Publié le 9 Mars 2011

Les suites de Gutai

Créé en 1955, Gutaï est l’un des plus important mouvement fondateur de l’art contemporain mondial.
Peu connu, révélé en France et en Europe par Michel Tapié, son influence sur l'art nord-américain et européen reste sous-estimée. Le terme vient de Gu : instrument, Taï : outil, son adverbe Gutaïteki : concret, incarnation.
Jiro Yoshida, Kazuo Shiraga, Sadamasa Motonaga et Akira Kanayama utilisent le geste, rappel de la spontanéité de l'écriture. Yoshihara utilise des calligraphies réduites à un seul trait.
Shiraga s'élance dans le vide, tenu par une corde, projette de la peinture et se sert de ses pieds comme pinceau.
Kanayama invente un jouet téléguidé qui, rempli de couleur, trace un réseau de lignes.
Shimamoto lacère le tableau, et utilise un canon qui projette de la couleur.
Yoshida Toshio utilise le feu pour marquer la surface picturale.
Tanaka Atsuko développe le sens de l'ouïe (installation de sonnettes), de la vue (ampoules qui clignotent) et du toucher (costume orné d'ampoules).
Murakami place à l'entrée d'une exposition des écrans de papier qui seront déchirés, dès le vernissage, par le passage du premier visiteur... Toutes ces pratiques montrent la diversité des modes de création.

Dans les années 60, le mouvement continue mais se disperse en 1972, à la mort de Yoshihara. Une minorité seulement des membres de Gutaï continue une activité artistique.

En 1960, le comportement informel et destructeur de Gutai fut repris par de jeunes artistes de Tôkyô. Comme aux États-Unis ou en Europe, ceux-ci se rebellèrent aussi contre l’hégémonie de l’art abstrait. Les journalistes appelèrent cette tendance « hangeijutsu » (« anti-art »).

Neo-Dada Organizers

Les contestataires "anti-art' se nommérent les Neo-Dada Organizers. Ils travaillaient un art du rebut, un art de happening et d’anarchie.

Les Neo-Dada Organizers se réunissaient dans l’atelier Masunobu Yoshimura, connu sous le nom de « White House ». Là, ils rédigeaient des tracts, allaient manifester dans la rue et travaillaient en vue des Indépendants Yomiuri.

Deux manifestes furent publiés. Le second, en juillet 1960, évoquait : « Pourri dans la déchéance d’un esthétisme à tout crin, l’art contemporain n’a cessé de s’enivrer de ce nectar, ce qui est devenu possible grâce à la solidarité et le compromis avec la société. Dans ces miasmes putrides d’eau stagnante, nos démonstrations constituent la brèche ouverte dans cette réalité »

Ushio Shinohara en fut le chef de file. Affublé d’une coupe à l’iroquoise, il interpellait les media pour présenter des « actions ». Les journaux offraient de nouvelles possibilités de communication et le groupe remettait en question la société, par un état de désenchantement.

Ils refusaient une culture fondée sur le consensus social et il voulaient atteindre plus intensément le réel. Le traumatisme de la bombe était encore dans les esprits, avec la signature du traité de Sécurité nippo-américain, au mois de juin 1960. Ce traité bouleversa l’idée d’une avant-garde associant art et politique. Shûsaku Arakawa lança ainsi une brique sur la police lors d’une manifestation et le rassemblement tourna à l’émeute.

Le groupe néo-dada défila dans les rues en criant : « anpo hantai » (« à bas le traité de sécurité ! »), les corps couverts de tracts. Et les activités artistiques évoluaient alors selon le questionnement de Yasanuo Tone : « L’art peut-il être pensée ? » Pour ces artistes, il fallait donc dépasser le cadre de l’expression plastique et, pour la première fois, créer un « champ culturel total ».

Principaux artistes:

 


Installation tirée du Boxing Art de Ushio Shinohara

High Red Center

En 1963, quelques artistes, influencé par les deux mouvements précédents et par le Fluxus occidental fondent le High Red Center, mouvement indépendant, qui use de la provocation politique et innove dans la pratique de la Performance.

Le High Red Center fait son apparition en 1963 et comprend au départ les trois artistes Jirô Takamatsu, Genpei Akasegawa et Natsuyuki Nakanishi. Il sont rejoints un peu plus tard par Tatsu Izumi.
Le nom du groupe est la traduction anglaise du premier caractère de leur nom de famille : Taka = « high, (haut) » ; Aka = red (rouge) » ; Naka = center (centre).
Genpei Akagesawa participe en parallèle aux activités de Fluxus.

