Publié le 5 Septembre 2017

Une actrice (Jeanne Balibar) va jouer Barbara, le tournage va commencer bientôt.  Elle s’appelle Brigitte, elle doit jouer la longue dame brune sous la direction d’un cinéaste roux, veste en tweed, un brin timide, transi d’admiration (Mathieu Amalric, lui même). Elle travaille son personnage, la voix, les chansons, les partitions, les gestes, mais aussi le tricot, elle apprend les scènes, le film va, avance, l'admiration grandit, de l'actrice pour Barbara, du réalisateur pour Barbara, du réalisateur pour l'actrice.

Leurs identités peuvent se confondre, il n'y a que deux lettres de différence entre leurs noms. Leurs silhouettes, physiques comme intellectuelles, peuvent tout autant être mises en surimpression. Deux femmes brunes, longues mais aussi deux incarnations d'une féminité moderne et libérée.

De son propre aveu au dernier festival de Cannes, où le film inaugurait la section « Un certain regard », Mathieu Amalric afirmait que son optique n'avait jamais été de faire de Barbara un "biopic", mais bien plus une étude du fétichisme. A fortiori amoureux, quand lui aussi y possède son double. Amalric dans l'ombre derrière la caméra, et un peu dans la lumière en jouant Yves Zand, le personnage réalisateur du film. Sur le papier, Barbara avait l'intention de faire revenir la chanteuse, Amalric a sans doute eu aussi envie de faire revenir Balibar.

Barbara est donc constitué de variations sur le même thème, celui de l'amour éperdu, puisqu'on y voit aussi bien des fans en pâmoison devant la chanteuse qu'Amalric devant Balibar. Barbara est connue pour ne jamais s'être encombrée des conventions, Amalric s'en passe tout aussi bien pour ce film, abandonne l'idée de continuité quand il passe sans problème d'une image documentaire de la chanteuse face à son public à une autre, fictionnelle, reconstituée, de la même séquence, mais avec l'actrice en train de la jouer. La ressemblance physique a été accentuée par le port d'une prothèse de nez pour Balibar.

Une autre séquence voit l'authentique Barbara signer des autographes avant que ne s'y substitue un Yves Zand plus que jamais transi devant son actrice, qui lui tend une photo. Celle-ci lui demande alors s'il est en train de faire un film sur Barbara ou sur lui. La réponse est sans équivoque des deux côtés de l'écran : « C'est la même chose ».

Il n'y a aucun récit linéaire sur les épisodes clés de l’existence de la chanteuse, ce film est l'antithèse de La Môme , l'excellente biographie d'Edith Piaf par Olivier Dahan. Ce n’est pas la biographie qui intéresse le réalisateur, mais l’esprit de la chanteuse, ses vertiges, ses sensations, ses émotions, qui déteignent si bien sur nous lorsqu’on l’écoute.

Amalric s’amuse à composer, à improviser autour des gestes, des rites, des accessoires, lunettes noires, piano, boa. Il montre comment a pu naître telle chanson (Je ne sais pas dire), comment la chanteuse de Nantes se préparait, répétait, habitait la scène bien avant ses concerts, comment elle envoûtait tous ceux qui l’entouraient. Tout est vrai dans les éléments biographiques énoncés, mais Amalric procède par allusions ou révélations fugitives: son enfance de petite fille juive, la guerre, le père incestueux, la mère envahissante. Il dit énormément, mais en allant vite, en glissant, pour ne pas rompre le charme.

Barbara, un hymne d'amour d'Amalric
Barbara, un hymne d'amour d'Amalric

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma, #Barbara

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Publié le 17 Juillet 2017

C’est après avoir lu un livre sur Hiroshima que Jean-Gabriel Périot avait pris conscience qu’il existait un manque de connaissance globale des événements ayant mis fin à la Seconde Guerre Mondiale. De cette réflexion était né en 2007 son court métrage 200 000 Fantômes. Ce film explorait l’histoire du Dôme de Genbaku, l’un des rares bâtiments à être resté debout malgré sa proximité avec l’hypocentre de l’explosion, au travers de 650 images d’archive mises bout à bout s’étalant sur une période comprise entre 1914 et 2006.

Dix ans plus tard, Jean-Gabriel Périot traite à nouveau de l’histoire d’Hiroshima dans Lumières d’été. Cette réflexion autour du manque de connaissances est par ailleurs énoncée à voix haute par le personnage de Akihiro, quand celui-ci déclare que les Français ne se soucieront pas de son documentaire puisqu’ils n’ont que très peu d’intérêt pour un événement vieux de 72 ans qui a eu lieu à l’autre bout du monde.

