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Publié le 4 Mars 2008


tous des assassins
J’ai revu avec plaisir (merci la TNT) le film d’André Cayatte ” Nous sommes tous des assassins”, sorti en France en 1952 et qui reste un modèle de plaidoyer contre la peine de mort.
On y voit le jeune Mouloudji et Raymond Pellegrin et une foule d’autres bons acteurs.

Voir une fiche détaillée sur ce film

Le titre signifiait qu’à l’époque, la peine de mort, appliquée “au nom du peuple Français", rendait tous les citoyens complices de ce meurtre légal.
Heureusement grâce au courage de François Mitterand et de Robert Badinter en 1981, la peine de mort n’est plus qu’un mauvais souvenir en France et désormais en Union Européenne.

Mais n’oublions pas que de nombreux pays sont toujours des partisans acharnés de cette sanction barbare et inefficace. Au premier rang de ceux-ci, les États -Unis de Georges Bush et la Chine qui va accueillir les Jeux Olympiques de 2008, dans la joie et la bonne humeur !!

Pour en savoir plus le site d’Amnesty International France

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 29 Février 2008

Algérie, histoires à ne pas dire film franco-algérien de Jean-Pierre Lledo , sorti en 2007 (2008 en France)

 

En retournant vers leurs origines, d'est en ouest, de Skikda à Oran, du début à la fin de la guerre d'indépendance, ils reconstituent un portrait inédit de l'Absent. Méfiance, peur et malheur, les relations intercommunautaires n'ont-elles pas été aussi attraction, respect, reconnaissance et souvenirs heureux ? Malgré les discriminations et les dégâts du colonialisme, un nouveau corps fait d'emprunts mutuels n'avait-il pas commencé à se constituer, à l'insu même de ses différentes composantes ? La douleur fantôme de l'amputation, chez ceux qui étaient partis comme chez ceux qui étaient restés, n'en révélait-elle pas la réalité ? Une Algérie multiethnique, libre et fraternelle n'était-elle pas possible ? Entre haines et fraternités, avec nos personnages nous refaisons le cheminement universel de la tragédie, lorsqu'aux protagonistes, le dénouement semble s'imposer.

En compagnie d'Algériens épris de vérité, à la fois témoins et enquêteurs, Jean-Pierre Lledo réveille en quatre chapitres le souvenir d'une fraternité ensevelie sous la haine. Ainsi, Katiba, animatrice d'une émission de radio, raconte le Bab el-Oued de son enfance, où pieds-noirs et « musulmans » marchaient sur le même trottoir. L'agronome Aziz, dont la famille a été en partie massacrée par l'armée française, évoque avec émotion le colon qui l'a sauvé. Mieux encore que leurs souvenirs, leur langue témoigne d'une mixité aujourd'hui disparue : étonnant babélisme qui brasse des sonorités françaises, espagnoles, arabes.

Sans jamais occulter le contexte de l'occupation, Jean-Pierre Lledo ose briser les tabous. Devant sa caméra, une ex-combattante justifie les attentats contre les civils au nom de la libération nationale. Un ancien fellaga raconte en détail la tuerie aveugle des colons de Philippeville, le 20 août 1955. Un Oranais soupire au souvenir du massacre des Espagnols, le 5 juillet 1962 : « C'était eux ou nous. »

Jean-Pierre Lledo déclare:

Ce film se situe vraiment dans le prolongement des précédents. Je poursuis mes interrogations sur l’identité algérienne dans le cadre de l’échec d’une Algérie qui n’a pas su rester multiculturelle ou multiethnique après avoir conquis son indépendance. Des populations entières sont parties, mais la mémoire de la cohabitation de la période coloniale demeure chez ceux qui l’ont vécue. J’en ai pris conscience à l’occasion d’une projection de l’un de mes films en France en 1996. Je m’étais présenté comme un cinéaste algérien en exil. Une spectatrice s’est alors levée et a déclaré avec beaucoup d’émotion : « Je suis en exil depuis 1962. »

J’ai réalisé qu’il s’agissait d’un déchirement, d’une amputation et que ce sentiment existait probablement chez les Arabo-Musulmans en Algérie. Je le pressentais mais restais à le vérifier. Je me suis donc immergé dans mon pays. Je demandais aux gens ce qui restait de cette mémoire chaque fois que je présentais mon film, Un rêve algérien, construit autour du combat anticolonial mené par Henri Alleg, militant communiste. Je me demandais si juifs et pieds-noirs avaient disparu de cette mémoire, qui est très culpabilisée comme tout ce qui relève de la période de la colonisation et demeure très conflictuel, recouvert d’une occultation officielle.

Distribution
  • Aziz Mouats : Habitant de Skikda
  • Katiba Hocine : Habitante d'Alger
  • Hamid Bouhrour : Habitant de Constantine
  • Kheïreddine Lardjam : Habitant d'Oran

Fiche technique

  • Titre : Algérie, histoires à ne pas dire
  • Titre provisoire : Ne restent dans l’oued que ses galets
  • Réalisation : Jean-Pierre Lledo
  • Scénario : Jean-Pierre Lledo
  • Production/Distribution : Colifilms Diffusion (France)
  • Durée : 155 minutes (2h 35mn)
  • Dates de sortie : 10 septembre 2007 (Toronto Film Festival) ; 27 février 2008 (France)
Sorce (GDFL) Le Wiki d'Ann

Voir aussi: films sur la guerre d'Algérie

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 8 Février 2008

Lust, Caution (titre original : 色 戒 , sè·jiè) ; film sino-américain réalisé par Ang Lee, sorti en 2007

L'action commence à Shanghai, en 1942, lors d'un prologue un peu énigmatique que suit et explicite un long flash-back : à Hong-Kong, en 1938 un groupe d'étudiants chinois a fui la partie de la Chine occupée par les Japonais pour continuer leurs études dans ce territoire sous administration britannique. La jolie Wong Chia Chi les rejoint pour être l'héroïne d'une pièce de propagande, montée à l'université. Le spectacle est un succès du spectacle et conforte la fièvre patriotique du petit groupe. Une relation, qui reste platonique, se noue entre Wong et Kuang Yumin.

