Publié le 29 Juillet 2009

Le Roi de l'évasion


Armand Lacourtade, 43 ans, vendeur de matériel agricole, assume sa vie d'homosexuel célibataire et rural, mais commence à être las de certains aspects de cette marginalité. Quand il rencontre Curly, une adolescente, mineure et fille d'un ami, et qui n'a pas froid aux yeux, il tente de virer de bord. Pourchassés par tous, les deux bravent tous les dangers pour vivre cet amour à la fois interdit, mais aussi plus classique. Ils finissent par créer un drôle de couple, qui connait lui aussi des difficultés.

 

Le Roi de l'évasion est un film surprenant, étrange par son histoire décousue, et pourtant attachant. Il ne faut pas se formaliser des invraisemblances du scénario et des brusques changements de ton et de représentation qu'il impose au spectateur. Armand Lacourtade remué par une sexualité aventureuse, poursuivi par un policier ambigu et omniscient, et harcelé par le père de la jeune fille, il doit faire face à sa libido contrariée, aux questionnements amusés de ses anciens amants et au besoin d'une virilité retrouvée. Ainsi, décidé à prendre la fuite accompagnée de sa Curly, il se heurte bientôt à la gigantesque battue organisée pour les rattraper. Mais il découvre un stimulant naturel aux vertus sexuelles ahurissantes, une racine nommée dourougne, synthèse du ginzeng et du viagra et un personnage local légendaire dans la communauté gay d'Albi, le queutard !

 

Présentant très souvent des scènes érotiques crues, le Roi de l'évasion balance entre le récit d'un amour illégitime, la farce érotico-bouffonne et la quête d'un confort passant aussi bien par le corps et le désir que par l'envie d'une certaine stabilité tant sociale qu'émotionnelle. Creusant son histoire principale sur un mode léger et non sans une amusante crudité, le film oscille entre grotesque, touchante naïveté et fantasmagorie.

 

Les scènes de sexe sont nombreuses et se produisent dans des contextes surprenants à des moments improbables. Tantôt enjouées et tendrement croquées, tantôt ridicules et surjouées, elles ne limitent pourtant par le Roi de l'évasion à cette seule dimension. Au contraire même, car le réalisateur en dépassant et incorporant sereinement ces dernières, joue de leur pouvoir évocateur, tout en ayant le mérite d'aborder des thèmes forts, sérieux et très peu souvent vus au cinéma. Ainsi les rapports patron-employés dans les petites entreprises de province, les rapports entre la police et les homosexuels, la sexualité des vieux, des gros, des moches, surtout homosexuels et en milieu rural.

 

Avec son originalité et son déroulement haché et inattendu, Le Roi de l'évasion déconcerte et amuse beaucoup, grâce à ses répliques tonitruantes, ses situations piquantes et ses fabuleux comédiens avec une mention particulière à la déjà célèbre Hafsia Herzi et au débonnaire Ludovic Berthillot. Le Roi de l'évasion est une vraie surprise et la confirmation d'une alternative à un certain cinéma français, consensuel et convenu.

Distribution

  • Hafsia Herzi : Curly
  • Ludovic Berthillot : Armand Lacourtade
  • Pierre Laur : Robert Rapaille
  • Luc Palun : Durandot
  • Pascal Aubert : Paul
  • François Clavier : Le commissaire
  • Bruno Valayer : Jean-Jacques
  • Jean Toscan : Jean

Fiche technique

  • Titre : Le Roi de l'évasion
  • Réalisation : Alain Guiraudie
  • Scénario : Alain Guiraudie, Laurent Lunetta, avec la collaboration de Frédérique Moreau
  • Production : Sylvie Pialat, Les films du Worso
  • Image : Sabine Lancelin
  • Musique originale: Xavier Boussiron
  • Directeur de production : Thomas Santucci
  • Date de sortie : Cannes, quinzaine des Réalisateurs mai 2009; 15 juillet 2009 en France

