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Publié le 17 Janvier 2008

It's a Free World... film britannique réalisé par Ken Loach, sorti en 2007.

Analyse

Angie travaille pour une agence britannique qui recrute de la main d'œuvre dans les pays de l'ancien Bloc de l'Est. De retour de l'un de ces voyages en Pologne, elle se retrouve licenciée. Elle décide aussitôt d'ouvrir sa propre agence avec sa colocataire Rose. Elles lancent leur entreprise clandestinement, utilisant comme point de rassemblement l'arrière-cour d'un pub et leur logement comme bureau. Elles se promettent d'obtenir une licence, de s'installer dans de vrais locaux et de régulariser totalement leur situation aussitôt que les affaires seront engagées.

Les recrutements s'effectuent sur la base de contrats temporaires de très courte durée. Les deux amies conçoivent cela au début comme un moyen d'aider des gens qui cherchent un travail. Petit à petit, les difficultés s'accumulent, comme des retards de paiement de leurs clients. L'entreprise s'égare dans des pratiques douteuses. L'appât du gain finit par être le plus fort et Angie, qui avait été licenciée et rêvait d'exploiter ses compétences pour gagner sa vie, assurer un bon niveau de vie à son jeune fils Jamie et aider des personnes en difficulté, ne cherche plus qu'à gagner de l'argent jusqu'à dénoncer au besoin des immigrés clandestins auxquels elle était d'abord venue en aide.

L'Anglais Ken Loach nous parle de ces esclaves modernes que des profiteurs vont chercher aux quatre coins du monde pour qu'ils effectuent, parfois au péril de leur vie, des travaux sous-payés que personne, sinon eux, n'accepterait de faire. La mode, actuellement, c'est l'Europe de l'Est : la main-d'œuvre la moins chère et la plus disciplinée, semble-t-il.

On sent bien la lucidité du cinéaste face à ce que menace de devenir son pays. Car Angie est la fille de l'ère Margaret Thatcher, une époque qui a encensé l'individualisme et la réussite, qui a prôné l'inflexibilité des plus forts et exigé toujours plus de flexibilité de la part des faibles. Morale insidieusement diffusée, depuis des années, par les pouvoirs, et qui n'est quasiment plus contredit par personne. A ce titre, l'un des personnages les plus intéressants, ici, est le jeune amant polonais d'Angie, qui, tout naturellement, sans regret ni remords, avec un cynisme assumé, l'aide à devenir ce qu'elle veut être.

A travers Angie et son entourage, il constate : comment l'oppressé se fait aussi oppresseur, comment le cynisme ambiant permet à chacun de rejeter sa responsabilité sur les autres et le système, comment se développent la peur et la violence. Il s’empare du sujet par le réalisme et la pudeur qui font tout le prix de son style. Et même s’il use du symbole et de l’édifiant, rendant sa démonstration un peu lourde, il a le mérite de s’y atteler. Avec pugnacité mais sans illusion.

Car le constat global du film est assez pessimiste. Loach ne nous donne pas vraiment de piste pour nous en sortir. Il n'y a pas de personnage réellement positif. Il ne faut pas compter sur l'État, absent et passif. Mais les syndicats aussi sont complètement hors-jeu et la seule manifestation ouvrière est individualiste, personnelle (enlèvement du fils) et les ouvriers ont pour seul revendication d'être payé. Aucune demande de statut. Rose n'admet pas la malhonnêteté et la délation, mais à condition de respecter les règles, ne conteste pas l'exploitation des plus pauvres.

