Publié le 29 Novembre 2010

J'ai été un temps séduit par le contexte sympathique de Wikipédia, lié au logiciel libre, à la diffusion gratuite de la connaissance etc... Et au fil du temps les dangers multiples de cette entreprise sont apparus, comme la perte de sens, la perte de valeurs.

Premier point: Wikipédia, en mettant gratuitement en ligne des articles médiocres casse le modèle économique de sites plus exigeants. Pourquoi payer des chercheurs, des auteurs pour produire un contenu encyclopédique de qualité. Encarta a fermé, car ses ressources se sont épuisées. Pour sa publicité wikipédia ose prétendre qu'elle aussi fiable l'Encyclopédia Universalis, trucage! mensonges!

Les journalistes n'ont plus le temps de faire des recherches sérieuses. Les impératifs de délai font qu'ils sont obligés de pomper Wikipédia, sans vérifier. Du coup les erreurs se propagent et s'auto-alimentent.
Par exemple, à la mort de Alain Corneau, le 30 août 2010, site de France Culture (une référence pourtant) copie Wikipédia, y compris le canular suivant: En 1960 il rencontre la fameuse "Ninique de Colombes" qui lui donnera ses premiers cours cinématographiques. Cette énormité est restée pendant près de deux ans (depuis novembre 2008) et y serait resté encore longtemps, si France Culture ne l'avait pas reprise à son compte !

L'affaire la plus importante en cette fin novembre 2010 est celle du dernier roman primé de Michel Houellebecq, La Carte et le Territoire, et de sa mise en ligne gratuite par Florent Gallaire, soi-disant juriste du Web. Celui-ci explique sa démarche en soulignant que Michel Houellebecq a intégré dans son dernier ouvrage des extraits provenant de l’encyclopédie en ligne Wikipedia, sans en citer la source.

Tout d'abord quelle confusion mentale! comment peut-on comparer un roman de 400 pages et les quelques lignes pompées à propos de Beauvais, que je cite:


Les premières traces de fréquentation du site de Beauvais pouvaient être datées de 65 000 ans avant notre ère. Camp fortifié par les Romains, la ville prit le nom
de Caesaromagus, puis de Bellovacum, avant d'être détruite en 275 par les invasions barbares. Situé à un carrefour de routes commerciales, entourée de terres à blé d'une grande richesse, Beauvais connut dès le XIe siècle une prospérité considérable, et un artisanat textile s'y développa – les draps de Beauvais étaient exportés jusqu'à Byzance.


Ces lignes étant elles-mêmes partiellement copiées par les "auteurs" de Wikipédia sur le site de la Mairie de Beauvais !

De plus Wikipedia se place sous le statut de la licence Creative Commons, mais Emmanuel Pierrat, spécialiste du droit d'auteur, réfute la démonstration du blogueur :

« Il cite un point du règlement qui s'applique uniquement aux contributeurs du site. Quand quelqu'un participe à cette œuvre collective, son propos est libre. Mais cela ne s'applique en rien au travail personnel d'un individu qui s'est inspiré des articles de l'encyclopédie. »

Perte de valeur, non reconnaissance du travail des écrivains, Michel Houellebec a quand même passé du temps à écrire son roman, même s'il a gagné 30 minutes en empruntant quelques lignes à Wikipédia, des chercheurs, des journalistes, voilà les vrais dangers de wikipédia et des fanatiques du "libre", qui confondent travail personnel et œuvre collective.

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #politique

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Publié le 27 Novembre 2010

Sophie Calle est une artiste singulière. Sans aucun don réél, ni pour le dessin, ni pour l'écriture, ni pour la photographie, elle marque pourtant l'art de notre époque. Une exposition trop courte (elle se termine dimanche 28 novembre) «Rachel, Monique», au Palais de Tokyo.

Le sous-sol du Palais de Tokyo, ancienne Cinémathèque, en friche depuis bien des années, va accueillir une extension des lieux d'exposition. Le chantier s'est arrêté, il y fait froid. Dans ce lieu sinistre, elle évoque la mort de sa mère, décédée en 2006, et le visiteur sort le sourire au lèvres

Elle s'est appelée successivement Rachel, Monique, Szyndler, Calle, Pagliero, Gonthier, Sindler. Ma mère aimait qu'on parle d'elle. Sa vie n'apparaît pas dans mon travail. Ça l'agaçait. Quand j'ai posé ma caméra au pied du lit dans lequel elle agonisait, parce que je craignais qu'elle n'expire en mon absence, alors que je voulais être là, entendre son dernier mot, elle s'est exclamée : "Enfin".
Autour de la vidéo de l'agonie de sa mère, début 2006, sont rassemblées des photos de pierre tombales de la série de 1978, les Tombes, des extraits du travail qu'elle effectue alors Où et quand: Lourdes (exposé en 2009).

