Publié le 19 Décembre 2014

Robert Morris étudie à l'Université du Kansas, au Kansas City Art Institute et au Reed College avant de devenir peintre. Dans les années 1950, son travail montre l'influence de l'Expressionnisme abstrait, en particulier celle de Jackson Pollock. En Californie, Morris devient également familier du travail des compositeurs La Monte Young et John Cage. L'idée que la production artistique n'est que l'enregistrement d'une performance de l'artiste, issue des photographies de Hans Namuth montrant Pollock au travail, l'amène à s'intéresser à la danse et à la chorégraphie.

Il s'installe à New York en 1960 et présente une performance basée sur l'exploration de corps dans un espace où s'effondre une colonne carrée. Il développe la même idée dans ses premières sculptures minimalistes, Two Columns (1961) et L Beams (1965).

À New York, Morris commence à étudier le travail de Marcel Duchamp, réalisant en écho des pièces comme Box with the Sound of its Own Making (Boîte avec le son de sa propre fabrication, 1961), Fountain (Fontaine, 1963). En 1963, ses sculptures minimalistes sont exposées à la Galerie Green de New York et commentées par Donald Judd.

En 1964, Morris conçoit et réalise deux performances célèbres 21.3, coordonnée avec la lecture, déchiffrée sur les lèvres du lecteur, d'un essai d'Erwin Panofsky, et Site, avec Carolee Schneeman. Morris s'inscrit au Hunter College de New York, réalisant son mémoire de maîtrise sur le travail de Brancusi et publie en 1966 dans Artforum une série d'articles remarqués : Notes on Sculpture (Notes sur la sculpture).

En 1967, Morris crée Steam (Vapeur), exemple précoce de Land Art. Dès la fin des années 1960, son travail est présenté dans de nombreux musées américains, mais fait l'objet de critiques notamment de Clement Greenberg. Il augmente l'échelle de son travail, remplissant des galeries entières avec des séries d'unités modulaires ou des tas de terre et de feutre. En 1971, il imagine une installation à la Tate Gallery de Londres qui remplit l'ensemble de la galerie de sculptures centrale de plans inclinés et de cubes.

Vers la fin des années 1970, Morris évolue vers la figuration, surprenant nombre de ses partisans. Ses œuvres aux accents dramatiques et baroques sont fréquemment inspirées par la peur de l'apocalypse nucléaire.

En 1969 il participe à l'exposition historique Quand les attitudes deviennent forme (When attitudes become form : live in your head ; Wenn Attituden Form werden), Kunsthalle de Berne, organisée par Herald Szeemann. Exposition reconstituée en 2013 à la Fondation Prada, Venise.

Dans les années 1990, il s'intéresse de nouveau au travail de ses débuts, supervisant la reconstruction et l'installation de pièces perdues. Il vit et travaille à New York.

Les œuvres en feutre ouvrent une réflexion sur l'« antiforme ». Par exemple, Wall Hanging (Tenture, 1969-1970, Paris, Musée national d'Art moderne), se compose d'un morceau de feutre rectangulaire, fendu de plusieurs entailles horizontales parallèles, et suspendu par les coins supérieurs : la pesanteur déforme ensuite le feutre et détermine la forme finale de l'œuvre. La matière détermine la forme, processus prenant à rebours l'histoire de la sculpture.

Les interventions dans le paysage marquent durant les années 1970, la volonté de dépasser le domaine étroit de la sculpture, en modelant des levées de terre ou en traçant des labyrinthe en béton.

Felt Piece (feutre) série Wall Hanging 1974

Felt Piece (feutre) série Wall Hanging 1974

Alu 1968

Alu 1968

Land art : Observatoire, Lelystadt, Pays-Bas

Land art : Observatoire, Lelystadt, Pays-Bas

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain

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Publié le 10 Décembre 2014

Au Mali, un groupe d'islamistes investissent la ville de Tombouctou et y imposent la charia. Ils bannissent la musique, le football, les cigarettes, persécutent les femmes et improvisent des tribunaux qui rendent des sentences injustes et absurdes. Kidane est un éleveur touareg vivant dans le désert avec sa femme et sa fille. D'abord épargnée, sa famille va bientôt subir les nouvelles lois islamiques. Kidane, dans une altercation, blesse mortellement un pêcheur, il pourrait échapper à la peine capitale en payant "le prix du sang", mais s'y refuse.