IElle se fait passer pour Mme Mak, la femme d'un businessman local très occupé et s'immisce dans l'entourage de sa proie. Ce qui se trame là tient de l'espionnage amateur, ou bien du théâtre, ou bien encore, toute l'ambiguïté commence là, de la dérive consentie d'une jeune femme qui se prend à un jeu, une curieuse dépossession d'identité, et s'y complaît. Et puisqu'il faut séduire M. Yee, elle change de visage, tour à tour enfantine, courtisane, femme fatale dans un savant mélange d'innocence et de sensualité dangereuse. C'est un triple jeu de miroir d'un actrice débutante (Tang Wei) qui joue l'actrice débutante qui joue elle-même la conspiratrice.

La troupe s’installe dans une vaste demeure prêtée par un cousin lointain et Wong commence à jouer au mah-jong avec madame Yee, dans des salons aux lumières tamisées, pendant que l’incertitude et la violence règnent au dehors. Mais alors que l'insaisissable M. Yee commence à remarquer Mme Mak et imaginer une relation adultère, le couple Yee est brusquement rappelé à Shanghai et le complot échoue. Bien pire, le groupe d'étudiants est surpris par le cousin qui veut les dénoncer. Ils sont obligés de l'assassiner, faisant ainsi l'apprentissage de la violence, et mettant fin à leur collaboration pour un certain temps.

À Shanghai, quatre ans plus tard. Wong s'est isolée chez sa tante. Une occasion de poursuivre leur plan se présente et Kuang reprend contact avec elle. Ils sont recrutés par les services secrets du Guomindang. Afin d'entrer dans l'intimité de sa cible, Wong chia Chi reprend contact avec l'épouse oisive de Yee et parvient à prendre le mari dans ses rets. Ce dernier, courtois et raffiné en privé, tortionnaire dans son travail, défoule sur elle ses pulsions dominatrices. Au début méfiant, il se laisse pourtant amadouer par la douceur et le calme de la jeune femme.

La victime consentante se retrouve elle aussi envoûtée par son bourreau. Pour ne pas être démasquée, elle s'est pleinement investie dans son rôle, au point de ne plus distinguer sa vraie personnalité du simulacre. Quand elle rend compte à ses supérieurs, c'est d'une voix sans timbre, qui masque la passion qu'elle manifeste lors des ébats sauvages avec son amant. Lorsqu'il devient évident que Yee est sincèrement épris d'elle, elle va devoir choisir entre deux loyautés, son pays ou l'homme qui s'est métamorphosé à son contact.


Ang Lee joue sur deux tableaux. Soignant d'un côté sa reconstitution du Shanghaï de la première moitié du XXe siècle, semant de l'autre des références à Alfred Hitchcock, une affiche et des extraits de Soupçons (1941, avec Cary Grant et Joan Fontaine) et une démonstration de la difficulté à supprimer un homme . Sa mise en scène s'attarde sur les subterfuges par lesquels Mme Mak trompe ses hôtes comme le maniement du téléphone, la dextérité à manœuvrer les pièces du mah-jong, l'ajustement d'une boucle de cheveux.

Mais Ang Lee démontre ainsi les pièges du travestissement des sentiments et de l'identité, du double jeu et de l'échange des contraintes : Dans une scène clè, elle lui avoue ne pas savoir faire semblant, tandis qu'il confesse être "la putain" (des occupants). De la part d'un réalisateur qui se définit comme un "faux Chinois à Taïwan qui vit en étranger aux Etats-Unis", Lust, Caution est un film sur le déni de soi.

Les scènes de lit sont assez crues et parfaitement réalisées; isolant un porte-jarretelles, une ceinture de cuir, des poils d'aisselle, elles sont peintes avec un mélange de tension érotique et de brutalité, chorégraphie de corps à la fois dominants et soumis, dans un échange sado-maso. Elle est malmenée, ligotée, dans la délicieuse confusion du "je t'aime, je te tue", et lui d'abord surpris puis épris, ayant l'air de souffrir mille morts en jouissant, mais finissant par baisser sa garde au point de manquer tomber dans le piège. C'est à travers ces scènes explicites qu'Ang Lee décrit le plus finement l'évolution de ses personnages. Ces étreintes ne sont ni tendres ni amoureuses : elles tiennent davantage d'une révélation progressive, parfois enragée, de la vérité intime des personnages; ce sont les seuls instants où la jeune résistante et le flic tortionnaire semblent cesser de jouer et révéler l'évolution de leur relation.

Le film a été interdit aux moins de 17 ans aux USA , aux moins de 12 ans en France. En Chine il a été partiellement coupé de 7 mn, mais autant pour ces raisons érotiques que pour dénoncer les écarts avec l'histoire officielle.
En effet la vision historique du roman et du film renvoient à des épisodes ambigus de la guerre sino-japonaise et a essuyé des critiques de tout bord. Les Japonais sont présentés comme des occupants rustres et sanguinaires; Pékin n'a pas apprécié que la résistance aux Japonais soit incarnée par le Guomintang et Taïwan n'a pas aimé que l'on rappelle que les collaborateurs étaient aussi issus d'une fraction de ce même Guomintang.

Présenté à la 64ème Mostra de Venise en 2007, “Lust, Caution” y a décroché le Lion d'Or, une récompense qu'Ang Lee avait déjà remportée en 2005, avec “Le Secret de Brokeback Mountain”. Cette fois, le jury était présidé par Zhang Yimou. Ang Lee qui a dédié son trophée à Ingmar Bergman, disparu quelques semaines plus tôt ["j'ai eu la chance de le]rencontrer pendant la post-production du film", a-t-il précisé), rejoint le cercle très fermé des cinéastes ayant reçu deux Lions d'Or dans leur carrière.

Déclarations d'Ang Lee

Dans la plupart des films de guerre, on ne voit pas vraiment la guerre elle-même. Ce qui compte dans le film, c’est cette atmosphère oppressante qui déchire les gens. La véritable guerre se déroule entre les Chinois, entre les hommes et les femmes. Elle a lieu au lit et sur la table de mah-jong. Les Japonais eux-mêmes sont en quelque sorte des losers, personne ne remporte de victoire en définitive. L’occupant se retrouve dans la position de l’occupé. En apparence, l’homme occupe la femme, mais au final c’est elle qui fait de lui l’occupé, le loser.

