Publié le 31 Janvier 2015

Adam et Eve forment un couple de vampires cultivés et fragiles. Leur idylle dure depuis plusieurs siècles. Dans le port marocain de Tanger, Eve compte sur Christopher Marlowe, le concurrent malheureux de Shakespeare, pour l'approvisionner en poches de sang sain. De loin, elle reste en contact avec son compagnon Adam, qui vit à Detroit. Après avoir vécu plusieurs siècles et influencé les carrières de nombreux musiciens et scientifiques connus, Adam est devenu un musicien reclus. Il passe ses journées à enregistrer des albums avec un équipement démodé et à se lamenter sur l'état du monde actuel tout en boudant dans une maison délabrée dans un quartier déserté de Detroit. Il est devenu convaincu que l'humanité est condamnée et se réfère sans cesse aux hommes comme des "zombies".

Adam vit reclus au milieu de ses guitares de collection. Il ne croit plus à un monde qui n'aurait plus rien à offrir. Ses meilleurs fruits ont déjà été cueillis il y a longtemps, citant, dans le désordre, le rock pionnier d’Eddie Cochran, les peintures de Basquiat, le théâtre de Christopher Marlowe, autant de fétiches révérés, exhibés comme des vestiges d’une civilisation disparue.

Eve a passé ces dernières années à vivre à Tanger où elle achète son approvisionnement en sang à un autre vampire, Christopher Marlowe. Craignant pour la vie d'Adam, elle s'envole pour Detroit. La jeune sœur d'Eve, vampire elle aussi, une éternelle adolescente, incontrôlable, qui préfère encore s'abreuver à la source, Ava, arrive de Los Angeles et brise l'isolement idyllique du couple. Après être sorti un soir, dans un club local, Ava tue Ian, le vidant de son sang, et se fait chasser de la maison d'Adam.

Adam et Eve se débarrassent du corps de Ian dans une usine abandonnée. L'attitude impulsive d'Ava, ainsi qu'un nombre grandissant de fans d'Adam venant sonner chez lui, oblige le couple à revenir en hâte à Tanger. Étant en manque de sang, ils découvrent que leur ami de longue date et mentor Marlowe est tombé malade en raison d'un lot de sang contaminé. Après avoir révélé qu'il a secrètement écrit la plupart des pièces de Shakespeare, il meurt.

Jarmusch corrige l'image habituelle des vampires, gores et incultes, en leur redonnant un cachet policé, littéraire et scientifique. Ils ont croisé et souvent aidé Shakespeare, Byron, Schubert, Tesla ou Einstein. Ils sont tellement civilisés qu'ils se fournissent en hémoglobine dans les stocks hospitaliers. En principe, ils sont immortels, mais on apprend qu'ils peuvent aussi mourir, par un approvisionnement de mauvaise qualité, ou par un suicide avec une balle en bois, renouvellant là le mythe de l'épieu dans le corps. Conformément à la tradition, ils ne peuvent exister que la nuit. Le film propose d' envoûtantes balades nocturnes des deux héros dans Tanger et Detroit, ville fantôme, qui célèbrent aussi la transformation inéluctable des choses, et disent la beauté des ruines, viviers de nouveauté en sommeil.

Mais quand on a de nombreuses vies derrière soi, et l'éternité à venir comment échapper au désenchantement. Jarmusch se posait déjà la question dans Broken Flowers. L' antidote au désenchantement, c'est l'idéal du couple qui peut regarder passer les époques à deux, depuis le balcon de leur bizarrerie. Le grand amour selon Jim Jarmush, possiblement vécu à distance, est anticonformiste. Il peut et doit se régénérer par l'accident, la transgression. De façon tout à fait inattendue, ce film humoristiquement dépressif se termine sur une folle remontée du désir. Comme dans Detroit sinistré, où peu à peu la nature reprend ses droits, et où une végétation luxuriante transperce le bitume, un manque soudain provoque pour le couple réuni un instinct de survie salutaire.

Only Lovers Left Alive, les Vampires philosophes

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 28 Janvier 2015

Film poignant et vigoureux sur les migrants africains.

