Publié le 7 Avril 2014

Très belle exposition, au charme rétro, quelquefois un peu sulfureux. Robert Mapplethorpe a toujours assumé sa bisexualité, bondage SM avec des noirs et des blancs côté homme, Patti Smith et Lisa Lyoncôté femmes.

Cette première rétrospective en France de Robert Mapplethorpe, depuis sa mort, présente quelque deux cent cinquante images, pour rendre compte des différents thèmes de son œuvre. Corps de bronze et sculptures de chair, géométries et chorégraphies, natures mortes et détails anatomiques, fleurs végétales et corporelles, portraits de cours et clichés de nuit, érotisme soft et hard, tout l’art de Mapplethorpe est déroulé, scandé par ses autoportraits sous tous les avatars.

Un art dont on peut voir, en refermant l’exposition par le début de la carrière du photographe, que le programme était déjà clairement annoncé dans les polaroïds de sa jeunesse.

L’exposition est construite "À rebours". Partir de l’autoportrait à la tête de mort, c’est commencer par l’image d’un jeune homme déjà vieux, tragédie de la vie fauchée en plein élan par le sida. C’est aussi marquer la posture fantastique d’un maître du royaume des ombres qui semble, par-delà la mort, encore un peu vivant mais déjà dans la postérité de son œuvre, nous invitant de sa canne satanique à le suivre dans les enfers de son histoire, à la recherche de son désir.

Robert Mapplethorpe est un artiste obsédé par une quête esthétique de la perfection. Sculpteur dans l’âme et dans l’imagination, il veut « que les gens voient [ses] œuvres d’abord comme de l’art, ensuite comme de la photographie . » Sous le signe de Michel-Ange, Mapplethorpe se positionne en héraut d’un idéalisme classique revu et corrigé dans le New York libertaire des années 1970 Explorant les techniques de tirage les plus raffinées, il enrichit sa création de pièces uniques, compositions mixtes, encadrements spéciaux.

Présentation par Patti Smith de l'exposition vidéo sur Dailymotion

Robert Mapplethorpe au Grand Palais
Robert Mapplethorpe au Grand Palais
Robert Mapplethorpe au Grand Palais

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #photographie, #Robert Mapplethorpe, #Patti Smith

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Publié le 29 Mars 2014

Ne manquez pas la rétrospective Bill Viola au Grand Palais, jusqu'au 21 Juillet 2014

Bill Viola est un des plus célèbres représentants de l’art vidéo. Un large corpus de son œuvre, allant de 1977 à aujourd’hui, mêlant tableaux en mouvement et installations monumentales, est pour la première fois présenté au Grand Palais. Dans une quête à la fois intimiste et universelle, l’artiste exprime son cheminement émotionnel et spirituel à travers de grands thèmes métaphysiques, la vie, la mort, la transfiguration.

Vers le milieu des années 1970, Bill Viola se met à voyager en Orient pour entamer une quête spirituelle. Le propos de Bill Viola et de son épouse et collaboratrice depuis trente-cinq ans, Kira Perov, est lesté de philosophies orientales, et extrême-orientales. C’est le résultat de lectures, d’une habitude quotidienne d’écriture, mais aussi de séjours fondateurs en Indonésie, au Ladakh, dans le nord de l’Inde, et surtout au Japon, où le couple a passé dix-huit mois à étudier tant la culture traditionnelle que les techniques de pointe de la vidéo en 1980. Pendant ce voyage, il rencontre le maître zen Daien Tanaka qui devient son guide spirituel. Cette capacité à marier spiritualité et technicité donne à l’œuvre son caractère incomparable.

Le temps est la matière première pour Bill Viola. Il est suspendu, ralenti, déplié, tourne en boucles, se décompose ou se superpose. Ces jeux sensoriels sur la perception du temps plongent le spectateur dans une expérience du déroulement parfois proche de la pratique de la méditation : on se fixe sur un moment présent pour accéder, par strates, à une perception plus profonde. C'est dans la durée que les œuvres déploient leurs mystères.