Je craignais que les Chinois n’acceptent pas un thème aussi clairement anti-patriotique, que le fait d’examiner ce moment de notre histoire soit trop douloureux, que certains nient tout en bloc voire se montrent hostiles à l’égard du film. Or la grande majorité du public l’a accueilli à bras ouvert et a vibré avec lui. Il est devenu une sorte de catharsis pour la plupart d’entre nous. Évidemment, à Hong Kong et à Taiwan, les spectateurs ont pu voir la version intégrale, tandis qu’en Chine seule une version écourtée était projetée. Les deux ont marché.

Je crois que la version chinoise est perçue comme plus romantique, car le public n’a pas conscience du côté “sale” de la chose. Elle est moins intense. A Taiwan et Hong Kong, il s’agit donc d’une expérience très différente. Et il y aussi des Chinois qui se rendent à Hong Kong en avion pour voir le film dans sa version d’origine ! C’est le “Lust, Caution Tour”. Ce qui se passe autour de ce film s’apparente à un phénomène culturel, si l’on omet les scores au box-office.

Eileen Chang, l'auteur du roman adapté

“Lust, Caution” est l'adaptation d'une nouvelle d'Eileen Chang ( Zhang Ailing, Shanghai 1920-Los-Angeles 1995), un des plus grands noms de la littérature chinoise du XXe siècle.
Son œuvre a déjà inspiré une quinzaine de longs métrages dont : “Love in a Fallen City” (1984) et “Eighteen Springs” (1997) d'Ann Hui ou encore “Red Rose, White Rose” de Stanley Kwan (1994), dans lequel on retrouve déjà Joan Chen au générique.
Elle a également participé à l'adaptation du film“ Les Fleurs de Shanghai (Hai shang hua)” de Hou Hsiao Hsien (1998)

Vidéos

Distribution

  • Tony Leung: M. Yee
  • Lee-Hom Wang : Kuang Yumin, l'étudiant
  • Tang Wei : Wong chia Chi / Mme Mak
  • Chu Chih-Ying : Lai Xiuqing
  • Tony Wang : Wang Lingguang
  • Joan Chen : Mme Yee
  • Anupam Kher : Khallid Shayudin, le bijoutier indien
  • Shyam Pathak : vendeur de la bijouterie
  • Xu Xin : l'infirmière An

 


Fiche technique

  • Titre :Lust, Caution
  • Titre Canada francophone : Désir, danger
  • Titre original : 色 戒 , sè·jiè
  • Réalisation : Ang Lee
  • Scénario : James Schamus & Hui-Ling Wang d'après le court roman de Eileen Chang
  • Production : Focus Features ( USA / Chine / Taiwan / Hong Kong )
  • Musique originale : Alexandre Desplat
  • Langues : Mandarin / Japonais / Shanghaien / Anglais / Hindi
  • Image : Rodrigo Prieto
  • Montage : Tim Squyres
  • Durée : 156 min
  • Dates de sortie 28 septembre 2007 (USA); 16 janvier 2008 (France)
  • Lion d'Or à la Mostra de Venise 2007

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 27 Janvier 2008

Ce soir sur France 2 à  23 h 25 Solaris,  un film étrange réalisé par Steven Soderbergh, sorti en 2002

Steven Soderbergh alterne les films « grand public » (Erin Brockovitch ou Hors d’atteinte) et les films dits de recherche (Full frontal). Solaris se situe entre les deux, mais affiche une belle ambition dans la mesure où il se confronte au film homonyme de Tarkovski (1972) Solyaris célébré par certains comme un chef-d’œuvre de la science-fiction.

Dans un futur sans référence temporelle bien précise, le Dr Chris Kelvin (George Clooney), dont la femme s’est suicidée, est appelé au secours par son ami Gibarian qui se trouve dans la station spatiale Prométhée en orbite autour de la planète Solaris : des phénomènes étranges s’y déroulent.

Solaris est adapté d’un roman homonyme de science-fiction du Polonais Stanislaw Lem très célèbre dans l’Europe de l’Est. Il avait déjà fait l’objet d’un premier film réalisé par Andreï Tarkovski en 1972 sous le même titre « Solaris » qui inspira, en partie, Cameron lorsqu’il conçut Abyss.

Il s’agit d’un film de science-fiction plus proche de 2001, odyssée de l’espace que de Alien. Et il est d’ailleurs vraisemblable que certains, rebutés par sa lenteur, son univers réduit à quelques personnages et son récit à la fois simple et complexe, n’adhèreront pas au film, ce qui serait regrettable tant le projet est ambitieux et réussi. En revanche, d’autres seront sensibles, voire fascinés par un film envoûtant grâce à son scénario en forme d’énigme, à sa réalisation allusive et poétique, à ses images féeriques et à sa musique lancinante.

Le film – mais il faut attendre la fin pour le découvrir – est construit comme une boucle qui se referme évoquant ainsi le thème de l’éternel retour, de sorte que, sans déflorer les détails de l’histoire, on pourrait penser que le préambule du film en est aussi l’épilogue, et inversement. Toutefois, loin de tout schématisme narratif, la réalisation de Soderbergh s’appuie surtout sur une démarche poétique qui multiplie les signes et les résonances comme autant d’échos. C’est ainsi que le sang de la coupure au doigt que se fait le Dr Chris dans le préambule renvoie, d’une part, aux traces de sang qu’il découvre dans la station Prométhée et, d’autre part, à la nouvelle coupure au doigt qu’il se fait à la fin et qui, à l’opposé, ne saigne pas. Cette reprise, à trois « moments » du film - évocation uniquement visuelle de la souffrance du Dr Chris - signifie que cette souffrance est la même que celle des habitants de la station mais qu’elle a disparu au dénouement. Elle révèle qu’une sorte d’ « harmonie » – mot qui permet de ne pas divulguer la fin – a été retrouvée dans la réconciliation avec lui-même par l’acceptation de ses souvenirs au-delà du déséquilibre né d’une souffrance avivée par l’absence de la femme aimée et le désir de la retrouver.