 

La vie nourrit son œuvre, et Sophie Calle choisit les événements, les souvenirs qu’elle expose. Selon un concept, des règles établies, Sophie Calle contrôle l’intimité qu’elle livre.
"A condition d’appréhender l’ensemble du processus créatif, depuis l’expérience vécue jusque sa mise en forme narrative, cet art est avant tout celui de la "performance", que l’on identifiera de préférence comme un art de la "situation". En effet, les interventions de Sophie Calle relèveraient davantage de l’approche de Guy Debord, chef de file de l’Internationale Situationniste, lorsqu’il suggérait la "construction concrète d’ambiances momentanées de la vie, et leur transformation en une qualité supérieure de la vie". déclare Cécile Camart

 

 

 

 


 

 

La mère de Sophie Calle est morte d’un cancer du sein. Sa dernière phrase fut « ne vous faites pas de soucis ». Souci, ce dernier mot est inscrit partout, dans ce lieu. Tout est réuni pour nous rappeler qu’il s’agit d’une mort, mais tout possède un écho inverse, contraire aux codes. Les photos, les textes, les histoires, le film même, de la mère qui agonise, résonnent selon le diapason de l’artiste. Elle réussit à donner vie à tous ces objets désuets, à inventer un deuil plutôt drôle.
Le cadre de l'exposition, un chantier suspendu, est comme dépouillé de toute vie, pour présenter des objets, des souvenirs d’une femme partie. Rachel avait l’habitude de passer les dimanches avec sa fille, sur leurs tombes, déjà construites, choisies, placées.
Quelques jours avant sa mort, la mère a griffonné « je m’ennuie déjà » en demandant à ce que l’inscription soit gravée sur sa tombe. Comme pour relativiser un malheur, exorciser un chagrin, prolonger les souvenirs heureux. Par dérision aussi, elle avait choisi, pour figurer sur sa tombe, une photo d'elle avec un chapeau ridicule et une demi-grimace.
Sa mère avait toujours voulu faire un voyage au Pôle nord. Sa fille le fera, elle expose des photos originales, prises lors de ce voyage-hommage, au cours duquel elle dépose des bijoux et des souvenirs de sa mère, à la limite de la banquise.

Sophie Calle a fait de sa mère, et son deuil à elle, une œuvre d’art. C’est intime, très fort, sans voyeurisme ni complaisance.  Elle parvient à ce résultat  parce qu’elle  fait perdurer dans le temps le bazar qui entoure sa mère, en lui donnant un sens.

«Avant de fermer le couvercle, sa dépouille a été recouverte des objets suivants : sa robe à pois blancs et ses chaussures rouge et noir, parce qu’elle avait choisi de les porter pour sa mort. Des poignées de bonbons acidulés, parce qu’elle s’en empiffrait. Des vaches en peluche et en caoutchouc, parce qu’elle collectionnait les vaches. Le premier tome d’À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, dans la Pléiade, parce qu’elle connaissait par cœur la première page et qu’elle la récitait dès qu’on la laissait faire. Une carte postale représentant Marilyn Monroe en compagnie de Humphrey Bogart et de Lauren Bacall, parce que Marilyn était son idole.»

Tout vit encore. Sa mère aussi.

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain

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Publié le 4 Novembre 2010

Plus que quelques jours pour découvrir le génie de Murakami au Château de Versailles. Il expose du 14 septembre au 12 décembre 2010, Grands Appartements et Galerie des Glaces, plus une sculpture en extérieur au parterre d'eau.

 

Murakami déclare
« Pour un japonais, y compris moi, le Château de Versailles est l’un des plus grands symboles de l’histoire occidentale. C’est l’emblème d’une ambition d’élégance, de sophistication et d’art dont la plupart d’entre nous ne pouvons que rêver. Bien sûr nous comprenons que l’étincelle qui a mis le feu aux poudres de la révolution est directement partie du centre du bâtiment.
Mais, sous de nombreux aspects, tout est transmis à travers un récit fantastique venant d’un royaume très lointain. Tout comme les français peuvent avoir du mal à recréer dans leur esprit une image exacte de l’époque des Samouraïs, l’histoire de ce palais s’est étiolée pour nous dans la réalité. Donc, il est probable que le Versailles de mon imagination corresponde à une exagération et à une transformation de mon esprit jusqu’au point d’être devenu une sorte de monde irréel à part entière. C’est ce que j’ai essayé de saisir dans cette exposition
. »

 

Je suis le chat du Cheshire qui accueille Alice au pays des merveilles avec son sourire diabolique, et bavarde pendant qu’elle se balade autour du Château. D’un sourire enjoué, je vous invite tous à découvrir le pays des merveilles de Versailles.

