Publié le 23 Mai 2016

Tout est affaire de décor,exposition monographique de Pierre Ardouvin; au Musée d'art contemporain du Val-de-Marne

Pour « Tout est affaire de décor », Pierre Ardouvin propose une vision globale de son œuvre en une scénographie minutieusement orchestrée qui met en lumière une sélection d’une trentaine d’œuvres, assemblées et rejouées pour le MAC VAL. Les œuvres se composent de nouvelles productions et des pièces réactivées, qui datent de 1996 à 2015. Le contraste et la complémentarité sont évidents entre les 1350 m² de la salle d’expositions temporaires du musée, plongée dans l'obscurité et le vestibule et le jardin inondés de lumière.

Le titre de l'exposition fait appel à Louis Aragon, mis en musique par Léo Ferré. « Tout est affaire de décor/Changer de lit changer de corps/À quoi bon puisque c’est encore/Moi qui moi-même me trahis. […] Est-ce ainsi que les hommes vivent. »

Le visiteur, littéralement plongé à l’intérieur de l’univers sensoriel et singulier de Pierre Ardouvin, est invité à arpenter et à recomposer. Les pièces sont autonomes, mais elles dialoguent entre elles pour dessiner un véritable paysage mental. Grâce aux réappropriations d’images et d’objets familiers revisités par son imaginaire, l’artiste offre ici un récit personnel et collectif en investissant les espaces communs, comme par exemple les clichés de la culture populaire de la France des années 60 et 70.

Avec une apparente légèreté, Pierre Ardouvin aborde les thèmes de la perte, du passage du temps, de l’arrachement, de la solitude. Avec distance et humour, il donne à voir la société du spectacle mise à nue et interroge la présence de l'homme au monde en propulsant le visiteur dans un espace en suspens, entre l’innocence de l’enfant rempli d’illusions et la réalité de l’adulte désenchanté.

Alexia Fabre, Conservatrice en chef du Mac/Val déclare:
Le travail de Pierre Ardouvin procède par évocations. Il ne démontre pas, n’affirme rien, mais au contraire se livre tel un puzzle ou une énigme dont les éléments font sens une fois rassemblés. C’est un appel constant à l’imaginaire, à l’appropriation et à l’interprétation de ces indices de sens, de ces bribes de récit.
Dans ce grand paysage nocturne que Pierre compose au MAC VAL, les œuvres de toutes périodes, hors toute chronologie, coexistent pour dessiner ce qui constitue l’essence même de son travail : une attention incessante et inépuisable au monde, traduite par l’assemblage d’extracts de ce même monde, collage de matériaux, d’ambiances, de couleurs et de sentiment
s.

Pierre Ardouvin: Tout est affaire de décor

Voir les commentaires

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain, #Mac-Val

Repost 0

Publié le 12 Mai 2016

François Morellet né en 1926, artiste exigeant, est mort le 11 mai 2016, à Cholet, sa ville natale.

François Morellet est considéré comme l’un des acteurs majeurs de l’abstraction géométrique de la seconde moitié du XXe siècle et un précurseur du minimalisme.

Dès la fin des années 1940, la peinture de François Morellet s'efforce d'évacuer la subjectivité individuelle en obéissant à des préoccupations collectives. Après une courte période figurative (1947-1950), il amplifie cette évolution vers un art délivré de tout romantisme en choisissant l'abstraction en 1950, sous l'influence de Pierre Dmitrienko (1925-1974) : il adopte alors un langage géométrique très dépouillé, marqué par l'exemple de Mondrian, composé de formes simples (lignes, carrés, triangles), dans un nombre limité de couleurs, assemblés dans des compositions élémentaires sur deux dimensions. Ces recherches sont marquées par l’œuvre de Max Bill et l’Art concret, découverts lors d’un voyage au Brésil en 1951, et par les motifs géométriques de l’Alhambra de Grenade, admirés en 1952.

Jusqu'en 1960, Morellet établit les différents systèmes d'arrangement des formes qu'il emploie (superposition, fragmentation, juxtaposition, interférences…), en créant notamment sa première « trame », un réseau de lignes parallèles noires superposées selon un ordre déterminé.

De 1961 à 1968, il est l’un des créateurs et protagonistes de l'Art cinétique au sein du Groupe de Recherche d'Art Visuel (GRAV) avec cinq autres artistes : Francisco Sobrino, Horacio Garcia Rossi, Julio Le Parc, Yvaral et Joël Stein, ainsi que François et Vera Molnar.