On l’aura compris, ce voyage dans l’espace – somptueusement évoqué en raccourci par l’arrimage, lent et silencieux, de la navette Athéna et de la station orbitale Prométhée aux formes esthétiquement réussies – peut se lire comme une métaphore d’un voyage initié, à la faveur de songes nocturnes, au plus profond des personnages, à la recherche du temps passé, du sens de leurs actes et de leur destinée. Le thème du miroir, du reflet et du double s’impose à travers les signes qui jalonnent le film : réalité et présent (sur la Terre) / rêve et passé (sur la station Prométhée), bonheur et malheur / vie et mort. « Nous ne cherchons pas d’autres mondes, nous cherchons des miroirs », dit une voix qui résonne dans la station Prométhée, formulant ainsi l’échec de toute quête de l’autre. Or, cette recherche est bien celle de l’amour au sens le plus romantique du mot – l’amour de Tristan et Iseult ou de Romeo et Juliette. Un amour qui lie indissolublement Chris Kelvin et Reha (Natasha McElhone) jusque dans la tombe, au-delà même de la mort. D’autre part, de même que Kevin n’a pu empêcher le suicide de sa femme, de même il ne peut arriver à temps pour porter secours à son ami Gibarian. Le pessimisme est entier : l’homme est seul dans l’univers et sa quête des autres est vouée à l’échec car le temps altère toute chose (cf. les plans, à deux reprises, de gouttes de pluie qui s’écoulent, métaphoriquement, sur la vitre de la vie), et se transforme fatalement en sentiment de culpabilité de survivre à l’être aimé. Quant à la résurgence du passé - représenté visuellement pat Rheya qui se demande pathétiquement si elle n’est qu’une image des souvenirs de Kelvin ou une femme bien réelle -, elle ne peut que torturer davantage et ne s’effacer que dans la mort. Une autre voix sentencieuse énonce qu « ’il n’y a pas de réponses, il n’y a que des choix ».

Cette interrogation sur le sens de l’existence n’est qu’allusive et impressionne le film en filigrane au travers de la beauté de sa photographie et de la savante utilisation des couleurs. Soderbergh définit trois univers dans son film par la seule magie des couleurs : les scènes qui se déroulent sur la Terre se caractérisent par des teintes de feuille morte volontairement assombries propres à traduire la vie morne et mélancolique de Kevin sans sa femme ; l’intérieur de la station Prométhée à la magnifique dominante gris bleu acier restitue fidèlement la froideur inhumaine du monde technique ; Solaris, enfin, apparaît sous l’aspect fascinant de formes fluctuantes et de couleurs changeantes de camaïeux de mauves, de roses et de verts.

Cette symphonie de couleurs est en correspondance naturelle avec une magnifique partition musicale qui, retrouvant la respiration de l’océan matriciel originel, coule par vagues successives de flux et de reflux, tantôt lointaines et douces, tantôt proches et puissantes, qui nous berce et nous accompagne sur le chemin du film jusqu’au moment où l’enfant d’âge tendre tend la main (reprenant, en l’inversant, le geste du Créateur de la fresque de la Chapelle Sixtine peinte par Michel-Ange) à l’adulte harassé qui s’y agrippe en une magnifique ellipse qui ferme une autre boucle du film . Elle est d’ailleurs une réminiscence de l’ellipse de « 2001, Odyssée de l’espace » (l’outil préhistorique lancé dans les airs se transformant en vaisseau spatial) ; mais, conforme au propos de Soderbergh, elle concerne le seul individu quand celle de Kubrick portait sur l’espèce humaine. Ce film-symphonie pictural et musical ajoute, par effet de contraste, aux séquences qui se déroulent dans la station Prométhée un flux de sons sourds qui emplit l’espace et installe le spectateur dans le malaise. Bref, que ce soit au plan des couleurs ou des sons, Soderbergh oppose la double et étrange incompréhension de l’être humain dans ses rapports avec lui-même et avec la technique.

Distribution

  • Dr Chris Kelvin : George Clooney
  • Rheya : Natascha McElhone
  • Gordon : Viola Davis
  • Snow : Jeremy Davies
  • Gibarian : Ulrich Tukur
  • Le jeune garçon : Shane Kelton
 

Fiche technique

  • Réalisation : Steven Soderbergh
  • Scénario : Steven Soderbergh, d’après le scénario de Stanislaw Lemm
  • Directeur de la photographie : Steven Soderbergh, alias Peter Andrews
  • Musique originale: Cliff Martinez
  • Production : Lightstorm Entertainment / 20th Century Fox / Section *Eight / USA Films
  • Distribution :UFD
  • Durée : 94 minutes
  • Date de sortie: 2002

 

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 17 Janvier 2008

It's a Free World... film britannique réalisé par Ken Loach, sorti en 2007.

Analyse

Angie travaille pour une agence britannique qui recrute de la main d'œuvre dans les pays de l'ancien Bloc de l'Est. De retour de l'un de ces voyages en Pologne, elle se retrouve licenciée. Elle décide aussitôt d'ouvrir sa propre agence avec sa colocataire Rose. Elles lancent leur entreprise clandestinement, utilisant comme point de rassemblement l'arrière-cour d'un pub et leur logement comme bureau. Elles se promettent d'obtenir une licence, de s'installer dans de vrais locaux et de régulariser totalement leur situation aussitôt que les affaires seront engagées.

Les recrutements s'effectuent sur la base de contrats temporaires de très courte durée. Les deux amies conçoivent cela au début comme un moyen d'aider des gens qui cherchent un travail. Petit à petit, les difficultés s'accumulent, comme des retards de paiement de leurs clients. L'entreprise s'égare dans des pratiques douteuses. L'appât du gain finit par être le plus fort et Angie, qui avait été licenciée et rêvait d'exploiter ses compétences pour gagner sa vie, assurer un bon niveau de vie à son jeune fils Jamie et aider des personnes en difficulté, ne cherche plus qu'à gagner de l'argent jusqu'à dénoncer au besoin des immigrés clandestins auxquels elle était d'abord venue en aide.