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

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Publié le 7 Juillet 2009

Fausta film péruvien et espagnol, deuxième long-métrage de la réalisatrice Claudia Llosa, a été récompensé par l'Ours d'or du meilleur film à la Berlinale, sorti en 2009. Sans aborder directement le thème des Droits de l'Homme, il traite cependant des conséquences à long terme du terrorisme et des violences qui l'accompagne. Il est soutenu ainsi par Amnesty International France

 

Fausta, très belle, mais mystérieuse jeune femme péruvienne, est atteinte du syndrome de « La teta asustada », transmis par sa mère qui vient de mourir. Elle est renfermée et se protège des hommes à l'aide d'une pomme de terre solidement enfoncée dans son vagin. L'oncle, qui les héberge dans une lointaine banlieue de Lima et qui gagne sa vie en organisant des mariages, exige de Fausta qu'elle parte enterrer sa mère au village natal.

Fausta, pour payer les funérailles, devient employée de maison dans le centre de Lima, chez une célèbre concertiste, à qui elle va redonner l'inspiration en lui chantant des chants improvisés en langue quechua. Même si cette rencontre est marquée par le mépris de cette grande bourgeoise, elle constitue pour Fausta un premier pas vers sa libération.

Entre les années 70 et 90, le Pérou a traversé une des périodes les plus noires de son histoire. Pendant plus de 20 ans, des milliers de femmes, victimes des violences de la guerre entre Le Sentier lumineux et les forces gouvernementales, ont gardé le silence. Ces crimes ont laissé des blessures et des traumatismes indélébiles, non seulement dans leurs âmes, mais aussi dans celles de leurs enfants, qui ont hérité de leur terreur.

« La téta asustada » est une maladie qui se transmet par le lait maternel. On dit que les enfants sont nés sans âme parce qu'elle se serait cachée dans la terre pour échapper à l'horreur. Fausta n'a pas vécu la guerre mais a été témoin du viol de sa mère et du meurtre de son père depuis le ventre maternel. La guerre est maintenant finie et plus personne ne lui fera de mal, pourtant elle est effrayée par tout ce qui l'entoure.

Le film pose de nombreuses questions:

Comment communiquer dans un pays divisé ? Comment créer une nation à partir d'un pays composé d'individus culturellement différents ? La différence est flagrante entre la cantatrice, blanche, blonde et riche et Fausta ou le jardinier, métis et pauvres. Comment une nation peut-elle se constituer après une rupture et un traumatisme aussi violents que les années de guerre civile? Fausta est la métaphore d'une déchirure. Un pays qui a connu la répression et qui ne peut s'exprimer que par ce qui relève de l'inconscient : ses mythes, ses peurs et ses traumatismes. Le corps d'une femme qui saigne exprime le vide qui demande à être habité, l'angoisse qui appelle à être apaisée, la peur de rencontrer quelque chose de différent, de perdre le contrôle.

Mais la mémoire n'est pas le seul enjeu de ce combat. Par quel processus parvient-on à enterrer un passé aussi douloureux ? Un effort de pardon est demandé et les Péruviens tentent de préserver l'histoire d'une culture orale réprimée par la culture officielle. Le chant est un mode d'expression particulièrement important pour le peuple car il permet de recréer la mémoire de ce qui a été oublié.

