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Publié le 6 Mars 2014

L'un des plus grands auteurs du cinéma français vient de nous quitter. Alain Resnais est mort. Il venait d'obtenir l'Ours d'argent au Festival de Berlin pour son film "Aimer, boire et chanter" qui sortira bientôt en salles.


Alain Resnais prenait son temps. En 70 ans de carrière, il réalise seulement 19 longs-métrages, mais chacune de ses œuvres apporte une innovation, une idée nouvelle au cinéma français, que ce soit sur le fond ou la forme. Il invente des genres cinématographiques, infatigable expérimentateur, renouvelleur de formes, explorateur des pouvoirs insoupçonnés du cinéma.

En 1966, avec la Guerre est finie, il collabore avec Jorge Semprun pour évoquer les doutes des derniers militants clandestins de la Guerre d'Espagne, 27 ans après sa fin officielle puis s'approche de la science-fiction avec Je t'aime, je t'aime (1968), qui mêle voyage dans le temps et introspection amoureuse, dans un décor kitsch de carton-pâte. Ce film aride et mal aimé du public contient le germe de "L'amour à mort " et de "La vie est un roman", sur le thème d'une éventuelle " deuxième chance" qui pourrait être offerte pour mieux aimer ceux que l'on regrette d'avoir négligé lorsqu'ils étaient présents.

Resnais explore de l'intérieur les voies de la création littéraire dans Providence (1977), qui lui vaut un premier César. Il joue à la fois sur le terme providence et sur la ville américaine Providence, lieu de naissance de Lovecraft, auteur de science-fiction qui inspire içi en partie sa réflexion. A travers un auteur vieux et malade qui imagine une histoire à partir de sa propre famille, Resnais montre les essais et les retouches d'un processus de création.
Un autre thème du film est une illustration critique et ludique de la psychanalyse, à travers sa représentation en direct et l'évocation des frustrations des personnages, aussi bien que ceux du spectateur. Plus généralement, la mémoire, sa façon de reconstruire et de déformer des expériences vécues ou fantasmées, sont l’enjeu indirect mais omniprésent de Providence.

Ensuite, ce sont les théories comportementales du neurobiologiste et éthologue Henri Laborit qui lui inspirent Mon oncle d'Amérique ( 1980), Grand Prix du Jury à Cannes. En comparant les humains aux rats cherchant leur chemin dans des labyrinthes truqués, Alain Resnais met beaucoup d'humour, avec l'aide de son scénariste Jean Gruault sous le sérieux de la thèse : sa curiosité est sans limite, son amusement, son goût de la facétie aussi.

La vie est un roman (1983), toujours avec comme complice Jean Gruault, se présente sous forme de trois récits imbriqués, dans la lignée des "films multiples" de Resnais qui abordent de façon ironique et ludique des thèmes profonds, comme la recherche du bonheur, l'éducation des enfants et le respect de leur imagination:
En 1919, dans son château, le comte Forbek propose à ses invités une expérience qui doit les conduire à un état de bonheur permanent. Le prix à payer est un enfermement total, l'oubli du passé et une rééducation des sens, en sélectionnant tout ce qui est harmonieux. Mais l'amour-passion incarné par Fanny Ardant fait exploser ce modèle.

En 1982, le même château est devenu un collège expérimental. Un colloque de chercheurs s’y réunit pour préciser les méthodes et moyens d’une éducation de l’imagination. Resnais pointe les contradictions entre les discours et les actes de ces enseignants chercheurs, et s'amuse des marivaudages propres à tout colloque.

A suivre

La vie est un roman, Fanny Ardant, André Dussolier

La vie est un roman, Fanny Ardant, André Dussolier

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma, #Alain Resnais

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Publié le 2 Mars 2014

L'un des plus grands auteurs du cinéma français vient de nous quitter. Alain Resnais est mort. Il venait d'obtenir l'Ours d'argent au Festival de Berlin pour son film "Aimer, boire et chanter" qui sortira bientôt en salles.

Alain Resnais prenait son temps. En 70 ans de carrière, il réalise seulement 19 longs-métrages et quelques courts métrages, dont les plus célèbres sont Loin du Vietnam et surtout Nuit et Brouillard.

Mais chacune de ses œuvres apporte une innovation, une idée nouvelle au cinéma français, que ce soit sur le fond ou la forme. Il invente des genres cinématographiques avec son équipe.

Son premier long-métrage est déjà un monument. Hiroshima mon amour (1959) : Une actrice française tourne un film pacifiste au Japon, elle a une brève liaison avec un architecte japonais, ils parlent, dans une chambre d’hôtel, dans un bar, dans la nuit. Elle parle d’elle, petite fille de Nevers qui a un jour, dans la France occupée, aimé un soldat allemand. Le souvenir des « dix mille soleils » d'Hiroshima, une ville entière soulevée de terre et réduite en cendres, le hante.

Ce film, comme Nuit et Brouillard, participe du devoir de mémoire et rappelle, même si cela peut paraître dérisoire par rapport aux souffrances des blessés d'Hiroshima, l'injustice qui a frappé, à la libération de Nevers, le soldat allemand, tué dans le dos et la Française, tondue, pour avoir été coupable d'amour.

En 1959, le ministre de la Culture, André Malraux, sélectionne le film pour le Festival de Cannes. La délégation américaine exige son retrait de la compétition. Car, à ses yeux, cette rencontre d'une jeune actrice française et d'un architecte japonais à Hiroshima, toujours traumatisée quinze ans après sa destruction par une bombe atomique, constitue une attaque frontale.
De Gaulle n'y est pas plus favorable, soucieux de ne pas faire de vagues alors qu'il vient de faire réaliser les premiers essais nucléaires. Le film est cependant projeté à Cannes, mais hors compétition, à l'extérieur du Palais, et à un horaire inhabituel.

La suite est somptueuse L'année dernière à Marienbad (1961), coécrit avec Alain Robbe-Grillet transpose le Nouveau Roman au cinéma.

Aussitôt après, Muriel ou le Temps d'un retour (1963) contourne la censure gaulliste pour évoquer, en filigrane, la torture et les violences perpétrées en Algérie.

A suivre...

 Emmanuelle Riva ; Eiji Okada dans Hiroshima, mon amour

Emmanuelle Riva ; Eiji Okada dans Hiroshima, mon amour

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma, #Alain Resnais, #Hiroshima

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