Les figures flottantes, qui s'élèvent dans les airs, s'y figent ou disparaissent au fond des eaux peuplent les visions de l'artiste. Mystiques, mythiques ou fantomatiques, ces apparitions ou disparitions peuvent aussi n'être que des sons, comme dans l'installation Présence, dans l'escalier entre les deux étages de l'exposition, où l'on entend des voix de tous âges chuchoter des secrets, des respirations ou les pulsations d'un cœur.

Œuvres présentées

20 vidéos (certaines multiples) et une œuvre sonore sont présentées, en particulier

  • Chott el-Djerid (1979) Durée : 28 minutes.
    Silhouette flageolantes, mirage dans le désert.
    Mouvements lents mais temps réel.
  • The Reflecting Pool (1979)
    Durée : 7 minutes.
    Apparition-disparition d'un corps au dessus d'un bassin et, de façon désynchronisée, de son reflet sur l'eau.
  • Walking the Edge (2012) vidéo sur Dailymotion
    c'est le temps à l'échelle de la vie qui est abordé. On y voit deux hommes, un père et un fils, dont les trajectoires s'inscrivent dans la durée (environ 12 minutes). Ils surgissent à chaque extrémité du champs de l'image et avancent dans le désert, dans une chaleur qui trouble légèrement l'image. Ils marchent vers le spectateur jusqu'à se croiser et se séparer à nouveau.
  • The Encounter (2012) Vidéo sur Youtube
    The Encounter, Deux femmes se rencontrent de la même façon dans le désert, mais où la plus âgée transmet quelque chose à la plus jeune avant qu’elles ne repartent vers l’horizon. Deux métaphores de la vie, l’une au masculin, l’autre au féminin, évoquant la citation du penseur arabo-andalou Ibn Arabi donnée par l’artiste en épigraphe: «Si tu t’engages dans le voyage, tu arriveras
  • Going Forth by Day (2002) est composé de 5 tableaux:
    -le premier est l’entrée dans la pièce à travers un brasier projeté sur la porte.
    -Sur un long mur, dans la forêt, défilent des voyageurs, certains portant un sac, ou tout simplement un objet qui leur est cher. Presque indistincte sur leur chemin, une borne à cerne rouge évoque ces figurines du Jizo qui sont posées au bord des chemins, au Japon.
    -Au fond de la salle, le Déluge : des passants qui vaquent à leurs occupations, certains portant des plantes en pot pour une destination incertaine, devant un décor en forme d’immeuble bientôt plongé dans une cataracte catastrophique.
    - Dans la vidéo suivante, le paysage est coupé en deux. Au sommet, un ange gardien, qui ressemble beaucoup à Bill Viola lui-même, veille devant une maison. A l’intérieur de la maison, un fils veille son père mourant. Comme dans un rêve, à l’instant fatal, il se retrouvera frappant à la porte, sans pouvoir entrer : on manque toujours la mort de son père, ou de sa mère.En contrebas, une femme âgée, déjà un fantôme, s’apprête à embarquer sur un lac qui la conduit vers l’au-delà.
    -First Light : une équipe de secours arrivant après une inondation brutale dans un désert, évoquant les pompiers du 11 Septembre. Toute la tension se reporte sur une mère qui scrute le lac en quête du fils disparu.
  • Catherine's Room (2001) Petites vidéos intimistes
  • Heaven and Earth (1992) Sculpture composée de deux écrans cathodiques face à face, qui diffusent chacun un film : d'un côté, un enfant qui nait, de l'autre une gran-mère qonise
  • Nine attemps to Achieve Immortality (1996)
    Performance réalisée par Bill Viola lui-même, qui tente neuf longues apnées (en 18 minutes) face à la caméra.
  • Tristan's Ascension (The Sound of a Mountain Under a Waterfall)(2005) vidéo sur Dailymotion
    Une représentation de l'ascension de l'âme dans l'espace après la mort, « au moment où elle se réveille et se trouve emportée par une chute d'eau », qui s'écoule ici de façon inversée. L'eau, qui commence comme une pluie avant de transformer en cascade, vient ainsi éveiller un homme inerte. Son corps se soulève peu à peu, jusqu'à disparaître, puis le débit s'estompe, seules quelques gouttes ruissellent sur la dalle vide. Le dispositif est tout en verticalité tant au niveau de l'image que de la diffusion des sons.
  • Fire Woman (2005) vidéo sur Dailymotion
    Une silhouette de femme se détache d'un immense mur de flammes en arrière-plan. Elle avance jusqu'à plonger soudainement dans une eau dont on ne soupçonnait pas la présence. Le regard du spectateur se retrouve alors face aux seules formes ondoyantes et abstraites du feu, puis à leur reflet dans l'eau
  • Three Women vidéo sur Dailymotion
    Trois femmes de trois âges différents passent d'un espace en noir et blanc saturé, comme une mauvaise retransmission d'images dans un écran, en arrière-plan, à un premier plan net et en couleurs. Entre les deux : un rideau d'eau. Cette œuvre fait partie de la série Transfigurations. Physiquement, une transfiguration est un changement complet de forme, un remodelage des apparences, une métamorphose. La métamorphose la plus profonde et la plus radicale est totalement intériorisée, invisible, sauf qu'elle modifie la substance même de la personne, qui finit par rayonner et transformer tout ce qui l'entoure.
  • The Dreamers (2013)
    Sept écrans plasma verticaux, Collection Pinault. 7 tableaux où le personnage semble dormir et rêver sous l'eau, en apnée.
  • Man searching for Immortality (2013) / Woman searching for Eternity (2013)
    Un homme et une femme âgés, debout et nus face aux spectateurs, explorent chacun leur corps avec leurs mains et en éclairant leur propre peau avec une lampe de poche,
Galerie
Going Forth by Day (2002) first light