L'Anglais Ken Loach nous parle de ces esclaves modernes que des profiteurs vont chercher aux quatre coins du monde pour qu'ils effectuent, parfois au péril de leur vie, des travaux sous-payés que personne, sinon eux, n'accepterait de faire. La mode, actuellement, c'est l'Europe de l'Est : la main-d'œuvre la moins chère et la plus disciplinée, semble-t-il.

On sent bien la lucidité du cinéaste face à ce que menace de devenir son pays. Car Angie est la fille de l'ère Margaret Thatcher, une époque qui a encensé l'individualisme et la réussite, qui a prôné l'inflexibilité des plus forts et exigé toujours plus de flexibilité de la part des faibles. Morale insidieusement diffusée, depuis des années, par les pouvoirs, et qui n'est quasiment plus contredit par personne. A ce titre, l'un des personnages les plus intéressants, ici, est le jeune amant polonais d'Angie, qui, tout naturellement, sans regret ni remords, avec un cynisme assumé, l'aide à devenir ce qu'elle veut être.

A travers Angie et son entourage, il constate : comment l'oppressé se fait aussi oppresseur, comment le cynisme ambiant permet à chacun de rejeter sa responsabilité sur les autres et le système, comment se développent la peur et la violence. Il s’empare du sujet par le réalisme et la pudeur qui font tout le prix de son style. Et même s’il use du symbole et de l’édifiant, rendant sa démonstration un peu lourde, il a le mérite de s’y atteler. Avec pugnacité mais sans illusion.

Car le constat global du film est assez pessimiste. Loach ne nous donne pas vraiment de piste pour nous en sortir. Il n'y a pas de personnage réellement positif. Il ne faut pas compter sur l'État, absent et passif. Mais les syndicats aussi sont complètement hors-jeu et la seule manifestation ouvrière est individualiste, personnelle (enlèvement du fils) et les ouvriers ont pour seul revendication d'être payé. Aucune demande de statut. Rose n'admet pas la malhonnêteté et la délation, mais à condition de respecter les règles, ne conteste pas l'exploitation des plus pauvres.

La protection sociale n'est pas présentée par le cinéaste sous son meilleur jour, car l'ex-mari de Angie, avec ses indemnités de chômage nous est décrit comme restant à ne rien faire devant la télévision depuis des années. Le père même, qui peut passer pour représenter les idées du cinéaste, pense avant tout à son petit-fils et à la concurrence que représenteront ces immigrés surdiplomés. La seule solution esquissée par Ken Loach est représenté par Karol, qui repart en Pologne: la solution serait donc de faire évoluer les pays fournisseur de main d'œuvre pour tarir les sources

Distribution

  • Kierston Wareing : Angie
  • Juliet Ellis : Rose, sa colocataire, amie puis collaboratrice
  • Joe Siffleet : Jamie, le jeune fils d'Angie
  • Leslaw Zurek : Karol, le jeune travailleur polonais amant occasionnel d'Angie
  • Colin Coughlin : Geoff, le père d'Angie
  • Maggie Russell : Cathy
  • Raymond Mearns : Andy
  • Davoud Rastagou : Mahmoud (l'iranien)
  • Mahin Aminnia : La femme de Mahmoud
  • Frank Gilhooley : Derek
  • David Doyle : Tony

Fiche technique

  • Titre : It's a Free World...
  • Réalisation : Ken Loach
  • Scénario : Paul Laverty
  • Production : Ken Loach et Rebecca O'Brien
  • Musique originale : Rebecca O'Brien
  • Photographie : Nigel Willoughby
  • Montage : Jonathan Morris
  • Pays d'origine : Royaume-Uni
  • Durée : 96 minutes
  • Dates de sortie : 1er septembre 2007 (Mostra de Venise), 24 septembre 2007 (Royaume-Uni) ; 2 janvier 2008 (France)

Prix du Scénario à la Mostra de Venise 2007 pour Paul Laverty.

Source sur Ann's wiki

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 12 Janvier 2008

La Nuit du chasseur, film américain de Charles Laughton sorti en 1955

À partir d'une situation construite sur les dichotomies (le bien-le mal, les adultes-les enfants, le jour-la nuit, le studio-l'extérieur, etc.), Laughton a réalisé une oeuvre à part, complexe, inclassable, unique, empruntant aussi bien au western qu'au film noir ou au conte cauchemardesque pour enfant, dont le fantastique n'est jamais loin.

* Titre original : The Night of the Hunter
* Réalisation : Charles Laughton
* Scénario : James Agee et Charles Laughton (non crédité)
* Musique originale : Walter Schumann
* Photographie : Stanley Cortez
* Producteur : Paul Gregory
* Durée : 93 minutes
* Dates de sortie : 29 septembre 1955 (USA)
** 11 mai 1956 (France)



Le scénario du film est basé sur un roman du même titre de l'écrivain et scénariste américain Davis Grubb, publié en 1953. C'est l'unique film réalisé, aux États-Unis, par l'acteur britannique Charles Laughton, monstre sacré de l'écran. À partir d'une situation construite sur les dichotomies (le bien-le mal, les adultes-les enfants, le jour-la nuit, le studio-l'extérieur, etc.), Laughton a réalisé une --uvre à part, complexe, inclassable, unique, empruntant aussi bien au western qu'au film noir ou au conte cauchemardesque pour enfant, dont le fantastique n'est jamais loin.

Lors d'un court séjour en prison, le pasteur Harry Powell a comme compagnon de cellule Ben Harper, un homme désespéré qui, pour sauver sa famille, a commis un hold-up et assassiné deux hommes. Powell cherche à faire dire à Harper où se trouvent les 10 000 dollars dérobés, mais celui-ci ne cède pas. Le prêcheur fanatique se rend chez la veuve de Harper qui a été pendu. Willa Harper ne tarde pas à épouser l'homme d'église, ne voulant pas voir que ce dernier ne veut qu'une chose : faire avouer à ses enfants, John et Pearl, l'emplacement du magot.

