Publié le 20 Décembre 2014

Gianni Caravaggio est né dans une petite ville du centre de l'Italie, mais sa famille déménage rapidement en Allemagne. Là, il étudie la philosophie avant de retourner en Italie pour étudier à l'Académie des Beaux-Arts de Milan.

Gianni Caravaggio est influencé par des courants artistiques comme l'Arte Povera, Fluxus, l'Arte Processuale et le post-minimalisme. Le point commun de ces courants est l'abandon de toute forme de représentation naturaliste en art, mais aussi la relation directe aux matériaux, leur contact, leur accumulation, leur dispersion. Cependant, ils divergent sur la symbolique et la valeur narrative qu'ils accordent à ces matériaux.

Les œuvres de Gianni Caravaggio sont comme une succession de verbes, équilibrer, attirer, créer, faire, décliner, imiter. Chacune se déploie sur le sol, en partant du minimum, de l'élément le plus noble, comme le marbre, à l'élément le plus élémentaire et le plus fragile, comme le sucre. Le sol revêt une importance particulière dans le travail de cet artiste, il l'utilise et le présente comme un horizon de possibilités. Les sculptures de Gianni Caravaggio se regardent d'en haut comme s'il s'agissait de maquettes, d'expériences. Souvent, elles semblent prêtes à s'effondrer, comme si elles étaient construites sur un équilibre fragile.

Il se trouve deux axes opposés dans la démarche de Gianni Caravaggio, la construction enfantine, faite à tâtons et soumise aux aléas, d'une part et d'autre part, l'expérience scientifique et sa précision indéniable. Un autre paradoxe est présent dans son œuvre, à partir de matériaux bien réels et identifiables, il crée une image poétique, intuitive et stimule l'imagination du spectateur qui n'est plus certain d'avoir devant lui un petit bloc de marbre ou un gros morceau de sucre. Dans ce processus d'assimilation de transition entre microcosme et macrocosme, entre un matériau disponible immédiatement et une image sidérale et inaccessible que l'imagination et la poésie sont générées, par exemple à la façon dont un manche à balai devient un cheval ou un fil de fer, l'orbite d'une planète.

Il mistero nascosto da una nuvola, 2013, marbre noir  et sucre en poudre, au fond what does your soul look like, 2001 fil de nylon coloré

Il mistero nascosto da una nuvola, 2013, marbre noir et sucre en poudre, au fond what does your soul look like, 2001 fil de nylon coloré

Voir les commentaires

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain

Repost 0

Publié le 19 Décembre 2014

Robert Morris étudie à l'Université du Kansas, au Kansas City Art Institute et au Reed College avant de devenir peintre. Dans les années 1950, son travail montre l'influence de l'Expressionnisme abstrait, en particulier celle de Jackson Pollock. En Californie, Morris devient également familier du travail des compositeurs La Monte Young et John Cage. L'idée que la production artistique n'est que l'enregistrement d'une performance de l'artiste, issue des photographies de Hans Namuth montrant Pollock au travail, l'amène à s'intéresser à la danse et à la chorégraphie.

Il s'installe à New York en 1960 et présente une performance basée sur l'exploration de corps dans un espace où s'effondre une colonne carrée. Il développe la même idée dans ses premières sculptures minimalistes, Two Columns (1961) et L Beams (1965).

À New York, Morris commence à étudier le travail de Marcel Duchamp, réalisant en écho des pièces comme Box with the Sound of its Own Making (Boîte avec le son de sa propre fabrication, 1961), Fountain (Fontaine, 1963). En 1963, ses sculptures minimalistes sont exposées à la Galerie Green de New York et commentées par Donald Judd.

En 1964, Morris conçoit et réalise deux performances célèbres 21.3, coordonnée avec la lecture, déchiffrée sur les lèvres du lecteur, d'un essai d'Erwin Panofsky, et Site, avec Carolee Schneeman. Morris s'inscrit au Hunter College de New York, réalisant son mémoire de maîtrise sur le travail de Brancusi et publie en 1966 dans Artforum une série d'articles remarqués : Notes on Sculpture (Notes sur la sculpture).

En 1967, Morris crée Steam (Vapeur), exemple précoce de Land Art. Dès la fin des années 1960, son travail est présenté dans de nombreux musées américains, mais fait l'objet de critiques notamment de Clement Greenberg. Il augmente l'échelle de son travail, remplissant des galeries entières avec des séries d'unités modulaires ou des tas de terre et de feutre. En 1971, il imagine une installation à la Tate Gallery de Londres qui remplit l'ensemble de la galerie de sculptures centrale de plans inclinés et de cubes.

Vers la fin des années 1970, Morris évolue vers la figuration, surprenant nombre de ses partisans. Ses œuvres aux accents dramatiques et baroques sont fréquemment inspirées par la peur de l'apocalypse nucléaire.

En 1969 il participe à l'exposition historique Quand les attitudes deviennent forme (When attitudes become form : live in your head ; Wenn Attituden Form werden), Kunsthalle de Berne, organisée par Herald Szeemann. Exposition reconstituée en 2013 à la Fondation Prada, Venise.

