Publié le 5 Septembre 2017

Une actrice (Jeanne Balibar) va jouer Barbara, le tournage va commencer bientôt.  Elle s’appelle Brigitte, elle doit jouer la longue dame brune sous la direction d’un cinéaste roux, veste en tweed, un brin timide, transi d’admiration (Mathieu Amalric, lui même). Elle travaille son personnage, la voix, les chansons, les partitions, les gestes, mais aussi le tricot, elle apprend les scènes, le film va, avance, l'admiration grandit, de l'actrice pour Barbara, du réalisateur pour Barbara, du réalisateur pour l'actrice.

Leurs identités peuvent se confondre, il n'y a que deux lettres de différence entre leurs noms. Leurs silhouettes, physiques comme intellectuelles, peuvent tout autant être mises en surimpression. Deux femmes brunes, longues mais aussi deux incarnations d'une féminité moderne et libérée.

De son propre aveu au dernier festival de Cannes, où le film inaugurait la section « Un certain regard », Mathieu Amalric afirmait que son optique n'avait jamais été de faire de Barbara un "biopic", mais bien plus une étude du fétichisme. A fortiori amoureux, quand lui aussi y possède son double. Amalric dans l'ombre derrière la caméra, et un peu dans la lumière en jouant Yves Zand, le personnage réalisateur du film. Sur le papier, Barbara avait l'intention de faire revenir la chanteuse, Amalric a sans doute eu aussi envie de faire revenir Balibar.

Barbara est donc constitué de variations sur le même thème, celui de l'amour éperdu, puisqu'on y voit aussi bien des fans en pâmoison devant la chanteuse qu'Amalric devant Balibar. Barbara est connue pour ne jamais s'être encombrée des conventions, Amalric s'en passe tout aussi bien pour ce film, abandonne l'idée de continuité quand il passe sans problème d'une image documentaire de la chanteuse face à son public à une autre, fictionnelle, reconstituée, de la même séquence, mais avec l'actrice en train de la jouer. La ressemblance physique a été accentuée par le port d'une prothèse de nez pour Balibar.

Une autre séquence voit l'authentique Barbara signer des autographes avant que ne s'y substitue un Yves Zand plus que jamais transi devant son actrice, qui lui tend une photo. Celle-ci lui demande alors s'il est en train de faire un film sur Barbara ou sur lui. La réponse est sans équivoque des deux côtés de l'écran : « C'est la même chose ».

Il n'y a aucun récit linéaire sur les épisodes clés de l’existence de la chanteuse, ce film est l'antithèse de La Môme , l'excellente biographie d'Edith Piaf par Olivier Dahan. Ce n’est pas la biographie qui intéresse le réalisateur, mais l’esprit de la chanteuse, ses vertiges, ses sensations, ses émotions, qui déteignent si bien sur nous lorsqu’on l’écoute.

Amalric s’amuse à composer, à improviser autour des gestes, des rites, des accessoires, lunettes noires, piano, boa. Il montre comment a pu naître telle chanson (Je ne sais pas dire), comment la chanteuse de Nantes se préparait, répétait, habitait la scène bien avant ses concerts, comment elle envoûtait tous ceux qui l’entouraient. Tout est vrai dans les éléments biographiques énoncés, mais Amalric procède par allusions ou révélations fugitives: son enfance de petite fille juive, la guerre, le père incestueux, la mère envahissante. Il dit énormément, mais en allant vite, en glissant, pour ne pas rompre le charme.

Barbara, un hymne d'amour d'Amalric
Barbara, un hymne d'amour d'Amalric

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma, #Barbara

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