La protection sociale n'est pas présentée par le cinéaste sous son meilleur jour, car l'ex-mari de Angie, avec ses indemnités de chômage nous est décrit comme restant à ne rien faire devant la télévision depuis des années. Le père même, qui peut passer pour représenter les idées du cinéaste, pense avant tout à son petit-fils et à la concurrence que représenteront ces immigrés surdiplomés. La seule solution esquissée par Ken Loach est représenté par Karol, qui repart en Pologne: la solution serait donc de faire évoluer les pays fournisseur de main d'œuvre pour tarir les sources

Distribution

  • Kierston Wareing : Angie
  • Juliet Ellis : Rose, sa colocataire, amie puis collaboratrice
  • Joe Siffleet : Jamie, le jeune fils d'Angie
  • Leslaw Zurek : Karol, le jeune travailleur polonais amant occasionnel d'Angie
  • Colin Coughlin : Geoff, le père d'Angie
  • Maggie Russell : Cathy
  • Raymond Mearns : Andy
  • Davoud Rastagou : Mahmoud (l'iranien)
  • Mahin Aminnia : La femme de Mahmoud
  • Frank Gilhooley : Derek
  • David Doyle : Tony

Fiche technique

  • Titre : It's a Free World...
  • Réalisation : Ken Loach
  • Scénario : Paul Laverty
  • Production : Ken Loach et Rebecca O'Brien
  • Musique originale : Rebecca O'Brien
  • Photographie : Nigel Willoughby
  • Montage : Jonathan Morris
  • Pays d'origine : Royaume-Uni
  • Durée : 96 minutes
  • Dates de sortie : 1er septembre 2007 (Mostra de Venise), 24 septembre 2007 (Royaume-Uni) ; 2 janvier 2008 (France)

Prix du Scénario à la Mostra de Venise 2007 pour Paul Laverty.

Source sur Ann's wiki

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 12 Janvier 2008

La Nuit du chasseur, film américain de Charles Laughton sorti en 1955

À partir d'une situation construite sur les dichotomies (le bien-le mal, les adultes-les enfants, le jour-la nuit, le studio-l'extérieur, etc.), Laughton a réalisé une oeuvre à part, complexe, inclassable, unique, empruntant aussi bien au western qu'au film noir ou au conte cauchemardesque pour enfant, dont le fantastique n'est jamais loin.

* Titre original : The Night of the Hunter
* Réalisation : Charles Laughton
* Scénario : James Agee et Charles Laughton (non crédité)
* Musique originale : Walter Schumann
* Photographie : Stanley Cortez
* Producteur : Paul Gregory
* Durée : 93 minutes
* Dates de sortie : 29 septembre 1955 (USA)
** 11 mai 1956 (France)



Le scénario du film est basé sur un roman du même titre de l'écrivain et scénariste américain Davis Grubb, publié en 1953. C'est l'unique film réalisé, aux États-Unis, par l'acteur britannique Charles Laughton, monstre sacré de l'écran. À partir d'une situation construite sur les dichotomies (le bien-le mal, les adultes-les enfants, le jour-la nuit, le studio-l'extérieur, etc.), Laughton a réalisé une --uvre à part, complexe, inclassable, unique, empruntant aussi bien au western qu'au film noir ou au conte cauchemardesque pour enfant, dont le fantastique n'est jamais loin.

Lors d'un court séjour en prison, le pasteur Harry Powell a comme compagnon de cellule Ben Harper, un homme désespéré qui, pour sauver sa famille, a commis un hold-up et assassiné deux hommes. Powell cherche à faire dire à Harper où se trouvent les 10 000 dollars dérobés, mais celui-ci ne cède pas. Le prêcheur fanatique se rend chez la veuve de Harper qui a été pendu. Willa Harper ne tarde pas à épouser l'homme d'église, ne voulant pas voir que ce dernier ne veut qu'une chose : faire avouer à ses enfants, John et Pearl, l'emplacement du magot.

L'échec commercial du film empêcha Laughton de réaliser d'autres films. Si ce film est un chef d'--uvre incontesté du cinéma, régulièrement classé dans les premiers films préférés des critiques, La Nuit du chasseur est avant tout un bijou à part.

Son noir et blanc scintillant, sa musique douce et terrifiante, ses interprètes au sommet de leur art en font une --uvre poétique et plus encore, lyrique. S'il est des films dont on dit qu'il se dégage "quelque chose", celui de Laughton ne nous laisse pas indemne. Facile, il utilise des enfants pour victime d'un ex-prisonnier !

