Publié le 29 Novembre 2016

Cultivés et progressistes, Emad et Rana ont tout du couple urbain et moderne épanoui. Des lézardes apparaissent dans leur appartement, provoquées par un chantier voisin agressif. En plus de la symbolique de ces lézardes, qui peuvent figurer les entraves à la modernité imposées par le régime iranien, elles les force à déménager au pied levé, et à investir sans délai un appartement mystérieusement abandonné par une inconnue.

Ce changement rapide va occasionner le drame, lorsque par inadvertance la jeune femme, un soir où elle est seule, laisse entrer chez elle un inconnu, le prenant pour un proche. Que se passe-t-il exactement hors champ ? Le scénario veille à ne jamais le dévoiler, laissant constamment planer le doute quant à la nature exacte de l’outrage et, par conséquent, la sévérité du châtiment que mérite l’intrus, qui reste à identifier. Le mari, ne faisant pas confiance à la Police, tour à tour effondré, compatissant, opiniâtre et vengeur va s'employer à le démasquer et à laver l'affront.

Emad, professeur de lettres et acteur de théâtre recherche l’individu qui a agressé sa femme dans le but peu reluisant de l’humilier et de se venger. Comme il l’expliquait à ses élèves, “un homme peut se transformer en bête progressivement”. Avec un scénario épousant plusieurs virages, le réalisateur brouille les frontières du bien et du mal, dévoiler que la réalité est souvent plus épaisse, complexe et opaque que les apparences. Dans le film, les rapports hommes-femmes restent dominés par un machisme puritain en République Islamique d’Iran, y compris au sein de la bourgeoisie éclairée et cultivée.

Tourmenté à divers égards, le scénario ressasse la notion d’«humiliation», suggérant le poids du regard extérieur, famille, amis, voisins, et une épouvantable inversion des torts qui tendrait, en définitive, à introduire une sensation de culpabilité chez la victime.

Emad répète une pièce de théâtre, et ces répétitions sont montrées à intervalles réguliers. Dans une mise en abyme subtile, la pièce répétée est La Mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller. « Le Téhéran d’aujourd’hui est très proche de New York, tel qu’Arthur Miller le décrit au début de la pièce. Une ville qui change de visage à une allure délirante, qui détruit tout ce qui est ancien, les vergers et les jardins, pour le remplacer par des tours. C’est précisément dans cet environnement que vit le commis voyageur », déclare le cinéaste.

Asghar Farhadi joue en permanence avec la censure, en distillant des notations sur le quotidien iranien qui donne une image très critique, mensonge, dissimulation, magouilles y sont monnaie courante. Évoquant le délabrement de Téhéran, un des protagonistes suggère qu’il faudrait «tout raser et tout reconstruire».

Oscillant entre le mélodrame et l’enquête criminelle, Le Client est un fascinant jeu de piste qui révéle la personnalité contrastée des protagonistes. Asghar Farhadi se montre scénariste et dialoguiste hors pair, apte à saisir l’ambivalence des sentiments et la dualité des protagonistes. Le dispositif est d’une redoutable efficacité et confirme le moralisme humaniste d’un auteur de premier plan dans le cinéma contemporain.

Le Client  d' Asghar Farhadi

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

Publié le 15 Novembre 2016

Présenté en avant-première au Festival international du film de La Rochelle 2016 , ce film de Julie Bertuccelli, en présence de l'héroïne du film, Hélène Nicolas est  un documentaire scénarisé et étonnant.

A bientôt 30 ans, Hélène a toujours l’air d’une adolescente. Elle est l'auteure de textes puissants et physiques, à l’humour corrosif. Elle fait partie comme elle dit d’un « lot mal calibré, ne rentrant nulle part ». Visionnaire, sa poésie télépathe pense loin et profond, elle nous parle de son monde et du nôtre. Elle accompagne un metteur en scène qui adapte son œuvre, dialogue avec un mathématicien. Pourtant Hélène ne peut pas parler ou tenir un stylo et n’a jamais appris à lire ni à écrire. C’est à ses 20 ans que sa mère découvre qu'elle peut communiquer en agençant des lettres plastifiées sur une feuille de papier. Un des nombreux mystères de celle qui se surnomme Babouillec.

Filmer une personne en décalage avec sa propre image est déstabilisant. Autant l'apparence d'Hélène Nicolas peut mettre mal à l'aise, autant le pouvoir visionnaire de Babouillec fascine. En entrant dans cette histoire douloureuse et complexe, où l'autisme reste un carcan même vaincu par la force de l'esprit, Julie Bertuccelli est mue par la générosité. Quand un mathématicien vient partager ses connaissances avec la jeune fille, tous deux se rejoignent dans une activité mentale bouillonnante, on touche alors à la dimension cosmogonique de la pensée mise en exergue par le titre.

