison de tolérance et sa brutalité. "Roxy's" est le nom d'un fameux bordel de Las Vegas. Kienholz baptisa "tableau" cet environnement imaginé d'après les tableaux vivants, mis en scène et costumés, qu'il avait vus enfant dans les églises et dans les cours de ferme. La scène du Roxy's se passe en 1943; la date est précisée par le calendrier, les magazines, la mode des vêtements. Chaque "fille" représente un type d'exploitation féminine.

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L’ensemble de Sigmar Polke, Axial Age, s’appuie sur des références classiques pour en brouiller la temporalité. En se réappropriant l’exposition historique et iconique de Marcel Duchamp, Sturtevant propose un débat sur la question de l’originalité, de l’aura et du pouvoir (masculin) de l’objet comme oeuvre d’art. La notion d’objet, et de son statut dans l’art, est abordée dans la série des Popeye de Jeff Koons, dans une proposition « pop » d’une vie idéale ou, d’une toute autre façon, dans les œuvres de Subodh Gupta, qui interroge le multiculturalisme et le monde global dans lequel nous vivons.

Les installations de Chen Zhen abordent les notions de tradition, d’exil, de survie. Thomas Schütte, examine, avec ses figures fantomatiques, la complexité des relations entre l’espace privé, subjectif, et l’espace public, politique.

 

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L'île Seguin, à Boulogne-Billancourt, aurait du héberger un musée d'art contemporain financé par François Pinault avec un bâtiment de l'architecte Tadao Andô, proposé dès 1999. François Pinault renonce à son projet en mai 2005  justifiant son choix par la longueur des délais administratifs et des tensions locales pour la réalisation du projet.

 

Pinault a donc décidé de réaliser son musée au Palazzo Grassi de Venise, dont le projet s'est rapidement mis en place, avec l'aide de la municipalité vénitienne, et l'extension possible dans le bâtiment de la Douane de Venise.Pour ce qui est de l'île Seguin, les travaux commenceraient en 2012 pour une livraison prévue en 2017, soit plus de 11 ans après l'ouverture du palais Grassi de Venise. Quel gachis!

Par nezumi dumousseau - Publié dans : art contemporain - Communauté : Art moderne et contemporain
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Lundi 20 juin 2011 1 20 /06 /Juin /2011 23:05

Ouvert en 2008, Le Bal, 6, Impasse de la Défense 75018 est un espace très accueillant dédié à la photographie. De mai à août 2011, cette ancienne salle de bal propose Tokyo-E, trois photographes japonais emblèmatiques des années 1960-1990.


Ces trois photographes cherchent la formule incertaine d’une identité japonaise culturellement métissée, sous influence américaine. Deux d'entre eux ont obtenu le Prix Higashikawa, plus haute récompense japonaise pour un photographe.


Keizô Kitajima, né en 1954 à Suzaka (Nagano). Cinq séries réalisées entre 1975 à 1991, sont exposées.

Photographe précoce, son adolescence est marquée par la découverte des travaux précurseurs de Nobuyoshi Araki et de Daido Moriyama. Sensible à la forme narrative très cinématographique du premier et à la critique acerbe de la société contemporaine du second, il revendiquera ces deux filiations.

Privilégiant une vision fragmentée, totalement subjective, tendant vers la capture de l’expérience brute et vers « l’expression pure », l’écriture photographique devient alors fortement contrastée, floue, tremblée, se jouant des répétitions, des superpositions, des appropriations, des ratés.


Yutaka Takanashi est co-fondateur du légendaire magazine PROVOKE en 1968. Revue trimestrielle, Provoke veut apporter un matériau artistique capable de guider la pensée. Selon les fondateurs, les mots avaient perdu leur sens et la force de décrire la réalité. Ce rôle revenait donc aux photographes qui devaient prendre le relais sur le langage. Les images devaient avoir la priorité et même remplacer le langage. Les théories artistiques du groupe Provoke ont permis à une nouvelle génération de photographes de rompre avec les conventions. Il publie en 1974 Toshi-e (« Vers la ville ») un des livres phares de ce mouvement de redéfinition du langage photographique au profit d’une expression plus brute et instinctive du réel.

