Publié le 27 Novembre 2014

Léviathan, cet excellent film présenté à Cannes pose des questions qui dépassent la Russie de Poutine, il pourrait se situer dans de nombreux États du Monde. Andrei Zvyagintsev réussit une œuvre qui parle des impasses de notre époque, à la hauteur de références universelles. Léviathan, le monstre annonciateur de chaos, l'emporte et règne en maître, désormais, sur un pays sans âme, mais qui pourrait être le nôtre si nous ne restons pas vigilants. Méfions nous des admirateurs de Poutine en France, Marine Le Pen en tête, mais aussi Thierry Mariani, JL Mélenchon ou JP Chevènement.

Leviathan se situe tout de suite dans un ailleurs lointain, aux confins des espaces immenses d’une Russie vaste comme deux fois les Etats-Unis. Dans ces paysages quasi lunaires, désertiques, sombres, même en été, au bord d’une mer de Barents baignant des squelettes de baleines et de bateaux, vivent le garagiste Kolia, sa femme Lilya et Roma, son fils adolescent rebèle issu d’un précédent lit. Les jours s’écoulent, entre problèmes familiaux ordinaires, discussions de voisinage et consommation de vodka.

Mais le maire corrompu cherche à s'emparer de leur propriété, la maison et l'atelier. Pour lui échapper, Kolia a fait appel à Dmitri, l'un de ses anciens amis de l'armée maintenant avocat à Moscou, qui a rassemblé un dossier à charge contre le maire. Les Russes ont un sens exacerbé de la faute, la culpabilité traverse leur vie et surtout, leur cinéma. En même temps que leur vodka chérie, les personnages de Léviathan avalent leur médiocrité et leur impossibilité de s'en extraire.

Pour l'emporter sur le maire expropriateur, Dmitri ne compte pas sur la justice, elle donne toujours raison aux puissants, mais sur le chantage. Grâce à un ami haut placé, l'avocat a constitué un gros dossier à charge : la liste des magouilles, pots-de-vin et extorsions exercés par l'élu et ses collaborateurs, aussi corrompus que lui. Mais Moscou est loin et le maire sait bien que l'appui de l'évêque orthodoxe du secteur est plus important pour lui qu'un lointain oligarche. Se servir du mal pour faire triompher le bien est à la fois très russe et très dangereux. Outré et furibard, le maire semble consentir à un compromis. Mais il a, habilement, dans sa manche, la loi formelle et cette Eglise orthodoxe toujours aux ordres du pouvoir. Aujourd'hui comme hier, politiques et popes s'entendent pour mêler le profane au spirituel et pour utiliser Dieu à leur guise dans ce pays voué au crime sans châtiment.

La vodka est omniprésente dans ce film. Tout le monde picole, du matin au soir, les petits et les grands, les hommes et les femmes. Ils noient dans la vodka leur mal-être et leurs remords d'être devenus ce qu'ils sont. Au tournant du film, Kolia, l'exproprié, et le maire expropriateur se font face, comme dans un western. Mais leur duel est grotesque, ils sont ivres tous les deux, ils basculent, ils chancellent, ils titubent tout en s'insultant. Ce n'est pas à qui tuera le premier, mais à qui s'écroulera le dernier.

Dans une scène très réussie, le groupe des amis de Kolia se réunit, un week-end, pour une séance de tir. Une fois détruites les bouteilles, les cibles sont les portraits de leurs dirigeants d'autrefois : Lénine, Brejnev, Gorbatchev. « Où sont les plus récents ? » demande l'un des participants. « On n'a pas encore le recul historique », réplique un autre.

Ils n'y a pas de juste, ni de pur dans ce film. Le front uni contre le maire se délite rapidement, à la suite d'une altercation entre les amis Kolia et Dmitri provoquée par la jalousie autour de Kolya. Même si Kolya n'est pas innocente, elle est la véritable héroïne du film. Douce, attentive, et bientôt résignée, celle par qui le scandale arrive le paiera très cher, grande victime de toute cette destinée implacable. Le réalisateur en fait, pourtant, le seul être mystérieux et digne dans cette foule d'êtres veules. Capable d'agir quitte à expier et de créer, aussi, avec celui qu'elle a trompé et qui continue de l'aimer, un lien étrange, profond. Comme une confiance qui persisterait au-delà de la souffrance.

Leviathan, un film noir et fort

Voir les commentaires

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

Repost 0

Publié le 19 Novembre 2014

Dans le cinéma de François Ozon la sexualité, l'ambiguïté, l'ambivalence et la subversion des normes sociales ou familiales sont ses thèmes privilégiés. Son nouveau film Une nouvelle amie n'échappe pas à la règle. Avec une fin qui va faire bondir la Manif pour tous.