Déclarations

Je connaissais le syndrome de « La téta asustada » bien avant de rencontre Claudia. J'ai grandi en écoutant les femmes de mon village et celles que je rencontrais quand j'accompagnais ma mère au fil de ses tournées dans différents villages pour vendre des fruits. J'entendais ce genre d'histoire et à chaque fois, je voyais une femme pleurer quand elle nous racontait la vie de ses enfants. Elles finissaient toujours leurs histoires par cette phrase : "je demande seulement que Dieu me permette de tout oublier." Ça me mettait hors de moi d'entendre la détresse de ces femmes qui avaient eu et qui continuent à avoir des enfants non désirés, des enfants issus de viols, et qu'elles soient traitées comme des animaux par leurs maris.
Jouer Fausta a été extrêmement difficile, parce que je n'ai rien en commun avec elle. Je me sentais très déprimée après chaque répétition parce que je n'arrivais pas à m'identifier au personnage. Mais un jour, lors d'une des répétitions, Claudia m'a dit : "Fausta est déjà en toi". C'est à partir de ce moment-là que j'ai commencé à travailer sa voix, sa façon de se rassurer en chantant...
Fausta est apparue en moi grâce à la musique. Pour composer les chansons de Fausta, je me laissais simplement porter par la mélodie et je jouais la même note encore et encore. Une fois imprégnée du personnage de Fausta, lui donner une voix devenait beaucoup plus facile.
Magaly Soler, l'actrice principale.

La trame est légère, le propos grave, l'inspiration magique [...] On tient ici ce que ce film a de plus précieux : sa manière de mélanger le grotesque au tragique, la beauté à la cruauté, la poésie à l'obscénité. Entre le cadavre pourrissant de la mère et la joyeuse industrie du mariage qui sert de gagne-pain à la famille de Fausta, autant dire qu'on navigue ici, à la fois médusés et éblouis, en pleine monstruosité latino-américaine.
Claudia Llosa, la réalisatrice, née en 1976 à Lima, est la nièce de l'écrivain Mario Vargas Llosa, et a connu un beau succès d'estime avec son précédent film, Madeinusa, distribué en France en 2006. Il faut impérativement retenir ce nom, et inscrire désormais grâce à elle le Pérou sur la liste florissante de ce jeune cinéma d'Amérique latine qui se confronte, de film en film, à la question de l'aliénation.
Jacques Mandelbaum - Le Monde

Sans misérabilisme ni pathos, ce film décrit le quotidien d'une femme meurtrie, en plongeant dans la culture indienne et en mêlant tragique et grotesque, fantastique et réalisme. Cette récompense (l'Ours d'Or) devrait mettre en lumière le talent de cette réalisatrice remarquée dès son premier film, et placer enfin le Pérou sur la carte du nouveau cinéma d'Amérique Latine.
Première

Fausta est un film beau, riche, captivant, complètement maîtrisé, [...] et qui émeut profondément mais avec tant de sobriété qu'il ne laisse pas de place aux larmes de crocodile. [...] Ce film coloré qui commence par un décès est en fait un hymne à la vie où on assiste à plusieurs exubérantes noces. D'ailleurs, dans cette culture tout s'épouse : vie et mort même cohabitent (comme sont superposés robe de mariée et linceul sur et sous le lit) et la mort, avec ses petits vers, est rattachée à la fertilité. Ce cycle va de pair avec la notion de transmission sur laquelle repose l'intrigue. Comme la pomme de terre (« qui renvoie aux racines et dans le même temps produit des germes qui prennent la direction de l'avenir » a souligné Llosa), Lima vit entre traditions et langue quechua d'une part et modernité de l'autre, sans contradiction.
Bénédicte Prot - Cineuropa

Distribution

  • Magaly Solier : Fausta
  • Marino Bollon : Tio Lucido
  • Susi Sanchez : Aida
  • Efrain Solis : Noe

Fiche technique

  • Titre original : La Teta asustada
  • Titre en France : Fausta
  • Réalisation : Claudia Llosa
  • Scénario : Claudia Llosa
  • Photographie : Natasha Braier
  • Musique originale: Selma Mutal
  • Montage : Frank Gutiérrez
  • Pays d'origine : Espagne - Pérou
  • Directeur de production : Delia García
  • Durée : 93 minutes
  • Dates de sortie : 12 février 2009 (Berlinale)
    • Pérou  : 12 mars 2009
    • France  : 17 juin 2009

Premier film péruvien sélectionné à la Berlinale, Fausta reçoit l'Ours d'or du meilleur film en 2009.

En France le film a été soutenu par la Ligue des Droits de l'Homme et Amnesty International France

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Rédigé par nezumi dumousseau

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