Initiée un an après la publication de Toshi-e, la série Machi (Ville) présentée au BAL rompt radicalement avec le style flou, contrasté et expressionniste des années Provoke. Yutaka Takanashi se concentre désormais sur l’un des quartiers les plus anciens de Tokyo, Shitamachi, où le monde traditionnel est peu à peu envahi par les signes de la modernité.


Yûkichi Watabe, né en 1924-1993) est un reporter photographe indépendant, il couvre la plupart des grands événements historiques et politiques se déroulant à Tokyo.

En 1958 il se voit accorder l’autorisation exceptionnelle de documenter l’enquête menée par la police municipale de Tokyo relative à « l’affaire du corps coupé » : Le 13 janvier 1958, un nez, deux phalanges et un pénis sont découverts dans un bac à huile à proximité du lac Sembako (préfecture d’Ibaraki). Le lendemain, la police trouve le corps d’un homme de l’autre côté du lac, grossièrement défiguré. Plusieurs doigts sont coupés et l’intégralité du corps est rongée à l’acide, dans le but évident de rendre impossible toute identification.

 

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© Yukichi Watabe, A Criminal Investigation, 1958

 

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© Keizo Kitajima, Tokyo, 1979


Par nezumi dumousseau - Publié dans : Japon - Communauté : Art moderne et contemporain
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Vendredi 6 mai 2011 5 06 /05 /Mai /2011 19:44


La disparition tragique et récente de Marie-France Pisier a fait ressortir de l'oubli un film de grande qualité, mais absent de la plupart des encyclopédies du cinéma. C'est l' adaptation du roman L’Écume des jours , de Boris Vian publié en 1947, par Charles Belmont en 1968.

 

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Composée en 1946, rédigée aux dos d’imprimés de l’ AFNOR, où il travaillait alors, l’édition originale, dédiée à sa première épouse Michelle, est publiée le 20 mars 1947 aux éditions Gallimard/NRF. Bien que soutenu par Raymond Queneau et Jean-Paul Sartre, qui en publiera des extraits dans le Numéro 13 d’octobre 1946 des Temps modernes, il n’aura aucun succès de son vivant. Les personnages évoluent dans un univers poétique et déroutant, avec pour thèmes centraux l’amour, la maladie, la mort, dans une envoûtante atmosphère de musique de jazz, de climat humide et marécageux, qui rappellent les bayous de Louisiane.

 

L'adaptation au cinéma de ce roman complétement atypique était une entreprise folle.
Charles Belmont, réalisateur discret et presque inconnu réalise cependant l'exploit de rendre la poésie du livre, à l'aide de grands acteurs, alors débutants. Le film eut peu de succès, en parti éclipsé par les évènements prenant naissance en mars 1968. Même Charles Belmont, le réalisateur, préfère l’ambiance des barricades à celle des salles obscures et ne défend pas son film, baisse les bras. Il se sent à peine concerné par la présentation de son film au Festival de Venise.

 

Le film est centré sur le personnage de Colin, qui « possède une fortune suffisante pour vivre convenablement sans travailler pour les autres » ; un ami nommé Chick, qui ne dispose pas de cette chance, puisque, étant ingénieur, il est très pauvre (contrairement aux ouvriers). Le troisième personnage masculin est le cuisinier stylé de Colin, Nicolas.

Ce dernier tombera amoureux d’Isis, une amie de Colin.