Claire vient de perdre Laura, sa meilleure amie d'enfance, morte trop jeune, quelques jours après avoir mis au monde une fille. Eplorée, elle tombe dans une profonde dépression. Elle renoue avec David, le mari de son amie. Avec Gilles, son époux, elle le retrouve pour un dîner. Elle se rend à l'improviste au domicile de celui-ci et franchit la porte d'entrée, restée opportunément ouverte.La jeune femme découvre, dans le salon, donnant le biberon à sa fille, David travesti en femme. Abasourdie, horrifiée, Claire écoute David lui expliquer et se justifier. Sa femme, Laura était au courant. mais il lui précise qu' il n'est pas gay, coucher avec un homme ne lui viendrait pas à l'esprit. Au contraire, ce sont les femmes qui l'attirent, elles lui plaisent même tellement qu'il rêve d'en devenir une, de temps en temps. Il aime sentir sur sa peau une robe qui glisse, des bas remonter sur ses cuisses, un eye-liner lui souligner le regard.

Sans trop savoir pourquoi, sans même avoir conscience de l'accepter, Claire cache cette nouvelle à son mari. Elle accepte, aussi, de revoir David. De l'entendre, de le comprendre. De parler perruques et colifichets, et même de faire, avec lui, du shopping entre filles. A cette créature blonde, un peu vulgaire, mais plus glamour qu'elle ne l'a jamais été, Claire a même trouvé un prénom : Virginia. «Je suis femme.» Virginia envoie ce texto à Claire. La phrase, imprécise, résume le trouble identitaire du personnage incarné par Romain Duris.

Dans son film, le réalisateur persiste dans la description d’un univers clos, angoissant, mais surtout générique. Les maisons où vivent David-Virginia ou Claire sont des villas sans qualification architecturale précise, le centre commercial qu’elles visitent est dépourvu de tout indice géographique, et la propriété familiale qui sert de refuge d’un week-end ne pourrait être résumée qu’à la dénomination courante de manoir bourgeois de l’Europe occidentale. Cette imprécision constante est évidemment voulue par François Ozon qui a tourné une partie du film au Canada pour avoir une architecture sans grande particularité, pour donner l’impression que l’on n’est pas vraiment en France.

Ozon balise et élimine les fausses pistes, il filme une série de possibilités comme des trompe-l'oeil : un banal désir freudien pourrait expliquer le comportement de David, mais sa mère voulait bien un garçon. une attirance morbide pour son amie pousserait Claire à s'éprendre de son reflet, revenu d'entre les morts, comme dans Sueurs froides, de Hitchcock, mais aucun fétichisme ne se déclenche lorsqu'elle revoit la chambre de Laura. David pourrait n'être qu'un homosexuel refoulé, amoureux fou du beau mari de Claire, mais une scène de douche nie cette hypothèse. L'étrange famille que l'on voit s'éloigner à la fin du film ne prône rien, n'attaque personne, ne défend que son droit à l'existence, exilée, fragile, friable mais elle-même.

Et là, la Manif pour tous explose, Une fille, un papa et une maman enceinte du papa, mais le papa outrageusement maquillée, perruque et talon haut.

Une nouvelle amie de François Ozon

Voir les commentaires

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

Repost 0

Publié le 15 Novembre 2014

Le travail d’Andro Wekua se situe à l’intersection de l’histoire, de la mémoire et du fantasme, et suscite un sentiment d’inquiétante étrangeté. Il présente habituellement des condensés de ses investigations mnémoniques, avec des sculptures, des films et des installations.

Originaire de Georgie, en ex-URSS, Andro Wekua conserve dans son travail la trace de cet ailleurs. Ses personnages de cire à échelle humaine semblent se protéger du monde extérieur par la richesse de leurs pensées les plus intimes, tandis que ses peintures convoquent les avant-gardes du début du XXe siècle et que ses maquettes sont des souvenirs de l’architecture communiste de son passé.

Ses installations sont mises en place de sorte que les spectateurs sont, d'une part, invités à participer, mais d'autre part exclus d'une partie de l'œuvre. Comme au théâtre, ils sont impliqués dans tous les détails de l'extérieur, et en même temps tenusà distance. Ils ne savent pas ce qui se passe dans les coulisses.

Pour Inside (2014) il présente des œuvres liés qui créent un sentiment de claustrophobie, voire d’angoisse : Untitled (2011), un mannequin de cire à la tête encapsulée dans une maison fait écho à un court-métrage à la lisière de la science-fiction, Never Sleep With a Strawberry in Your Mouth II (2010-2012). Dans les deux cas quelqu’un, ou quelque chose, prend possession de l'esprit du spectateur.