Le film débute sur le tournage d’un documentaire télévisé. En ouvrant son long métrage par une audacieuse interview de vingt-cinq minutes en plan séquence, le réalisateur français explore les souvenirs d’une survivante ayant connu le bombardement atomique d’Hiroshima lorsqu’elle était une jeune fille. Cette hibakusha confronte alors Akihiro, l’intervieweur, et les spectateurs au récit asphyxiant et pesant des moments de terreur et d’incompréhension qui régnaient sur Hiroshima le 6 août 1945 et les jours suivants.

Mme Takeda, une survivante d’Hiroshima, relate ses souvenirs. Elle raconte la courte vie et la mort prématurée de sa sœur, élève infirmière, qui a soigné les bléssés d'Hiroshima, avant de succomber aux effets de radiations. C’est en faisant appel à une actrice que Jean-Gabriel Périot a pu mettre en scène cette bouleversante ouverture. Souhaitant initialement recueillir le témoignage d’une vraie hibakusha et y inclure une légère modification pour nourrir le travail de fiction qui allait suivre, le réalisateur français s’est confronté à l’impossibilité des survivants de modifier leur récit par respect pour les diverses personnes impliquées, blessées ou décédées. Dès lors, il a fait le choix avec sa co-scénariste Yoko Harano, elle-même petite fille de hibakusha, de réunir différents témoignages pour en construire un nouveau qui permettrait à la fois d’embrasser le travail de fiction que constitue Lumières d’été et de retracer le plus fidèlement possible les événements.

Quittant le plateau, très touché, il marche dans le Parc de la Paix et rencontre Michiko une femme native d’Hiroshima, qui a toujours vécue là. Elle est jeune, mais parle (seul les spectateurs japonais peuvent reconnaitre le parler d'Hiroshima des années 1950) et s’habille comme une « vieille ». Elle lui parle de sa ville, ils continuent à marcher. Leurs sourires, leurs hésitations, et leur gêne drôlement contenue annoncent bien plus qu’un amour à venir.

Avec un entrain communicatif, ils parlent aux passants, et rencontrent un vieil homme qui a vécu le bombardement. La jeune Japonaise en est très émue, elle qui parle d’histoire doctement, évoquant de nombreux détails troublants. Elle parle de ses études d'infirmière interrompues. Le japonais, parisien qu’il est devenu, réapprend à sourire, à parler aux inconnus dans la rue. Ils rencontrent un grand-père qui apprend à pêcher à son petit-fils. Il les invite à venir partager un repas du soir.

Akihiro se retrouve, au bout de la nuit, sur le lieu d’une étrange cérémonie. C'est un Bon Odori, danse de la fête des morts, traditionnellement célébrée dans le Kansai autour du 15 août, date très proche du 6 août, anniversaire du bombardement. Cette fête très particulière, il en saisit le sens, alors qu’il redécouvre seulement les traditions du Japon. Se laissant emporter, il commence à percevoir ce qui advînt ici. « Ce qui, jusque-là, était resté invisible ». Ce que, maintenant, il vit, découvrant au matin que Michiko à disparu et que son rêve d'amour avec un fantôme était impossible.

Pour autant, cette figure ne ressemble en rien aux fantômes occidentaux et adopte des traits plus poétiques pour affirmer un lien irrémédiable avec le passé. Bien que ce fantôme ait recours au dialecte usité à Hiroshima en 1945, il rompt avec la représentation habituelle de ces êtres dans la culture japonaise. Loin de formes particulières pouvant l’apparenter à un ectoplasme, cette figure fantomatique trouve son unicité dans son absence de but concret. Bien qu’il symbolise le passé indissociable de la ville d’Hiroshima, ce fantôme n’a pour raison d’exister que la volonté de marquer une étape de transition dans la vie des différents individus qu’il croise et accompagne.

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Autres films

Lumières d'été, se souvenir d'Hiroshima

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma, #Japon, #politique

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Publié le 15 Juillet 2017

Visages, villages un long métrage de Agnès Varda et JR, présenté à Cannes et sortie en salles le 28 juin 2017.
Pas vraiment un documentaire, ni une fiction, mais un film  drôle et  émouvant. Deux personnages que tout oppose, mais qui ont beaucoup de points communs : elle, toute petite et lui, tout grand. Lui tout jeune, et elle, toute vieille. Un couple vagabond qui va, qui vient et qui disserte, qui rencontre des gens, qui sait leur parler et les faire parler. Et cette camionnette magique où les photos se font, et d’où sortent d'immenses images qu’ils plaquent sur des lieux étranges.

Agnès Varda et JR ont des points communs, passion et questionnement sur les images en général et plus précisément sur les lieux et les dispositifs pour les montrer, les partager, les exposer. Agnès a choisi le cinéma. JR a choisi de créer des galeries de photographies géantes noir et blanc en plein air. Quand Agnès et JR se sont rencontrés en 2015, ils ont aussitôt eu envie de travailler ensemble, tourner un film en France, loin des villes, en voyage avec le camion photographique de JR. Hasard des rencontres ou projets préparés, ils sont allés vers les autres, les ont écoutés, photographiés et parfois affichés. Le film raconte aussi l’histoire de leur amitié qui a grandi au cours du tournage, entre surprises et taquineries, en se riant de leurs différences.