Le film débute par des plans de migrants dans le désert algérien qui s'aperçoivent que l'un d'entre eux est une femme. Des policiers algériens débarquent, les migrants s'enfuient, la femme est violée. Un migrant camerounais, Léonard, rebrousse chemin, la secourt. C'est le début d'une histoire d'espoir, du nom de cette Nigériane : Hope. C'est le début d'une histoire que l'on qualifierait d'amour si la dureté ne prenait le dessus. En situation de survie, même pour Léonard, le chacun pour soi prime sur les valeurs.

D'abord méfiant et embarrassé, le jeune homme tombe peu à peu amoureux. Le film suit le couple jusqu'aux portes de l'Europe, cette terre promise, ce mirage pour lequel on accepte de tout endurer, le viol et la prostitution, la faim, l'épuisement et la peur. Du désert aux côtes marocaines, leur odyssée dresse la carte d'un monde radicalement hostile, balisé par des ghettos mafieux, peuplés de passeurs sans scrupules.

Boris Lojkine, qui vient du documentaire, décrit cette errance comme personne ne l'a encore fait sur ce sujet, avec une certaine froideur anthropologique, dans toute la cruauté des règles du voyage clandestin : dans chaque ville, des maisons délabrées ou des appartements servent de ghettos-refuges par origine nationale, sous le pouvoir de pasteurs exploiteurs faisant la pluie et le beau temps des êtres et des âmes. Et partout, le mépris, les contrôles, les razzias. Et pour Hope, la prostitution comme unique destin.

Tout en retenue, Endurance Newton et Justin Wang sont remarquables. Elle est secrète, à la fois forte et vulnérable, il est doux, perdu, profondément touchant. Dans leur parcours intime et géographique, de la survie à l’amour, de la peur au sacrifice, ces émouvants amants de fortune portent le film de bout en bout. Ils sont tous deux, comme le reste du casting, des comédiens non-professionnels, ayant un peu vécu le même genre d’épreuves que leurs personnages.

Tourné au Maroc sur les lieux de ce qu'il décrit, avec des acteurs recrutés sur le tas et jouant le plus souvent en se l'appropriant leur propre rôle, profitant d'une mise en scène sans fioritures mais s'aventurant parfois dans le rythme, les gros plans et les lumières du film d'action, maniant habilement les ellipses et sans voyeurisme sur la violence à l'œuvre, Hope réussit cette délicate alchimie de ne pas sombrer dans le pathos ou le misérabilisme tout en éveillant les consciences.

Boris Lojkine est un réalisateur français né en 1969. Ancien élève de l'École normale supérieure, il a enseigné la philosophie à l’université d’Aix-en-Provence avant d'entreprendre la réalisation de documentaires inspirés par son séjour au Viêt-nam. Dans Ceux qui restent, en 2001, puis Les Âmes errantes, en 2005, il s’intéressait aux souffrances du peuple vietnamien, encore profondément marqué par la guerre. D’un genre à l’autre, de l’Asie à l’Afrique, il garde avec Hope la même force d’évocation, le même désir de vérité, le même regard sensible et acéré.

Hope de Boris Lojkine

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 20 Janvier 2015

Malachi Farrell plasticien contemporain irlandais né en 1970 à Dublin, vit et travaille en région parisienne, à Malakoff. Il est arrivé en France en 1972 lorsque ses parents on décidé de quitter l'Irlande pour s'installer à Paris.

Il utilise en effet le son, la lumière, la chorégraphie de machines et d'objets articulés par des circuits électroniques complexes dont il dessine lui-même les plans. Dans ces mises en scène mêlant bricolage et technologies de pointe, Malachi Farrell raconte des fables contemporaines empreintes d'une forte charge sociale et émotionnelle, où le spectateur, continuellement mis en danger, est amené à prendre conscience du devoir d'engagement face à une société qu'il considère trop souvent brutale. Il compose avec l'humour, utilisant la satire et la caricature, il peut donc en ce sens se rattacher à Daumier ou à Beckett, son art est avant tout politique et dénonciateur.