Un jour, Chick fait la connaissance d'une fille, Alise, qui est parente de Nicolas. Colin, jaloux, désire lui aussi connaître une fille, et tombe amoureux de Chloé lors d'une fête. Il se marie avec elle et donne une partie de son argent à Chick pour qu’il épouse Alise. Chloé tombe malade : elle a un nénuphar qui pousse dans son poumon. Pour la guérir, Colin lui achète des fleurs et l’envoie à la montagne. Quand elle revient, le nénuphar n’est plus là, mais elle ne peut utiliser maintenant qu'un seul poumon. Colin doit chercher un travail pour acheter des fleurs, quand Chloé tombe de nouveau malade, de l’autre poumon.

Leur maison rapetisse progressivement et devient chaque jour plus triste et obscure, malgré les efforts de leur petite souris grise à moustaches noires pour nettoyer les carreaux et laisser passer les rayons de soleil.

Comme Chick aime plus Jean Sol Partre (anagramme transparent...) qu’Alise, celle-ci tue le philosophe avec un arrache-cœur, nom qui sera le titre du roman que Boris Vian publiera ensuite, et brûle les librairies proches de chez elle, mais elle meurt dans les flammes. Pendant ce temps, la police tue Chick parce qu’il ne paye pas ses impôts.

Lorsque Chloé est emportée par la maladie, Colin est ruiné. Comme il ne peut payer le prix fort, les religieux sont irrespectueux lors de l'enterrement.

Ce film présente des thèmes forts:

L'amour : De nombreuses formes d'amour sont présentes, l'amour fou entre Colin et Chloé, l'amour impossible entre Chick et Alise et l'amour physique entre Nicolas et Isis.

Le monde du travail : l' œuvre dénonce les conditions de travail inhumaines. Chaque personne employée est ramenée au rang d'une machine.

La musique : Le jazz est omniprésent. Il y a de nombreuses références aux musiciens et compositions de jazz.

La religion : Pendant le mariage, l'église est présentée comme avide d'argent. Le curé se réjouit de la mort du chef d'orchestre, comme il n'aura ainsi pas à payer les autres musiciens. L'enterrement est l'opposé du mariage, car Colin n'a alors plus d'argent. On jette le cercueil par la fenêtre, les deux porteurs sont sales, le conducteur chante à tue-tête, le Chuiche, le Bedon et le curé font une courte apparition sans avoir pris la peine de s'habiller correctement, Lapidation|lapident Colin, le cercueil est balancé dans la fosse. Le Christ, dans l'église, s'anime et demande à Colin pourquoi il n'a pas donné plus d'argent pour l'enterrement.

La superficialité : Colin ne se rend pas compte de combien Chick abuse de son amitié en lui demandant souvent de l'argent pour acheter des livres ou des objets de Partre. Vian se moque aussi de la mode, en prenant comme exemple le phénomène « Jean-Sol Partre », et le caractère insolite des acquisitions de Chick.

La maladie : Chloé est le personnage le plus affecté par la maladie, car c'est elle qui la porte. Tous les autres personnages sont aussi affectés, mais plus particulièrement Colin et Nicolas, qui vivent auprès d'elle. Le comportement de Colin change beaucoup. Il y a d'une part, son apparence négligée et d'autre part, sa perte d'envie de vivre malgré son épicurisme. Il y a aussi Nicolas, qui laisse paraître un vieillissement soudain : « Tu as vieilli de dix ans depuis huit jours. — De sept ans, rectifia Nicolas. »

Le temps : La maladie est détectée tout de suite après le mariage et c'est la fin de l'hiver, soit le début du printemps. Encore une fois, la symbolique de l'eau est très présente puisque la neige fond, les plantes renaissent et les maladies germent. De plus, Vian aborde les thèmes de la chaleur et du froid inversement à la pensée commune. La chaleur est associée à la maladie, alors que le froid est considéré comme un remède : « Tu vas prendre froid ! s'écria Alise. Couvre-toi ! — Non, murmura Chloé, il le faut, c'est le traitement. ».