Le point d’exclamation ! est la signature de High Red Center, point que l’on retrouve sur les drapeaux, les tracts et les boîtes de conserve Comme les Neo-Dada Organizers, ces artistes participaient aux Indépendants Yomiuri, patronnés par le journal du même nom. À la fin des années quarante se tenaient des expositions sans jury au Musée de la ville de Tôkyô et celles-ci étaient devenues des lieux ouverts à toutes les formes d’art, des formes les plus artisanales jusqu’aux tendances les plus contemporaines.

On voit, par exemple, à la 14e exposition des Indépendants, en 1962, des œuvres sonores ou des œuvres faisant appel à la participation du public. Jirô Takamatsu fait mettre des gants aux spectateurs, pour faire tirer une corde se trouvant dans une boîte. Natsuyuki Nakanishi accroche des pinces à linge à sa chemise, aux toiles, et demande la participation du public, pour que l’œuvre s’étende à tout le lieu d’exposition (Sentakubasami wa kakuhankôdô o shuchôsuru, « Les pinces à linge se livrent à des mouvements de brassage », 1963).

Genpei Akagesawa expose un billet de 1 000 yen agrandi. Pour son exposition de collages intitulée Aimai no umi ni tsuite (« À propos de l’ambiguïté de la mer »), il envoie dans des enveloppes, que la poste met à disposition pour placer de l’argent liquide, des invitations sous la forme factice de billet de 1 000 yen.

Ce radicalisme, encore jamais, atteint dans la parole répond au mouvement des étudiants de la fin des années soixante et ouvre une brèche qui mit en doute la stabilité sociale, à travers ce qu’elle possédait de plus sacré : l’argent. Cet incident eut donc des effets considérables, au-delà même de la sphère artistique.

Le High Red Center fut un groupe plus organisé que le Neo-Dada Organizers, exprimant leurs idées avec ironie, non dépourvues de subtilité et accompagnées d’une tendance anti-sociale. En même temps, c’est l’espace du musée qui est désacralisé. On assiste à l’émergence des actions de rue et les pulsions destructrices des artistes se propageaient aux autres domaines de création : au cinéma (VAN eiga kagaku kenkyûjo), à la musique (Ongaku) et à la danse (Butô et Ankoku Butô).

Principaux artistes:


Jirô Takamatsu Shadow Painting, 1964

Mono Ha

Enfin, actif de 1968 à 1972, le Mono-Ha, utilise l’objet naturel, non fabriqué donc non imitable, sans faire intervenir la fonction représentative selon les signes de l’homme. Mono-Ha insiste sur la relation au monde et à l’environnement. Les artistes qui y furent associés avaient des préoccupations moins formelles que métaphysiques ; ils insistaient volontiers sur le caractère expérimental de leur travail et allaient jusqu’à remettre en cause le bien-fondé de l’acte de création lui-même.

L’origine du mot est Mono : chose ou objet ; Ha : école ou groupe. Les artistes du groupe lors de leur première exposition en avril 1969 proposent de réapprendre " à voir le monde tel qu’il est, sans en faire l’objet d’un acte de représentation qui l’oppose à l’homme ". Mono Ha utilise l’objet naturel (non fabriqué donc non imitable) sans faire intervenir la fonction représentative selon les signes de l’homme.

La réalité de la chose correspond à celle de la situation, il ne faut pas qu’elles soient dissociées. Mono Ha insiste sur la relation au monde et à l’environnement. L'influence du Mono-ha sur l'art contemporain japonais est presque aussi importante que celle de son prestigieux prédécesseur, Gutaï. Comme d’autres groupes qui lui furent contemporains en Europe et en Amérique, le Mono-ha tente de remettre à plat les données mêmes de l’art et de sa pratique. Les artistes qui y furent associés avaient des préoccupations moins formelles que métaphysiques ; ils insistaient volontiers sur le caractère expérimental de leur travail et allaient jusqu’à remettre en cause le bien-fondé de l’acte de création lui-même.

Si leurs ambitions furent partiellement réalisées, et si certains renouèrent avec des pratiques plus traditionnelles, ils n’en ont pas moins continué à exercer une influence profonde sur les générations ultérieures. Il est difficile à un esprit occidental de comprendre le rapport que les Orientaux entretiennent aux choses : la tentation d’élaborer des parallèles avec des pratiques occidentales qui présentent des similitudes est dès lors irrésistible. Avec toutes les précautions d’usage, on reconnaîtra en effet des liens plus ou moins évidents entre le Mono-ha et l’Art pauvre ou l’Anti Form, qui bouleversèrent, sur des bases différentes, certains canons artistiques.

Principaux artistes:


Mère-Terre, 1968, de Nobuo Sekine

Voir les commentaires

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain

Repost 0