Il œuvre à des chorégraphies électro-mécaniques, celles conditionnant notre environnement, en prenant en compte un vocabulaire issu de la culture punk et industrielle, soupe dans laquelle l'artiste est tombé lorsqu'il était petit. Ses dispositifs débordent parfois vers un genre et un esprit proche du théâtre (de rue). De même, les situations qu'il met en place ouvrent le point de vue sur une culture qu'il a pu se constituer en partageant une mixité d'origines (il partage la culture française et irlandaise).

Malachi Farrell crée des machines animées dotées de circuits électroniques combinant la précision des technologies de pointe et l’ingéniosité du système D. Avec elles, ils composent des mises en scène spectaculaires qui plongent le visiteur dans un tohu-bohu de sons et d’images plein d’émotions. Associant de façon inattendue les procédés du divertissement populaire à un discours critique sur la violence des sociétés ou le pouvoir des médias, il renouvelle la position de l’artiste engagé, rappelant à la fois la féerie des sculptures de Tinguely et le burlesque d’un Charlie Chaplin. Ses installations associent éléments recyclés, détournés, fabriqués, au son et à la lumière. Placé au cœur de fables contemporaines, le spectateur est amené à prendre conscience du devoir de s’engager personnellement face à la brutalité du monde. Il utilise régulièrement les musiques de son frère Docteur L.

Malachi Farrell, agitateur irlandais

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain, #art conceptuel

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Publié le 20 Décembre 2014

Gianni Caravaggio est né dans une petite ville du centre de l'Italie, mais sa famille déménage rapidement en Allemagne. Là, il étudie la philosophie avant de retourner en Italie pour étudier à l'Académie des Beaux-Arts de Milan.

Gianni Caravaggio est influencé par des courants artistiques comme l'Arte Povera, Fluxus, l'Arte Processuale et le post-minimalisme. Le point commun de ces courants est l'abandon de toute forme de représentation naturaliste en art, mais aussi la relation directe aux matériaux, leur contact, leur accumulation, leur dispersion. Cependant, ils divergent sur la symbolique et la valeur narrative qu'ils accordent à ces matériaux.

Les œuvres de Gianni Caravaggio sont comme une succession de verbes, équilibrer, attirer, créer, faire, décliner, imiter. Chacune se déploie sur le sol, en partant du minimum, de l'élément le plus noble, comme le marbre, à l'élément le plus élémentaire et le plus fragile, comme le sucre. Le sol revêt une importance particulière dans le travail de cet artiste, il l'utilise et le présente comme un horizon de possibilités. Les sculptures de Gianni Caravaggio se regardent d'en haut comme s'il s'agissait de maquettes, d'expériences. Souvent, elles semblent prêtes à s'effondrer, comme si elles étaient construites sur un équilibre fragile.

Il se trouve deux axes opposés dans la démarche de Gianni Caravaggio, la construction enfantine, faite à tâtons et soumise aux aléas, d'une part et d'autre part, l'expérience scientifique et sa précision indéniable. Un autre paradoxe est présent dans son œuvre, à partir de matériaux bien réels et identifiables, il crée une image poétique, intuitive et stimule l'imagination du spectateur qui n'est plus certain d'avoir devant lui un petit bloc de marbre ou un gros morceau de sucre. Dans ce processus d'assimilation de transition entre microcosme et macrocosme, entre un matériau disponible immédiatement et une image sidérale et inaccessible que l'imagination et la poésie sont générées, par exemple à la façon dont un manche à balai devient un cheval ou un fil de fer, l'orbite d'une planète.

Il mistero nascosto da una nuvola, 2013, marbre noir  et sucre en poudre, au fond what does your soul look like, 2001 fil de nylon coloré

Il mistero nascosto da una nuvola, 2013, marbre noir et sucre en poudre, au fond what does your soul look like, 2001 fil de nylon coloré

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain

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Publié le 19 Décembre 2014

Robert Morris étudie à l'Université du Kansas, au Kansas City Art Institute et au Reed College avant de devenir peintre. Dans les années 1950, son travail montre l'influence de l'Expressionnisme abstrait, en particulier celle de Jackson Pollock. En Californie, Morris devient également familier du travail des compositeurs La Monte Young et John Cage. L'idée que la production artistique n'est que l'enregistrement d'une performance de l'artiste, issue des photographies de Hans Namuth montrant Pollock au travail, l'amène à s'intéresser à la danse et à la chorégraphie.