Ils parcourent les routes de France, sans plan de bataille, pour dénicher des sujets à photographier et des façades à encoller. Leur promenade improvisée les mène dans un coron du Pas-de-Calais, dans une usine chimique des Alpes, sur le port du Havre et dans un village fantôme de la Manche. Les projets de collages occasionnent une multitude de saynètes avec les habitants, dont les portraits géants sont placardés sur les murs.

Pour immortaliser la mémoire et lui donner corps, le photographe JR et son équipe collent des clichés géants, comme autant de mises en abyme, qu’ils font développer à l’aide d’une sorte de voiture-photomaton. Des portraits viennent alors orner une maison ou un lieu à forte valeur affective, manière dans certains cas de commémorer une personne disparue, ou dans d’autres de scénariser l’existence du vivant. Dans un désordre apparent, les idées fusent et sautillent avec légèreté sans jamais se défaire d’une réelle densité. Chez elle, la gravité n’existe que compensée par la drôlerie et la fantaisie.

JR, qui ne veut jamais enlever ses lunettes de soleil, rappelle à Agnès les habitudes de Godard. Elle se souvient alors d’un vieux court-métrage dans lequel le réalisateur suisse les enlève, chose rare, en compagnie d’Anna Karina. Résurgences, toujours. Entre le pimpant JR et la sage et aventureuse Agnès, c’est un geste de transmission. Le premier immortalise de la seconde les yeux dont la vue s’amenuise, et les pieds dont la force se dérobe. JR va "disséquer" Agnès, c'est à dire qu'il photographie ses yeux qui désormais voient flous, il photographie ses petites mains, ses orteils de bébé, et il fait d'immenses agrandissements de ses morceaux d'Agnès. Il colle ça sur un vieux train de marchandises, qui démarre ! Et Agnès dit : il va où je n'irai jamais.

Agnès Varda parle de la disparition et de la vieillesse, du fait qu'elle perd la vue. Elle parle aussi de tous les gens qu'elle a aimés, qu'elle a perdus. Elle évoque  le photographe Guy Bourdin où elle utilise une image d'elle reproduite au format des images de JR. Elle la met sur un blockhaus qui est tombé du haut d'une falaise, mais qui, du coup, est tombé de manière déséquilibrée. Le blockhaus devient une espèce de berceau dans lequel Guy Bourdin se love comme un bébé. C'est à la fois un berceau et un tombeau. Et la mer va recouvrir le blockhaus jusqu'à faire disparaître l'image en une nuit.

Visages Villages

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

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Publié le 1 Avril 2017

Abraham Poincheval s'est installé dans un poulailler artificiel mercredi 29 mars au Palais de Tokyo. Il va couver une douzaine d'œufs et va tenter de faire éclore ces œufs à la seule chaleur de son corps.
Trois semaines seulement après s'être enfermé huit jours dans un «sarcophage de pierre» taillé à sa silhouette, Abraham Poincheval s'attaque maintenant à son «premier travail avec du vivant».  Il s'est enfermé mercredi midi dans un «vivarium» en plexiglas chargé selon lui de «conserver un air et une humidité assez stables.
La performance, nommée Œuf, doit durer entre 21 et 26 jours. L'artiste ne s'est autorisé qu'une sortie d'une demi-heure chaque jour, afin de ne pas craquer. À l'intérieur, le performeur a de quoi boire et manger, mais aussi une chaise faisant office de table de couvaison, avec un trou à l'intérieur et un système pour poser les œufs.

Abraham Poincheval a réalisé de nombreuses performances avec Laurent Tixador, formant durant plusieurs années le duo Tixador Poincheval. En 2001, ils réalisent Total Symbiose et s’installent sur la partie inhabitée des îles du Frioul afin d’y vivre en complète autarcie dans les conditions de l’ère paléolithique pendant 8 jours. Ils se servent des ressources environnantes pour se nourrir et survivre et n’emportent avec eux uniquement de l’eau potable et une caméra afin de filmer leur vie sur l’île. En 2002, pour L’Inconnu des grands horizons ils se décident à marcher en ligne droite de Nantes à Caen et de Caen à Metz en franchissant les obstacles qui se tenaient devant eux. En 2006 pour Horizon moins vingt Tixador et Poincheval réalisent leur première tentative d’enfermement : les deux artistes entreprennent de creuser un tunnel de vingt mètres de long pendant 20 jours tout en rebouchant derrière eux.

