Publié le 28 Novembre 2009

"Je n'aime pas les Nains de jardin avec une Rolex ", c'est une des répliques récentes qui vise bien sûr le beau-frère de Valeria Bruni-Tedeschi émanant d'un vieil artiste de 73 ans,  génial,  Jean-Jacques Lebel . Car depuis toujours Lebel rime avec rebelle. Rebelle depuis la Guerre d'Algérie, alors qu'en 1960, bien peu d'artistes osaient s'exprimer sur le sujet.

Il présente l' exposition "Soulévements" à la Maison rouge du 25 Octobre 2009 au 17 Janvier 2010. Le titre : « Soulèvements » par-delà son sens évident, suggère des significations qui vont du politique au poétique, du réel à ses représentations, de la pensée aux langages les plus diversifiés.


C’est sous l’égide de ce vocable polysémique que sont associées, afin d’esquisser la silhouette existentielle de cet insurgé, ses propres œuvres, celles de ses amis et compagnons, ainsi que les objets d’art ou de combat qu’il a réunis autour de lui et dont il nourrit sa subjectivité.

 

Le parcours est organisé selon des thèmes qui correspondent aux obsessions de Jean-Jacques Lebel quant à l’énigme posée par l’œuvre et au contexte collectif de son émergence. Happenings, Insoumission, Poésie, Hallucination, Eros, Dada, la Guerre ou le Rhizome… en sont quelques exemples. Ces ensembles interconnectés permettront au visiteur d’entrer en relation avec quelques-unes des principales installations de Jean-Jacques Lebel, des œuvres d’Arts Premiers ou d’artistes anonymes mais aussi, celles d’alliés aussi importants que Johan Heinrich Füssli, Giuseppe Arcimboldo, Louise Michel, Fourier, Ravachol, Guillaume Apollinaire, Marcel Duchamp, Pablo Picasso, Otto Dix, André Breton, Francis Picabia, Antonin Artaud, Bernard Heidsieck, Erró, Antonio Saura, Konrad Klapheck, Öyvind Fahlström, Peter Saul, Camilla Adami, Orlan .


Jean-Jacques Lebel, né à Paris en 1936, artiste plasticien, écrivain, créateur de manifestations artistiques. Il est le fils de Robert Lebel, critique d'art. À New York pendant la guerre, il rencontre Marcel Duchamp, André Breton et Billie Holliday avec lesquels il noue une relation intense qui durera leur vie durant.


En 1955, sa première exposition a lieu à la Galleria Numero à Florence, Italie. Après un passage chez les Surréalistes, il expose à Milan, chez Arturo Schwarz, chez Iris Clert et chez Simone Collinet à Paris, puis dans d'innombrables musées et galeries à travers le monde. La même année, il publie sa première revue d’art et de poésie Front Unique dans laquelle interviennent entre autres Benjamin Peret, Roberto Matta, Francis Picabia, Wilfredo Lam, André Breton, Kostas Axelos, Joyce Mansour. Membre trop turbulent du mouvement surréaliste, il en est exclu pour indiscipline en 1959.

 

En 1960 à Venise, il est l’auteur, de l’Enterrement de la Chose, action directe qui fut considérée par les historiens comme le premier happening européen. Il prend position contre la guerre d’Algérie et la torture en co-organisant la manifestation « Anti-Procès » à Paris, à Venise et en 1961 à Milan où est exposé le Grand Tableau Antifasciste Collectif peint par Enrico Baj, Gianni Dova, Roberto Crippa, Errò, Jean-Jacques Lebel et Antonio Recalcati. Cette œuvre est d’abord censurée pendant vingt-quatre ans, puis fera le tour des musées européens et l’objet d’un livre-manifeste collectif.


En 1979 il fonde avec François Dufrêne et Christian Descamps puis Jacqueline Cahen, le Festival International Polyphonix, manifestation nomade qui s’ouvre aux poètes, cinéastes, musiciens et performeurs de tous horizons, constituant un laboratoire autonome des mouvements "rhizomatiques".