Il participe également au mouvement international de la Nouvelle Tendance. Il cherche dans ce contexte à créer un art expérimental qui s'appuie sur les connaissances scientifiques de la perception visuelle et qui soit élaboré collectivement.

En 1963, Morellet commence à créer des œuvres avec des tubes de néon, comme l'artiste américain Dan Flavin.

Après 1970, débute pour lui une troisième période marquée par la création d'œuvres de plus en plus dépouillées, qui jouent avec leur support et l'espace qui les environne. Il réalise alors un grand nombre d'intégrations architecturales, depuis sa première intervention monumentale sur le plateau de la Reynie (Paris, Beaubourg) en 1971.

Pour Morellet, l’œuvre d’art ne renvoie qu’à elle-même. Son titre, généralement sophistiqué (l’artiste aime les jeux de mots), indique la règle du jeu qui a présidé à son élaboration. Il entend contrôler le processus de création et démystifier la mythologie romantique de l'art et de l'artiste, en justifiant chacun de ses choix par un principe établi au préalable, qui peut d'ailleurs aller jusqu’à faire intervenir le hasard dans certaines composantes de l’œuvre.

L’application rigoureuse des notions de géométrie, apporte au fil des années une approche spatiale qui le situe d’emblée à l'avant garde de l'Art concret ou Art minimal. Trois artistes américains, Ellsworth Kelly, Frank Stella et Sol LeWitt ont poursuivi des recherches similaires à François Morellet. Cela aboutit à une création d’où le sentiment est absent : « Une expérience véritable doit être menée à partir d'éléments contrôlables en progressant systématiquement suivant un programme. Le développement d'une expérience doit se réaliser de lui-même, en dehors du programmateur. »

Second artiste à voir de son vivant une œuvre exposée au Louvre, François Morellet a inauguré le 27 janvier 2010 un décor pérenne commandé par le Musée du Louvre : L'esprit d'escalier. Il a investi les baies et oculi de l'escalier Lefuel (aile Richelieu), édifié au milieu du XIXe siècle, et "s'amuse à fragmenter et déstabiliser les vitrages en ferrailles un peu frustes, en les confrontant à leur propre image réalisée grâce à une technique ancienne et précieuse des maîtres verriers".

François Morellet meurt le 11 mai 2016, à Cholet, sa ville natale.

François Morellet déclare à l'occasion de son exposition de 2011 au Centre Georges-Pompidou:

J'ai eu trois influences fondamentales dans ma vie. D'abord, dans les années 1940, les arts premiers, à commencer par les tapas océaniens, ces pièces de tissus qui aiment à répéter les formes, comme ces triangles noirs qui m'ont beaucoup influencé. Ensuite, l'Alhambra de Grenade. Quelle précision, quelle intelligence des formes ! Resté pendant deux siècles à l'abri des barbares catholiques, l'Alhambra est la forme d'art la plus précieuse et décadente.

Enfin, dernière influence, il y a vingt ans, ma découverte du baroque tardif de Bavière et d'Autriche. C'est tout aussi décadent et merveilleux. Je ris de plaisir quand je vois ces auréoles pas droites, ces faux marbres, ces dorures sur plâtre. C'est agréable d'avoir gardé pour la fin de sa vie une telle découverte.

J'essaie de mettre le moins possible de moi-même dans ces œuvres, le moins de décisions subjectives. Mon message, c'est de dire qu'il n'y a pas de message. Je suis, plus que la moyenne, indifférent. J'aime cette citation d'Emile Cioran : « Si un être humain perd la possibilité de l'indifférence, il devient un criminel potentiel. »

Il n'y a pas dans mon œuvre de vérité intouchable. Mais on peut y mettre ce qu'on veut. Marcel Duchamp, ce salaud qui a dit tant de choses avant moi, a clamé que c'était le « regardeur » qui faisait l'oeuvre.


Expositions récentes

 

4 répartitions aléatoires de 2 carrés suivant les chiffres : 31-41-59-26-53-58-97-93 (1958)

4 répartitions aléatoires de 2 carrés suivant les chiffres : 31-41-59-26-53-58-97-93 (1958)

Reflets dans l’eau déformés par le spectateur, 1964

Reflets dans l’eau déformés par le spectateur, 1964

L'Esprit d'escalier, escalier Lefuel (aile Richelieu) Vitrail, œuvre pérenne, musée du Louvre (2010)

L'Esprit d'escalier, escalier Lefuel (aile Richelieu) Vitrail, œuvre pérenne, musée du Louvre (2010)

Lunatic weeping and neonly n° 3 (2010)

Lunatic weeping and neonly n° 3 (2010)

Voir les commentaires

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain

Repost 0