Déclarations de Julie Bertuccelli:
La question de la différence et des préjugés traverse mon cinéma. Mais faire un film sur l'autisme n'a jamais été mon intention. J'ai voulu multiplier les angles, raconter tout à la fois une artiste au travail, sa relation avec sa mère et la montrer en interaction avec des gens qui la découvrent et se montrent mal à l'aise, incrédules ou épatés. Et ce pour analyser ce qu'Hélène questionnait chez eux et montrer qu'elle est toujours en éveil avec une manière singulière d'être au monde.
J'ai d'abord imaginé un documentaire avec des voix off d'acteurs où j'aurais filmé des impressions en parallèle de ce qu'Hélène vivrait. Mais ce dispositif compliqué ne me correspondait pas. J'ai donc opté pour ce que je fais depuis toujours: vivre au milieu des gens et les filmer comme je le ressens. Ce film raconte donc aussi ma rencontre avec Hélène. Le filtre de la caméra est devenu l'une des histoires du film. Car elle représente pour Hélène une partie de son processus d'ouverture au monde. J'ai ressenti le plaisir qu'elle prenait à exister dans le regard d'un autre.
Je vais loin dans l'intimité profonde d'Hélène. Je craignais d'ailleurs qu'elle ne sache pas m'exprimer son éventuelle gêne. Mais j'avais ce désir de faire connaître son parcours si singulier qui peut donner espoir à de nombreuses familles. Car Hélène n'est pas un "cas" unique. Sa singularité tient dans le fait qu'un chemin a pu être trouvé pour qu'elle puisse avancer. Son cas montre que rien n'est a priori impossible et qu'on ne peut pas cataloguer tous les gens atteints d'autisme comme déficients graves.

Dernières nouvelles du cosmos

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma, #Documentaire

Publié le 23 Mai 2016

Tout est affaire de décor,exposition monographique de Pierre Ardouvin; au Musée d'art contemporain du Val-de-Marne

Pour « Tout est affaire de décor », Pierre Ardouvin propose une vision globale de son œuvre en une scénographie minutieusement orchestrée qui met en lumière une sélection d’une trentaine d’œuvres, assemblées et rejouées pour le MAC VAL. Les œuvres se composent de nouvelles productions et des pièces réactivées, qui datent de 1996 à 2015. Le contraste et la complémentarité sont évidents entre les 1350 m² de la salle d’expositions temporaires du musée, plongée dans l'obscurité et le vestibule et le jardin inondés de lumière.

Le titre de l'exposition fait appel à Louis Aragon, mis en musique par Léo Ferré. « Tout est affaire de décor/Changer de lit changer de corps/À quoi bon puisque c’est encore/Moi qui moi-même me trahis. […] Est-ce ainsi que les hommes vivent. »

Le visiteur, littéralement plongé à l’intérieur de l’univers sensoriel et singulier de Pierre Ardouvin, est invité à arpenter et à recomposer. Les pièces sont autonomes, mais elles dialoguent entre elles pour dessiner un véritable paysage mental. Grâce aux réappropriations d’images et d’objets familiers revisités par son imaginaire, l’artiste offre ici un récit personnel et collectif en investissant les espaces communs, comme par exemple les clichés de la culture populaire de la France des années 60 et 70.

Avec une apparente légèreté, Pierre Ardouvin aborde les thèmes de la perte, du passage du temps, de l’arrachement, de la solitude. Avec distance et humour, il donne à voir la société du spectacle mise à nue et interroge la présence de l'homme au monde en propulsant le visiteur dans un espace en suspens, entre l’innocence de l’enfant rempli d’illusions et la réalité de l’adulte désenchanté.

Alexia Fabre, Conservatrice en chef du Mac/Val déclare:
Le travail de Pierre Ardouvin procède par évocations. Il ne démontre pas, n’affirme rien, mais au contraire se livre tel un puzzle ou une énigme dont les éléments font sens une fois rassemblés. C’est un appel constant à l’imaginaire, à l’appropriation et à l’interprétation de ces indices de sens, de ces bribes de récit.
Dans ce grand paysage nocturne que Pierre compose au MAC VAL, les œuvres de toutes périodes, hors toute chronologie, coexistent pour dessiner ce qui constitue l’essence même de son travail : une attention incessante et inépuisable au monde, traduite par l’assemblage d’extracts de ce même monde, collage de matériaux, d’ambiances, de couleurs et de sentiment
s.

Pierre Ardouvin: Tout est affaire de décor

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain, #Mac-Val

Publié le 12 Mai 2016

François Morellet né en 1926, artiste exigeant, est mort le 11 mai 2016, à Cholet, sa ville natale.

François Morellet est considéré comme l’un des acteurs majeurs de l’abstraction géométrique de la seconde moitié du XXe siècle et un précurseur du minimalisme.