Going Forth by Day (2002) first light

The Dreamers, 2013

The Dreamers, 2013

Fire Woman, 2005

Fire Woman, 2005

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain, #Bill Viola

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Publié le 25 Mars 2014

L'architecte japonais Shigeru Ban a reçu le prix Pritzker 2014, la récompense suprême de l'architecture qu'il a accueilli avec modestie estimant ne pas être encore "au niveau". Spécialiste des structures en carton et des techniques légères, engagé dans l'architecture d'urgence, comme à Kobe après le séisme, Shigeru Ban, 56 ans, a ajouté qu'il considérait le prix comme un "encouragement" pour son travail.
La Fondation Hyatt qui finance ce prix a souligné lundi "l'élégance et le caractère inventif" du travail de Shigeru Ban, connu notamment pour ses constructions d'abris pour victimes de désastres naturels ou de violences.
Le prix Pritzker d'architecture est un prix d'architecture annuel décerné par un jury indépendant depuis 1979, il est considéré comme le « prix Nobel de l'architecture ». Reconnaissant l'extrême qualité des architectes japonais, le jury a décerné 6 fois le prix (soit environ 1 fois sur 5) à des Japonais:

Shigeru Ban est né en 1957 à Tokyo.
Il étudie d'abord au SCI-Arc (1977-1980) à Los Angeles, puis à la Cooper Union School of Architecture à New York de 1980 à 1982 et obtient son diplôme en 1984.
De retour au Japon, il débute sa carrière à l'Atelier d'Arata Isozaki avant de fonder son agence en 1985.

Son travail est aussitôt remarqué, et la scénographie saisissante qu'il réalise pour l'Exposition Emilio Ambasz à l'Axis Gallery (Tokyo, 1985) entièrement conçue à partir de tubes de carton, attire l'attention. La conception de lieux d'exposition et les tubes de carton resteront par la suite des éléments de base de son architecture. C'est ainsi qu'il a mis au point, après le grand séisme de Kobe en 1995, des méthodes d'autoconstruction permettant de bâtir des abris d'urgence, une église et d'autres installations. En réponse aux catastrophes qui privent les populations de logements, la Paper Log House, constituée principalement de tubes de carton, a été conçue pour Kobe puis utilisée à Ankara en Turquie (1999).