Dans les années 1990, il s'intéresse de nouveau au travail de ses débuts, supervisant la reconstruction et l'installation de pièces perdues. Il vit et travaille à New York.

Les œuvres en feutre ouvrent une réflexion sur l'« antiforme ». Par exemple, Wall Hanging (Tenture, 1969-1970, Paris, Musée national d'Art moderne), se compose d'un morceau de feutre rectangulaire, fendu de plusieurs entailles horizontales parallèles, et suspendu par les coins supérieurs : la pesanteur déforme ensuite le feutre et détermine la forme finale de l'œuvre. La matière détermine la forme, processus prenant à rebours l'histoire de la sculpture.

Les interventions dans le paysage marquent durant les années 1970, la volonté de dépasser le domaine étroit de la sculpture, en modelant des levées de terre ou en traçant des labyrinthe en béton.

Felt Piece (feutre) série Wall Hanging 1974

Felt Piece (feutre) série Wall Hanging 1974

Alu 1968

Alu 1968

Land art : Observatoire, Lelystadt, Pays-Bas

Land art : Observatoire, Lelystadt, Pays-Bas

Voir les commentaires

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain

Repost 0

Publié le 10 Décembre 2014

Au Mali, un groupe d'islamistes investissent la ville de Tombouctou et y imposent la charia. Ils bannissent la musique, le football, les cigarettes, persécutent les femmes et improvisent des tribunaux qui rendent des sentences injustes et absurdes. Kidane est un éleveur touareg vivant dans le désert avec sa femme et sa fille. D'abord épargnée, sa famille va bientôt subir les nouvelles lois islamiques. Kidane, dans une altercation, blesse mortellement un pêcheur, il pourrait échapper à la peine capitale en payant "le prix du sang", mais s'y refuse.

Abderrahmane Sissako s'est inspiré de faits réels qui se sont passés dans le nord Mali: L'histoire vraie d'un jeune couple non-marié qui a été lapidé par des islamistes dans une région appelée Aguel'hoc. Pendant l'été 2012, le couple a été amené au centre de leur village, placé dans deux trous creusés dans le sol, et lapidés jusqu'à ce que mort s'en suive devant des centaines de témoins. Mais aussi La vendeuse de poissons obligée de porter des gants, la rixe entre un éleveur et un pêcheur et enfin le personnage de la femme un peu dérangée sur sa terrasse. Elle existe à Gao et s’appelle Zabou, elle est une ancienne danseuse du Crazy Horse. Elle se promène avec un coq sur l’épaule. Pendant l’occupation, les djihadistes ne la touchaient pas, elle leur faisait peur. Zabou fume dans les rues de Gao, elle peut chanter, se promener tête nue, traiter les occupants de connards.

Abderrahmane Sissako dépeint des djihadistes encore plus grotesques qu'effrayants : les uns parlent mal l'arabe, les autres fument en cachette des cigarettes interdites, d'autres discutent des mérites de Messi et de la dernière coupe du monde alors qu'ils interdisent le football; ce qui donne une belle séquence où des gamins jouent sur un terrain de football poussiéreux avec un ballon aussi invisible que les balles de tennis à la fin du film Blow Up de Michelangelo Antonioni.

La beauté du film tient aussi à l’extrême pudeur des personnages, tout en émotions rentrées. Les rapports de couple, par exemple, sont partout les mêmes, mais ils s’expriment de façon différente. « Ce que je ne t’ai pas dit, tu le sais déjà. » Cette phrase, prononcée dans le film, est une métaphore de la parole, de la poésie touareg.

Bien que prenant parti pour les populations opprimées, il prend soin de filmer les intégristes avec des plans égaux et en les laissant développer leur casuistique. Les fondamentalistes ne sont pas tout d’un bloc, l’un est fanatique, l’autre pas vraiment convaincu, et pourrait presque paraître sympathique. Quelque soit leur décisions arbitraires, ils parlent d'une voix calme, et condamne à mort sans élever le ton. Sissako ne filme pas des monstres mais une idéologie monstrueuse. Et il décortique la folie intégriste qui prétend imposer une pratique déviante de l’islam à des gens qui sont déjà de pieux musulmans.


Abderrahmane Sissako déclare:

Montrer, aussi, ce qu’est l’islam, qui a été le socle de mon éducation, comme de celle de millions de jeunes, et qui nous apprenait à vivre notre foi, dans la tolérance, en harmonie totale avec l’autre. Je suis croyant, mais je ne veux pas l’afficher. Toute foi est intime. Et c’est cette intimité, réelle et puissante, qui lui donne son sens.

Les extrémistes ont fait de l’islam un danger. Nombre de musulmans, révoltés, viennent me confier leur désarroi après les projections de Timbuktu. Ils aimeraient ne pas avoir à s’expliquer. Nous ne devrions pas avoir à dire que ces crimes horribles ne sont pas commis en notre nom. S’y trouver contraint est une grande douleur.