Andro Wekua

Voir les commentaires

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain

Repost 0

Publié le 13 Novembre 2014

À travers la photo, la vidéo et la sculpture, Sookoon Ang aborde la question de l’existence et de sa nature instable. Les émotions, la vie quotidienne, les notions de réalité et de perception traversent ses œuvres, amenant le spectateur à reconsidérer son environnement sensible.
En 2014, pour Inside, Elle présente Exorcise Me, une installation vidéo sur quatre écrans, créant un environnement dans lequel le visiteur est happé. Des adolescentes en uniforme de collégienne, le visage grimé en tête de mort, posent avec langueur et flegme. Le maquillage fait référence au langage gothique du rock métal, alors que leur attitude rappelle les jeunes filles tournées vers elles-mêmes peintes par Balthus. L’adolescence est un moment particulièrement intense dans la recherche de soi. Le doute, l’anxiété, la recherche de son identité et de son rapport au monde entrainent un inconfort propre à ce passage de l’enfance à l’âge adulte.

Voir les commentaires

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain

Repost 0

Publié le 10 Novembre 2014

Cinéaste oublié, Gregory La Cava mérite d'être revu pour quelques films marquants. Il Gregory La Cava commence sa carrière comme dessinateur et animateur de cartoons. Dans les années 1910 et 1920, il tourne des courts-métrages, dont certains avec son ami W.C. Fields. Son alcoolisme et le mécontentement des producteurs envers ses méthodes de travail (tournage sans le moindre script) entraineront le déclin de sa carrière.

Un de ses films les plus marquant est La Fille de la Cinquième Avenue (Fifth Avenue Girl), sorti en 1939

L'industriel Timothy Borden, ancien ingénieur, inventeur vingt-cinq ans aparavant d'une pompe révolutionnaire est devenu sans vraiment le vouloir le très riche propriétaire de Amalgamated pump Inc. Il se sent déprimé. Ses ouvriers bénéficient des 44 heures et il est prêt à leur accorder le demi-million de bénéfice annuel de sa société, seulement celle-ci va mal, notamment du fait de son fils Tim qui préfère jouer au polo que rédiger des devis pour les clients.

Sa secrétaire lui offre une cravate un peu voyante pour son anniversaire, mais c'est mieux que la solitude qui l'attend en rentrant chez lui car les membres de sa famille ont tous oublié cet anniversaire. Pire, une lettre d'une agence de détectives lui rapporte les rumeurs selon laquelle sa femme fréquente un jeune play-boy.

Suivant la suggestion de son domestique, Higgins, émerveillé que, dans Central park, les érables bourgeonnent, il s'y rend. Près du bassin des phoques, il y fait la connaissance de Mary, une jeune femme sans emploi mais qui se réjouit de sa bonne santé, de ses cinq dollars en poche et de la semaine de loyer payée. Séduit par sa joie de vivre, il l'invite dans un night club à la mode pour fêter son anniversaire. Il fait servir du champagne à tout le monde qui le remerciera en chantant bon anniversaire sous les yeux ébahis de sa femme qui était là, par hasard, avec son boy-friend.

Le lendemain à dix heures, Timothy se réveille avec un œil au beurre noir, ayant presque tout oublié, sous l'effet de l'alcool, de sa folle soirée de la veille. Mary a dormi dans la chambre d'amis à la stupeur de sa femme et de ses enfants. Il lui propose secrétement de vivre chez lui afin de rendre ses proches jaloux et de les intéresser à sa nouvelle vie, mais aussi dans le but de les mettre en face de leurs propres responsabilités, voire devant leurs incohérences respectives.

Ce scénario rappelle le film ''Mon homme Godfrey'' réalisé par le même La Cava en 1936. Ici aussi, un élément étranger fait intrusion dans une famille de la haute société accablée d'oisiveté et d'ennui et fait souffler un vent vif qui réveille ses habitants.

C'est Ginger Rogers Ginger Rogers qui incarne la jeune chômeuse rencontrée à Central park, jeune femme endurcie et sarcastique. Elle est alors la seule valeur sure de la RKO dans les films avec Fred Astaire ceux de La Cava mais aussi dans Mademoiselle et son bébé (Garson Kanin, 1939) et Ses trois amoureux (Garson Kanin, 1941). Sa collaboration avec Fred Astaire est terminée. "La grande farandolle" a clôturé la série de films de Ginger et Fred. Les projecteurs se sont éteints, Cendrillon a laissé le prince charmant et le magnifique carosse s'est transformé en citrouille. Elle n'est plus ici un personnage chic et comblé mais interprète avec grâce une jeune fille laborieuse.

La critique sociale n'a pas la virulence de celle d'un Frank Capra. Si la lutte des classes est mise en scène avec insistance c'est pour mieux montrer la persistance du modèle familial et américain dont les vicissitudes et inquiétudes, dues à la crise des années 1930, ne peuvent être que passagères.

