Publié le 27 Novembre 2012

D'un coté la froideur d'un communiqué de 3 lignes, dans le quotidien anglophone The Rising Nepal :


Katmandou (Népal)
- Trois alpinistes sont morts dans des accidents divers au nord-ouest du Népal. Juddha Khatri, officier de police du Népal déclare : une randonneuse allemande de 53 ans est morte d'un mal d'altitude aigu, un Israélien de 25 ans est tombé d'un pont de bois dans la rivière Kali Gandaki, et un Autrichien de 62 ans est mort d'une crise cardiaque dans la région du Mustang.


De l'autre l'émotion :


Jeudi 25 octobre 2012.
Le petit groupe auquel j'appartiens se lève tôt. C'est le dernier jour de trek. La veille nous avons longuement marché, en descente, pour la fin du Tour des Annapurnas. Le soir à Jomsom, nous avons dignement fêté, comme les autres groupes, la fin de l'aventure. Souper en commun avec guide, sirdar et porteurs, alcool de pomme local, souvenirs, rires et chansons, cadeaux rituels, pourboires. C'est la détente après la difficile épreuve du Thorong La.


Ce matin, il ne reste plus qu'à se rendre, à pied, à l'aéroport de Jomsom, par ailleurs réputé pour être un des plus dangereux du monde. C'est la pagaille habituelle des petites aérogares du Népal, bagages dans tous les sens, 5 guides agglutinés autour du comptoir pour ne pas se faire voler sa place.

Brusquement un hélicoptère atterrit. Une bousculade et 4 hommes portent dans le hall une grande femme blonde évanouie. Pas de salle de soins, elle est étendue sur le béton avec pour seul isolant son blouson. Pas de médecin. Les policiers restent les bras croisés. Seuls Willem, le randonneur néerlandais et Sonam, le guide népalais tentent massage cardiaque et bouche-à-bouche. Le sang se retire du visage d'Elke. Bien plus tard, un infirmier arrive avec de l'oxygène.


Elke meurt doucement, dans cette aérogare, avec ses chaussures de randonnée aux pieds. Notre avion va partir, nous montons en silence à bord. Nous ne pensons plus aux 15 morts du même vol, 6 mois plus tôt. Le Twin Otter navigue entre les falaises, rase les cols et joue à saute-collines mais les 25 minutes de vol passent très vite et nous gagnons Pokhara, verte et calme.


La suite nous l'apprendrons progressivement, à Kathmandou, mais surtout en France, grâce à Saint-Google, qui connait personnellement, tous les individus des pays riches.

 

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Elke à son pot de départ de la banque

 

Elke Heinig, née Lohmüller, née le 6 Août 1959 à Oldenburg, Allemagne, décédée à Jomsom le 25 Octobre 2012 . Un mari, Klaus, un fils, elle habitait Brème dans la Friedrich-Mißler-Strasse, travaillait depuis l'âge de 16 ans à la Bremer Landesbank, elle l'avait quittée récemment pour une filiale. Elle pratiquait la course sur route et la randonnée alpine.


Apparemment en parfaite santé, elle a été victime d'un mal aigu des montagnes, suivi d'un coma profond, alors qu'elle marchait, vers 5100 m d'altitude. À cette altitude, la pression de l'oxygène n'est plus que 52 % de celle au niveau de la mer. La seule prévention efficace est l'acclimatation progressive, mais ce mal peut aussi toucher des guides ou des porteurs locaux très expérimentés, sans que la science ne sache vraiment le prédire ni le soigner.


Redescendre rapidement est la clé. Nous avons vu un porteur népalais descendu en courant par 4 de ses collègues. Les étrangers fortunés ont droit à l'hélicoptère, mais ça n'a pas suffi dans le cas d'Elke. Ses chances de survie auraient été supérieures dans hôpital moderne avec centre de réanimation, mais on ne peut pas savoir.


Elke et son mari étaient incroyants, le faire-part porte la maxime Πάντα ῥεῖ (panta rhei) "tout passe", due au philosophe grec Héraclite, et, dans son esprit, très proche du bouddhisme et de sa notion fondamentale d'impermanence.


Elke, je t'ai peut-être parlé, un soir, dans un lodge; les contacts, en français ou en anglais sont tellement faciles d'un groupe à l'autre.
Nous partagions les même passions et la même philosophie de la vie. Je te rends un dernier hommage.

 

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Jomsom Airport

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 26 Novembre 2012

Que va devenir le Tour des Annapurnas ?

Le 27 octobre 2012, les autorités Népalaises ont inauguré en grande pompe le tronçon Jagat - Chame (2670m) de la route qui reliera un jour peut-être Besi Sahar et le reste du Népal à Manang. Ce projet date de 19 ans! C'est en 1993 que le Népal a décidé de réaliser la route jusqu'à Manang (3500m). Les travaux ont pris du retard, d'une part à cause des difficultés techniques et aussi à cause de la guerre civile qui a secoué le pays pendant une dizaine d'années. Pour l'instant, il existe donc environ 75 km de piste, pas toujours en bon état, qui permet aux motos et aux véhicules tout terrain de relier Besi Sahar à Chame, chef-lieu de district.