Le carton répond aux contraintes des situations d’urgence, mais Shigeru Ban va aussi l’utiliser dans ses expérimentations sur la maison. Case Study Houses, c’est le nom qu’il donne aux villas qu’il réalise au Japon. En référence à leurs cousines californiennes des années 50, ces maisons quasi expérimentales sont l’occasion de redéfinir, par exemple, ce qu’est une enveloppe (Wall-less house ou Curtain-wall house) ou de réfléchir à la partition d’une maison (9 Squares grid house) ou encore de penser la place du mobilier (Furniture houses).

Ses tubes de carton ont également été employés pour la réalisation du Pavillon japonais Paper Tube Structure 13 conçu avec le concours du Professeur Frei Otto à l'occasion de l'exposition universelle de Hanovre en 2000.

Shigeru Ban délaisse les procédés et matériaux constructifs classiques, préférant relever le défi que représente l'utilisation d'éléments hors normes pour composer des espaces architecturaux.

Créateur de l'ONG Voluntary Architect's Network (VAN), Shigeru Ban met à profit son expérience acquise et intervient comme consultant auprès du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), en concevant, développant et procurant des abris d'urgence aux réfugiés.

Il enseigne aujourd'hui comme Professeur à l'Université Keio et dispose d'une équipe de recherche pour approfondir sa réflexion sur la fonction sociale de l'architecte.

Paper House, Lake Yamanaka, Yamanashi, (1994)

Paper House, Lake Yamanaka, Yamanashi, (1994)

Cardboard Cathedral, à Christchurch (Nouvelle Zélande )

Cardboard Cathedral, à Christchurch (Nouvelle Zélande )

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #architecture, #Japon, #Shigeru Ban, #Prix Pritzker

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Publié le 6 Mars 2014

L'un des plus grands auteurs du cinéma français vient de nous quitter. Alain Resnais est mort. Il venait d'obtenir l'Ours d'argent au Festival de Berlin pour son film "Aimer, boire et chanter" qui sortira bientôt en salles.


Alain Resnais prenait son temps. En 70 ans de carrière, il réalise seulement 19 longs-métrages, mais chacune de ses œuvres apporte une innovation, une idée nouvelle au cinéma français, que ce soit sur le fond ou la forme. Il invente des genres cinématographiques, infatigable expérimentateur, renouvelleur de formes, explorateur des pouvoirs insoupçonnés du cinéma.

En 1966, avec la Guerre est finie, il collabore avec Jorge Semprun pour évoquer les doutes des derniers militants clandestins de la Guerre d'Espagne, 27 ans après sa fin officielle puis s'approche de la science-fiction avec Je t'aime, je t'aime (1968), qui mêle voyage dans le temps et introspection amoureuse, dans un décor kitsch de carton-pâte. Ce film aride et mal aimé du public contient le germe de "L'amour à mort " et de "La vie est un roman", sur le thème d'une éventuelle " deuxième chance" qui pourrait être offerte pour mieux aimer ceux que l'on regrette d'avoir négligé lorsqu'ils étaient présents.

Resnais explore de l'intérieur les voies de la création littéraire dans Providence (1977), qui lui vaut un premier César. Il joue à la fois sur le terme providence et sur la ville américaine Providence, lieu de naissance de Lovecraft, auteur de science-fiction qui inspire içi en partie sa réflexion. A travers un auteur vieux et malade qui imagine une histoire à partir de sa propre famille, Resnais montre les essais et les retouches d'un processus de création.
Un autre thème du film est une illustration critique et ludique de la psychanalyse, à travers sa représentation en direct et l'évocation des frustrations des personnages, aussi bien que ceux du spectateur. Plus généralement, la mémoire, sa façon de reconstruire et de déformer des expériences vécues ou fantasmées, sont l’enjeu indirect mais omniprésent de Providence.

Ensuite, ce sont les théories comportementales du neurobiologiste et éthologue Henri Laborit qui lui inspirent Mon oncle d'Amérique ( 1980), Grand Prix du Jury à Cannes. En comparant les humains aux rats cherchant leur chemin dans des labyrinthes truqués, Alain Resnais met beaucoup d'humour, avec l'aide de son scénariste Jean Gruault sous le sérieux de la thèse : sa curiosité est sans limite, son amusement, son goût de la facétie aussi.