En 1988, Jean-Jacques Lebel met fin à son exil et reprend son activité publique d’artiste. Dans cette période, il conçoit d’importantes expositions présentées dans des musées européens dont le point de vue renouvelle radicalement le regard porté sur des œuvres d’artistes comme: Victor Hugo, peintre : Musée d’Art Moderne de Venise en 1993 ; Picabia/Dalmau IVAM Valence, en 1995, Cent Cadavres Exquis, Juegos Surrealistas : Fundaciòn Colleccion Thyssen-Bornemisza, Madrid 1996, Jardin d’Eros Barcelone en 1999, Picasso érotique, Musée des Beaux-Arts de Montréal, en 2001 ; Le labyrinthe Artaud, Dusseldorf et Milan, en 2005 ; L’un pour l’autre, les écrivains dessinent Imec/Caen 2007 et 2008



Parfum grève générale, 1960
Parfum grève générale, 1960

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain

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Publié le 11 Novembre 2009

Les Herbes folles d'Alain Resnais, scénario de Laurent Herbiet, Alex Reval

d'après le roman L'Incident de Christian Gailly ,
en compétition officielle au Festival de Cannes 2009 .
Alain Resnais obtient le Prix Exceptionnel du Festival de Cannes


 

Marguerite Muir s’achète de nouvelles chaussures mais se fait voler son sac à la sortie du magasin. Georges trouve le portefeuille de Marguerite que le voleur a jeté dans un parking souterrain. Il hésite puis le ramasse Il compare la photo sur la carte d’identité et celle sur une licence de pilote d’avion, il en tire conclusions et analyses et met à fantasmer sur sa propriétaire. De retour chez lui, il trouve le numéro de Marguerite dans l’annuaire, essaie de lui téléphoner et décide finalement de porter l’objet au commissariat. Plus tard, Marguerite cherche à remercier Georges d'avoir rapporté son portefeuille.


La suite tient de l’improbable, de l’invraisemblable, du magique, du farfelu et du bonheur de tous les possibles et tous les ratages. Il explore les possibles, comme il l’avait fait dans le film à embranchements Smoking-No smoking (1993), mais ici dans un récit linéaire. Au bout d'une heure, ’écran devient noir tout à coup, comme pour laisser au spectateur le temps de reprendre son souffle, de rassembler ses émotions en lisant la phrase de Flaubert : « N’importe, nous nous serons bien aimés » !..


Car, comme souvent dans la vie, Georges et Marguerite ne sont pas en phase et gâchent à plaisir les occasions qui leur sont offertes de se trouver. Jusqu'au quiproquo final, dans l'avion piloté par Marguerite, qui provoque une catastrophe dans un baptême de l'air qui aurait du être le début de leur histoire commune.

Resnais pousse l'ironie jusqu'à marquer, avant cette scène tragi-comique, le mot Fin sur une séquence romantique et qui aurait pu constituer un Happy-end d'un film américain des années 1960


Le film se clôt (et c'est en quelque sorte la "troisième fin" ) sur une réplique étonnante : alors que l'on pense le film terminé, la caméra cadre une petite fille, totalement étrangère à l'histoire, qui, soudain, demande à sa mère : « Quand je serai un chat, est-ce que je pourrai manger des croquettes ? » Cette réplique est bien présente dans le roman de Gailly, mais au détour d'une phrase. Resnais la met en valeur, à la fin du film, comme une assertion surréaliste... sans se réclamer du surréalisme, Resnais avoue son admiration pour Breton, Philippe Soupault, Yves Tanguy, Buñuel et Cocteau, en étant conscient des différences irréductibles qui ont existé entre ces artistes.


Alain Resnais, pour la première fois de sa carrière, se lance dans l'adaptation d'un roman. Il avait beaucoup puisé son inspiration dans le théâtre, ou dans l'opérette. Il a choisi un livre de Christian Gailly, titré L'Incident, auquel il se montre, en un sens très fidèle, en adoptant intégralement une large partie des dialogues. Mais le film s'intitule Les Herbes folles, ce qui n'a que peu de rapport avec L'Incident. C'est tout simplement le résumé poétique de ce qui intéresse Alain Resnais dans cette histoire : les conduites imprévisibles, déraisonnables, aberrantes, des personnages et leur conséquences quelque fois démesurées, comme ces herbes qui poussent au milieu d'une route goudronnée.