Mais les enfants, et surtout le petit garçon, terriblement convaincant, sont autre chose que des victimes, ils ont une force de caractère comme on la leur connaît, la peur les rend d'autant plus dégourdis qu'ils ont l'habitude de l'être et l'attendrissement qu'ils provoquent est plus grand encore quand le diabolique Powell devient frénétiquement incontrôlable. La scène dans la maison, après la disparition de la mère, est d'une tension, d'une folie et d'une terreur indescriptibles. Mais quand les enfants s'endorment dans leur barque se laissant porter par la rivière, la grandeur du cinéaste et la beauté magique de ce conte explose radicalement aux yeux.

D'autant que la deuxième partie du film est remarquable, notamment par la confrontation entre Lillian Gish en bergère protectrice face au loup Robert Mitchum. L'affrontement entre Rachel Cooper et Harry Powell est aussi celui de deux spiritualités/religiosités toutes personnelles, opposition qui est symbolisée dans la scène où chacun interprète sa propre version de la chanson Leaning on the everlasting arm, dont le révérend Powell oublie des mots. Ce film ne se veut en aucun cas un récit réaliste. Il s'agit d'un conte, d'un rêve, ou plutôt d'un cauchemar dont le génie malfaisant emprunte les traits de Robert Mitchum, et dont la bonne fée n'est autre que la très grande Lilian Gish. Entre eux, deux enfants. Le conte est pour eux.

Ces deux-là forment un duo remarquable, jamais épais, mais d'une drôlerie satirique jamais méchante. Une petite démonstration effectuée à l'aide de ses mains tatouées, et Powell tient la ville entière. Ah ! le sermon des mains ! La droite est tatouée "love", la gauche "hate", et c'est une jubilatoire délectation que de voir l'imposteur commenter leur combat comme un match de boxe devant son public crédule. Le film est parsemé de ces trouvailles, des glapissements ou hurlements de Robert Mitchum aux personnages cocasses ou attachants tels que la vieille dame interprétée par Lilian Gish, l'une des Deux Orphelines de Griffith. Et l'on suit la cavale des enfants, avec en refrain le cantique chanté par l'inquiétant pasteur.

Star du muet, notamment dans les films de D. W. Griffith, Lillian Gish (1893-1993) trouve ici un de ses rôles parlants les plus marquants. Elle est époustouflante dans la peau de cette vieille nourrice de caractère ne vivant qu'entourée des enfants et adolescents qu'elle a recueillis. Le noir et blanc de Stanley Cortez (photographe, entre autre de "La Splendeur des Amberson" d'Orson Welles), ses contrastes lumière/ombre, ses compositions expressionnistes, ses hommages évidents au cinéma de Griffith, reste l'une des marques les plus notables du film. Le conte de fées semble prendre le pas sur les autres genres représentés dans ce film.

La poésie de ce film lui confère son caractère intemporel, et le rend magique. Le télescopage de cette poésie visuelle (en fait le regard des deux enfants sur l'histoire) avec la force tranquille, brutale et charnelle de Mitchum, est une autre clé pour comprendre cette impression de fascination et de malaise qui nous envahit pendant cette heure et demie de frissons. Car la peur préside à la vision de "La Nuit du Chasseur".

Distribution

* Robert Mitchum : le révérend Harry Powell
* Shelley Winters : Willa Harper
* Lillian Gish : Rachel Cooper
* Billy Chapin : John Harper
* Sally Jane Bruce : Pearl Harper
* James Gleason : Birdie Steptoe
* Peter Graves : Ben Harper

Plus d'info sur le Ciné-club de Chail

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 11 Janvier 2008

Huit et demi (Otto e mezzo) film italien réalisé par Federico Fellini, sorti en 1963.

Il fait chaud et lourd à Rome. La circulation est paralysée par un gigantesque embouteillage. À l'intérieur d'une des voitures immobilisées, un homme suffoque. Comment s'évader de cet étouffoir ? Par la pensée. L'homme s'élève dans les airs. Attaché à un filin comme un cerf-volant, il survole une plage. Un étrange cavalier maintient l'autre bout de la corde.