La vie est un roman (1983), toujours avec comme complice Jean Gruault, se présente sous forme de trois récits imbriqués, dans la lignée des "films multiples" de Resnais qui abordent de façon ironique et ludique des thèmes profonds, comme la recherche du bonheur, l'éducation des enfants et le respect de leur imagination:
En 1919, dans son château, le comte Forbek propose à ses invités une expérience qui doit les conduire à un état de bonheur permanent. Le prix à payer est un enfermement total, l'oubli du passé et une rééducation des sens, en sélectionnant tout ce qui est harmonieux. Mais l'amour-passion incarné par Fanny Ardant fait exploser ce modèle.

En 1982, le même château est devenu un collège expérimental. Un colloque de chercheurs s’y réunit pour préciser les méthodes et moyens d’une éducation de l’imagination. Resnais pointe les contradictions entre les discours et les actes de ces enseignants chercheurs, et s'amuse des marivaudages propres à tout colloque.

A suivre

La vie est un roman, Fanny Ardant, André Dussolier

La vie est un roman, Fanny Ardant, André Dussolier

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma, #Alain Resnais

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Publié le 2 Mars 2014

L'un des plus grands auteurs du cinéma français vient de nous quitter. Alain Resnais est mort. Il venait d'obtenir l'Ours d'argent au Festival de Berlin pour son film "Aimer, boire et chanter" qui sortira bientôt en salles.

Alain Resnais prenait son temps. En 70 ans de carrière, il réalise seulement 19 longs-métrages et quelques courts métrages, dont les plus célèbres sont Loin du Vietnam et surtout Nuit et Brouillard.

Mais chacune de ses œuvres apporte une innovation, une idée nouvelle au cinéma français, que ce soit sur le fond ou la forme. Il invente des genres cinématographiques avec son équipe.

Son premier long-métrage est déjà un monument. Hiroshima mon amour (1959) : Une actrice française tourne un film pacifiste au Japon, elle a une brève liaison avec un architecte japonais, ils parlent, dans une chambre d’hôtel, dans un bar, dans la nuit. Elle parle d’elle, petite fille de Nevers qui a un jour, dans la France occupée, aimé un soldat allemand. Le souvenir des « dix mille soleils » d'Hiroshima, une ville entière soulevée de terre et réduite en cendres, le hante.

Ce film, comme Nuit et Brouillard, participe du devoir de mémoire et rappelle, même si cela peut paraître dérisoire par rapport aux souffrances des blessés d'Hiroshima, l'injustice qui a frappé, à la libération de Nevers, le soldat allemand, tué dans le dos et la Française, tondue, pour avoir été coupable d'amour.

En 1959, le ministre de la Culture, André Malraux, sélectionne le film pour le Festival de Cannes. La délégation américaine exige son retrait de la compétition. Car, à ses yeux, cette rencontre d'une jeune actrice française et d'un architecte japonais à Hiroshima, toujours traumatisée quinze ans après sa destruction par une bombe atomique, constitue une attaque frontale.
De Gaulle n'y est pas plus favorable, soucieux de ne pas faire de vagues alors qu'il vient de faire réaliser les premiers essais nucléaires. Le film est cependant projeté à Cannes, mais hors compétition, à l'extérieur du Palais, et à un horaire inhabituel.

La suite est somptueuse L'année dernière à Marienbad (1961), coécrit avec Alain Robbe-Grillet transpose le Nouveau Roman au cinéma.

Aussitôt après, Muriel ou le Temps d'un retour (1963) contourne la censure gaulliste pour évoquer, en filigrane, la torture et les violences perpétrées en Algérie.

A suivre...

 Emmanuelle Riva ; Eiji Okada dans Hiroshima, mon amour

Emmanuelle Riva ; Eiji Okada dans Hiroshima, mon amour

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma, #Alain Resnais, #Hiroshima

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Publié le 25 Février 2014

Un documentaire long (1h 40), non scénarisé, qui montre sans pathos le sort cruel, la vie en pointillé, la mort toute proche, de ces migrants (ici Iraniens, qui tentent de rejoindre l'Europe Occidentale.