Les Herbes folles est beaucoup plus une histoire de désirs qu'une histoire d'amour. De désirs étranges et désaccordés à la limite du désordre. L'homme voudra connaître la dame, cherchera son numéro, se ravisera, déposera le portefeuille au commissariat, rivalisant en signes cliniques inquiétants avec le flic de service. Elle l'appellera pour le remercier, rien de plus. Il demandera : « C'est tout ? » et lancera : « Vous me décevez beaucoup ! » Le non-sens du film est souvent hilarant, mais aussi très éloquent. Il dit les abîmes qui nous guettent dans les situations les plus anodines et a fortiori dans celles qui le sont moins. Il dit les spirales irrationnelles où l'on peut chuter pour trois fois rien. C'était aussi l'esprit de Cœurs, précédent film du cinéaste.


Malgré une œuvre impressionnante, Alain Resnais s' amuse et innove encore. Il complète sa panoplie de manière. Voilà le premier film où l'on entend un narrateur, supposé omniscient, hésiter, se contredire, se reprendre sans cesse, semant le doute et l'ambiguïté quant aux faits relatés. Lesquels consistent, avant tout, en de spectaculaires volte-face des deux protagonistes. L'affiche ne ment pas, qui évoque les montages de Magritte, les associations et inspirations surréalistes. Commencé par un vol de sac à main, le film fait finalement miroiter un vol en avion de tourisme, le décollage vers l'imaginaire paraissant la seule issue pour ces humains ballottés par leurs pulsions tous azimuts. Et ce n'est pas un pur exercice de style. Car quoi de plus important à élucider et à représenter que l' insoutenable légèreté de notre condition d'herbes folles ?

 


Distribution

  • Sabine Azéma : Marguerite Muir
  • André Dussollier : Georges Palet
  • Anne Consigny : Suzanne Palet
  • Emmanuelle Devos : Josépha
  • Mathieu Amalric : Bernard "de Bordeaux"
  • Michel Vuillermoz : Lucien "d'Orange "
  • Edouard Baer : le narrateur
  • Annie Cordy : la dame
  • Sara Forestier : Élodie
  • Nicolas Duvauchelle : Jean-Mi
  • Roger-Pierre : Marcel Schwer
  • Jean-Michel Ribes : un patient

Fiche technique

  • Titre de travail : L'Incident
  • Réalisateur: Alain Resnais
  • Scénario : Laurent Herbiet, Alex Reval d'après le roman L'Incident de Christian Gailly
  • Musique originale : Mark Snow
  • Directeur de la photographie : Eric Gautier
  • Montage : Hervé de Luze
  • Affiche : Blutch
  • Durée : 104 minutes
  • Dates de sortie : 20 mai 2009 (Cannes); 4 novembre 2009 (France)

Récompense : Prix Exceptionnel du Festival de Cannes 2009 pour Alain Resnais
( en fait pour l'ensemble de son œuvre...) 

 

 

Les premières lignes du roman "L'Incident" :