Dès la fin des années 1940, la peinture de François Morellet s'efforce d'évacuer la subjectivité individuelle en obéissant à des préoccupations collectives. Après une courte période figurative (1947-1950), il amplifie cette évolution vers un art délivré de tout romantisme en choisissant l'abstraction en 1950, sous l'influence de Pierre Dmitrienko (1925-1974) : il adopte alors un langage géométrique très dépouillé, marqué par l'exemple de Mondrian, composé de formes simples (lignes, carrés, triangles), dans un nombre limité de couleurs, assemblés dans des compositions élémentaires sur deux dimensions. Ces recherches sont marquées par l’œuvre de Max Bill et l’Art concret, découverts lors d’un voyage au Brésil en 1951, et par les motifs géométriques de l’Alhambra de Grenade, admirés en 1952.

Jusqu'en 1960, Morellet établit les différents systèmes d'arrangement des formes qu'il emploie (superposition, fragmentation, juxtaposition, interférences…), en créant notamment sa première « trame », un réseau de lignes parallèles noires superposées selon un ordre déterminé.

De 1961 à 1968, il est l’un des créateurs et protagonistes de l'Art cinétique au sein du Groupe de Recherche d'Art Visuel (GRAV) avec cinq autres artistes : Francisco Sobrino, Horacio Garcia Rossi, Julio Le Parc, Yvaral et Joël Stein, ainsi que François et Vera Molnar.

Il participe également au mouvement international de la Nouvelle Tendance. Il cherche dans ce contexte à créer un art expérimental qui s'appuie sur les connaissances scientifiques de la perception visuelle et qui soit élaboré collectivement.

En 1963, Morellet commence à créer des œuvres avec des tubes de néon, comme l'artiste américain Dan Flavin.

Après 1970, débute pour lui une troisième période marquée par la création d'œuvres de plus en plus dépouillées, qui jouent avec leur support et l'espace qui les environne. Il réalise alors un grand nombre d'intégrations architecturales, depuis sa première intervention monumentale sur le plateau de la Reynie (Paris, Beaubourg) en 1971.

Pour Morellet, l’œuvre d’art ne renvoie qu’à elle-même. Son titre, généralement sophistiqué (l’artiste aime les jeux de mots), indique la règle du jeu qui a présidé à son élaboration. Il entend contrôler le processus de création et démystifier la mythologie romantique de l'art et de l'artiste, en justifiant chacun de ses choix par un principe établi au préalable, qui peut d'ailleurs aller jusqu’à faire intervenir le hasard dans certaines composantes de l’œuvre.

L’application rigoureuse des notions de géométrie, apporte au fil des années une approche spatiale qui le situe d’emblée à l'avant garde de l'Art concret ou Art minimal. Trois artistes américains, Ellsworth Kelly, Frank Stella et Sol LeWitt ont poursuivi des recherches similaires à François Morellet. Cela aboutit à une création d’où le sentiment est absent : « Une expérience véritable doit être menée à partir d'éléments contrôlables en progressant systématiquement suivant un programme. Le développement d'une expérience doit se réaliser de lui-même, en dehors du programmateur. »

Second artiste à voir de son vivant une œuvre exposée au Louvre, François Morellet a inauguré le 27 janvier 2010 un décor pérenne commandé par le Musée du Louvre : L'esprit d'escalier. Il a investi les baies et oculi de l'escalier Lefuel (aile Richelieu), édifié au milieu du XIXe siècle, et "s'amuse à fragmenter et déstabiliser les vitrages en ferrailles un peu frustes, en les confrontant à leur propre image réalisée grâce à une technique ancienne et précieuse des maîtres verriers".

François Morellet meurt le 11 mai 2016, à Cholet, sa ville natale.

François Morellet déclare à l'occasion de son exposition de 2011 au Centre Georges-Pompidou:

J'ai eu trois influences fondamentales dans ma vie. D'abord, dans les années 1940, les arts premiers, à commencer par les tapas océaniens, ces pièces de tissus qui aiment à répéter les formes, comme ces triangles noirs qui m'ont beaucoup influencé. Ensuite, l'Alhambra de Grenade. Quelle précision, quelle intelligence des formes ! Resté pendant deux siècles à l'abri des barbares catholiques, l'Alhambra est la forme d'art la plus précieuse et décadente.

Enfin, dernière influence, il y a vingt ans, ma découverte du baroque tardif de Bavière et d'Autriche. C'est tout aussi décadent et merveilleux. Je ris de plaisir quand je vois ces auréoles pas droites, ces faux marbres, ces dorures sur plâtre. C'est agréable d'avoir gardé pour la fin de sa vie une telle découverte.

J'essaie de mettre le moins possible de moi-même dans ces œuvres, le moins de décisions subjectives. Mon message, c'est de dire qu'il n'y a pas de message. Je suis, plus que la moyenne, indifférent. J'aime cette citation d'Emile Cioran : « Si un être humain perd la possibilité de l'indifférence, il devient un criminel potentiel. »

Il n'y a pas dans mon œuvre de vérité intouchable. Mais on peut y mettre ce qu'on veut. Marcel Duchamp, ce salaud qui a dit tant de choses avant moi, a clamé que c'était le « regardeur » qui faisait l'oeuvre.