L'échec commercial du film empêcha Laughton de réaliser d'autres films. Si ce film est un chef d'--uvre incontesté du cinéma, régulièrement classé dans les premiers films préférés des critiques, La Nuit du chasseur est avant tout un bijou à part.

Son noir et blanc scintillant, sa musique douce et terrifiante, ses interprètes au sommet de leur art en font une --uvre poétique et plus encore, lyrique. S'il est des films dont on dit qu'il se dégage "quelque chose", celui de Laughton ne nous laisse pas indemne. Facile, il utilise des enfants pour victime d'un ex-prisonnier !

Mais les enfants, et surtout le petit garçon, terriblement convaincant, sont autre chose que des victimes, ils ont une force de caractère comme on la leur connaît, la peur les rend d'autant plus dégourdis qu'ils ont l'habitude de l'être et l'attendrissement qu'ils provoquent est plus grand encore quand le diabolique Powell devient frénétiquement incontrôlable. La scène dans la maison, après la disparition de la mère, est d'une tension, d'une folie et d'une terreur indescriptibles. Mais quand les enfants s'endorment dans leur barque se laissant porter par la rivière, la grandeur du cinéaste et la beauté magique de ce conte explose radicalement aux yeux.

D'autant que la deuxième partie du film est remarquable, notamment par la confrontation entre Lillian Gish en bergère protectrice face au loup Robert Mitchum. L'affrontement entre Rachel Cooper et Harry Powell est aussi celui de deux spiritualités/religiosités toutes personnelles, opposition qui est symbolisée dans la scène où chacun interprète sa propre version de la chanson Leaning on the everlasting arm, dont le révérend Powell oublie des mots. Ce film ne se veut en aucun cas un récit réaliste. Il s'agit d'un conte, d'un rêve, ou plutôt d'un cauchemar dont le génie malfaisant emprunte les traits de Robert Mitchum, et dont la bonne fée n'est autre que la très grande Lilian Gish. Entre eux, deux enfants. Le conte est pour eux.

Ces deux-là forment un duo remarquable, jamais épais, mais d'une drôlerie satirique jamais méchante. Une petite démonstration effectuée à l'aide de ses mains tatouées, et Powell tient la ville entière. Ah ! le sermon des mains ! La droite est tatouée "love", la gauche "hate", et c'est une jubilatoire délectation que de voir l'imposteur commenter leur combat comme un match de boxe devant son public crédule. Le film est parsemé de ces trouvailles, des glapissements ou hurlements de Robert Mitchum aux personnages cocasses ou attachants tels que la vieille dame interprétée par Lilian Gish, l'une des Deux Orphelines de Griffith. Et l'on suit la cavale des enfants, avec en refrain le cantique chanté par l'inquiétant pasteur.

Star du muet, notamment dans les films de D. W. Griffith, Lillian Gish (1893-1993) trouve ici un de ses rôles parlants les plus marquants. Elle est époustouflante dans la peau de cette vieille nourrice de caractère ne vivant qu'entourée des enfants et adolescents qu'elle a recueillis. Le noir et blanc de Stanley Cortez (photographe, entre autre de "La Splendeur des Amberson" d'Orson Welles), ses contrastes lumière/ombre, ses compositions expressionnistes, ses hommages évidents au cinéma de Griffith, reste l'une des marques les plus notables du film. Le conte de fées semble prendre le pas sur les autres genres représentés dans ce film.

La poésie de ce film lui confère son caractère intemporel, et le rend magique. Le télescopage de cette poésie visuelle (en fait le regard des deux enfants sur l'histoire) avec la force tranquille, brutale et charnelle de Mitchum, est une autre clé pour comprendre cette impression de fascination et de malaise qui nous envahit pendant cette heure et demie de frissons. Car la peur préside à la vision de "La Nuit du Chasseur".

Distribution

* Robert Mitchum : le révérend Harry Powell
* Shelley Winters : Willa Harper
* Lillian Gish : Rachel Cooper
* Billy Chapin : John Harper
* Sally Jane Bruce : Pearl Harper
* James Gleason : Birdie Steptoe
* Peter Graves : Ben Harper

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 11 Janvier 2008

Huit et demi (Otto e mezzo) film italien réalisé par Federico Fellini, sorti en 1963.

Il fait chaud et lourd à Rome. La circulation est paralysée par un gigantesque embouteillage. À l'intérieur d'une des voitures immobilisées, un homme suffoque. Comment s'évader de cet étouffoir ? Par la pensée. L'homme s'élève dans les airs. Attaché à un filin comme un cerf-volant, il survole une plage. Un étrange cavalier maintient l'autre bout de la corde.

Un cinéaste dépressif fuit le monde du cinéma et se réfugie dans un univers peuplé de souvenirs et de fantasmes. Surgissent des images de son passé, son enfance et l'école religieuse de sa jeunesse, la Saraghina qui dansait sur la plage pour les écoliers, ses rêves fous de « harem », ses parents décédés. Dans la station thermale où il s'est isolé, son épouse Louisa, sa maîtresse Carla, ses amis, ses acteurs, ses collaborateurs et son producteur viennent le visiter, pour qu'enfin soit réalisé le film sur lequel il doit travailler.

Au terme d'un tumultueux examen de conscience, Guido apaisé, invite tous ses compagnons de route (réels ou rêvés) à participer à une joyeuse farandole au centre de laquelle un enfant tout de blanc vêtu joue du pipeau. Cet enfant, c'est lui.

La séquence d'ouverture, tour à tour réaliste et surréaliste, donne bien le ton du film. Son héros, Guido, est un metteur en scène de cinéma victime d'un malaise qui éclot en dépression nerveuse. D'où la nécessité de suivre une cure de repos dans un établissement thermal. Cette oisiveté forcée dont la vie mondaine n'est pas exclue, incité l'artiste "en disponibilité" à rêvasser.

Il accueille complaisamment des images issues d'un lointain passé, revoit la ferme de son enfance, toute chaude de sensations délicieuses, rencontre son père et sa mère aux abords de leurs propres tombes... En même temps, il doit faire front à la vie quotidienne: ses amis et collaborateurs lui rendent visite l'entretiennent du projet de film qu'il a dû interrompre.