La discrimination : Le cercueil de la femme décédée de Colin, Chloé n'est pas respecté. En effet, celui-ci est jeté par la fenêtre par les personnes de la morgue. La dépouille ou plutôt le cercueil n'est donc en aucun cas respecté, car Colin n'a plus de moyens pour financer un enterrement convenable à sa regrettée épouse puisque celui-ci s'était ruiné pour la guérir avant son décès. Ici Vian veut démontrer la discrimination entre les personnes riches et pauvres car leur mariage fut somptueux du fait qu'il était été payé le prix fort alors que l'enterrement est pathétique du fait que Colin n'ait plus d'argent.

Distribution

Fiche technique

  • Réalisation  : Charles Belmont
  • Scénaristes : Charles Belmont, Philippe Dumarçay, Pierre Pelegri d'après le roman de Boris Vian
  • Producteur : André Michelin
  • Musique originale : André Hodeir
  • Image : Jean-Jacques Rochut
  • Montage : J. Jacques Pauvert
  • Durée : 110 min
  • Date de sortie: 20 mars 1968 (France)


Retrouvez tous les détails techniques sur la fiche IMDB

Vidéo

Vidéo sur Youtube , Marie-France Pisier et Jacques Perrin, inoubliables

Par nezumi dumousseau - Publié dans : cinéma - Communauté : Cinéma
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Dimanche 17 avril 2011 7 17 /04 /Avr /2011 22:28
La Ferme du Buisson (Scène Nationale de Marne-la-Vallée) à Noisiel (77) présente le 30 Avril un parcours cinéma-théâtre autour du Mépris, œuvre cinématographique de Jean-Luc Godard inspiré du roman d'Alberto Moravia (1954)

Ce parcours comprend la projection du film,puis le spectacle de théâtre Tdm 3 / Théâtre du Mépris 3 écrit par Didier-Georges Gabily et mis en scène par Yann-Joël Collin avec la compagnie La Nuit surprise par le Jour.

Le Mépris , de Jean-Luc Godard , sorti en 1963, scénario tiré du roman homonyme d'Alberto Moravia, musique de Georges Delerue , scripte : Suzanne Schiffman, durée 103 mn, avec Brigitte Bardot (Camille Javal), Michel Piccoli (Paul Javal), Jack Palance (Prokosh, le producteur), Fritz Lang (lui-même, réalisateur), Giorgia Moll , Jean-Luc Godard (l'assistant réalisateur), Linda Veras.

Fiche complète du Film

Le scénario du film

 

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Par nezumi dumousseau - Publié dans : cinéma - Communauté : Cinéma
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Mercredi 9 mars 2011 3 09 /03 /Mars /2011 16:32

Les suites de Gutai

Créé en 1955, Gutaï est l’un des plus important mouvement fondateur de l’art contemporain mondial.
Peu connu, révélé en France et en Europe par Michel Tapié, son influence sur l'art nord-américain et européen reste sous-estimée. Le terme vient de Gu : instrument, Taï : outil, son adverbe Gutaïteki : concret, incarnation.
Jiro Yoshida, Kazuo Shiraga, Sadamasa Motonaga et Akira Kanayama utilisent le geste, rappel de la spontanéité de l'écriture. Yoshihara utilise des calligraphies réduites à un seul trait.
Shiraga s'élance dans le vide, tenu par une corde, projette de la peinture et se sert de ses pieds comme pinceau.
Kanayama invente un jouet téléguidé qui, rempli de couleur, trace un réseau de lignes.
Shimamoto lacère le tableau, et utilise un canon qui projette de la couleur.
Yoshida Toshio utilise le feu pour marquer la surface picturale.
Tanaka Atsuko développe le sens de l'ouïe (installation de sonnettes), de la vue (ampoules qui clignotent) et du toucher (costume orné d'ampoules).
Murakami place à l'entrée d'une exposition des écrans de papier qui seront déchirés, dès le vernissage, par le passage du premier visiteur... Toutes ces pratiques montrent la diversité des modes de création.

Dans les années 60, le mouvement continue mais se disperse en 1972, à la mort de Yoshihara. Une minorité seulement des membres de Gutaï continue une activité artistique.