Abderrahmane Sissako s'est inspiré de faits réels qui se sont passés dans le nord Mali: L'histoire vraie d'un jeune couple non-marié qui a été lapidé par des islamistes dans une région appelée Aguel'hoc. Pendant l'été 2012, le couple a été amené au centre de leur village, placé dans deux trous creusés dans le sol, et lapidés jusqu'à ce que mort s'en suive devant des centaines de témoins. Mais aussi La vendeuse de poissons obligée de porter des gants, la rixe entre un éleveur et un pêcheur et enfin le personnage de la femme un peu dérangée sur sa terrasse. Elle existe à Gao et s’appelle Zabou, elle est une ancienne danseuse du Crazy Horse. Elle se promène avec un coq sur l’épaule. Pendant l’occupation, les djihadistes ne la touchaient pas, elle leur faisait peur. Zabou fume dans les rues de Gao, elle peut chanter, se promener tête nue, traiter les occupants de connards.

Abderrahmane Sissako dépeint des djihadistes encore plus grotesques qu'effrayants : les uns parlent mal l'arabe, les autres fument en cachette des cigarettes interdites, d'autres discutent des mérites de Messi et de la dernière coupe du monde alors qu'ils interdisent le football; ce qui donne une belle séquence où des gamins jouent sur un terrain de football poussiéreux avec un ballon aussi invisible que les balles de tennis à la fin du film Blow Up de Michelangelo Antonioni.

La beauté du film tient aussi à l’extrême pudeur des personnages, tout en émotions rentrées. Les rapports de couple, par exemple, sont partout les mêmes, mais ils s’expriment de façon différente. « Ce que je ne t’ai pas dit, tu le sais déjà. » Cette phrase, prononcée dans le film, est une métaphore de la parole, de la poésie touareg.

Bien que prenant parti pour les populations opprimées, il prend soin de filmer les intégristes avec des plans égaux et en les laissant développer leur casuistique. Les fondamentalistes ne sont pas tout d’un bloc, l’un est fanatique, l’autre pas vraiment convaincu, et pourrait presque paraître sympathique. Quelque soit leur décisions arbitraires, ils parlent d'une voix calme, et condamne à mort sans élever le ton. Sissako ne filme pas des monstres mais une idéologie monstrueuse. Et il décortique la folie intégriste qui prétend imposer une pratique déviante de l’islam à des gens qui sont déjà de pieux musulmans.


Abderrahmane Sissako déclare:

Montrer, aussi, ce qu’est l’islam, qui a été le socle de mon éducation, comme de celle de millions de jeunes, et qui nous apprenait à vivre notre foi, dans la tolérance, en harmonie totale avec l’autre. Je suis croyant, mais je ne veux pas l’afficher. Toute foi est intime. Et c’est cette intimité, réelle et puissante, qui lui donne son sens.

Les extrémistes ont fait de l’islam un danger. Nombre de musulmans, révoltés, viennent me confier leur désarroi après les projections de Timbuktu. Ils aimeraient ne pas avoir à s’expliquer. Nous ne devrions pas avoir à dire que ces crimes horribles ne sont pas commis en notre nom. S’y trouver contraint est une grande douleur.

La peur m’a toujours accompagné. Les djihadistes savaient qu’un film se faisait. On a chassé de la ville les djihadistes armés. Mais pas ceux habillés comme tout le monde : des sympathisants, des boutiquiers, des chauffeurs de taxi. Tout peut se répéter très vite, on l’a vu avec l’exécution d’Hervé Gourdel en Algérie, un pays qui a prétendument vaincu le terrorisme. D’ailleurs, une ville comme Tombouctou ne se libère pas comme ça. Le vrai combat, ce sont les habitants qui le mènent, ceux qui trouvent un moyen de chanter ou de jouer au football alors qu’on le leur interdit. C’est leur résistance qui est essentielle et ne doit pas s’arrêter. Le mal est toujours là, il peut progresser vite et ne cessera pas par une victoire militaire.