Ses précédentes performances:

*2016 : Vigie / Stylite et La Vigie urbaine.
Il se perche sur un mât à plus de douze mètres du sol une première fois devant La Criée, centre d’art contemporain à Rennes. Il réitère cette performance lors de la Nuit Blanche à Paris (Vigie / Stylite, 2016) cette fois-ci à plus de vingt mètres du sol. Il reste durant 6 jours consécutifs sur une plateforme de 1,6 x 1 mètre avec le nécessaire vital.
Il déclare :
« Quand je suis enfermé à l’intérieur d’une chose, il y a de la matière qui permet de visualiser cet enfermement, qui empêche de voir, bloque la relation avec l’extérieur. Je me suis dit que si je m’enfermais dans le vide, pour ainsi dire, c’est-à-dire dans un contexte plutôt que dans un chose, la performance serait alors différente. »
*2015 : La Vigie (La Rhétorique des Marées vol. 1, Esquibien)
*2015-2016 : La Bouteille (Port-Saint-Louis-du-Rhône – Villeurbanne, Arles, Villeneuve-lès-Avignon, Île de Miribel-Jonage, Andancette, Lausanne Suisse)
Il remonter le Rhône de Lyon jusqu’en Suisse dans une grande bouteille en verre dont l’entrée (le goulot) mesure 60 cm de diamètre : il ne peut entreprendre la sortie qu’avec l’aide d’une tierce personne. Durant plusieurs semaines l’artiste voyage à l’intérieur de sa bouteille et effectue des arrêts tout au long de sa remontée. Parti de Villeurbanne, un camp de base est installé à l’IAC centre d’art contemporain de Villeurbanne, le public pouvait à l’occasion s’entretenir avec l’artiste lors de rendez-vous skype.
*2014 : Dans la peau de l'ours (Musée de la chasse et de la nature, Paris)
Pendant 13 jours l’artiste hiberne dans le ventre de l’animal.
*2012 : 604800s (Marseille)
Dispositif lui permettant de passer une semaine sous terre dans un trou de 60 cm de diamètre. L’espace situé au milieu de la librairie de l’Histoire de l’œil à Marseille est refermé par un rocher qui bouche l’entrée.

Abraham Poincheval couve des oeufs

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain, #art conceptuel

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Publié le 24 Février 2017

“On est chez nous !”, hurlait la foule au meeting lyonnais de Marine Le Pen, contredisant de fait les cadres FN qui ont crié à la caricature à propos de ce film qu’ils n’avaient pas vu. Les protagonistes du film sont conformes à la réalité, voire en deçà. Lucas Belvaux a bien noté toutes les façons d’être d’extrême droite dans le contexte du marketing électoraliste de la dédiabolisation.

Pauline se voit proposer par le médecin Philippe Berthier, paternaliste, notable local, tout en séduction bourgeoise, pateline et machiavélique, et qui se révèle un cadre du parti nationaliste le « Bloc patriotique », de se porter candidate aux élections municipales. Alors « se battre pour les gens, pour notre famille et pas pour des idées », parce que « faire de la politique n’est pas un métier mais un engagement » ne peut laisser indifférente Pauline, si gentille et si dévouée. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si elle a été choisie. Elle fera une très belle « tête de gondole ». Quand elle proteste pour ne pas avoir été consultée sur le programme municipal, on lui répond qu'il est le même partout, avec "quelques adaptations", ce qui a été d'ailleurs la stricte réalité aux dernières municipales.

Et qu’importe si le racisme « au quotidien » peut surgir au détour d’un barbecue dominical sans que personne ou presque ne s’en soucie, Pauline se laisse tenter, ensorcelée par Mr le Docteur et le Bloc Patriotique. Il a accompagné sa mère jusqu’au dernier souffle, il a été une sorte de mentor, ils travaillent de concert .

À travers cette trame, le film vise moins à faire polémique en agitant des personnalités publiques qu’à mettre en évidence une certaine logique d’appareil et le climat délétère que celle-ci instaure dans le corps social. Logique, tout d’abord, d’une vaste opération de communication : l’extrême droite traditionnelle se présente sous un jour rassurant et républicain, cachant sous une rhétorique ripolinée (on conseille aux militants de remplacer le vocable de « bougnoule » par « racaille »), les vieilles casseroles du racisme et de la violence identitaire. Logique, ensuite, de la récupération populiste, les têtes du parti s’abritent derrière une proximité de façade avec les « gens normaux », mais à des fins purement électoralistes. Ainsi, Belvaux n’oublie jamais que derrière ces manœuvres réside un autre enjeu, celui de la consolidation de certaines hiérarchies sociales, le médecin notable posant en Pygmalion de l’infirmière issue de la classe ouvrière.