Réalisation : Kaveh Bakhtiari
Musique : Luc Rambo
Durée : 100mn
Dates de sortie 19 Mai 2013 (Festival de Cannes , quinzaine des réalisateurs)
3 Juillet 2013 ( Festival International du Film de La Rochelle )
France 27 novembre 2013
Prix du Jury au Festival international du film francophone d
e Namur


Kaveh Bakhtiari présente son film :

Alors qu'un festival grec venait tout juste de m'inviter avec mon court métrage, La Valise, on m'informait qu'un membre de ma famille, que je n'avais pas revu depuis plusieurs années, avait quitté l'Iran. Depuis la Turquie, et sans se noyer, il avait réussi à rallier illégalement l'île de Samos où il avait finalement été cueilli par les douaniers grecs et incarcéré à Athènes. Moi, on m'invitait dans un hôtel pour parler de mon film, alors que lui, qui voulait juste transiter par la Grèce pour aller plus loin en Europe, était sous les verrous. Je l'ai finalement rejoint à sa sortie de prison. Il m'emmena alors dans son « lieu de vie » dans la banlieue d'Athènes, une buanderie aménagée en petit appartement où d'autres clandestins se terraient en attendant de trouver le moyen de quitter la Grèce. C'est ainsi que je me suis immergé dans la clandestinité, ou plutôt dans l'univers des clandestins, des destins suspendus et des passeurs.

Le film est né de ce lien personnel : En Grèce, le cousin du réalisateur devient son passeur, celui qui l’amène à rencontrer la communauté de l’escale. Au sein de ce groupe, le cinéaste occupe une position particulière : à la fois dedans et dehors. Il est Iranien d’origine mais immigré en Suisse, et se trouve ainsi de l’autre côté de la géographie de l’exil. Ce qu’il partage avec les migrants l’autorise à pénétrer dans leur quotidien, et permet à ces derniers d’accepter de s’exposer, non sans difficultés, au regard de sa caméra. Mais il travaille sa rencontre avec eux également à partir de son altérité, de ce qui fait de lui un étranger parmi eux, presque un migrant. C’est depuis cette position qu’il leur adresse ses interrogations sur leurs désirs, leurs espoirs, leurs visions de la vie et du monde.

Kaveh Bakhtiari raconte le quotidien de migrants clandestins qui partagent un lieu de vie passager, durant quelques mois, avant de reprendre leurs trajectoires séparées. Venus d’Iran, ils sont chacun bloqués à Athènes pour diverses raisons Ils attendent ce qui pourra les faire passer de « l’autre côté », contacts, papiers. En réalisant le portrait d’un groupe, Kaveh Bakhtiari fait la chronique de la détresse et de la solidarité qui animent chacun de ses membres. Filmer les clandestins, c’est faire apparaître la réalité d’une condition par définition invisible dans l’espace social. Tout l’enjeu du film est de faire voir et de faire sentir ce que la survie nécessite de cacher au jour le jour. Le dispositif cinématographique offre ici un espace de visibilité aux migrants, dans une temporalité et un espace qui les protègent. Par-là, le cinéma déjoue quelque chose de la violence quotidienne imposée aux clandestins ; celle qui consiste à ne pas être vu, à ne pas être reconnu en tant que soi-même, dans l’espoir, souvent vain, d’une existence meilleure.

 L'Escale, film documentaire de Kaveh Bakhtiari.

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma, #droits de l'homme

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Publié le 24 Décembre 2013

La Fondation François Pinault ayant abandonné l'Île Seguin à cause de tracasseries administratives pour gagner Venise, il faut profiter de son passage à Paris pour voir un petit bout de la collection.

La Conciergerie est une partie du Palais de la cité où demeurèrent les rois de France du Xème au XIVème siècle. il fut ensuite converti en prison à partir de 1730. Elle est surtout connue pour son rôle pendant la terreur. Marie Antoinette y fut emprisonnée en 1793.

