Publié le 14 Décembre 2015

Banksy continue son œuvre en soutien aux migrants de Calais. Celui que personne n’a jamais vu vient de laisser trois œuvres sur des murs de Calais, deux en centre-ville et une dans la «jungle».

La première, réalisée à l’entrée de la «jungle», où survivent dans des conditions extrêmement précaires près de 4 500 migrants, représente Steve Jobs (1955-2011) avec un baluchon et un ordinateur. «On nous fait souvent croire que l’immigration est une perte pour les ressources d’un pays mais Steve Jobs était le fils d’un immigré syrien, rappelle Banksy dans un communiqué. Apple est la société qui dégage le plus de bénéfices et qui paye plus de sept milliards de dollars d’impôts, mais cela a pu être le cas seulement parce qu’un homme venu de Homs a pu entrer.»

Précisément Steven Paul Jobs naît le 24 février 1955 à San Francisco d'un père d'origine syrienne, Abdulfattah Jandali et de Joanne Carole Schieble, américaine d'origine suisse. Alors que Joanne est enceinte, son père la menace de la priver de son héritage si elle épouse un non catholique, elle décide donc d'abandonner son fils. Le nouveau-né est alors adopté par Paul Reinhold Jobs et Clara. La suite est connue, il fondera Apple avant de devenir une des premières fortunes mondiales et de mourir prématurément d'un cancer.

Banksy offre Steve Jobs à Calais

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain, #droits de l'homme

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Publié le 2 Décembre 2015

Mia Madre est un film bouleversant et qui montre la maturité du réalisateur Nanni Moretti.Il renouvelle son talent fabuleux à suggérer dans l’organisation concrète des situations un débordement de l’intériorité des personnages, des évocations de rêves, d’angoisses ou de fantasmes qui prennent pourtant pied dans la stricte matérialité de la scène. Toujours ainsi à cheval entre le réel et le mental, il respecte néanmoins une discipline de cinéma d’une inflexibilité absolue, n’utilisant aucun autre langage que la grammaire simple des plans et des actions, pas une ligne de texte outrageusement littéraire, pas un seul effet superflu,

Margherita est une réalisatrice en plein tournage d’un film dont le rôle principal est tenu par un célèbre acteur américain. À ses questionnements d’artiste engagée, se mêlent des angoisses d’ordre privé : sa mère est à l’hôpital, sa fille en pleine crise d’adolescence. Et son frère, quant à lui, se montre comme toujours irréprochable. Margherita parviendra-t-elle à se sentir à la hauteur, dans son travail comme dans sa famille ?

Mia Madre revient aux sources de l'autofiction de Moretti, le personnage principal est cinéaste, il rouspète et s'inquiète, en proie au doute, fragilisé par la mort annoncée de sa mère, naguère enseignante de latin très estimée. Mais ce n'est plus Moretti qui interprète ce personnage obsessionnel et irascible, mais un alter-ego au féminin, Margherita Buy, comédienne devenue régulière, qui a déjà tourné deux fois avec lui.

On la voit ici en plein tournage d'un film autour d'une usine en lutte, avec des ouvriers refusant les licenciements. Dedans joue un acteur américain un peu raté, embauché par amitié et qui s'avère vite très pas vraiment professionnel et capricieux. De plus il souffre de prosopagnosie, (comme Brad Pitt, en réalité) et ne reconnait pas les visages; ce qui donne, au début du film une scène cocasse où il drague la réalisatrice, pourtant amie de longue date, alors qu'elle vient le chercher à l'aéroport.

Il y a des moments irrésistibles dans Mia Madre, comme cette scène maintes fois recommencée et loupée à chaque fois, de Turturro filmé au volant d'une voiture. Ou cette autre, où il est incapable de dire deux répliques simples comme bonjour. On pense alors au Bill Muray de Lost in translation Mais ce qu'on préfère encore, ce sont ces moments de grâce où la caméra circule comme en rêve, dans les couloirs, l'appartement de la mère, arpenté, caressé comme un lieu riche de mémoire, rempli de livres, d'objets personnels chargés d'histoire. Des rêves ou des divagations, il y en a d'ailleurs, dont un magnifique, sur une ballade mythique de Leonard Cohen (Famous Blue Raincoat), où Margherita longe lentement une file de spectateurs qui semble infinie, devant un cinéma où l'on projette Les Ailes du désir de Wim Wenders.

Nanni Moretti propose une nouvelle tragi-comédie sur la famille, le deuil et le cinéma. Pour autant, le film n’est pas strictement conservateur. Moretti ne dit pas que le monde d’aujourd’hui vaut moins que celui d’hier, seulement qu’il aime le passé et ne prend pas le temps de tant goûter le présent. Ici, par exemple, le cinéma contemporain n’existe pas et les citations cinéphiles renvoient inlassablement à des amours de toujours, de Wim Wenders au film noir hollywoodien des années 1950. La revalorisation des racines, celles d’un présent et d’un futur qui ne sont déjà plus les siens mais ceux de la génération suivante, personnifié par le personnage de sa nièce, passe aussi par la prépondérance du latin au sein de l’intrigue. Son instruction, généralement remise en question aujourd’hui, ne l’est aucunement par la famille de Margherita. Plus le récit avance, plus la langue morte reprend vie. Leçon imposée pour l’adolescente, le latin devient un plaisir partagé par sa mère, son oncle et sa grand-mère.

Mia Madre, chef d'œuvre de Nanni Moretti

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma italien

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