Lucas Belvaux excelle dans la démonstration. Sans crainte de prendre le risque de rendre attachants, qui du médecin paternaliste au grand cœur dont les idées semblent frappées au coin du bon sens, qui du skinhead repenti sauvé par l’amour, il démonte pièce par pièce les ressorts du populisme à la française et dissèque l’embrigadement idéologique avec une minutie chirurgicale. De la ratonnade à la réunion de cellule et ses conseils de vocabulaire, en passant par la chargée de communication qui fleure bon la manif pour tous ou les blogs internet, qui distillent la puanteur de la rumeur, rien de l’ineffable engrenage populiste, de ses vices et de ses travers ne sera épargné.

Co-écrit avec Jérôme Leroy, auteur du roman Le Bloc dont il est inspiré, le film fait la part belle au réel talent des deux comédiens principaux pour nous faire boire le calice jusqu’à la nausée si chère à J.P Sartre. Histoire d’une France d’aujourd’hui qui se cherche de l’espoir et jolie leçon d’électoralisme version « très mauvais aloi », « Chez nous » marque le retour d’un cinéma politique engagé qui faisait cruellement défaut dans le paysage. On y oscille entre répulsion et stupéfaction, on se fourvoie à son tour dans le piège, on s’attache mais quand tombe le couperet de l’odieuse réalité, on ne peut qu’applaudir. Mais, une fois la lumière revenue, ce n’est pas que du cinéma cette fois, c’est ici, c’est maintenant et c’est chez nous.

Le tableau de cet humus aux raisons et horizons divers qui finit par s’agréger et s’enkyster dans notre paysage politique est particulièrement bien vu ainsi que les scènes sur la mécanique interne du parti et son double langage. Dans ses meilleurs moments, le film tend la main au polar, avec ses scènes de surveillance, de filature, de chantage, de virées et d’âpres tractations nocturnes. Il donne ainsi un accès symbolique, et d’autant plus marquant, au rapport de force qu’un certain personnel politique exerce sur ses sujets, comme aux gestes de pouvoir qui président à ses agissements.

"Chez nous" , un film salutaire

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma, #politique

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Publié le 12 Février 2017

Rendons hommage à Jirô Taniguchi mangaka japonais, mort, à l'âge de 69 ans, samedi 11 février 2017.

Invité pour la première fois en 1991 au Festival d'Angoulême, Jirô Taniguchi était alors inconnu. Il était revenu en 2015 comme invité d'honneur.

Lecteur dans sa jeunesse de mangas, il décide de devenir mangaka en 1969, et devient l'assistant de Kyūta Ishikawa. Il publie sa première bande dessinée en 1970 : Kareta heya, puis devient assistant de Kazuo Kamimura. C'est à cette époque qu'il découvre la bande dessinée européenne, alors inconnue au Japon, et dont le style (netteté et diversité du dessin), notamment celui de la Ligne claire, va fortement l'influencer.

Il s'associe dans les années 1980 avec les scénaristes Natsuo Sekikawa (également journaliste) et Caribu Marley, avec lesquels il publiera des mangas aux styles variés : aventures, policier, mais surtout un manga historique, Au temps de Botchan ( Botchan no jidai, 2002-2006), sur la littérature et la politique dans le Japon de l'ère Meiji.

Autour du thème de la relation entre l'homme et la nature, il s'attache particulièrement à l'alpinisme, avec K, Le Sauveteur, Le Sommet des dieux (Kamigami no Itadaki, 2004). L'histoire présente deux thèmes principaux, tous deux inspirés de faits réels et articulés autour des enquêtes du photographe Fukamachi Makoto . Le premier est la rivalité entre deux alpinistes japonais, Hase Tsunéo, qui a été fortement inspiré de Tsuneo Hasegawa, alpiniste conventionnel, et Habu Jôji, d'origine modeste et marginalisé par une ascension ayant entrainé la mort de son coéquipier. Il est maintenant obligé de grimper en solitaire et dans la clandestinité.
Le second thème, qui maintient le suspense tout au long des 5 tomes, est le mystère entourant le sort de George Mallory, le célèbre alpiniste qui fut le premier à essayer de vaincre l'Everest. George Mallory disparût avec Andrew Irvine, lors de cette ascension en 1924, sans que l'on puisse savoir s'ils sont parvenus au sommet. L'appareil photo de Mallory, jamais retrouvé, pourrait fournir des indices précieux, et celui-ci serait peut-être réapparu dans une boutique de Kathmandou.

Son dessin, bien que caractéristique du manga, est cependant accessible aux lecteurs qui ne connaissent que la bande dessinée occidentale. Taniguchi dit d'ailleurs trouver peu d'inspiration parmi les auteurs japonais, et est plus influencé par des auteurs européens, tel que Jean Giraud, avec qui il a publié Icare, ou François Schuiten, proche comme lui de La Nouvelle Manga, mouvement initié par Frédéric Boilet, le promoteur du manga d'auteur en France.