Timbuktu   d'Abderrahmane Sissako

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 7 Décembre 2014

Daniel Dezeuze, né en 1942 à Alès, fait des études d’espagnol tout en fréquentant comme élève libre l’École des Beaux-Arts de Montpellier. Son père, l'artiste peintre Georges Dezeuze, lui enseigne les bases du métier.

En 1964-1965 il obtient une bourse d'études du Mexique et visite ensuite la côte Est des États-Unis. Il découvre alors la peinture américaine dans sa réalité même et non pas au travers de reproductions.

Sa fameuse œuvre de 1967 intitulée « Châssis avec feuille de plastique tendue » permet de mieux comprendre par l’exemple les préoccupations de Supports/Surfaces. Soutenance en 1970 d'une thèse en littérature comparée, consacrée au poète Vicente Huidobro.

Membre fondateur du groupe Supports/Surfaces de 1970 à 1972. Il participe à de nombreuses expositions collectives dont celle au Musée d’art moderne de la Ville de Paris en 1970. À partir de 1971 et jusqu’en 1991 expose à la galerie Yvon Lambert à Paris. De 1977 à 2002 il enseigne à l’École des Beaux-arts de Montpellier.

En 1987, Dezeuze séjourne en Chine pour la première fois et y expose. En 1998 se déroule une importante rétrospective de son œuvre au Carré d'art à Nîmes. Depuis 1999 il expose à la galerie Daniel Templon à Paris.

On peut dire que la continuité de sa réflexion portant à la fois sur la remise en cause de la cimaise et de l’espace idéaliste l’a conduit à explorer de nombreuses voies. Optant pour l’utilisation de techniques multiples et diverses, Daniel Dezeuze s’inscrit dans une relecture de l’art américain sans nier une réelle jubilation pour l’utilisation de matériaux considérés comme pauvres. La conceptualisation générale de son œuvre se sert des supports les plus variés comme champ d’expériences. Il existe une dimension énigmatique et ludique qui le pousse à ré-utiliser le dessin de façon provocante en se jouant des références culturelles (balistiques ou chinoises). Si le travail de Daniel Dezeuze apparaît bien en perpétuel mouvement, il semble cependant que la pertinence le dispute toujours à la sagacité.

Échelle, 1974

Échelle, 1974

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain, #Supports-Surfaces

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Publié le 7 Décembre 2014

Georges Rousse a commencé des études de médecine, avant de se consacrer entièrement à la vie artistique. Il a développé son style après avoir découvert le Land Art, et l'œuvre de Felice Varini. de 1985 à 1987, il est pensionnaire de la Villa Médicis à Rome.

Les photos de Georges Rousse sont souvent prises dans des lieux abandonnés ; il intervient sur l’architecture du lieu en avec un style particulier rappelant l’anamorphose. L’artiste lui-même rejette ce terme car l’œuvre ne peut être vue que depuis un point, d'où il prend la photo. Georges Rousse projette une forme simple dans l’espace qu’elle doit envahir, puis la forme est peinte. Dans un second temps il prend le lieu ainsi transformé en photo.

Georges Rousse assure lui-même la prise de vue, le cadrage, la lumière de ses photographie. Mais il est aussi, tout autant, peintre, sculpteur, architecte dans le même rapport avec les espaces réels qu'un peintre avec la toile, un sculpteur avec la matière, ou un architecte face à ses plans. Son matériau premier est l'Espace. L'espace de bâtiments abandonnés où il repère immédiatement un fragment pour sa qualité architectonique, sa lumière puis qu'il organise et met en scène dans le but ultime de créer une image photographique.