Takashi Murakami présente 22 pièces dont 11 ont été créées pour l’événement en accord avec la salle où elles sont posées ; une seule est dans le jardin.

 

Plus encore qu’avec Jeff Koons ou Xavier Veilhan, cette exposition est une splendeur à la hauteur du lieu.

Les pièces s’intègrent bien dans les salles et respectent le lieu ; elles sont délicates, précieuses, nuancées dans leurs matières et leurs couleurs ; outre le fait que Takashi Murakami est un artiste très précis et familier des matériaux précieux, il est aussi bien conscient de l’enjeu de Versailles : "c’est l’un des plus grands symboles de l’histoire occidentale, emblème d’une ambition d’élégance, de sophistication et d’art".

 

Un aspect intéressant est la rencontre des mythologies : les allégories et autres mythes versaillais dialoguent avec ces créatures oniriques inspirées de l’art traditionnel japonais.

Des protestations sont venues de cercles d’extrême-droite intégristes et de cercles très conservateurs. Ces tristes individus voudraient faire de Versailles un reliquaire de la nostalgie de la France de l’Ancien Régime, d’une France repliée sur elle-même et hostile à la modernité. La pétition a été lancée par Anne Brassié, une Versaillaise nostalgique de la collaboration qui a écrit notamment un livre sur Robert Brasillach.

 

 

Takashi Murakami est né à Tokyo en 1952..

Il vit et travaille à Tokyo.

Takashi Murakami fait ses études à la Tokyo University of Fine Arts and Music (département peinture, 1986-1993).

Sa première exposition personnelle a lieu en 1989. Depuis lors, il revendique la pratique d'un art japonais autonome, d'un "nouveau japonisme", qui ne soit pas imitation de l'art occidental. Représentant de la nouvelle culture japonaise, il est l’un des artistes japonais les plus populaires aujourd’hui.

 

Bien qu'inscrite en écho au Japon traditionnel de l'ère Edo, l'œuvre de Murakami est le reflet de la société contemporaine et de la nouvelle culture japonaise, imprégnée de l'imaginaire des mangas. Considéré comme l'un des chefs de file du néopop japonais, Murakami revendique l'héritage de Warhol et du pop art américain, tout en analysant la manière dont l'art japonais peut trouver une autonomie face au modèle occidental.

Il crée des sculptures monumentales, peintures, papiers peints, et autres objets. Ses œuvres puisent directement dans l'imagerie manga japonaise, qui est détournée et amplifiée sur des thèmes ou émergent des questionnements à première vue absents de l'aura kitsch et kawaii des bandes dessinées japonaises.

 

L'oeuvre de Takashi Murakami, par sa mièvrerie revendiquée, prend violemment à rebours nos goûts et notre sacralisation de l'art. Elle magnifie une sous-culture japonaise que nous cherchons désespérément à épargner à nos enfants lorsqu'elle s'incarne dans des dessins animés bêtifiants et agressifs.

 

Lors d'une exposition en 2002 à la Fondation Cartier, Takashi Murakami entend définir ainsi l'identité japonaise contemporaine. « Je voulais montrer à l'Occident, et surtout à la France, patrie des beaux-arts et de la culture d'élite, que nous avons délibérément choisi cette sous-culture si méprisée en Europe. S'il existe aussi un art d'élite au Japon, il fonctionne sur un complexe d'infériorité à l'égard de l'Occident. Nous devons cesser cette imitation qui nous tourne en ridicule, quand notre force créative s'exprime dans les productions les plus populaires. »

 

Kawai, le « mignon » est érigé en valeur. Quand Murakami raconte la genèse de ses oeuvres, cela commence toujours par « quand j'étais petit... » Au-delà du graphisme, cette fascination pour l'enfance s'exprime au Japon par la toute-puissante culture otaku, manière obsessionnelle de s'adonner à la lecture des mangas, à la construction de maquettes, aux collections diverses. Plus de 500 000 fans collectionneraient ainsi les figurines de Gundam, le héros intersidéral.

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain

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