La peur m’a toujours accompagné. Les djihadistes savaient qu’un film se faisait. On a chassé de la ville les djihadistes armés. Mais pas ceux habillés comme tout le monde : des sympathisants, des boutiquiers, des chauffeurs de taxi. Tout peut se répéter très vite, on l’a vu avec l’exécution d’Hervé Gourdel en Algérie, un pays qui a prétendument vaincu le terrorisme. D’ailleurs, une ville comme Tombouctou ne se libère pas comme ça. Le vrai combat, ce sont les habitants qui le mènent, ceux qui trouvent un moyen de chanter ou de jouer au football alors qu’on le leur interdit. C’est leur résistance qui est essentielle et ne doit pas s’arrêter. Le mal est toujours là, il peut progresser vite et ne cessera pas par une victoire militaire.

Timbuktu   d'Abderrahmane Sissako

Voir les commentaires

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

Repost 0

Publié le 7 Décembre 2014

Daniel Dezeuze, né en 1942 à Alès, fait des études d’espagnol tout en fréquentant comme élève libre l’École des Beaux-Arts de Montpellier. Son père, l'artiste peintre Georges Dezeuze, lui enseigne les bases du métier.

En 1964-1965 il obtient une bourse d'études du Mexique et visite ensuite la côte Est des États-Unis. Il découvre alors la peinture américaine dans sa réalité même et non pas au travers de reproductions.

Sa fameuse œuvre de 1967 intitulée « Châssis avec feuille de plastique tendue » permet de mieux comprendre par l’exemple les préoccupations de Supports/Surfaces. Soutenance en 1970 d'une thèse en littérature comparée, consacrée au poète Vicente Huidobro.

Membre fondateur du groupe Supports/Surfaces de 1970 à 1972. Il participe à de nombreuses expositions collectives dont celle au Musée d’art moderne de la Ville de Paris en 1970. À partir de 1971 et jusqu’en 1991 expose à la galerie Yvon Lambert à Paris. De 1977 à 2002 il enseigne à l’École des Beaux-arts de Montpellier.

En 1987, Dezeuze séjourne en Chine pour la première fois et y expose. En 1998 se déroule une importante rétrospective de son œuvre au Carré d'art à Nîmes. Depuis 1999 il expose à la galerie Daniel Templon à Paris.

On peut dire que la continuité de sa réflexion portant à la fois sur la remise en cause de la cimaise et de l’espace idéaliste l’a conduit à explorer de nombreuses voies. Optant pour l’utilisation de techniques multiples et diverses, Daniel Dezeuze s’inscrit dans une relecture de l’art américain sans nier une réelle jubilation pour l’utilisation de matériaux considérés comme pauvres. La conceptualisation générale de son œuvre se sert des supports les plus variés comme champ d’expériences. Il existe une dimension énigmatique et ludique qui le pousse à ré-utiliser le dessin de façon provocante en se jouant des références culturelles (balistiques ou chinoises). Si le travail de Daniel Dezeuze apparaît bien en perpétuel mouvement, il semble cependant que la pertinence le dispute toujours à la sagacité.

Échelle, 1974

Échelle, 1974

Voir les commentaires

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain, #Supports-Surfaces

Repost 0

Publié le 7 Décembre 2014

Georges Rousse a commencé des études de médecine, avant de se consacrer entièrement à la vie artistique. Il a développé son style après avoir découvert le Land Art, et l'œuvre de Felice Varini. de 1985 à 1987, il est pensionnaire de la Villa Médicis à Rome.

Les photos de Georges Rousse sont souvent prises dans des lieux abandonnés ; il intervient sur l’architecture du lieu en avec un style particulier rappelant l’anamorphose. L’artiste lui-même rejette ce terme car l’œuvre ne peut être vue que depuis un point, d'où il prend la photo. Georges Rousse projette une forme simple dans l’espace qu’elle doit envahir, puis la forme est peinte. Dans un second temps il prend le lieu ainsi transformé en photo.

Georges Rousse assure lui-même la prise de vue, le cadrage, la lumière de ses photographie. Mais il est aussi, tout autant, peintre, sculpteur, architecte dans le même rapport avec les espaces réels qu'un peintre avec la toile, un sculpteur avec la matière, ou un architecte face à ses plans. Son matériau premier est l'Espace. L'espace de bâtiments abandonnés où il repère immédiatement un fragment pour sa qualité architectonique, sa lumière puis qu'il organise et met en scène dans le but ultime de créer une image photographique.

La photographie, finalité de son action picturale, est une surface plane, les formes qu'il peint ou dessine, les volumes et architectures qu'il construit sont éclatés, désagrégés, sur les différents plans spatiaux de bâtiments parfois monumentaux. Avec la photographie telle qu'il la pratique, Georges Rousse le spectateur oblige à une lecture statique des architectures, à une investigation immobile de l'Image, qui peu à peu transforment la perception de l'Espace et de la Réalité. À l'espace réel dans lequel l'artiste intervient et à l'espace fictif, se superpose l'espace utopique qu'il imagine puis construit patiemment dans le lieu, pour engendrer un nouvel espace qui n'advient qu'au moment de la prise de vue et n'existe que par la médiation de la photographie.

Vitry, 2007

Vitry, 2007

Amilly, 2007

Amilly, 2007

Voir les commentaires

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain

Repost 0