La photographie, finalité de son action picturale, est une surface plane, les formes qu'il peint ou dessine, les volumes et architectures qu'il construit sont éclatés, désagrégés, sur les différents plans spatiaux de bâtiments parfois monumentaux. Avec la photographie telle qu'il la pratique, Georges Rousse le spectateur oblige à une lecture statique des architectures, à une investigation immobile de l'Image, qui peu à peu transforment la perception de l'Espace et de la Réalité. À l'espace réel dans lequel l'artiste intervient et à l'espace fictif, se superpose l'espace utopique qu'il imagine puis construit patiemment dans le lieu, pour engendrer un nouvel espace qui n'advient qu'au moment de la prise de vue et n'existe que par la médiation de la photographie.

Vitry, 2007

Vitry, 2007

Amilly, 2007

Amilly, 2007

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 27 Novembre 2014

Léviathan, cet excellent film présenté à Cannes pose des questions qui dépassent la Russie de Poutine, il pourrait se situer dans de nombreux États du Monde. Andrei Zvyagintsev réussit une œuvre qui parle des impasses de notre époque, à la hauteur de références universelles. Léviathan, le monstre annonciateur de chaos, l'emporte et règne en maître, désormais, sur un pays sans âme, mais qui pourrait être le nôtre si nous ne restons pas vigilants. Méfions nous des admirateurs de Poutine en France, Marine Le Pen en tête, mais aussi Thierry Mariani, JL Mélenchon ou JP Chevènement.

Leviathan se situe tout de suite dans un ailleurs lointain, aux confins des espaces immenses d’une Russie vaste comme deux fois les Etats-Unis. Dans ces paysages quasi lunaires, désertiques, sombres, même en été, au bord d’une mer de Barents baignant des squelettes de baleines et de bateaux, vivent le garagiste Kolia, sa femme Lilya et Roma, son fils adolescent rebèle issu d’un précédent lit. Les jours s’écoulent, entre problèmes familiaux ordinaires, discussions de voisinage et consommation de vodka.

Mais le maire corrompu cherche à s'emparer de leur propriété, la maison et l'atelier. Pour lui échapper, Kolia a fait appel à Dmitri, l'un de ses anciens amis de l'armée maintenant avocat à Moscou, qui a rassemblé un dossier à charge contre le maire. Les Russes ont un sens exacerbé de la faute, la culpabilité traverse leur vie et surtout, leur cinéma. En même temps que leur vodka chérie, les personnages de Léviathan avalent leur médiocrité et leur impossibilité de s'en extraire.

Pour l'emporter sur le maire expropriateur, Dmitri ne compte pas sur la justice, elle donne toujours raison aux puissants, mais sur le chantage. Grâce à un ami haut placé, l'avocat a constitué un gros dossier à charge : la liste des magouilles, pots-de-vin et extorsions exercés par l'élu et ses collaborateurs, aussi corrompus que lui. Mais Moscou est loin et le maire sait bien que l'appui de l'évêque orthodoxe du secteur est plus important pour lui qu'un lointain oligarche. Se servir du mal pour faire triompher le bien est à la fois très russe et très dangereux. Outré et furibard, le maire semble consentir à un compromis. Mais il a, habilement, dans sa manche, la loi formelle et cette Eglise orthodoxe toujours aux ordres du pouvoir. Aujourd'hui comme hier, politiques et popes s'entendent pour mêler le profane au spirituel et pour utiliser Dieu à leur guise dans ce pays voué au crime sans châtiment.

La vodka est omniprésente dans ce film. Tout le monde picole, du matin au soir, les petits et les grands, les hommes et les femmes. Ils noient dans la vodka leur mal-être et leurs remords d'être devenus ce qu'ils sont. Au tournant du film, Kolia, l'exproprié, et le maire expropriateur se font face, comme dans un western. Mais leur duel est grotesque, ils sont ivres tous les deux, ils basculent, ils chancellent, ils titubent tout en s'insultant. Ce n'est pas à qui tuera le premier, mais à qui s'écroulera le dernier.

Dans une scène très réussie, le groupe des amis de Kolia se réunit, un week-end, pour une séance de tir. Une fois détruites les bouteilles, les cibles sont les portraits de leurs dirigeants d'autrefois : Lénine, Brejnev, Gorbatchev. « Où sont les plus récents ? » demande l'un des participants. « On n'a pas encore le recul historique », réplique un autre.