Son histoire d'amour avec la France débute en 1995 lorsque Casterman publie L'Homme qui marche. Ces déambulations dans les rues de Tokyo sont prétextes à l'observation, aux souvenirs et aux plaisirs minuscules que procurent la vue d'un arbre ou le rire d'un enfant, ces récits de promenade inaugurent un genre nouveau.

Le vrai déclic se produit en 2002 avec Quartier lointain (Haruka-na machi, 2002). Cette histoire fantastique d'un quadragénaire condamné à revivre l'année de ses 14 ans devient par la grâce du bouche-à-oreille un phénomène d'édition. Plus de trois cent mille exemplaires vendus et un intérêt qui ne faiblit pas, puisque en 2010 le manga a été porté à l'écran par le Belge Sam Garbarski, puis adapté un an plus tard au théâtre par le Suisse Dorian Rossel. Virtuose de la mise en scène, le mangaka sait faire parler les images. Il excelle dans les décors minutieux et les situations suspendues où les regards, les silences et les non-dits en disent davantage que n'importe quel dialogue. Densité de l'image et économie de paroles pour un maximum d'émotion.

Notons encore Les Années douces ( Sensei no kaban, 2008 ).Tsukiko, 35 ans, croise par hasard, dans le café où elle va boire un verre tous les soirs après son travail, son ancien professeur de japonais. Elle est, semble-t-il, une célibataire endurcie, quant à lui, il est veuf depuis de longues années, et dépasse les 70 ans. La relation de Tsukiko et du Maître est indéfinissable, parfois distante et presque froide, parfois proche de celle d'un couple d'amoureux, parfois d'une très forte amitié, parfois simplement de deux êtres qui se découvrent et sont apaisés par les mêmes choses est, quoi qu'il en soit, singulière est douce, douce comme ces années qu'ils passeront à se croiser et s'arrêter l'un à côté de l'autre. Mais insensiblement le hasard fait place aux rendez-vous programmés et l'amour platonique devient contacts physiques poussés.

Taniguchi, pourtant, n'était pas toujours prophète en son pays. Sa notoriété y est sans commune mesure avec la passion qu'il suscite en France. Adapté en série et diffusé sur TV Tokyo, Le Gourmet solitaire ( Kodoku no gurume, 2005) fait d'excellentes audiences, les déambulations tokyoïtes d'un commercial en costard-cravate à la recherche des gargotes où l'on prépare encore le porc sauté, les haricots noirs sucrés ou les beignets de poulpe à l'ancienne passionnent un public urbain à la recherche de ses racines. Sorti au Japon en 1994 dans un quasi-anonymat et réédité depuis la diffusion de la série, le manga s'est écoulé à plus de quatre cent mille exemplaires.

Hommage à Jirô Taniguchi

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #Japon, #Manga

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Publié le 6 Décembre 2016

Bacalaureat  de  Cristian Mungiu a été primé au  Festival de Cannes 2016 par le prix de la mise en scène. 

Romeo, médecin dans une petite ville de Transylvanie, a tout mis en œuvre pour que sa fille, Eliza, soit acceptée dans une université anglaise. Il ne reste plus à la jeune fille, très bonne élève, qu’une formalité qui ne devrait pas poser de problème : obtenir son baccalauréat. Mais Eliza se fait agresser et le précieux sésame semble brutalement hors de portée. Toute la vie de Romeo est remise en question. Il oublie alors les principes qu’il a inculqués à sa fille, entre compromis et compromissions.

L' inquiétude morale est un thème qui continue de hanter les cinéastes qui ont vécu, durant tant de temps, le communisme. Se compromettre ou pas ? Ruser ou sombrer ? Cristian Mungiu met constamment la théorie en pratique, sans jamais sombrer dans le film à thèse. Tout le monde, en Roumanie post-communiste, semble destiné à obliger quelqu'un à lui être redevable. Contrairement à son épouse, pour qui les mots « devoir » et « honneur » ont encore de l'importance, Roméo n'est plus l'idéaliste qu'il était. La foi, l'espérance et l'amour, n'ont pas résisté à la peur ambiante, à la pauvreté permanente et, peut-être, à sa propre médiocrité.

Sa seule obsession, désormais, est de sauver sa fille : si elle obtient une moyenne de 18 à son bac, elle pourra bénéficier d'une bourse qui lui permettra de quitter ce fichu pays, d'étudier en Angleterre.  Roméo s'agite : il lui faut des « services », et en échange d'un foie tout neuf, un homme influent lui promet d'intervenir auprès d'une pointure qui pourra corrompre le correcteur des copies.