Inspirée du lieu, l'exposition se nomme « A triple tour » et se donne pour motif principal l'enfermement. Il est décliné de nombreuses façons, du plus immédiat, la prison, jusqu'à des asservissements intérieurs comme les stéréotypes sociaux, politiques et physiques, le vieillissement et la maladie. Composée de deux parties, correspondant à deux grandes salles gothiques, elle réunit 23 artistes et leurs œuvres, pour la plupart non encore exposées, de la Fondation Pinault.

La première partie "Crises et emprisonnement" traite des enfermements imposés, des bouleversements qui frappent notre société. Bouleversements tels que les crises écologiques, l'impossibilité de communiquer, les prisons, la guerre civile, le terrorisme, les débordements urbains et l'idée de résistance.
Dans un couloir sombre, le spectateur est cerné par une dizaine d'hommes et femmes bâillonnés qui tentent de parler, mais dont la voix n'est plus qu'un murmure étouffé, Bill Viola, avec une extrême simplicité et une grande économie de moyens, sait faire prendre conscience de tous ces bâillons, politiques, économiques, sociaux, répressifs ou bien-pensants, qui empêchent de s'exprimer.
Le thème du monde-prison se retrouve dans les images pseudo-nostalgiques d'un ancien monde soviétique où le bonheur était de règle que Boris Mikhailov présente avec une ironie désabusée, ou dans la vidéo résistante de contestation sourde et passe-muraille de Bertille Bak à Bangkok.

La deuxième partie "Individu et emprisonnement" est consacrée à l'individu face à lui même et à ses démons: L'angoisse de la vieillesse, la phobie de la maladie et de la décadence, la folie, la peur de la solitude, la culpabilité, le verrouillage mental ou corporel. Soit l'enfermement que peut s'imposer un individu à lui-même.
Cette partie est plus psychique, armoire à médecine de Damien Hirst, poignantes interviews de schizophrènes en écho avec la Jeanne d'Arc de Dreyer par Javier Tellez , fantasmagories de Tetsumi Kudo. On remarque les dictateurs séniles de Sun Yuan & Peng Yu.
Dans cette exploration de l'enfermement de la folie, la pièce la plus étonnante est une vidéo de Maria Marshall : un charmant bambin, le fils de l'artiste, fait quelques grimaces en gros plan. Zoom arrière : l'enfant est maintenu par une camisole de force dans une chambre capitonnée, spectacle bouleversant.

François Pinault enfermé "à triple tour" à la Conciergerie
François Pinault enfermé "à triple tour" à la Conciergerie
François Pinault enfermé "à triple tour" à la Conciergerie

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain, #Fondation Pinault

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Publié le 1 Décembre 2013

La première rétrospective consacrée à Félix Vallotton par un musée parisien depuis près d’un demi-siècle est à découvrir au Grand Palais. Le travail de Félix Vallotton, artiste inclassable, peintre et graveur sur bois révèle un style très personnel et résolument moderne.

Félix Vallotton est né en 1865 à Lausanne d'une famille bourgeoise protestante. À 17 ans, il vient à Paris et entre à l'Académie Julian, dont les ateliers sont fréquentés par de nombreux artistes post-impressionnistes ainsi que par les Nabis. En moins de dix ans, le jeune Suisse parvient à se faire un nom auprès de l'avant-garde parisienne. Sa renommée devient internationale grâce à ses gravures sur bois et à ses illustrations en noir et blanc qui font sensation. Il participe régulièrement à différents salons (Salon des artistes français, Salon des indépendants, Salon d'automne).

À partir de 1900, il délaisse progressivement la gravure et l'illustration pour se consacrer à la peinture. Il peint des scènes d'intérieur, puis se consacre à des thèmes classiques, paysages, nus, portraits et natures mortes qu'il traduit d'une manière personnelle, hors des courants contemporains.