Ginger Rogers et Walter Connolly

Ginger Rogers et Walter Connolly

Voir les commentaires

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma américain

Repost 0

Publié le 5 Novembre 2014

Mark Manders, plasticien contemporain néerlandais, né en 1968 à Volkel, Pays-Bas.

Mark Manders est un écrivain, mais avec des objets au lieu de mots. Il s'est intéressé à l'évolution parallèle de l'homme et des objets.

Le travail de Manders se compose principalement d'installations , de dessins , de sculptures, mais aussi de courts métrages. Mark Manders est surtout connu pour ses sculptures d'argile dégrossi, intégrant des visages et aussi des plaques de bois. Il utilise également des objets divers, tels que des tables, des chaises, des ampoules, des couvertures et des animaux morts.

Dans ses installations, entourés d’une membrane transparente, des simulacres de cellules forment un parcours accidenté. Comme la mise en forme d’un espace mental, ces installations évoquent l’atelier de l’artiste mais aussi un chantier de fouilles archéologiques. On imagine l’humidité de l’argile sous les bâches, alors qu’il s’agit de sculptures en bronze, tandis que des figures humaines amputées entrent en symbiose avec des éléments d’architecture.

Depuis les années 1990, Mark Manders développe un autoportrait au long cours au moyen de sculptures, installations et architectures. Définissant lui-même son travail comme un « autoportrait en bâtiment », l’artiste mêle les références empruntées à l’histoire de l’art, des édifices solitaires de Giorgio De Chirico aux sculptures de jeunes gens dans l’Antiquité grecque, pour imaginer des œuvres qu’il souhaite voir réunies dans un bâtiment aux fenêtre obstruées, mêlant le futur au passé.

Mark Manders, d'argile et de bois

Voir les commentaires

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain

Repost 0

Publié le 3 Novembre 2014

Ryan Gander plasticien contemporain britannique, né à Chester, et qui vit et travaille entre Londres et Suffolk.

Gander est gravement handicapé physiquement et utilise un fauteuil roulant. Ryan Gander peut être classé dans les artistes conceptuels. Une grande majorité de ses œuvres n'ont pas de rapport direct avec son handicap, mais il lui arrive de s'en inspirer. Par exemple, en 2006, son installation à l'ancienne bibliothèque Whitechapel, «Est-ce que la culpabilité est en vous aussi?», où il a rempli l'espace avec des obstacles, des détritus, des impasses et des illusions destinées à confondre les visiteurs et symboliser les difficultés inéquitables dont souffrent les personnes handicapées.

Compte tenu de son handicap, la plupart des travaux de Gander sont complètement réalisés, sur ses indications, par une équipe de spécialistes techniques. Il est souvent physiquement incapable d'effectuer lui-même la réalisation de l'œuvre.

Son travail est marqué par le décalage, l’humour dans l’appropriation des lieux et des choses. Gander met en objets et en concepts les lubies de l’âme, les films qu’on se fait, en particulier dans notre rapport politique au monde. Ainsi, On n’a jamais eu beaucoup d’euros par ici (2010) est une pièce de 25 euros, suisse d’une part, et d’autre part supposément parvenue à nous depuis l’an 2037 (il y a eu de l’inflation). Choses ôtées et remplacées, habits qu’on met et qu’on enlève, son œuvre s’occupe de ce qui n’est pas là mais qui peut servir. C’est le mode grammatical du potentiel, plus excitant que l’irréel.

Parmi ses œuvres phares, on trouve aussi sa simili-danseuse de Degas qui fume sa clope par terre (intitulée Je ne t’en veux pas, ou Quand nous faisions l’amour, tu pleurais et je t’aime comme les étoiles là-haut et je t’aimerai jusqu’à la mort, 2008) ; aussi, de la même année, Une feuille de papier sur laquelle je m’apprêtais à dessiner quand elle a glissé de la table et est tombée par terre et qui consiste en cent boules de cristal de 15 cm de diamètre éparpillées au sol, au sein desquelles on aperçoit, gravée au laser, une image de la feuille de papier sur laquelle l’artiste s’apprêtait...

En 2012, à la Documenta13, il investit tout le hall du Fridericianum d’un simple courant d’air. La même année, à Berlin, à la Hamburger Bahnhof, il rappelle son handicap en montrant une figurine de l’artiste, autoportrait tombé de sa chaise roulante face à un petit cube bleu. Le titre : l’Œuvre d’art que personne ne connaît. Parfois, Ryan Gander en montre une image dans une conférence, et il ajoute : «Je ne vais pas en parler.»

Ryan Gander artiste conceptuel et handicapé

Voir les commentaires

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain

Repost 0