Expositions récentes

 

4 répartitions aléatoires de 2 carrés suivant les chiffres : 31-41-59-26-53-58-97-93 (1958)

4 répartitions aléatoires de 2 carrés suivant les chiffres : 31-41-59-26-53-58-97-93 (1958)

Reflets dans l’eau déformés par le spectateur, 1964

Reflets dans l’eau déformés par le spectateur, 1964

L'Esprit d'escalier, escalier Lefuel (aile Richelieu) Vitrail, œuvre pérenne, musée du Louvre (2010)

L'Esprit d'escalier, escalier Lefuel (aile Richelieu) Vitrail, œuvre pérenne, musée du Louvre (2010)

Lunatic weeping and neonly n° 3 (2010)

Lunatic weeping and neonly n° 3 (2010)

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain

Publié le 11 Avril 2016

Quand on a 17 ans , film français de André Téchiné, sorti en 2016

Damien et Tom étudient dans la même classe au lycée et vivent dans deux environnement complètement différents. Tom vit dans une ferme à la montagne avec ses parents adoptifs Christine et Jacques et fait plus de 3h de déplacement chaque jour pour se rendre au lycée. Damien vit à proximité du lycée avec sa mère Marianne, médecin, tandis que son père Nathan, pilote d’hélicoptère dans l’armée, est stationné à l’étranger et ne fait que de courtes apparitions chez lui, mais communique par Skipe. Ne pouvant pas se supporter, les deux jeunes en viennent régulièrement à des accrochages physiques, bien qu'ils soient tous les deux assez isolés du reste de leur classe. Il semblerait que ces empoignades éveillent en Damien une autre forme d’attirance envers Thomas (Tom).

Un jour, Thomas appelle Marianne pour qu'elle ausculte sa mère, malade depuis un moment. Le médecin découvre que cette dernière est enceinte. Un miracle alors qu'elle a accumulé les fausses couches. Pour soulager la future maman et pour que le climat s'apaise entre les deux adolescents, elle propose d'héberger Thomas, qui habite loin du lycée. Entretemps, Nathan, le père de Damien, revient enfin à la maison après des mois passés en mission. Le film est une histoire racontée suivant trois trimestres des garçons, assez (trop?) étirée dans le temps.

La délicatesse du regard du cinéaste sur la brutalité des gestes ou des événements fait ressortir son mélange de romanesque et de sensualisme. Si l'homosexualité de Damien se précise peu à peu, Tom reste opaque, y compris pour lui-même. Fruste et solitaire, il s'inflige autant de violence qu'il en manifeste à l'égard de Damien. Quand les deux élèves ennemis doivent cohabiter quelque temps, à l'initiative de la mère de Damien, et chez elle, on retrouve un triangle clé de l’œuvre de Téchiné: la mère, le fils et le « mauvais garçon ». Cette petite famille éphémère est mue par un inconscient passablement tortueux. C'est la mère qui, en quelque sorte, désigne à son fils l'objet du désir. Tout un château de cartes de sentiments et de pulsions s'échafaude alors, sur fond de révisions pour le bac.

La nature, paradis perdu, et les saisons successives, autant dire les âges de la vie, sont capitales dans cette histoire. Le superbe générique d'ouverture annonce la couleur : on suit une route de montagne en plein été, et tout à coup, à la sortie d'un tunnel, nous voilà en hiver.

Bien que Téchiné s'en défende (la référence semble inévitable, mais je n'aime pas cette comparaison), la comparaison avec Les Roseaux sauvages (1994) est inévitable. Les personnages ont le même âge et préparent le bac. La guerre, hors champ, parvient dans ces coins perdus de la France rurale, celle d'Algérie dans Les Roseaux sauvages, et les opérations extérieures telles qu'elles se déroulent actuellement dans ce film. La beauté et le mystère de la nature, les premiers émois amoureux, la découverte de l’homosexualité, la perte d’un être cher, l'absence d’un père, l' angoisse de la mort sont des éléments communs, aux deux films, tirés en grande partie de la propre expérience de l'auteur.
Mais ce film est peut-être encore plus radical que le premier. L’homosexualité n’a plus vraiment à se confronter à un verdict social. Personne dans l’environnement des jeunes hommes ne porte un regard homophobe. L’homosexualité ne tient même plus tout à fait lieu d’identité. Le désir sexuel est plus glissant, moins cloisonnant. Cependant, les relations hétérosexuelles sont à peine envisagées par les jeunes gens, et encore sous forme quasi œdipiennes, non pas avec des filles de leur âge, mais avec la figure de la mère bienveillante de Damien.