Il est fatigué, agacé, persuadé de son impuissance à créer. Il flotte entre le réel et l'imaginaire. Tout lui est prétexte à s'évader dans l'univers du rêve. Il jongle ainsi avec l'espace et le temps, s'interroge sur l'échec de sa vie conjugale, se sent coincé entre femme et maîtresse. Par associations d'idées, il s'imagine au cœur d'un harem à sa dévotion. Il se revoit, tout enfant victime de la discipline rigoriste d'une institution religieuse. Il évoque ses premiers émois sensuels au spectacle d'une femme énorme, a demi sauvage...

Fellini montre qu'un metteur en scène est d'abord un homme que tout le monde embête du matin au soir en lui posant des questions auxquelles il ne sait pas, ne veut pas ou ne peut pas répondre. Sa tête est remplie de petites idées divergentes, d'impressions, de sensations, de désirs naissants et on exige de lui qu'il livre des certitudes, des noms précis, des chiffres exacts, des indications de lieux, de temps.

Le titre pour le moins atypique de ce film et s'explique par le fait que Fellini a jusqu'alors réalisé huit longs métrages et un court métrage (Boccace 70 en co-réalisation)

Parvenu «à la moitié du chemin de sa vie», Federico Fellini atteint avec Huit et demi le sommet de son art baroque, dans un film au décousu apparent, où le cinéma s'auto-analyse et s'auto-célèbre avec magnificence et dérision, grâce au jeu d'équilibriste de Marcello Mastroianni, véritable double du réalisateur.

Ce film est est l'archétype de la mise en abyme , du film dans le film qui se prolongera dans La Nuit américaine de François Truffaut. Pour que ce genre soit parfait, le film doit avoir comme protagoniste le cinéaste du film dans le film et faire de celui-ci le représentant, l'alter-ego, du cinéaste du film filmant et avoir comme sujet affiché ou caché l'art poétique du cinéaste, concept qui recouvre aussi bien une métaphysique théorique (Je fais des films parce que je crois que...) qu'une empirique pratique (Je fais des films en recourant à tel ou tel mode opératoire), ce qui est le cas de Huit et demi.

François Truffaut critique :

On peut admirer le metteur en scène dans le monde entier, le scepticisme de sa belle-sœur : « Allô ! Comment vas-tu, fumiste ? », lui soulève le cœur. Le seul moyen de se venger est d'intégrer, de force, la belle-sœur à ses rêveries erotiques, par exemple celle du harem où elle viendra rejoindre, entre autres, une belle inconnue que nous, spectateurs, avions entraperçue téléphonant dans le hall de l'hôtel mais dont nous aurions juré que Guido ne l'avait pas remarquée ! Tous les tourments qui pourraient saper l'énergie d'un metteur en scène avant le tournage sont ici soigneusement énumérés dans cette chronique minutieux.

Il y a les actrices qui veulent en savoir davantage, tout de suite, < pour vivre avec leur personnage », le décorateur : « Où veux-tu mettre la cheminée ? », le co-scénariste sentencieux, littéraire, et jamais dupe de rien, le producteur paternel enfin, d'une patience et d'une confiance telles qu'elles augmentent encore l'angoisse de Guido !

Les metteurs en scène qui ont été plus ou moins acteurs, les acteurs qui ont fréquenté le cirque, les cinéastes qui ont été scénaristes, ceux qui savent dessiner, ont généralement quelque chose « en plus ». Fellini a fait l'acteur, le scénariste, l'homme de cirque, le dessinateur. Son film est complet, simple, beau, honnête, comme celui que veut tourner Guido dans 8 1/2.

Distribution

  • Marcello Mastroianni : Guido Anselmi
  • Anouk Aimée : Louisa Anselmi
  • Sandra Milo : Carla
  • Claudia Cardinale : Claudia
  • Rossella Fark : Rossella
  • Barbara Steele : Gloria Morin
  • Mario Pisu ; Mezzabotta
  • Guido Alberti : Pace, le producteur
  • Madeleine LeBeau : Madeleine, l'actrice française
  • Jean Rougeul : Le scénariste
  • Eddra Gale : la Saraghina
  • Mario Gemini : Guido enfant
  • Mino Doro : l'agent de Claudia
  • Caterina Boratto : la femme mystérieuse
  • Annibale Ninchi : le père de Guido
  • Giuditta Risson : la mère de Guido
  • Tito Masini : le cardinal

Fiche technique

  • Titre : Huit et demi
  • Titre original : 8½ ou Otto e mezzo
  • Réalisation : Federico Fellini
  • Scénario : Federico Fellini, Tullio Pinelli, Ennio Flaiano et Brunello Rondi
  • Production : Angelo Rizzoli, Federico Fellini
  • Musique : Nino Rota
  • Photographie : Gianni Venanzo
  • Montage : Leo Cattozzo
  • Pays d'origine : Italie
  • Format : Noir et blanc - - Mono
  • Durée : 114 minutes (1 h 54)
  • Date de sortie : 17 février 1963 (première à Milan) ; 29 mai 1963 (France).

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 7 Janvier 2008

Si vous êtes accros du  genre, ne manquez pas les dernières séances de cet OVNI japonais au cinéma
Espace Saint-Michel
place Saint-Michel

Quand l'embryon part braconner est un film extrême, provocant et délirant. C'est surtout un film d'une surprenante beauté plastique. Il est représentatif du genre pinku eiga (littéralement cinéma rose).

Après un flirt poussé, Yuka accepte de monter dans l’appartement de Sadao (ce nom n'est bien sûr pas choisi au hasard). Sadao drogue Yuka à son insu, l’attache, la fouette, l’insulte et lui raconte la dispute qu’il a eue avec sa femme insoumise et aujourd’hui défunte. Lorsque Yuka se réveille, elle rentre dans une rage folle. Sadao tente d’abord de la raisonner, puis, incapable de résister à ses pulsions sadiques, il reprend ses sévices sur la jeune femme. Mais l’esclave va peu à peu se rebeller et se venger de son persécuteur.

Tourné entre les murs d'un petit appartement, ce huis clos retrace une aventure sexuelle d'un soir qui dégénère en un cauchemar sadien sans issue. L'argument du film repose sur l'apparence physique de la jeune femme, qui rappelle à l'homme celle de son ancienne épouse.