Il s'installe à New York en 1960 et présente une performance basée sur l'exploration de corps dans un espace où s'effondre une colonne carrée. Il développe la même idée dans ses premières sculptures minimalistes, Two Columns (1961) et L Beams (1965).

À New York, Morris commence à étudier le travail de Marcel Duchamp, réalisant en écho des pièces comme Box with the Sound of its Own Making (Boîte avec le son de sa propre fabrication, 1961), Fountain (Fontaine, 1963). En 1963, ses sculptures minimalistes sont exposées à la Galerie Green de New York et commentées par Donald Judd.

En 1964, Morris conçoit et réalise deux performances célèbres 21.3, coordonnée avec la lecture, déchiffrée sur les lèvres du lecteur, d'un essai d'Erwin Panofsky, et Site, avec Carolee Schneeman. Morris s'inscrit au Hunter College de New York, réalisant son mémoire de maîtrise sur le travail de Brancusi et publie en 1966 dans Artforum une série d'articles remarqués : Notes on Sculpture (Notes sur la sculpture).

En 1967, Morris crée Steam (Vapeur), exemple précoce de Land Art. Dès la fin des années 1960, son travail est présenté dans de nombreux musées américains, mais fait l'objet de critiques notamment de Clement Greenberg. Il augmente l'échelle de son travail, remplissant des galeries entières avec des séries d'unités modulaires ou des tas de terre et de feutre. En 1971, il imagine une installation à la Tate Gallery de Londres qui remplit l'ensemble de la galerie de sculptures centrale de plans inclinés et de cubes.

Vers la fin des années 1970, Morris évolue vers la figuration, surprenant nombre de ses partisans. Ses œuvres aux accents dramatiques et baroques sont fréquemment inspirées par la peur de l'apocalypse nucléaire.

En 1969 il participe à l'exposition historique Quand les attitudes deviennent forme (When attitudes become form : live in your head ; Wenn Attituden Form werden), Kunsthalle de Berne, organisée par Herald Szeemann. Exposition reconstituée en 2013 à la Fondation Prada, Venise.

Dans les années 1990, il s'intéresse de nouveau au travail de ses débuts, supervisant la reconstruction et l'installation de pièces perdues. Il vit et travaille à New York.

Les œuvres en feutre ouvrent une réflexion sur l'« antiforme ». Par exemple, Wall Hanging (Tenture, 1969-1970, Paris, Musée national d'Art moderne), se compose d'un morceau de feutre rectangulaire, fendu de plusieurs entailles horizontales parallèles, et suspendu par les coins supérieurs : la pesanteur déforme ensuite le feutre et détermine la forme finale de l'œuvre. La matière détermine la forme, processus prenant à rebours l'histoire de la sculpture.

Les interventions dans le paysage marquent durant les années 1970, la volonté de dépasser le domaine étroit de la sculpture, en modelant des levées de terre ou en traçant des labyrinthe en béton.

Felt Piece (feutre) série Wall Hanging 1974

Felt Piece (feutre) série Wall Hanging 1974

Alu 1968

Alu 1968

Land art : Observatoire, Lelystadt, Pays-Bas

Land art : Observatoire, Lelystadt, Pays-Bas

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 10 Décembre 2014

Au Mali, un groupe d'islamistes investissent la ville de Tombouctou et y imposent la charia. Ils bannissent la musique, le football, les cigarettes, persécutent les femmes et improvisent des tribunaux qui rendent des sentences injustes et absurdes. Kidane est un éleveur touareg vivant dans le désert avec sa femme et sa fille. D'abord épargnée, sa famille va bientôt subir les nouvelles lois islamiques. Kidane, dans une altercation, blesse mortellement un pêcheur, il pourrait échapper à la peine capitale en payant "le prix du sang", mais s'y refuse.