Un cinéaste dépressif fuit le monde du cinéma et se réfugie dans un univers peuplé de souvenirs et de fantasmes. Surgissent des images de son passé, son enfance et l'école religieuse de sa jeunesse, la Saraghina qui dansait sur la plage pour les écoliers, ses rêves fous de « harem », ses parents décédés. Dans la station thermale où il s'est isolé, son épouse Louisa, sa maîtresse Carla, ses amis, ses acteurs, ses collaborateurs et son producteur viennent le visiter, pour qu'enfin soit réalisé le film sur lequel il doit travailler.

Au terme d'un tumultueux examen de conscience, Guido apaisé, invite tous ses compagnons de route (réels ou rêvés) à participer à une joyeuse farandole au centre de laquelle un enfant tout de blanc vêtu joue du pipeau. Cet enfant, c'est lui.

La séquence d'ouverture, tour à tour réaliste et surréaliste, donne bien le ton du film. Son héros, Guido, est un metteur en scène de cinéma victime d'un malaise qui éclot en dépression nerveuse. D'où la nécessité de suivre une cure de repos dans un établissement thermal. Cette oisiveté forcée dont la vie mondaine n'est pas exclue, incité l'artiste "en disponibilité" à rêvasser.

Il accueille complaisamment des images issues d'un lointain passé, revoit la ferme de son enfance, toute chaude de sensations délicieuses, rencontre son père et sa mère aux abords de leurs propres tombes... En même temps, il doit faire front à la vie quotidienne: ses amis et collaborateurs lui rendent visite l'entretiennent du projet de film qu'il a dû interrompre.

Il est fatigué, agacé, persuadé de son impuissance à créer. Il flotte entre le réel et l'imaginaire. Tout lui est prétexte à s'évader dans l'univers du rêve. Il jongle ainsi avec l'espace et le temps, s'interroge sur l'échec de sa vie conjugale, se sent coincé entre femme et maîtresse. Par associations d'idées, il s'imagine au cœur d'un harem à sa dévotion. Il se revoit, tout enfant victime de la discipline rigoriste d'une institution religieuse. Il évoque ses premiers émois sensuels au spectacle d'une femme énorme, a demi sauvage...

Fellini montre qu'un metteur en scène est d'abord un homme que tout le monde embête du matin au soir en lui posant des questions auxquelles il ne sait pas, ne veut pas ou ne peut pas répondre. Sa tête est remplie de petites idées divergentes, d'impressions, de sensations, de désirs naissants et on exige de lui qu'il livre des certitudes, des noms précis, des chiffres exacts, des indications de lieux, de temps.

Le titre pour le moins atypique de ce film et s'explique par le fait que Fellini a jusqu'alors réalisé huit longs métrages et un court métrage (Boccace 70 en co-réalisation)

Parvenu «à la moitié du chemin de sa vie», Federico Fellini atteint avec Huit et demi le sommet de son art baroque, dans un film au décousu apparent, où le cinéma s'auto-analyse et s'auto-célèbre avec magnificence et dérision, grâce au jeu d'équilibriste de Marcello Mastroianni, véritable double du réalisateur.

Ce film est est l'archétype de la mise en abyme , du film dans le film qui se prolongera dans La Nuit américaine de François Truffaut. Pour que ce genre soit parfait, le film doit avoir comme protagoniste le cinéaste du film dans le film et faire de celui-ci le représentant, l'alter-ego, du cinéaste du film filmant et avoir comme sujet affiché ou caché l'art poétique du cinéaste, concept qui recouvre aussi bien une métaphysique théorique (Je fais des films parce que je crois que...) qu'une empirique pratique (Je fais des films en recourant à tel ou tel mode opératoire), ce qui est le cas de Huit et demi.

François Truffaut critique :

On peut admirer le metteur en scène dans le monde entier, le scepticisme de sa belle-sœur : « Allô ! Comment vas-tu, fumiste ? », lui soulève le cœur. Le seul moyen de se venger est d'intégrer, de force, la belle-sœur à ses rêveries erotiques, par exemple celle du harem où elle viendra rejoindre, entre autres, une belle inconnue que nous, spectateurs, avions entraperçue téléphonant dans le hall de l'hôtel mais dont nous aurions juré que Guido ne l'avait pas remarquée ! Tous les tourments qui pourraient saper l'énergie d'un metteur en scène avant le tournage sont ici soigneusement énumérés dans cette chronique minutieux.