En 1960, le comportement informel et destructeur de Gutai fut repris par de jeunes artistes de Tôkyô. Comme aux États-Unis ou en Europe, ceux-ci se rebellèrent aussi contre l’hégémonie de l’art abstrait. Les journalistes appelèrent cette tendance « hangeijutsu » (« anti-art »).

Neo-Dada Organizers

Les contestataires "anti-art' se nommérent les Neo-Dada Organizers. Ils travaillaient un art du rebut, un art de happening et d’anarchie.

Les Neo-Dada Organizers se réunissaient dans l’atelier Masunobu Yoshimura, connu sous le nom de « White House ». Là, ils rédigeaient des tracts, allaient manifester dans la rue et travaillaient en vue des Indépendants Yomiuri.

Deux manifestes furent publiés. Le second, en juillet 1960, évoquait : « Pourri dans la déchéance d’un esthétisme à tout crin, l’art contemporain n’a cessé de s’enivrer de ce nectar, ce qui est devenu possible grâce à la solidarité et le compromis avec la société. Dans ces miasmes putrides d’eau stagnante, nos démonstrations constituent la brèche ouverte dans cette réalité »

Ushio Shinohara en fut le chef de file. Affublé d’une coupe à l’iroquoise, il interpellait les media pour présenter des « actions ». Les journaux offraient de nouvelles possibilités de communication et le groupe remettait en question la société, par un état de désenchantement.

Ils refusaient une culture fondée sur le consensus social et il voulaient atteindre plus intensément le réel. Le traumatisme de la bombe était encore dans les esprits, avec la signature du traité de Sécurité nippo-américain, au mois de juin 1960. Ce traité bouleversa l’idée d’une avant-garde associant art et politique. Shûsaku Arakawa lança ainsi une brique sur la police lors d’une manifestation et le rassemblement tourna à l’émeute.

Le groupe néo-dada défila dans les rues en criant : « anpo hantai » (« à bas le traité de sécurité ! »), les corps couverts de tracts. Et les activités artistiques évoluaient alors selon le questionnement de Yasanuo Tone : « L’art peut-il être pensée ? » Pour ces artistes, il fallait donc dépasser le cadre de l’expression plastique et, pour la première fois, créer un « champ culturel total ».

Principaux artistes:

 


Installation tirée du Boxing Art de Ushio Shinohara

High Red Center

En 1963, quelques artistes, influencé par les deux mouvements précédents et par le Fluxus occidental fondent le High Red Center, mouvement indépendant, qui use de la provocation politique et innove dans la pratique de la Performance.

Le High Red Center fait son apparition en 1963 et comprend au départ les trois artistes Jirô Takamatsu, Genpei Akasegawa et Natsuyuki Nakanishi. Il sont rejoints un peu plus tard par Tatsu Izumi.
Le nom du groupe est la traduction anglaise du premier caractère de leur nom de famille : Taka = « high, (haut) » ; Aka = red (rouge) » ; Naka = center (centre).
Genpei Akagesawa participe en parallèle aux activités de Fluxus.

Le point d’exclamation ! est la signature de High Red Center, point que l’on retrouve sur les drapeaux, les tracts et les boîtes de conserve Comme les Neo-Dada Organizers, ces artistes participaient aux Indépendants Yomiuri, patronnés par le journal du même nom. À la fin des années quarante se tenaient des expositions sans jury au Musée de la ville de Tôkyô et celles-ci étaient devenues des lieux ouverts à toutes les formes d’art, des formes les plus artisanales jusqu’aux tendances les plus contemporaines.

On voit, par exemple, à la 14e exposition des Indépendants, en 1962, des œuvres sonores ou des œuvres faisant appel à la participation du public. Jirô Takamatsu fait mettre des gants aux spectateurs, pour faire tirer une corde se trouvant dans une boîte. Natsuyuki Nakanishi accroche des pinces à linge à sa chemise, aux toiles, et demande la participation du public, pour que l’œuvre s’étende à tout le lieu d’exposition (Sentakubasami wa kakuhankôdô o shuchôsuru, « Les pinces à linge se livrent à des mouvements de brassage », 1963).