Abderrahmane Sissako s'est inspiré de faits réels qui se sont passés dans le nord Mali: L'histoire vraie d'un jeune couple non-marié qui a été lapidé par des islamistes dans une région appelée Aguel'hoc. Pendant l'été 2012, le couple a été amené au centre de leur village, placé dans deux trous creusés dans le sol, et lapidés jusqu'à ce que mort s'en suive devant des centaines de témoins. Mais aussi La vendeuse de poissons obligée de porter des gants, la rixe entre un éleveur et un pêcheur et enfin le personnage de la femme un peu dérangée sur sa terrasse. Elle existe à Gao et s’appelle Zabou, elle est une ancienne danseuse du Crazy Horse. Elle se promène avec un coq sur l’épaule. Pendant l’occupation, les djihadistes ne la touchaient pas, elle leur faisait peur. Zabou fume dans les rues de Gao, elle peut chanter, se promener tête nue, traiter les occupants de connards.

Abderrahmane Sissako dépeint des djihadistes encore plus grotesques qu'effrayants : les uns parlent mal l'arabe, les autres fument en cachette des cigarettes interdites, d'autres discutent des mérites de Messi et de la dernière coupe du monde alors qu'ils interdisent le football; ce qui donne une belle séquence où des gamins jouent sur un terrain de football poussiéreux avec un ballon aussi invisible que les balles de tennis à la fin du film Blow Up de Michelangelo Antonioni.

La beauté du film tient aussi à l’extrême pudeur des personnages, tout en émotions rentrées. Les rapports de couple, par exemple, sont partout les mêmes, mais ils s’expriment de façon différente. « Ce que je ne t’ai pas dit, tu le sais déjà. » Cette phrase, prononcée dans le film, est une métaphore de la parole, de la poésie touareg.

Bien que prenant parti pour les populations opprimées, il prend soin de filmer les intégristes avec des plans égaux et en les laissant développer leur casuistique. Les fondamentalistes ne sont pas tout d’un bloc, l’un est fanatique, l’autre pas vraiment convaincu, et pourrait presque paraître sympathique. Quelque soit leur décisions arbitraires, ils parlent d'une voix calme, et condamne à mort sans élever le ton. Sissako ne filme pas des monstres mais une idéologie monstrueuse. Et il décortique la folie intégriste qui prétend imposer une pratique déviante de l’islam à des gens qui sont déjà de pieux musulmans.


Abderrahmane Sissako déclare:

Montrer, aussi, ce qu’est l’islam, qui a été le socle de mon éducation, comme de celle de millions de jeunes, et qui nous apprenait à vivre notre foi, dans la tolérance, en harmonie totale avec l’autre. Je suis croyant, mais je ne veux pas l’afficher. Toute foi est intime. Et c’est cette intimité, réelle et puissante, qui lui donne son sens.

Les extrémistes ont fait de l’islam un danger. Nombre de musulmans, révoltés, viennent me confier leur désarroi après les projections de Timbuktu. Ils aimeraient ne pas avoir à s’expliquer. Nous ne devrions pas avoir à dire que ces crimes horribles ne sont pas commis en notre nom. S’y trouver contraint est une grande douleur.

La peur m’a toujours accompagné. Les djihadistes savaient qu’un film se faisait. On a chassé de la ville les djihadistes armés. Mais pas ceux habillés comme tout le monde : des sympathisants, des boutiquiers, des chauffeurs de taxi. Tout peut se répéter très vite, on l’a vu avec l’exécution d’Hervé Gourdel en Algérie, un pays qui a prétendument vaincu le terrorisme. D’ailleurs, une ville comme Tombouctou ne se libère pas comme ça. Le vrai combat, ce sont les habitants qui le mènent, ceux qui trouvent un moyen de chanter ou de jouer au football alors qu’on le leur interdit. C’est leur résistance qui est essentielle et ne doit pas s’arrêter. Le mal est toujours là, il peut progresser vite et ne cessera pas par une victoire militaire.