Déclarations d'André Téchiné:

  • Nous sommes partis de l'idée d'une relation triangulaire entre une mère, dont on voulait faire un personnage important, et deux adolescents qui découvrent leurs désirs. Une seule chose nous guidait : le corps à corps. Écrire un film le plus physique possible, que chaque scène soit un moment d'action. Il était impensable que Tom et Damien expriment leurs émotions comme le feraient des adultes.
  • Le désir de Tom est plus indéterminé. Il doit lutter contre sa frayeur du contact avec Damien. Dès qu'il sent l'attirance qu'il exerce sur Damien, il veut absolument maintenir la distance, il a une résistance très forte et très violente à ce désir. Ça va jusqu'au coup de boule. Il y a une part d'homophobie en lui qu'il n'arrive pas à vaincre. Il est engagé dans un combat douteux. Les préjugés ne sont pas des abstractions, ils sont chevillés au corps.
  • La nature joue un très grand rôle, ça vient du souvenir des Pyrénées mêlé à Emily Brontë qui fait de la lande son personnage principal. Les paysages provoquent des chocs : ils renferment une puissance avec laquelle il est possible d'établir un contact. C'est quelque chose qui existait très fort au dix-neuvième siècle pour les romantiques.
  • La mise en scène est une chose très instinctive chez moi. Les montagnes, les corps des acteurs, les trajets de Tom dans la neige, imaginer de quelle manière tout cela va bouger ensemble, ce sont déjà des éléments de mise en scène avant le tournage mais je refuse de les emprisonner dans un découpage pré-établi. Ce que je peux dire, c'est que je n'ai jamais eu le souci de filmer une scène en fonction de ce qui précédait ou de ce qui allait suivre. Je ne me préoccupais que de donner le plus de présence possible à la séquence que je tournais, comme s'il s'agissait d'un court métrage, comme si c'était la première et la dernière fois.
Distribution
  • Sandrine Kiberlain : la mère de Damien
  • Kacey Mottet Klein : Damien
  • Corentin Fila : Tom
  • Alexis Loret : le père de Damien
Fiche technique
  • Réalisation : André Téchiné
  • Scénario : Céline Sciamma et André Téchiné
  • Lieux de tournage : Luchon (Haute-Garonne) et à Saint-Girons (Ariège)
  • Durée : 116 minutes
  • Date de sortie : 30 mars 2016
Quand on a 17 ans, André Téchiné

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

Publié le 7 Avril 2016

Beaucoup de problèmes du monde, les guerres, les migrants ont pour origine directe ou indirecte le non-respect des droits humains dans de nombreux pays.

L'objectif d'Amnesty International est de contribuer aux respects des droits et des libertés garantis à chaque individu par la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948.

Les membres de la section française sont régulièrement informés des actions d'Amnesty par la Chronique mensuelle, qui présente en particulier les cas d'appels. Il existe également un Rapport Annuel qui synthétise les informations d'Amnesty par pays.

Amnesty International est indépendant financièrement et ne demande ni ne reçoit aucune subvention, ni contribution d'entreprises. L'organisation est entièrement financée par les cotisations, les dons de particuliers et par les sections locales.

C'est dans ce cadre que le Groupe 288, Vallée de l'ORGE, organise

Une Foire aux Livres
le Samedi 9 avril 2016
de 10h à 18h
Salle Georges Lavit
Parc des Sports Jean Moulin
33 avenue de l'Armée Leclerc
91600
SAVIGNY/ORGE


Venez nombreux pour soutenir leur action

Foire aux livres, le samedi 9 avril, au profit D'Amnesty International

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #droits de l'homme, #Amnesty International

Publié le 21 Mars 2016

L'exposition "Ceramix" à la maison rouge à Paris est l'occasion de redécouvrir une partie de l'œuvre de Thomas Schütte. Lion d'or à la Biennale de Venise 2005 , il est l'auteur d'une œuvre protéiforme dans laquelle les maquettes, gravures et sculptures comme sa série de têtes d'hommes massives et monumentales, tiennent une place considérable. Mais Schütte a également pratiqué la lithographie, la céramique émaillée et utilise une grande variété de matériaux.

Thomas Schütte s'est fait connaître au début des années 1980 avec des maquettes de maisons improbables et rigoureuses, modèles d'architecture épurée et souvent très colorée.

Originaire d'Allemagne de l'Ouest, l'artiste s'est intéressé à la Guerre froide et à des thématiques plus contemporaines, entre autres dans ses maquettes : les maquettes d'habitations (Maisons de vacances de terroristes), de banque (Placement immobilier), ou la reproduction miniature d'une station-service intitulée Fais le plein, Allemagne et réalisée pendant la guerre en Irak témoignent ainsi d'un intérêt particulier pour la représentation des modes de vie.