Genpei Akagesawa expose un billet de 1 000 yen agrandi. Pour son exposition de collages intitulée Aimai no umi ni tsuite (« À propos de l’ambiguïté de la mer »), il envoie dans des enveloppes, que la poste met à disposition pour placer de l’argent liquide, des invitations sous la forme factice de billet de 1 000 yen.

Ce radicalisme, encore jamais, atteint dans la parole répond au mouvement des étudiants de la fin des années soixante et ouvre une brèche qui mit en doute la stabilité sociale, à travers ce qu’elle possédait de plus sacré : l’argent. Cet incident eut donc des effets considérables, au-delà même de la sphère artistique.

Le High Red Center fut un groupe plus organisé que le Neo-Dada Organizers, exprimant leurs idées avec ironie, non dépourvues de subtilité et accompagnées d’une tendance anti-sociale. En même temps, c’est l’espace du musée qui est désacralisé. On assiste à l’émergence des actions de rue et les pulsions destructrices des artistes se propageaient aux autres domaines de création : au cinéma (VAN eiga kagaku kenkyûjo), à la musique (Ongaku) et à la danse (Butô et Ankoku Butô).

Principaux artistes:


Jirô Takamatsu Shadow Painting, 1964

Mono Ha

Enfin, actif de 1968 à 1972, le Mono-Ha, utilise l’objet naturel, non fabriqué donc non imitable, sans faire intervenir la fonction représentative selon les signes de l’homme. Mono-Ha insiste sur la relation au monde et à l’environnement. Les artistes qui y furent associés avaient des préoccupations moins formelles que métaphysiques ; ils insistaient volontiers sur le caractère expérimental de leur travail et allaient jusqu’à remettre en cause le bien-fondé de l’acte de création lui-même.

L’origine du mot est Mono : chose ou objet ; Ha : école ou groupe. Les artistes du groupe lors de leur première exposition en avril 1969 proposent de réapprendre " à voir le monde tel qu’il est, sans en faire l’objet d’un acte de représentation qui l’oppose à l’homme ". Mono Ha utilise l’objet naturel (non fabriqué donc non imitable) sans faire intervenir la fonction représentative selon les signes de l’homme.

La réalité de la chose correspond à celle de la situation, il ne faut pas qu’elles soient dissociées. Mono Ha insiste sur la relation au monde et à l’environnement. L'influence du Mono-ha sur l'art contemporain japonais est presque aussi importante que celle de son prestigieux prédécesseur, Gutaï. Comme d’autres groupes qui lui furent contemporains en Europe et en Amérique, le Mono-ha tente de remettre à plat les données mêmes de l’art et de sa pratique. Les artistes qui y furent associés avaient des préoccupations moins formelles que métaphysiques ; ils insistaient volontiers sur le caractère expérimental de leur travail et allaient jusqu’à remettre en cause le bien-fondé de l’acte de création lui-même.

Si leurs ambitions furent partiellement réalisées, et si certains renouèrent avec des pratiques plus traditionnelles, ils n’en ont pas moins continué à exercer une influence profonde sur les générations ultérieures. Il est difficile à un esprit occidental de comprendre le rapport que les Orientaux entretiennent aux choses : la tentation d’élaborer des parallèles avec des pratiques occidentales qui présentent des similitudes est dès lors irrésistible. Avec toutes les précautions d’usage, on reconnaîtra en effet des liens plus ou moins évidents entre le Mono-ha et l’Art pauvre ou l’Anti Form, qui bouleversèrent, sur des bases différentes, certains canons artistiques.

Principaux artistes:


Mère-Terre, 1968, de Nobuo Sekine
Par nezumi dumousseau - Publié dans : art contemporain - Communauté : Art moderne et contemporain
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