Les avis sont partagés sur les bienfaits et les nuisances de cette avancée, surtout parmi les randonneurs, mais aussi chez les Népalais. Ce débat se retrouve dans beaucoup de massifs, comme par exemple le Cirque de Mafate à la Réunion, où l'avancée des routes a été délibérément limitée, mais avec des facilités offertes aux résidents, comme par exemple des rotations subventionnées d'hélicoptères.


Citons le plan de développement du district de Manang (2008) : lien :

http://www.rrcap.unep.org/nsds/uploadedfiles/file/sa/np/mnmt/document/sd_masterplan_Manang.pdf

Manang is one of the few remaining districts of Nepal that is not yet connected by road. In the past, this district was not prioritized for road development as it was assumed that trekking tourism, which has been popular here, would decline. But majority of local people were in favour of road. As the absence of road and physical exclusion are considered main causes of poverty and lack of human welfare, it is now considered that road connectivity is important. The National Transportation Policy has planned to link all the district headquarters by road so as to remove physical barriers to development. Access to market, economic opportunities and trade will flourish with the opening of road, which are considered instrumental in reducing poverty. Accordingly, the road linking Besishahar to Chame has become government’s priority. This road will link the district headquarters to the national highway.


Cette nouvelle route va bénéficier à la plupart des habitants. Les approvisionnements seront plus rapide et moins chers. Le portage pour les touristes est relativement valorisant pour les porteurs, pourboires, charge limitée à 30 kg, journée ne dépassant pas 5 à 6 h de portage, contact avec des étrangers; par contre le portage commercial est exténuant et humiliant. payé au poids, exploité par les propriétaires de lodges ou de boutiques, il faut voir ceux qui portent 20 planches ou un groupe électrogène, 70 à 80 kg, s’arrêter tous les 100 m et se relever pour comprendre que la route ne sera pas un mal.

 

 

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Portage de bois vers Pisang, arrêt tous les 100m

 

De plus les évacuations médicales, actuellement réservées pour des raisons financières aux étrangers seront plus accessibles aux Népalais.


Par contre les randonneurs seront plus nombreux et iront plus haut en empruntant des véhicules ; les lodges les plus bas devront fermer et les plus hauts s'agrandir. Depuis longtemps les emplois liés au tourisme ont un caractère saisonnier. Les employés migrent deux fois par an entre leur village et leur lieu de travail.


Pour les randonneurs, l'accès plus facile présente l'avantage de permettre à un plus grand nombre d'accéder à ces vallées. Par contre les inconvénients sont nombreux. Pollution visuelle, certaines montagnes ont été traitées à la dynamite par l'armée Népalaise qui a été chargée du terrassement. Aucun tunnel de creusé, les flancs de montagne ont été éventrés. Plus de poussières et de gaz d"échappement également.

 

 

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Route taillée à la dynamite par l'armée

 


Plus grave des itinéraires entiers disparaissent ou perdent tout intérêt. Les guides devront trouver des itinéraires de substitution, en faisant des détours dans la montagne, comme c'est déjà le cas entre Pisang et Braga en passant par l’itinéraire du haut via Ghyaru et Ngawal. Comme la route de l'autre côté du Thorung La, côté Mustang remonte jusqu'à Muktinath, Le tour des Annapurnas, que les anciens faisait en 18 jours pourrait se réduire à 5 étapes; et seulement 3, le jour où la route ira jusqu'à Manang.


Ce raccourcissement ne présente aucun intérêt. L'approche Paris - Kathmandou - Pokhara et retour prenant au bas mot 6 jours, Il faut au moins une dizaine de jours de marche pur "rentabiliser" le voyage. De plus, le risque de mal d'altitude au Thorong La (5416 m) demande un minimum de 6 jours de montées progressives (et de descentes) pour s'acclimater. Et il n'y a aucun autre moyen de prévention. Il faudra donc que les guides et habitants développent des détours attrayants et des infrastructures adaptés pour conserver au Tour des Annapurnas ce coté mythique qui a fait son succès.


Voir aussi:

http://nezumi.dumousseau.free.fr/nepal/tourannapurna.htm


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Pollution visuelle d'une nouvelle route au Mustang

 

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Cohabitation marcheurs - véhicules tout terrain vers Jagat

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 23 Novembre 2012

Dans un article précédent , je racontais comment  les forces de la nature sont mises à contribution pour faire tourner des moulins à prières.

Le plus courant est le moulin à prières à aubes, la rotation étant maintenue par un petit flux d'eau provenant d'un torrent. On trouve même, plus rarement, des moulins à prières à vent, le sommet du moulin étant équipé d'une petite éolienne à godet.

 

Nouveau progrès, en 2012, apparition dans les boutiques de Thamel, à Kathmandou, le moulin à prières solaire automatique !

Et çà marche, pour 5 €, le soleil récite le mantra à votre place.

 

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Rédigé par nezumi dumousseau

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