Timbuktu   d'Abderrahmane Sissako

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 7 Décembre 2014

Daniel Dezeuze, né en 1942 à Alès, fait des études d’espagnol tout en fréquentant comme élève libre l’École des Beaux-Arts de Montpellier. Son père, l'artiste peintre Georges Dezeuze, lui enseigne les bases du métier.

En 1964-1965 il obtient une bourse d'études du Mexique et visite ensuite la côte Est des États-Unis. Il découvre alors la peinture américaine dans sa réalité même et non pas au travers de reproductions.

Sa fameuse œuvre de 1967 intitulée « Châssis avec feuille de plastique tendue » permet de mieux comprendre par l’exemple les préoccupations de Supports/Surfaces. Soutenance en 1970 d'une thèse en littérature comparée, consacrée au poète Vicente Huidobro.

Membre fondateur du groupe Supports/Surfaces de 1970 à 1972. Il participe à de nombreuses expositions collectives dont celle au Musée d’art moderne de la Ville de Paris en 1970. À partir de 1971 et jusqu’en 1991 expose à la galerie Yvon Lambert à Paris. De 1977 à 2002 il enseigne à l’École des Beaux-arts de Montpellier.

En 1987, Dezeuze séjourne en Chine pour la première fois et y expose. En 1998 se déroule une importante rétrospective de son œuvre au Carré d'art à Nîmes. Depuis 1999 il expose à la galerie Daniel Templon à Paris.

On peut dire que la continuité de sa réflexion portant à la fois sur la remise en cause de la cimaise et de l’espace idéaliste l’a conduit à explorer de nombreuses voies. Optant pour l’utilisation de techniques multiples et diverses, Daniel Dezeuze s’inscrit dans une relecture de l’art américain sans nier une réelle jubilation pour l’utilisation de matériaux considérés comme pauvres. La conceptualisation générale de son œuvre se sert des supports les plus variés comme champ d’expériences. Il existe une dimension énigmatique et ludique qui le pousse à ré-utiliser le dessin de façon provocante en se jouant des références culturelles (balistiques ou chinoises). Si le travail de Daniel Dezeuze apparaît bien en perpétuel mouvement, il semble cependant que la pertinence le dispute toujours à la sagacité.

Échelle, 1974

Échelle, 1974

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain, #Supports-Surfaces

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Publié le 7 Décembre 2014

Georges Rousse a commencé des études de médecine, avant de se consacrer entièrement à la vie artistique. Il a développé son style après avoir découvert le Land Art, et l'œuvre de Felice Varini. de 1985 à 1987, il est pensionnaire de la Villa Médicis à Rome.

Les photos de Georges Rousse sont souvent prises dans des lieux abandonnés ; il intervient sur l’architecture du lieu en avec un style particulier rappelant l’anamorphose. L’artiste lui-même rejette ce terme car l’œuvre ne peut être vue que depuis un point, d'où il prend la photo. Georges Rousse projette une forme simple dans l’espace qu’elle doit envahir, puis la forme est peinte. Dans un second temps il prend le lieu ainsi transformé en photo.

Georges Rousse assure lui-même la prise de vue, le cadrage, la lumière de ses photographie. Mais il est aussi, tout autant, peintre, sculpteur, architecte dans le même rapport avec les espaces réels qu'un peintre avec la toile, un sculpteur avec la matière, ou un architecte face à ses plans. Son matériau premier est l'Espace. L'espace de bâtiments abandonnés où il repère immédiatement un fragment pour sa qualité architectonique, sa lumière puis qu'il organise et met en scène dans le but ultime de créer une image photographique.

La photographie, finalité de son action picturale, est une surface plane, les formes qu'il peint ou dessine, les volumes et architectures qu'il construit sont éclatés, désagrégés, sur les différents plans spatiaux de bâtiments parfois monumentaux. Avec la photographie telle qu'il la pratique, Georges Rousse le spectateur oblige à une lecture statique des architectures, à une investigation immobile de l'Image, qui peu à peu transforment la perception de l'Espace et de la Réalité. À l'espace réel dans lequel l'artiste intervient et à l'espace fictif, se superpose l'espace utopique qu'il imagine puis construit patiemment dans le lieu, pour engendrer un nouvel espace qui n'advient qu'au moment de la prise de vue et n'existe que par la médiation de la photographie.