Ils n'y a pas de juste, ni de pur dans ce film. Le front uni contre le maire se délite rapidement, à la suite d'une altercation entre les amis Kolia et Dmitri provoquée par la jalousie autour de Kolya. Même si Kolya n'est pas innocente, elle est la véritable héroïne du film. Douce, attentive, et bientôt résignée, celle par qui le scandale arrive le paiera très cher, grande victime de toute cette destinée implacable. Le réalisateur en fait, pourtant, le seul être mystérieux et digne dans cette foule d'êtres veules. Capable d'agir quitte à expier et de créer, aussi, avec celui qu'elle a trompé et qui continue de l'aimer, un lien étrange, profond. Comme une confiance qui persisterait au-delà de la souffrance.

Leviathan, un film noir et fort

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 19 Novembre 2014

Dans le cinéma de François Ozon la sexualité, l'ambiguïté, l'ambivalence et la subversion des normes sociales ou familiales sont ses thèmes privilégiés. Son nouveau film Une nouvelle amie n'échappe pas à la règle. Avec une fin qui va faire bondir la Manif pour tous.

Claire vient de perdre Laura, sa meilleure amie d'enfance, morte trop jeune, quelques jours après avoir mis au monde une fille. Eplorée, elle tombe dans une profonde dépression. Elle renoue avec David, le mari de son amie. Avec Gilles, son époux, elle le retrouve pour un dîner. Elle se rend à l'improviste au domicile de celui-ci et franchit la porte d'entrée, restée opportunément ouverte.La jeune femme découvre, dans le salon, donnant le biberon à sa fille, David travesti en femme. Abasourdie, horrifiée, Claire écoute David lui expliquer et se justifier. Sa femme, Laura était au courant. mais il lui précise qu' il n'est pas gay, coucher avec un homme ne lui viendrait pas à l'esprit. Au contraire, ce sont les femmes qui l'attirent, elles lui plaisent même tellement qu'il rêve d'en devenir une, de temps en temps. Il aime sentir sur sa peau une robe qui glisse, des bas remonter sur ses cuisses, un eye-liner lui souligner le regard.

Sans trop savoir pourquoi, sans même avoir conscience de l'accepter, Claire cache cette nouvelle à son mari. Elle accepte, aussi, de revoir David. De l'entendre, de le comprendre. De parler perruques et colifichets, et même de faire, avec lui, du shopping entre filles. A cette créature blonde, un peu vulgaire, mais plus glamour qu'elle ne l'a jamais été, Claire a même trouvé un prénom : Virginia. «Je suis femme.» Virginia envoie ce texto à Claire. La phrase, imprécise, résume le trouble identitaire du personnage incarné par Romain Duris.

Dans son film, le réalisateur persiste dans la description d’un univers clos, angoissant, mais surtout générique. Les maisons où vivent David-Virginia ou Claire sont des villas sans qualification architecturale précise, le centre commercial qu’elles visitent est dépourvu de tout indice géographique, et la propriété familiale qui sert de refuge d’un week-end ne pourrait être résumée qu’à la dénomination courante de manoir bourgeois de l’Europe occidentale. Cette imprécision constante est évidemment voulue par François Ozon qui a tourné une partie du film au Canada pour avoir une architecture sans grande particularité, pour donner l’impression que l’on n’est pas vraiment en France.

Ozon balise et élimine les fausses pistes, il filme une série de possibilités comme des trompe-l'oeil : un banal désir freudien pourrait expliquer le comportement de David, mais sa mère voulait bien un garçon. une attirance morbide pour son amie pousserait Claire à s'éprendre de son reflet, revenu d'entre les morts, comme dans Sueurs froides, de Hitchcock, mais aucun fétichisme ne se déclenche lorsqu'elle revoit la chambre de Laura. David pourrait n'être qu'un homosexuel refoulé, amoureux fou du beau mari de Claire, mais une scène de douche nie cette hypothèse. L'étrange famille que l'on voit s'éloigner à la fin du film ne prône rien, n'attaque personne, ne défend que son droit à l'existence, exilée, fragile, friable mais elle-même.