Sa première exposition personnelle a lieu à Zurich en 1909. Il expose régulièrement à Paris, notamment en janvier 1910, à la Galerie Druet, exposition dont le catalogue est préfacé par Octave Mirbeau. Il participe de plus aux expositions d'envergure internationale en Europe et Outre-Atlantique. En Suisse, sa peinture est principalement diffusée par son frère Paul, directeur dès 1913 de la succursale de la Galerie Bernheim-Jeune à Lausanne, future Galerie Paul Vallotton.

Félix Vallotton au Grand Palais

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #Art moderne, #Félix Vallotton, #Grand Palais

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Publié le 28 Octobre 2013

Sur la place Vendôme, les installations in situ du plasticien japonais Tadashi Kawamata sont haut perchées. Jouant avec l’architecture haussmannienne, l’artiste agrémente les pierres froides de la colonne Vendôme et des vieux étages de Paris avec 3 huttes de bois.
Place Vendôme 2013, Fiac hors les Murs © kamel menour

Place Vendôme 2013, Fiac hors les Murs © kamel menour

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain, #Tadashi Kawamata

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Publié le 11 Octobre 2013

Le travail de Ray est difficile à classer. Le style, les matériaux, l'objet, la présence et l'échelle sont tous variables. son style se rapproche souvent de l'hyperréalisme, mais en jouant sur le facteur d'échelle comme pour le célèbre petit garçon de Boy with frog mesurant 2,44 m de hauteur. Dans tous ses objets parfaitement exécutés, Ray fait une fixation sur le comment et le pourquoi des choses, Il y a toujours un détail qui indique que l'objet représenté n'est pas réel mais une recréation artistique.

Ray a réalisé une synthèse des nombreux développements dans la sculpture du XXe siècle des sa première exposition en 1971 avec une installation intitulée One-Stop Gallery. Le spectacle se composait d'une collection de petites sculptures, reposant directement sur le sol. Certaines des œuvres ont été clairement inspiré par les minimalistes comme Robert Morris , tandis que deux petites sculptures en acier évoquent les traditions enseignées par son professeur, Brener.

À la fin des années 1980, Charles Ray conçoit des œuvres minimalistes utilisant l'encre et du fil. Dans l'encadré d'encre (1986), un grand cube est rempli à ras bord avec de l'encre, donnant l'illusion d'un cube solide. Ligne d'encre (1987) est un flux continu d'encre noire tombant d'une ouverture dans le plafond dans un trou similaire dans le sol.

Son travail le plus imposant à ce jour est la re-création en cyprès japonais (Hinoki) d'un arbre tombé et pourri qu'il avait trouvé dans un pré. Avec Hinoki (2007, Art Institute of Chicago), Ray avait moulé un grand arbre pourri trouvé en Californie. Il a ensuite embauché une équipe de sculpteurs sur bois japonais à Osaka pour entièrement retailler l'arbre en Hinoki, un bois différent de celui de l'arbre original. Il a fallu quatre ans pour tailler l'arbre pour ce qui était un projet de dix ans: à partir de la découverte initiale de l'arbre en 1997-1998 à son exposition en 2007.

En 2009, Ray a installé Boy with Frog, sa première œuvre commandée en plein air, à la Punta della Dogana , à Venise. Grand de taille et réalisé avec une finition blanche et lisse qui fait référence à la tradition de la sculpture de marbre en Italie, il dépeint un garçon tenant une grenouille goliath au-dessus du Grand Canal. La sculpture évoque le Sauroktonos Apollo , une ancienne sculpture romaine du Musée du Louvre à Paris d'un adolescent nu tendant son bras pour attraper un lézard grimpant à un arbre. Par peur de vandalisme, la sculpture a été démontée en 2012.

Expositions récentes

  • 2013 Biennale de Venise 2013
    • NYC 1993: Experimental Jet Set, Trash and No Star, New Museum, New York
  • 2012 Intimate Immensity: The Susan and Larry Marx Collection, Hammer Museum, Los Angeles
    • Collection Sandretto Re Rebaudengo: Viral Research, Whitechapel Gallery, Londres
  • 2011 Le monde vous appartient, Palazzo Grassi, Venise
Boy with frog 2009

Boy with frog 2009

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #hyperréalisme, #Charles Ray, #Fondation Pinault, #Punta della Dogana

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