Roméo accepte, Roméo fonce sans s'apercevoir que le piège se referme sur lui. C'est cet engrenage que décrit Cristian Mungiu avec une froideur suave, où les faits, comme une vitre brisée de leur appartement, angoissent au moins autant que les sentiments. Les plans séquence qu'il affectionne lui permettent d'instaurer une inquiétude purement physique  : on contemple, par vagues successives, un homme se perdre dans ses contradictions. La satire sur la corruption inévitable et généralisée vire lentement au polar noir.

 

 

Bacalaureat de Cristian Mungiu

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

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Publié le 29 Novembre 2016

Cultivés et progressistes, Emad et Rana ont tout du couple urbain et moderne épanoui. Des lézardes apparaissent dans leur appartement, provoquées par un chantier voisin agressif. En plus de la symbolique de ces lézardes, qui peuvent figurer les entraves à la modernité imposées par le régime iranien, elles les force à déménager au pied levé, et à investir sans délai un appartement mystérieusement abandonné par une inconnue.

Ce changement rapide va occasionner le drame, lorsque par inadvertance la jeune femme, un soir où elle est seule, laisse entrer chez elle un inconnu, le prenant pour un proche. Que se passe-t-il exactement hors champ ? Le scénario veille à ne jamais le dévoiler, laissant constamment planer le doute quant à la nature exacte de l’outrage et, par conséquent, la sévérité du châtiment que mérite l’intrus, qui reste à identifier. Le mari, ne faisant pas confiance à la Police, tour à tour effondré, compatissant, opiniâtre et vengeur va s'employer à le démasquer et à laver l'affront.

Emad, professeur de lettres et acteur de théâtre recherche l’individu qui a agressé sa femme dans le but peu reluisant de l’humilier et de se venger. Comme il l’expliquait à ses élèves, “un homme peut se transformer en bête progressivement”. Avec un scénario épousant plusieurs virages, le réalisateur brouille les frontières du bien et du mal, dévoiler que la réalité est souvent plus épaisse, complexe et opaque que les apparences. Dans le film, les rapports hommes-femmes restent dominés par un machisme puritain en République Islamique d’Iran, y compris au sein de la bourgeoisie éclairée et cultivée.

Tourmenté à divers égards, le scénario ressasse la notion d’«humiliation», suggérant le poids du regard extérieur, famille, amis, voisins, et une épouvantable inversion des torts qui tendrait, en définitive, à introduire une sensation de culpabilité chez la victime.

Emad répète une pièce de théâtre, et ces répétitions sont montrées à intervalles réguliers. Dans une mise en abyme subtile, la pièce répétée est La Mort d’un commis voyageur d’Arthur Miller. « Le Téhéran d’aujourd’hui est très proche de New York, tel qu’Arthur Miller le décrit au début de la pièce. Une ville qui change de visage à une allure délirante, qui détruit tout ce qui est ancien, les vergers et les jardins, pour le remplacer par des tours. C’est précisément dans cet environnement que vit le commis voyageur », déclare le cinéaste.

Asghar Farhadi joue en permanence avec la censure, en distillant des notations sur le quotidien iranien qui donne une image très critique, mensonge, dissimulation, magouilles y sont monnaie courante. Évoquant le délabrement de Téhéran, un des protagonistes suggère qu’il faudrait «tout raser et tout reconstruire».

Oscillant entre le mélodrame et l’enquête criminelle, Le Client est un fascinant jeu de piste qui révéle la personnalité contrastée des protagonistes. Asghar Farhadi se montre scénariste et dialoguiste hors pair, apte à saisir l’ambivalence des sentiments et la dualité des protagonistes. Le dispositif est d’une redoutable efficacité et confirme le moralisme humaniste d’un auteur de premier plan dans le cinéma contemporain.

Le Client  d' Asghar Farhadi

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 15 Novembre 2016

Présenté en avant-première au Festival international du film de La Rochelle 2016 , ce film de Julie Bertuccelli, en présence de l'héroïne du film, Hélène Nicolas est  un documentaire scénarisé et étonnant.

A bientôt 30 ans, Hélène a toujours l’air d’une adolescente. Elle est l'auteure de textes puissants et physiques, à l’humour corrosif. Elle fait partie comme elle dit d’un « lot mal calibré, ne rentrant nulle part ». Visionnaire, sa poésie télépathe pense loin et profond, elle nous parle de son monde et du nôtre. Elle accompagne un metteur en scène qui adapte son œuvre, dialogue avec un mathématicien. Pourtant Hélène ne peut pas parler ou tenir un stylo et n’a jamais appris à lire ni à écrire. C’est à ses 20 ans que sa mère découvre qu'elle peut communiquer en agençant des lettres plastifiées sur une feuille de papier. Un des nombreux mystères de celle qui se surnomme Babouillec.