Thomas Schütte assume de multiples héritages comme celui de Brancusi, de Henry Moore ou d'Henri Laurens, ainsi que de Rodin, dont il reprend le Balzac, et lui emprunte sa robe de chambre. Il revendique Daumier, aux caricatures duquel certains de ces personnages, qui paraissent tout autant dériver des deux petits vieux grincheux du Muppet Show, mais préfère évoquer les « têtes d'expression » inspirées par la physiognomonie de Lavater, ces études des passions de l'âme, peuvent faire penser.

Prima Materia , Venise 2013

Prima Materia , Venise 2013

Basler Mask, 2014 , la maison rouge

Basler Mask, 2014 , la maison rouge

Keramik Sketches

Keramik Sketches

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain

Publié le 31 Janvier 2016

Avant-dernier vivant des grands cinéastes ayant marqué le cinéma français dans les années 1960, avec les Cahiers du Cinéma et la Nouvelle Vague (seul Jean-Luc Godard est encore en vie), Jacques Rivette est mort le vendredi 29 janvier, à l’âge de 87 ans, et le mystère qu’il emporte dans sa tombe est aussi vaste que celui qui continue de nimber sa filmographie.

Né à Rouen, le 1er mars 1928, Jacques Rivette aborde le cinéma par le biais de la cinéphilie et de la critique, comme la plupart des futurs réalisateurs de la Nouvelle Vague.
Il croise régulièrement François Truffaut, Jean-Luc Godard et Eric Rohmer à la Cinémathèque. Il fonde La Gazette du cinéma en 1950 avec Eric Rohmer.
Critique aux Cahiers du cinéma à partir de 1952, rédacteur en chef de la revue de 1963 à 1965, Jacques Rivette laisse aussi de grands textes critiques et, plus largement, un héritage qui reste déterminant dans l’appréhension de la modernité cinématographique.

Son rapport au monde, et au cinéma, se forge ainsi sous le signe de la perte de l’innocence, comme en témoigne son texte le plus célèbre, De l’abjection (publié en 1961 dans Les Cahiers du cinéma), où il esquisse une éthique de l’artiste moderne, dont le regard a été à jamais altéré par l’horreur, et dans laquelle la question de la représentation des camps constitue évidemment le point critique. Sur un ton volontairement polémique, Rivette attaque le travelling opéré par Gillo Pontecorvo dans Kapo, au moment du suicide de la déportée qu’interprète Emmanuelle Riva : « L’homme qui décide à ce moment de faire un travelling avant pour recadrer le cadavre en contre-plongée, en prenant soin d’inscrire exactement la main levée dans un angle de son cadrage final, cet homme n’a droit qu’au plus profond mépris. » Poursuivant la réflexion sur la mise en scène entamée par Luc Moullet (« la morale est affaire de travelling ») et Jean-Luc Godard (« les travellings sont affaire de morale »), il oppose à l’« abjection », ainsi disqualifiée, la justesse du point de vue de l’auteur, qui est aussi un rapport au monde.

Dans La Gazette du cinéma, Rivette pose les fondements de la politique des auteurs, et du « hitchkoco-hawksisme », doctrine qui visait à établir une égalité de statut entre, d’un côté, Alfred Hitchcock et Howard Hawks, à une époque où ils étaient considérés comme des faiseurs à la solde des studios, et Balzac de l’autre.

Fer de lance de la Nouvelle Vague, Jacques Rivette en a donné le coup d’envoi, en 1956, quand son court-métrage Le Coup du berger, tourné en 35 mm dans l’appartement de Claude Chabrol, est sorti en salles. Tout au long du demi-siècle qui a suivi, le cinéaste est resté fidèle à l’esprit de liberté qui caractérisa ce mouvement, et qui se traduisait chez lui par une quête incessante du dérèglement. Sur ses tournages en particulier, il distillait une forme de désordre, d’inconfort, poussant ses acteurs à improviser, invitant tous ses collaborateurs à entrer dans la danse, espérant ainsi provoquer l’accident, actionner la magie du hasard.

Aux Cahiers du cinéma, la sûreté de son jugement, la rigueur de son écriture inspirent le respect. « J’avais la réputation d’être le Saint-Just de l’époque », concède-t-il à Serge Daney, dans le documentaire Jacques Rivette, le veilleur, de Claire Denis (réalisé dans le cadre de la série « Cinéastes de notre temps »). Désireux de faire basculer la revue dans la modernité, il se heurte, à partir de 1962, à Eric Rohmer, le rédacteur en chef, mettant en question sa « fascination » (et celle de toute une partie de la rédaction) pour la beauté du cinéma classique américain, appelant au contraire les critiques à se placer dans un rapport de « compréhension ».

Rivette, qui veut ouvrir les pages à la modernité européenne et aux nouveaux cinémas qui émergent dans le monde entier, ainsi qu’à d’autres disciplines artistiques et intellectuelles, prend le pouvoir à l’issue d’un « putsch ». Il imprime à la revue un virage théorique qui va la structurer en profondeur, et pour longtemps – et que symbolise une série d’entretiens avec des personnalités extérieures au cinéma comme Roland Barthes, Claude Lévi-Strauss et Pierre Boulez.