Vitry, 2007

Vitry, 2007

Amilly, 2007

Amilly, 2007

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 27 Novembre 2014

Léviathan, cet excellent film présenté à Cannes pose des questions qui dépassent la Russie de Poutine, il pourrait se situer dans de nombreux États du Monde. Andrei Zvyagintsev réussit une œuvre qui parle des impasses de notre époque, à la hauteur de références universelles. Léviathan, le monstre annonciateur de chaos, l'emporte et règne en maître, désormais, sur un pays sans âme, mais qui pourrait être le nôtre si nous ne restons pas vigilants. Méfions nous des admirateurs de Poutine en France, Marine Le Pen en tête, mais aussi Thierry Mariani, JL Mélenchon ou JP Chevènement.

Leviathan se situe tout de suite dans un ailleurs lointain, aux confins des espaces immenses d’une Russie vaste comme deux fois les Etats-Unis. Dans ces paysages quasi lunaires, désertiques, sombres, même en été, au bord d’une mer de Barents baignant des squelettes de baleines et de bateaux, vivent le garagiste Kolia, sa femme Lilya et Roma, son fils adolescent rebèle issu d’un précédent lit. Les jours s’écoulent, entre problèmes familiaux ordinaires, discussions de voisinage et consommation de vodka.

Mais le maire corrompu cherche à s'emparer de leur propriété, la maison et l'atelier. Pour lui échapper, Kolia a fait appel à Dmitri, l'un de ses anciens amis de l'armée maintenant avocat à Moscou, qui a rassemblé un dossier à charge contre le maire. Les Russes ont un sens exacerbé de la faute, la culpabilité traverse leur vie et surtout, leur cinéma. En même temps que leur vodka chérie, les personnages de Léviathan avalent leur médiocrité et leur impossibilité de s'en extraire.

Pour l'emporter sur le maire expropriateur, Dmitri ne compte pas sur la justice, elle donne toujours raison aux puissants, mais sur le chantage. Grâce à un ami haut placé, l'avocat a constitué un gros dossier à charge : la liste des magouilles, pots-de-vin et extorsions exercés par l'élu et ses collaborateurs, aussi corrompus que lui. Mais Moscou est loin et le maire sait bien que l'appui de l'évêque orthodoxe du secteur est plus important pour lui qu'un lointain oligarche. Se servir du mal pour faire triompher le bien est à la fois très russe et très dangereux. Outré et furibard, le maire semble consentir à un compromis. Mais il a, habilement, dans sa manche, la loi formelle et cette Eglise orthodoxe toujours aux ordres du pouvoir. Aujourd'hui comme hier, politiques et popes s'entendent pour mêler le profane au spirituel et pour utiliser Dieu à leur guise dans ce pays voué au crime sans châtiment.

La vodka est omniprésente dans ce film. Tout le monde picole, du matin au soir, les petits et les grands, les hommes et les femmes. Ils noient dans la vodka leur mal-être et leurs remords d'être devenus ce qu'ils sont. Au tournant du film, Kolia, l'exproprié, et le maire expropriateur se font face, comme dans un western. Mais leur duel est grotesque, ils sont ivres tous les deux, ils basculent, ils chancellent, ils titubent tout en s'insultant. Ce n'est pas à qui tuera le premier, mais à qui s'écroulera le dernier.

Dans une scène très réussie, le groupe des amis de Kolia se réunit, un week-end, pour une séance de tir. Une fois détruites les bouteilles, les cibles sont les portraits de leurs dirigeants d'autrefois : Lénine, Brejnev, Gorbatchev. « Où sont les plus récents ? » demande l'un des participants. « On n'a pas encore le recul historique », réplique un autre.