Filmer une personne en décalage avec sa propre image est déstabilisant. Autant l'apparence d'Hélène Nicolas peut mettre mal à l'aise, autant le pouvoir visionnaire de Babouillec fascine. En entrant dans cette histoire douloureuse et complexe, où l'autisme reste un carcan même vaincu par la force de l'esprit, Julie Bertuccelli est mue par la générosité. Quand un mathématicien vient partager ses connaissances avec la jeune fille, tous deux se rejoignent dans une activité mentale bouillonnante, on touche alors à la dimension cosmogonique de la pensée mise en exergue par le titre.

Déclarations de Julie Bertuccelli:
La question de la différence et des préjugés traverse mon cinéma. Mais faire un film sur l'autisme n'a jamais été mon intention. J'ai voulu multiplier les angles, raconter tout à la fois une artiste au travail, sa relation avec sa mère et la montrer en interaction avec des gens qui la découvrent et se montrent mal à l'aise, incrédules ou épatés. Et ce pour analyser ce qu'Hélène questionnait chez eux et montrer qu'elle est toujours en éveil avec une manière singulière d'être au monde.
J'ai d'abord imaginé un documentaire avec des voix off d'acteurs où j'aurais filmé des impressions en parallèle de ce qu'Hélène vivrait. Mais ce dispositif compliqué ne me correspondait pas. J'ai donc opté pour ce que je fais depuis toujours: vivre au milieu des gens et les filmer comme je le ressens. Ce film raconte donc aussi ma rencontre avec Hélène. Le filtre de la caméra est devenu l'une des histoires du film. Car elle représente pour Hélène une partie de son processus d'ouverture au monde. J'ai ressenti le plaisir qu'elle prenait à exister dans le regard d'un autre.
Je vais loin dans l'intimité profonde d'Hélène. Je craignais d'ailleurs qu'elle ne sache pas m'exprimer son éventuelle gêne. Mais j'avais ce désir de faire connaître son parcours si singulier qui peut donner espoir à de nombreuses familles. Car Hélène n'est pas un "cas" unique. Sa singularité tient dans le fait qu'un chemin a pu être trouvé pour qu'elle puisse avancer. Son cas montre que rien n'est a priori impossible et qu'on ne peut pas cataloguer tous les gens atteints d'autisme comme déficients graves.

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma, #Documentaire

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Publié le 23 Mai 2016

Tout est affaire de décor,exposition monographique de Pierre Ardouvin; au Musée d'art contemporain du Val-de-Marne

Pour « Tout est affaire de décor », Pierre Ardouvin propose une vision globale de son œuvre en une scénographie minutieusement orchestrée qui met en lumière une sélection d’une trentaine d’œuvres, assemblées et rejouées pour le MAC VAL. Les œuvres se composent de nouvelles productions et des pièces réactivées, qui datent de 1996 à 2015. Le contraste et la complémentarité sont évidents entre les 1350 m² de la salle d’expositions temporaires du musée, plongée dans l'obscurité et le vestibule et le jardin inondés de lumière.

Le titre de l'exposition fait appel à Louis Aragon, mis en musique par Léo Ferré. « Tout est affaire de décor/Changer de lit changer de corps/À quoi bon puisque c’est encore/Moi qui moi-même me trahis. […] Est-ce ainsi que les hommes vivent. »

Le visiteur, littéralement plongé à l’intérieur de l’univers sensoriel et singulier de Pierre Ardouvin, est invité à arpenter et à recomposer. Les pièces sont autonomes, mais elles dialoguent entre elles pour dessiner un véritable paysage mental. Grâce aux réappropriations d’images et d’objets familiers revisités par son imaginaire, l’artiste offre ici un récit personnel et collectif en investissant les espaces communs, comme par exemple les clichés de la culture populaire de la France des années 60 et 70.

Avec une apparente légèreté, Pierre Ardouvin aborde les thèmes de la perte, du passage du temps, de l’arrachement, de la solitude. Avec distance et humour, il donne à voir la société du spectacle mise à nue et interroge la présence de l'homme au monde en propulsant le visiteur dans un espace en suspens, entre l’innocence de l’enfant rempli d’illusions et la réalité de l’adulte désenchanté.

Alexia Fabre, Conservatrice en chef du Mac/Val déclare:
Le travail de Pierre Ardouvin procède par évocations. Il ne démontre pas, n’affirme rien, mais au contraire se livre tel un puzzle ou une énigme dont les éléments font sens une fois rassemblés. C’est un appel constant à l’imaginaire, à l’appropriation et à l’interprétation de ces indices de sens, de ces bribes de récit.
Dans ce grand paysage nocturne que Pierre compose au MAC VAL, les œuvres de toutes périodes, hors toute chronologie, coexistent pour dessiner ce qui constitue l’essence même de son travail : une attention incessante et inépuisable au monde, traduite par l’assemblage d’extracts de ce même monde, collage de matériaux, d’ambiances, de couleurs et de sentiment
s.

Pierre Ardouvin: Tout est affaire de décor

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain, #Mac-Val

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