Il réalise en 1958 son premier long métrage, Paris nous appartient. Comme tous les titres des films de Rivette, Paris nous appartient renvoie à une référence cachée, une phrase de Charles Péguy en l’occurrence, « Paris n’appartient à personne ». Enquête paranoïaque dont l’objet, éclaté entre les trajectoires de dizaines de personnages, se dérobe en permanence, ce film met en crise le rapport traditionnel au spectateur. Celui-ci n’arrive plus à s’identifier à ces figures « flottantes » de marginaux que sont les personnages, ni à trouver ses marques dans un Paris privé de ses repères habituels.

Son second long métrage, Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot (Rivette tient à ce titre, plutôt qu'au simple La Religieuse, qui a eu cours un temps), réalisé en 1966 d'après le roman de Diderot, est interdit provisoirement par la censure française. Anna Karina y interprète Suzanne, une jeune fille mise de force dans un couvent mais qui refuse de prononcer ses vœux. Bien que présenté en 1966 à Cannes, il fut interdit par le Ministère pour outrage à la morale publique, malgré l'inspiration tirée d'un roman vieux de plus de deux siècles et l’avis favorable de la commission technique.
L'interdiction est levée dès l’année suivante en 1967, mais le film sort le 26 juillet, au creux de l'été.

Avec L'Amour fou et Out 1 : Noli me tangere (film qui dure 12 heures 40 et dont une version « courte » de 3h45 a circulé sous le titre de Out 1 : Spectre), il approfondit ses recherches sur l'improvisation et le mélange entre fiction et documentaire.

Jacques Rivette n'est pas un homme de provocation, malgré le scandale causé par Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot. Ses films sont fondés sur l'idée que le cinéma est une expérience, voire une expérimentation. Il explore (et parfois explose) ainsi sans regret et toujours avec un plaisir évident les normes habituelles, faisant allègrement fi des codes et conventions du 7e art. C'est dans cette optique qu'il travaille également la question de la durée : le « cas » Out 1 reste, à ce titre, un exemple unique en son genre et emblématique de la démarche iconoclaste de Rivette ; démarche qui deviendra une constante dans son œuvre (la durée de ses films excèdent en effet presque toujours les 2h30 et au-delà).

La longueur, voire la lenteur des œuvres peut rebuter, mais elle est à prendre comme une expérience à part entière, voire une expérimentation (sans compter qu'elle permet au spectateur consentant de « circuler » à son aise dans le film, participant ainsi « activement » au processus de création filmique renouvelé à chaque vision du film). C'est particulièrement vrai pour le très ludique Céline et Julie vont en bateau (1974), dans lequel s'entremêlent le fantastique et le quotidien.

Rivette revient à un certain réalisme dans Le Pont du Nord (1980), avant de développer à nouveau ses thèmes favoris (le complot, le mystère, le théâtre) avec L'Amour par terre (1984) et La Bande des quatre (1988).

En 1991, Emmanuelle Béart devient La Belle Noiseuse dans le film éponyme, aux côtés de Michel Piccoli et Jane Birkin, et Sandrine Bonnaire sera Jeanne d'Arc dans le diptyque Jeanne la Pucelle (1994), composé des Batailles et des Prisons.

En 2000, Jacques Rivette réalise Va savoir, une comédie librement inspirée du Carrosse d'or de Jean Renoir, cinéaste auquel il avait consacré en 1966 un documentaire intitulé Jean Renoir, le patron.

Tels des sociétaires d'une troupe théâtrale (on pourrait presque parler d'une « Compagnie Jacques Rivette »), de nombreux comédiens se retrouvent dans plusieurs films du cinéaste : Sandrine Bonnaire et Emmanuelle Béart notamment ; la première dans Secret défense (1997), la seconde dans Histoire de Marie et Julien (2004), deux films où Rivette renoue avec sa veine sombre. Jane Birkin, Anna Karina, Laurence Cote, Nathalie Richard ou Jerzy Radziwilowicz ont également participé à plusieurs projets de Rivette.

Jean-Pierre Léaud dans Out1

Jean-Pierre Léaud dans Out1

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

Publié le 14 Décembre 2015

Banksy continue son œuvre en soutien aux migrants de Calais. Celui que personne n’a jamais vu vient de laisser trois œuvres sur des murs de Calais, deux en centre-ville et une dans la «jungle».

La première, réalisée à l’entrée de la «jungle», où survivent dans des conditions extrêmement précaires près de 4 500 migrants, représente Steve Jobs (1955-2011) avec un baluchon et un ordinateur. «On nous fait souvent croire que l’immigration est une perte pour les ressources d’un pays mais Steve Jobs était le fils d’un immigré syrien, rappelle Banksy dans un communiqué. Apple est la société qui dégage le plus de bénéfices et qui paye plus de sept milliards de dollars d’impôts, mais cela a pu être le cas seulement parce qu’un homme venu de Homs a pu entrer.»