Sa présence dans ce lieu chargé des souvenirs de sa vie passée fait affleurer celui, traumatique et humiliant, de la fin de son mariage, et appelle irrépressiblement à la vengeance. Rapidement, la tendresse des jeux amoureux est parasitée par des accès de cruauté verbale, puis physique. Attachée, fouettée, séquestrée, la jeune femme est sommée de se comporter, au sens propre, comme une chienne, esclave absolue de son nouveau maître.

Wakamatsu à propos de son film
L'idée du film m'est venue un matin pluvieux de mai, vers cinq heures. J'ai ouvert la fenêtre — j'ouvre toujours mes fenêtres quand je me lève car je suis claustrophobe, j'ai regardé fixement cette pluie qui tombait drue et mon imagination a commencé à vagabonder. A l’évidence je ne pouvais pas tourner un film à l’extérieur car on était au début de la saison des pluies. Je me suis alors mis à réfléchir à la possibilité de faire un film dans mon appartement, et c’est là que j’ai eu l’idée d’enfermer une femme dans cet appartement qui est à la fois mon domicile et mon bureau. Vers huit heures, j'ai appelé Masao Adachi en lui disant que j'avais une idée formidable. On s'est vu vers midi et je lui ai tout raconté en détail autour de quelques bouteilles de saké et en grignotant du hatahata (poisson).embryon1.jpg

Fiche technique:

* Titre : Quand l’embryon part braconner
* Titre original : Taiji ga mitsuryosuru toki (胎児が密猟する時)
* Réalisation : Koji Wakamatsu
* Scénario :Masao Adachi
* Image : Hideo Itoh
* Format : noir et blanc, son mono
* Durée : 72 minutes
* Dates de sortie : 1966 (Japon)  7 octobre 2007 (France)
* Distributeur : Zootrope Films (2007) (France)

Wakamatsu à propos de l'érotisme au cinéma
« Je me suis aperçu assez vite que l'érotisme m'était nécessaire pour développer mon discours politique. Ce qui n'avait été d'abord qu'un passage obligé est donc devenu une nécessité. Je pense que c’est aussi la colère que j’avais ressentie lors de mon séjour en prison qui a été le moteur et l’inspiration de mon cinéma. Et c’est cette colère contestataire qui a poussé les étudiants qui combattaient dans les années 1960/70 contre l’AMPO (le traité de sécurité nippo-américain) à venir en masse voir mes films en salles. »

Plus de détail sur Ciné-Passion( sous licence Creative Commons)

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 6 Janvier 2008

Rainier III, né Rainier Grimaldi en 1923, est décédé le 6 avril 2005 à Monaco. Il fut le prince souverain de Monaco de 1949 à 2005. Sa seule épouse fut Grace Kelly , dont il a eu trois enfants, la princesse Caroline (née le 23 janvier 1957) , le prince Albert II (né le 14 mars 1958), actuel souverain et la princesse Stéphanie (née le 1er février 1965)

Quelques liens avec l'histoire du cinéma

Acte 1 :
Grace Kelly est née le 12 novembre 1929 à Philadelphie. Son éducation s'effectue dans un couvent en Pennsylvanie. Sa carrière commence par quelques rôles à la télévision, puis elle débuta au théâtre de Broadway dans une pièce intitulée : The Father au côté de Raymond Massey. 1954 est l'apogée pour Grace Kelly, elle remporte l'Oscar de la meilleure actrice pour Une fille de Province. Elle est alors retenue par Alfred Hitchcock pour être la vedette de son prochain film.la main au collet

Acte 2 :

Ce film se nomme La Main au collet en Version Originale To Catch a Thief. Hitchcock aurait pu le tourner à Hollywood, mais il impose un tournage en France , fin 1954, sur la côte d'Azur, pour profiter du temps clément et de la bonne cuisine française. Dans une des scènes clés de ce film, Frances, jouée par Grace Kelly, conduit à toute allure un roadster Sunbeam Mark Alpine sur la route étroite et en corniche reliant Roc-Angel à Monaco, dans le but d'impressionner "Le chat", interprèté par Cary Grant. Elle manque de peu de basculer dans le vide.

Acte 3: La vie mondaine et les réceptions sont nombreuses pendant le tournage. Albert III, Prince de Monaco, qui s'interesse aux actrices, fait la connaissance de Grace Kelly. Il est à la recherche d'une épouse. Il se marie le 18 avril 1956 à l'actrice américaine qui apprend le français et quitte définitivement le mètier d'actrice.

Acte 4: Le 13 septembre 1982, Grace Kelly, conduit à toute allure une Rover sur la route étroite et en corniche reliant Roc-Angel à Monaco; Mais elle n'a pas la chance de son personnage dans le film d'Hitchcock, la voiture rate un virage et fait une chute vertigineuse. Plongée dans un coma profond, la princesse décéde le lendemain 14 septembre. Stéphanie, passagère, est légèrement blessée.

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 5 Janvier 2008

tous des assassins J'ai revu avec plaisir (merci la TNT) le film d'André Cayatte " Nous sommes tous des assassins", sorti en France en 1952 et qui reste un modèle de plaidoyer contre la peine de mort.

On y voit le jeune Mouloudji et Raymond Pellegrin et une foule d'autres bons acteurs.

Voir une fiche détaillée sur ce film

Le titre signifiait qu'à l'époque, la peine de mort, appliquée "au nom du peuple Français", rendait tous les citoyens complices de ce meurtre légal.

Heureusement grâce au courage de François Mitterand et de Robert Badinter en 1981, la peine de mort n'est plus qu'un mauvais souvenir en France et désormais en Union Européenne.

Mais n'oublions pas que de nombreux pays sont toujours des partisans acharnés de cette sanction barbare et inefficace. Au premier rang de ceux-ci, les États -Unis de Georges Bush et la Chine qui va accueillir les Jeux Olympiques de 2008, dans la joie et la bonne humeur !!

Pour en savoir plus le site d'Amnesty International France

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Rédigé par nezumi dumousseau

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