Et là, la Manif pour tous explose, Une fille, un papa et une maman enceinte du papa, mais le papa outrageusement maquillée, perruque et talon haut.

Une nouvelle amie de François Ozon

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 15 Novembre 2014

Le travail d’Andro Wekua se situe à l’intersection de l’histoire, de la mémoire et du fantasme, et suscite un sentiment d’inquiétante étrangeté. Il présente habituellement des condensés de ses investigations mnémoniques, avec des sculptures, des films et des installations.

Originaire de Georgie, en ex-URSS, Andro Wekua conserve dans son travail la trace de cet ailleurs. Ses personnages de cire à échelle humaine semblent se protéger du monde extérieur par la richesse de leurs pensées les plus intimes, tandis que ses peintures convoquent les avant-gardes du début du XXe siècle et que ses maquettes sont des souvenirs de l’architecture communiste de son passé.

Ses installations sont mises en place de sorte que les spectateurs sont, d'une part, invités à participer, mais d'autre part exclus d'une partie de l'œuvre. Comme au théâtre, ils sont impliqués dans tous les détails de l'extérieur, et en même temps tenusà distance. Ils ne savent pas ce qui se passe dans les coulisses.

Pour Inside (2014) il présente des œuvres liés qui créent un sentiment de claustrophobie, voire d’angoisse : Untitled (2011), un mannequin de cire à la tête encapsulée dans une maison fait écho à un court-métrage à la lisière de la science-fiction, Never Sleep With a Strawberry in Your Mouth II (2010-2012). Dans les deux cas quelqu’un, ou quelque chose, prend possession de l'esprit du spectateur.

Andro Wekua

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 13 Novembre 2014

À travers la photo, la vidéo et la sculpture, Sookoon Ang aborde la question de l’existence et de sa nature instable. Les émotions, la vie quotidienne, les notions de réalité et de perception traversent ses œuvres, amenant le spectateur à reconsidérer son environnement sensible.
En 2014, pour Inside, Elle présente Exorcise Me, une installation vidéo sur quatre écrans, créant un environnement dans lequel le visiteur est happé. Des adolescentes en uniforme de collégienne, le visage grimé en tête de mort, posent avec langueur et flegme. Le maquillage fait référence au langage gothique du rock métal, alors que leur attitude rappelle les jeunes filles tournées vers elles-mêmes peintes par Balthus. L’adolescence est un moment particulièrement intense dans la recherche de soi. Le doute, l’anxiété, la recherche de son identité et de son rapport au monde entrainent un inconfort propre à ce passage de l’enfance à l’âge adulte.

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 10 Novembre 2014

Cinéaste oublié, Gregory La Cava mérite d'être revu pour quelques films marquants. Il Gregory La Cava commence sa carrière comme dessinateur et animateur de cartoons. Dans les années 1910 et 1920, il tourne des courts-métrages, dont certains avec son ami W.C. Fields. Son alcoolisme et le mécontentement des producteurs envers ses méthodes de travail (tournage sans le moindre script) entraineront le déclin de sa carrière.

Un de ses films les plus marquant est La Fille de la Cinquième Avenue (Fifth Avenue Girl), sorti en 1939

L'industriel Timothy Borden, ancien ingénieur, inventeur vingt-cinq ans aparavant d'une pompe révolutionnaire est devenu sans vraiment le vouloir le très riche propriétaire de Amalgamated pump Inc. Il se sent déprimé. Ses ouvriers bénéficient des 44 heures et il est prêt à leur accorder le demi-million de bénéfice annuel de sa société, seulement celle-ci va mal, notamment du fait de son fils Tim qui préfère jouer au polo que rédiger des devis pour les clients.

Sa secrétaire lui offre une cravate un peu voyante pour son anniversaire, mais c'est mieux que la solitude qui l'attend en rentrant chez lui car les membres de sa famille ont tous oublié cet anniversaire. Pire, une lettre d'une agence de détectives lui rapporte les rumeurs selon laquelle sa femme fréquente un jeune play-boy.

