Publié le 8 Septembre 2014

Party Girl film original et passionnant sorti le 27 août 2014:

« Ma mère est une party girl », voilà en quels termes Samuel Theis commence son discours au public assistant à la cérémonie de clôture du Festival de Cannes. Il y reçoit, entouré des bras de ses acolytes Claire Burger et Marie Armachoukeli, la Caméra d’or récompensant leur premier long métrage, sans oublier l’autre récompense d’ensemble dans le cadre de la sélection d’Un Certain Regard. Party Girl est le résultat d’une réalisation familiale, inspirée par l’histoire personnelle de Samuel, coécrite à trois, et avec la complicité de tous, à commencer par les acteurs non-professionnels.

Angélique a la soixantaine, une vie passée à boire et à faire boire les hommes dans un cabaret à la frontière allemande. Michel, un gros, un doux, lui demande sa main. Elle hésite, parce que la fête, elle aime toujours ça, Angélique. Et puis, elle accepte : ce sera, au moins, l'occasion d'une grande réunion de famille. Car Angélique a trois enfants dont elle ne s'est pas trop occupée, mais qui l'aiment, plus une quatrième qu'on lui a retirée, jadis et qu'elle aimerait bien revoir.

C'est, plus ou moins transposée, l'histoire d'un des trois réalisateurs, Samuel Theis. C'est, d'ailleurs, sa mère, Angélique Theis-Litzenburger, qui interprète le rôle principal. Ils sont trois à avoir signé ce film. Avec Samuel, Marie Amachoukeli et Claire Burg.

Le travail des trois co-réalisateurs est un vrai travail d'équipe, sans aucune spécialisation de l'un ou de l'autre dans une tâche particulière. Ils écrivent avec précision chaque squence, mais laisse la place à l'interprétation des acteurs. La caméra saisit, en longs plans séquence, la vie tragi-comique de ces personnages, qui errent tous entre bons sentiments et mélancolie. Elle ne quitte presque jamais cette Angélique grandiose et pathétique, qui, par sa démesure, ressemble à une héroïne fellinienne.

À la fois cru et généreux, naturaliste et poétique, le film se situe sur un fil entre fiction et documentaire, sans gêne et avec même, de façon contradictoire, une certaine pudeur. Il se montre cruel lorsqu’il finit par devenir charnel. Party Girl relève le défi de ne pas ressembler à une émission de Strip-Tease tout en développant une force tragicomique du récit. Si Samuel Theis avoue avoir eu honte, durant son enfance, des manières et du look de sa mère, il lui rend un hommage émouvant en lui accordant le rôle principal de son premier film, pour dresser le portrait d’un personnage complexe et nostalgique.

L’attachement des trois réalisateurs pour leurs personnages souvent marginaux leur permet de les approcher et de mieux les filmer dans leur milieu de vie. Ils les représentent sans vulgarité ni complaisance au point de les rendre davantage vraisemblables et généreux. Ils circulent entre la boîte de nuit et la commune de Forbach en Moselle, deux espaces respectivement anxiogènes et lugubres en raison de difficultés économiques et sociales. Il en résulte une photographie terne parfois distillée dans des néons colorés : Party Girl est visuellement très abouti. On admire le style et l’ambiance dès le générique de début.

Party Girl

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

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Publié le 7 Septembre 2014

La Bataille de Moislains fut brève et meurtrière pour plus de 600 réservistes charentais des 307e et 308e régiments d'infanterie. vers midi les troupes françaises se replient. Dans l'après-midi, la population non évacuée de Moislains est autorisée à venir secourir ceux qui peuvent encore l'être. Dès lors et les jours suivants, une chaîne de solidarité sous forme de soins, de nourriture et de réconfort va s'installer. Une carte postale de 1921 montre cimetière très sommairement aménagé.

Le 31 Août 1924, à l'initiative des deux collectivités (La Charente et la Somme) un ossuaire et un cimetière sont inaugurés au lieu dit « le chemin de la Récrière »:

Le Monument des Charentais domine ce modeste cimetière. Son assise vient d'une carrière de Charente.

Un coffre en bois réalisé avec un chêne du Puy de Nelle à Champniers est déposé devant ce monument depuis 1960, coffre qui renferme plusieurs échantillons de terre provenant des villages d'origine des combattants disparus. L’initiative en revient à Gaston Rofidal, sous-officier pendant la guerre 14-18, et dont le passage dans le secteur de l'Oise devait décider profondément du reste de sa vie.