Elle avait des pieds pas ordinaires.
À cause de ses pieds, elle était obligée d'aller là où elle ne serait pas allée si eue avait eu des pieds ordinaires.
Ses pieds, très aériens, comme d'autres ont le pied marin, bien que tout à fait normaux, normalement constitués d'une plante, d'orteils, cinq, d'un talon et d'un cou, avaient ceci de particulier, ils étaient longs et minces, pas extraordinairement longs, même pas longs du tout, c'est leur minceur qui les faisait paraître longs, ils étaient en effet extraordinairement minces.
Elle ne pouvait donc pas se chausser n'importe où, chez n'importe qui, elle était obligée d'aller dans Paris chez ce chausseur sis, ah, ça m'échappe, le nom aussi, dans une rue près d'une place à colonne, il y est toujours, toujours est-il, c'est en sortant de ce magasin que l'incident s'est produit.
Quel incident? Oh, rien de vraiment capital, rien de très important, un incident tout ce qu'il y a de plus banal, quelque chose de tout à fait courant, mais parfois le courant, le banal, peut conduire à. A quoi ? On va voir...
II faisait très beau. Le ciel était bleu, ça, pour être bleu, il était bleu, personne ne le regardait mais il était bleu, personne ne le regardait parce que personne ne pouvait le regarder, c'est bien simple, c'était si lumineux, si cruel pour les yeux, que de ce ciel on eût pu dire qu'il n'était qu'un soleil bleu. En somme, il faisait trop beau. Il en va du temps comme du reste. Quand c'est trop beau, c'est insupportable.
Depuis trois jours une chaleur terrible. On annonçait des orages pour demain. A Paris c'est comme ça, le beau temps ne dure jamais bien longtemps, comment ? si ? ça arrive ? sans doute, mais la plupart du temps on a droit aux orages, une histoire de masses d'air, du très chaud, du très froid, qui se rencontrent.
Les masses d'air, elle connaissait ça, mais ce jour-là elle n'y pensait pas. Cet après-midi-là elle était une femme comme les autres, si on peut dire, puisqu'elle n'a jamais été et ne sera jamais, enfin, pour moi, une femme comme les autres.
Elle était à Paris, donc, pour acheter des chaussures. Une fournaise dans le magasin, ou une étuve, comme on veut, les uns disent fournaise, les autres disent étuve, on a le choix, étuve pour chaleur humide, fournaise pour chaleur sèche, une véritable fournaise.
Elle dut d'abord attendre assise qu'une vendeuse se libère. Elle espérait avoir affaire à la petite qu'elle aimait bien, une brunette à cheveux courts et visage de garçon, précisons, de beaux grands yeux noisette, avec des reflets verts, une bouche pleine de chair d'un brun sanguin presque violet, qui en prenant son pied lui donnait un vague plaisir.
Ensuite choisir, essayer, ça a duré, une histoire de couleurs, de modèles, de pointures, qui ne se rencontrent pas, c'est toujours comme ça, si on veut que ça se rencontre, que ces choses-là se rencontrent, il faut si peu que ce soit, mais même peu c'est encore trop, renoncer, transiger, se compromettre, quoi.
Finalement elle s'arrêta, fixa son choix, sur un modèle très approchant de ce qu'elle cherchait, d'une couleur proche, et qui, c'était là le plus important, lui allait comme un gant.

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

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Publié le 7 Novembre 2009

La croyance en un Dieu, ou plusieurs, ou en une force supérieure est un fait très répandu parmi les hommes. Cette croyance est légitime, mais entraine très souvent des comportements irrationnels ou une pensée magique. La pensée magique se réfère à la croyance que des pensées spécifiques, la verbalisation, les gestes associés, ou les postures peuvent, d'une façon mystique, conduire à l'accomplissement de certains désirs ou à prévenir certains maux. Les jeunes enfants sont enclins à cette forme de pensée, comme conséquence de leur capacité limitée à comprendre la causalité.


Le premier niveau de la pensée magique consiste à imaginer que l'énonciation d'une prière, pratique commune à beaucoup de religions, peut attirer sur soi l'attention d'une force supérieure et permet d'obtenir des effets bénéfiques. Bien que non inhérent au Bouddhisme, initialement sagesse sans dieux, sans pratique imposée, la prière se pratiquei aussi dans cette religion, en particulier sous forme de récitation de mantra.


Les bouddhistes orientaux vont plus loin et inventent un deuxième degré de la pensée magique, sous la forme des moulins à prière. Ces cylindres sont gravés d'un mantra et le seul fait de faire tourner le moulin équivaut à une prière, car la rotation (dans le bon sens bien sûr). Actionner un tel moulin a la même valeur spirituelle que de réciter la prière du mantra, la prière étant censée se répandre ainsi dans les airs comme si elle était prononcée. Ce dispositif étant, selon toute vraisemblance destiné à permettre aux illétrés d'avoir accès néammoins aux prières.


Les moulins souvent disposés en longues séries sont mis en mouvement l'un après l'autre par le fidèle qui passe devant eux. Le fidèle déplace les moulins avec sa main droite. Le moulin doit être tourné dans le sens des aiguilles d'une montre, afin que le mantra soit lu dans le sens où il a été écrit, ce qui explique que les stupas ou chorten doivent être contournés par la gauche.

Le troisième niveau de la pensée magique est atteint dans les montagnes, car les forces de la nature sont mises à contribution pour faire tourner des moulins à prières. Le plus courant est le moulin à prières à aubes, la rotation étant maintenue par un petit flux d'eau provenant d'un torrent. On trouve même, plus rarement, des moulins à prières à vent, le sommet du moulin étant équipé d'une petite éolienne à godet. Raffinement suprême les mantra sont donc énoncés par le vent ou l'eau et leur bénéfices doit retomber sur tout voyageur qui passe devant le dispositif.

Moulin éolien dans l'Helambu

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #Népal

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