Suivant la suggestion de son domestique, Higgins, émerveillé que, dans Central park, les érables bourgeonnent, il s'y rend. Près du bassin des phoques, il y fait la connaissance de Mary, une jeune femme sans emploi mais qui se réjouit de sa bonne santé, de ses cinq dollars en poche et de la semaine de loyer payée. Séduit par sa joie de vivre, il l'invite dans un night club à la mode pour fêter son anniversaire. Il fait servir du champagne à tout le monde qui le remerciera en chantant bon anniversaire sous les yeux ébahis de sa femme qui était là, par hasard, avec son boy-friend.

Le lendemain à dix heures, Timothy se réveille avec un œil au beurre noir, ayant presque tout oublié, sous l'effet de l'alcool, de sa folle soirée de la veille. Mary a dormi dans la chambre d'amis à la stupeur de sa femme et de ses enfants. Il lui propose secrétement de vivre chez lui afin de rendre ses proches jaloux et de les intéresser à sa nouvelle vie, mais aussi dans le but de les mettre en face de leurs propres responsabilités, voire devant leurs incohérences respectives.

Ce scénario rappelle le film ''Mon homme Godfrey'' réalisé par le même La Cava en 1936. Ici aussi, un élément étranger fait intrusion dans une famille de la haute société accablée d'oisiveté et d'ennui et fait souffler un vent vif qui réveille ses habitants.

C'est Ginger Rogers Ginger Rogers qui incarne la jeune chômeuse rencontrée à Central park, jeune femme endurcie et sarcastique. Elle est alors la seule valeur sure de la RKO dans les films avec Fred Astaire ceux de La Cava mais aussi dans Mademoiselle et son bébé (Garson Kanin, 1939) et Ses trois amoureux (Garson Kanin, 1941). Sa collaboration avec Fred Astaire est terminée. "La grande farandolle" a clôturé la série de films de Ginger et Fred. Les projecteurs se sont éteints, Cendrillon a laissé le prince charmant et le magnifique carosse s'est transformé en citrouille. Elle n'est plus ici un personnage chic et comblé mais interprète avec grâce une jeune fille laborieuse.

La critique sociale n'a pas la virulence de celle d'un Frank Capra. Si la lutte des classes est mise en scène avec insistance c'est pour mieux montrer la persistance du modèle familial et américain dont les vicissitudes et inquiétudes, dues à la crise des années 1930, ne peuvent être que passagères.

Ginger Rogers et Walter Connolly

Ginger Rogers et Walter Connolly

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 5 Novembre 2014

Mark Manders, plasticien contemporain néerlandais, né en 1968 à Volkel, Pays-Bas.

Mark Manders est un écrivain, mais avec des objets au lieu de mots. Il s'est intéressé à l'évolution parallèle de l'homme et des objets.

Le travail de Manders se compose principalement d'installations , de dessins , de sculptures, mais aussi de courts métrages. Mark Manders est surtout connu pour ses sculptures d'argile dégrossi, intégrant des visages et aussi des plaques de bois. Il utilise également des objets divers, tels que des tables, des chaises, des ampoules, des couvertures et des animaux morts.

Dans ses installations, entourés d’une membrane transparente, des simulacres de cellules forment un parcours accidenté. Comme la mise en forme d’un espace mental, ces installations évoquent l’atelier de l’artiste mais aussi un chantier de fouilles archéologiques. On imagine l’humidité de l’argile sous les bâches, alors qu’il s’agit de sculptures en bronze, tandis que des figures humaines amputées entrent en symbiose avec des éléments d’architecture.

Depuis les années 1990, Mark Manders développe un autoportrait au long cours au moyen de sculptures, installations et architectures. Définissant lui-même son travail comme un « autoportrait en bâtiment », l’artiste mêle les références empruntées à l’histoire de l’art, des édifices solitaires de Giorgio De Chirico aux sculptures de jeunes gens dans l’Antiquité grecque, pour imaginer des œuvres qu’il souhaite voir réunies dans un bâtiment aux fenêtre obstruées, mêlant le futur au passé.

Mark Manders, d'argile et de bois

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Rédigé par nezumi dumousseau

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