Précisément Steven Paul Jobs naît le 24 février 1955 à San Francisco d'un père d'origine syrienne, Abdulfattah Jandali et de Joanne Carole Schieble, américaine d'origine suisse. Alors que Joanne est enceinte, son père la menace de la priver de son héritage si elle épouse un non catholique, elle décide donc d'abandonner son fils. Le nouveau-né est alors adopté par Paul Reinhold Jobs et Clara. La suite est connue, il fondera Apple avant de devenir une des premières fortunes mondiales et de mourir prématurément d'un cancer.

Banksy offre Steve Jobs à Calais

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain, #droits de l'homme

Publié le 2 Décembre 2015

Mia Madre est un film bouleversant et qui montre la maturité du réalisateur Nanni Moretti.Il renouvelle son talent fabuleux à suggérer dans l’organisation concrète des situations un débordement de l’intériorité des personnages, des évocations de rêves, d’angoisses ou de fantasmes qui prennent pourtant pied dans la stricte matérialité de la scène. Toujours ainsi à cheval entre le réel et le mental, il respecte néanmoins une discipline de cinéma d’une inflexibilité absolue, n’utilisant aucun autre langage que la grammaire simple des plans et des actions, pas une ligne de texte outrageusement littéraire, pas un seul effet superflu,

Margherita est une réalisatrice en plein tournage d’un film dont le rôle principal est tenu par un célèbre acteur américain. À ses questionnements d’artiste engagée, se mêlent des angoisses d’ordre privé : sa mère est à l’hôpital, sa fille en pleine crise d’adolescence. Et son frère, quant à lui, se montre comme toujours irréprochable. Margherita parviendra-t-elle à se sentir à la hauteur, dans son travail comme dans sa famille ?

Mia Madre revient aux sources de l'autofiction de Moretti, le personnage principal est cinéaste, il rouspète et s'inquiète, en proie au doute, fragilisé par la mort annoncée de sa mère, naguère enseignante de latin très estimée. Mais ce n'est plus Moretti qui interprète ce personnage obsessionnel et irascible, mais un alter-ego au féminin, Margherita Buy, comédienne devenue régulière, qui a déjà tourné deux fois avec lui.

On la voit ici en plein tournage d'un film autour d'une usine en lutte, avec des ouvriers refusant les licenciements. Dedans joue un acteur américain un peu raté, embauché par amitié et qui s'avère vite très pas vraiment professionnel et capricieux. De plus il souffre de prosopagnosie, (comme Brad Pitt, en réalité) et ne reconnait pas les visages; ce qui donne, au début du film une scène cocasse où il drague la réalisatrice, pourtant amie de longue date, alors qu'elle vient le chercher à l'aéroport.

Il y a des moments irrésistibles dans Mia Madre, comme cette scène maintes fois recommencée et loupée à chaque fois, de Turturro filmé au volant d'une voiture. Ou cette autre, où il est incapable de dire deux répliques simples comme bonjour. On pense alors au Bill Muray de Lost in translation Mais ce qu'on préfère encore, ce sont ces moments de grâce où la caméra circule comme en rêve, dans les couloirs, l'appartement de la mère, arpenté, caressé comme un lieu riche de mémoire, rempli de livres, d'objets personnels chargés d'histoire. Des rêves ou des divagations, il y en a d'ailleurs, dont un magnifique, sur une ballade mythique de Leonard Cohen (Famous Blue Raincoat), où Margherita longe lentement une file de spectateurs qui semble infinie, devant un cinéma où l'on projette Les Ailes du désir de Wim Wenders.

Nanni Moretti propose une nouvelle tragi-comédie sur la famille, le deuil et le cinéma. Pour autant, le film n’est pas strictement conservateur. Moretti ne dit pas que le monde d’aujourd’hui vaut moins que celui d’hier, seulement qu’il aime le passé et ne prend pas le temps de tant goûter le présent. Ici, par exemple, le cinéma contemporain n’existe pas et les citations cinéphiles renvoient inlassablement à des amours de toujours, de Wim Wenders au film noir hollywoodien des années 1950. La revalorisation des racines, celles d’un présent et d’un futur qui ne sont déjà plus les siens mais ceux de la génération suivante, personnifié par le personnage de sa nièce, passe aussi par la prépondérance du latin au sein de l’intrigue. Son instruction, généralement remise en question aujourd’hui, ne l’est aucunement par la famille de Margherita. Plus le récit avance, plus la langue morte reprend vie. Leçon imposée pour l’adolescente, le latin devient un plaisir partagé par sa mère, son oncle et sa grand-mère.

Mia Madre, chef d'œuvre de Nanni Moretti

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma italien