Ils n'y a pas de juste, ni de pur dans ce film. Le front uni contre le maire se délite rapidement, à la suite d'une altercation entre les amis Kolia et Dmitri provoquée par la jalousie autour de Kolya. Même si Kolya n'est pas innocente, elle est la véritable héroïne du film. Douce, attentive, et bientôt résignée, celle par qui le scandale arrive le paiera très cher, grande victime de toute cette destinée implacable. Le réalisateur en fait, pourtant, le seul être mystérieux et digne dans cette foule d'êtres veules. Capable d'agir quitte à expier et de créer, aussi, avec celui qu'elle a trompé et qui continue de l'aimer, un lien étrange, profond. Comme une confiance qui persisterait au-delà de la souffrance.

Leviathan, un film noir et fort

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 19 Novembre 2014

Dans le cinéma de François Ozon la sexualité, l'ambiguïté, l'ambivalence et la subversion des normes sociales ou familiales sont ses thèmes privilégiés. Son nouveau film Une nouvelle amie n'échappe pas à la règle. Avec une fin qui va faire bondir la Manif pour tous.

Claire vient de perdre Laura, sa meilleure amie d'enfance, morte trop jeune, quelques jours après avoir mis au monde une fille. Eplorée, elle tombe dans une profonde dépression. Elle renoue avec David, le mari de son amie. Avec Gilles, son époux, elle le retrouve pour un dîner. Elle se rend à l'improviste au domicile de celui-ci et franchit la porte d'entrée, restée opportunément ouverte.La jeune femme découvre, dans le salon, donnant le biberon à sa fille, David travesti en femme. Abasourdie, horrifiée, Claire écoute David lui expliquer et se justifier. Sa femme, Laura était au courant. mais il lui précise qu' il n'est pas gay, coucher avec un homme ne lui viendrait pas à l'esprit. Au contraire, ce sont les femmes qui l'attirent, elles lui plaisent même tellement qu'il rêve d'en devenir une, de temps en temps. Il aime sentir sur sa peau une robe qui glisse, des bas remonter sur ses cuisses, un eye-liner lui souligner le regard.

Sans trop savoir pourquoi, sans même avoir conscience de l'accepter, Claire cache cette nouvelle à son mari. Elle accepte, aussi, de revoir David. De l'entendre, de le comprendre. De parler perruques et colifichets, et même de faire, avec lui, du shopping entre filles. A cette créature blonde, un peu vulgaire, mais plus glamour qu'elle ne l'a jamais été, Claire a même trouvé un prénom : Virginia. «Je suis femme.» Virginia envoie ce texto à Claire. La phrase, imprécise, résume le trouble identitaire du personnage incarné par Romain Duris.

Dans son film, le réalisateur persiste dans la description d’un univers clos, angoissant, mais surtout générique. Les maisons où vivent David-Virginia ou Claire sont des villas sans qualification architecturale précise, le centre commercial qu’elles visitent est dépourvu de tout indice géographique, et la propriété familiale qui sert de refuge d’un week-end ne pourrait être résumée qu’à la dénomination courante de manoir bourgeois de l’Europe occidentale. Cette imprécision constante est évidemment voulue par François Ozon qui a tourné une partie du film au Canada pour avoir une architecture sans grande particularité, pour donner l’impression que l’on n’est pas vraiment en France.

Ozon balise et élimine les fausses pistes, il filme une série de possibilités comme des trompe-l'oeil : un banal désir freudien pourrait expliquer le comportement de David, mais sa mère voulait bien un garçon. une attirance morbide pour son amie pousserait Claire à s'éprendre de son reflet, revenu d'entre les morts, comme dans Sueurs froides, de Hitchcock, mais aucun fétichisme ne se déclenche lorsqu'elle revoit la chambre de Laura. David pourrait n'être qu'un homosexuel refoulé, amoureux fou du beau mari de Claire, mais une scène de douche nie cette hypothèse. L'étrange famille que l'on voit s'éloigner à la fin du film ne prône rien, n'attaque personne, ne défend que son droit à l'existence, exilée, fragile, friable mais elle-même.

Et là, la Manif pour tous explose, Une fille, un papa et une maman enceinte du papa, mais le papa outrageusement maquillée, perruque et talon haut.

Une nouvelle amie de François Ozon

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

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