Avec le temps la mémoire ne faiblit pas puisque des familles ont fraternisé et que tous les ans, le dernier dimanche d'Août, simultanément à Moislains et à Angoulême une cérémonie honore la mémoire de ces Charentais, morts dans ce village Picard.

La nécropole vers 1920

La nécropole vers 1920

Le monument aux Charentais de Moislains
Cimetière et monument en 2014

Cimetière et monument en 2014

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #première Guerre Mondiale, #Centenaire

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Publié le 6 Septembre 2014

Revenons sur la Bataille de Moislains, au cours de la quelle mourut Alfred Dumousseaux , le 28 août 1914. Cette bataille fut une des plus brèves (une matinée) et des plus sanglantes du premier mois de la Première Guerre Mondiale.

Envoyé « à marche forcée » au nord de la Picardie, le « 307e régiment » avait pour mission de retarder l’avancée allemande sur Paris et d’éviter l’encerclement d’un corps expéditionnaire anglais fort de 74 000 hommes.

Le comte rendu officiel (disponible là http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/arkotheque/inventaires/ead_ir_consult.php?fam=3&ref=6&le_id=2138 ) est bref, sec et laconique:


28 août 4h
Le 308e, tête du gros de la colonne se porte sur peronne. Brouillard intense. subitement le 307e est accueilli en face de Moislains, au sud du bois de vaux, par un feu violent d'infanterie, que vient bientôt soutenir l'artilleri
e.

9 heures. le 308e se déploit et subit de grosses pertes. Attaqué par un ennemi retranché, supérieur en nombre, et menacé sur ses arrieres et ses flancs, il doit battre en retraitear Rocquigny... vers Arras, où il arrive à 21 h 30

pertes: 16 officiers tués blessés ou disparus, 732 sous officiers, caporaux et soldats tués, blessés, prisonniers ou disparus (sur un effectif total de 2200 hommes)

Quelques années plus tard les historiens sont plus loquaces:

Le 28 août 1914, une terrible bataille a décimé les troupes du 307e et 308e RI d’Angoulême commandées par le colonel Gary. Cette offensive s’est déroulée à Moislains, en Picardie. À 7 h 30, la tête de la colonne atteint la ferme du Gouvernement, installée entre les bois de Saint-Pierre Waast et celui de Vaux. Vers 8 heures, les dragons viennent buter sur les avant-postes ennemis. Des deux côtés, on échange des coups de fusil.

Les combattants tirent au jugé tant le brouillard est dense. Vers 9 heures, les patrouilles détachées des 19 e et 20 e compagnies du 307 e RI reçoivent l’ordre d’avancer vers les lisières du village. Là, les éclaireurs se trouvent confrontés à des cavaliers allemands contre lesquels ils doivent croiser la baïonnette. Les fantassins allemands ouvrent le feu et un déluge d’obus s’abat sur les deux compagnies qui se rabattent sur le bois de Vaux. Deux compagnies du 308 e RI arrivent à la rescousse, mais voyant les soldats ennemis fondre sur elles pour les encercler, elles se replient sur le chemin de la Croix où les attendent les rescapés du 307e .

Avec la dissipation du brouillard, l’ennemi s’aperçoit qu’il n’a en face qu’un petit nombre d’adversaires. L’artillerie vient alors prendre position au lieu-dit Valigout et des mitrailleuses campent sur le chemin de la Croix pour un tir croisé. En quelques instants c’est l’hécatombe. Les blessés et les morts gisent au fond du chemin. À midi la cavalerie allemande charge et sabre les derniers combattants sur la plaine dominant Moislains. La bataille a duré quatre heures.

Ce qu'ils oublient de dire, c'est que l'ampleur du désastre vient aussi de l'affrontement entre, coté français, deux régiments de réservistes, mobilisés moins d'un mois avant et côté allemand, une armée d'active commandée par le général Von Kluck, qui sera par ailleurs décoré pour cette bataille.

Rappelons enfin que les millions de morts de cette guerre n'étaient pas la conséquence d'une lutte contre une dictature ou des terroristes, mais l'affrontement de nations impérialistes pour la (re)conquête de territoires.

Extrait du journal de marche du 308e régiment pour le 28 août 1914

Extrait du journal de marche du 308e régiment pour le 28 août 1914

Extrait de compte rendu 1954

Extrait de compte rendu 1954

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #première Guerre Mondiale, #Centenaire

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