Il y a les actrices qui veulent en savoir davantage, tout de suite, < pour vivre avec leur personnage », le décorateur : « Où veux-tu mettre la cheminée ? », le co-scénariste sentencieux, littéraire, et jamais dupe de rien, le producteur paternel enfin, d'une patience et d'une confiance telles qu'elles augmentent encore l'angoisse de Guido !

Les metteurs en scène qui ont été plus ou moins acteurs, les acteurs qui ont fréquenté le cirque, les cinéastes qui ont été scénaristes, ceux qui savent dessiner, ont généralement quelque chose « en plus ». Fellini a fait l'acteur, le scénariste, l'homme de cirque, le dessinateur. Son film est complet, simple, beau, honnête, comme celui que veut tourner Guido dans 8 1/2.

Distribution

  • Marcello Mastroianni : Guido Anselmi
  • Anouk Aimée : Louisa Anselmi
  • Sandra Milo : Carla
  • Claudia Cardinale : Claudia
  • Rossella Fark : Rossella
  • Barbara Steele : Gloria Morin
  • Mario Pisu ; Mezzabotta
  • Guido Alberti : Pace, le producteur
  • Madeleine LeBeau : Madeleine, l'actrice française
  • Jean Rougeul : Le scénariste
  • Eddra Gale : la Saraghina
  • Mario Gemini : Guido enfant
  • Mino Doro : l'agent de Claudia
  • Caterina Boratto : la femme mystérieuse
  • Annibale Ninchi : le père de Guido
  • Giuditta Risson : la mère de Guido
  • Tito Masini : le cardinal

Fiche technique

  • Titre : Huit et demi
  • Titre original : 8½ ou Otto e mezzo
  • Réalisation : Federico Fellini
  • Scénario : Federico Fellini, Tullio Pinelli, Ennio Flaiano et Brunello Rondi
  • Production : Angelo Rizzoli, Federico Fellini
  • Musique : Nino Rota
  • Photographie : Gianni Venanzo
  • Montage : Leo Cattozzo
  • Pays d'origine : Italie
  • Format : Noir et blanc - - Mono
  • Durée : 114 minutes (1 h 54)
  • Date de sortie : 17 février 1963 (première à Milan) ; 29 mai 1963 (France).

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 7 Janvier 2008

Si vous êtes accros du  genre, ne manquez pas les dernières séances de cet OVNI japonais au cinéma
Espace Saint-Michel
place Saint-Michel

Quand l'embryon part braconner est un film extrême, provocant et délirant. C'est surtout un film d'une surprenante beauté plastique. Il est représentatif du genre pinku eiga (littéralement cinéma rose).

Après un flirt poussé, Yuka accepte de monter dans l’appartement de Sadao (ce nom n'est bien sûr pas choisi au hasard). Sadao drogue Yuka à son insu, l’attache, la fouette, l’insulte et lui raconte la dispute qu’il a eue avec sa femme insoumise et aujourd’hui défunte. Lorsque Yuka se réveille, elle rentre dans une rage folle. Sadao tente d’abord de la raisonner, puis, incapable de résister à ses pulsions sadiques, il reprend ses sévices sur la jeune femme. Mais l’esclave va peu à peu se rebeller et se venger de son persécuteur.

Tourné entre les murs d'un petit appartement, ce huis clos retrace une aventure sexuelle d'un soir qui dégénère en un cauchemar sadien sans issue. L'argument du film repose sur l'apparence physique de la jeune femme, qui rappelle à l'homme celle de son ancienne épouse.

Sa présence dans ce lieu chargé des souvenirs de sa vie passée fait affleurer celui, traumatique et humiliant, de la fin de son mariage, et appelle irrépressiblement à la vengeance. Rapidement, la tendresse des jeux amoureux est parasitée par des accès de cruauté verbale, puis physique. Attachée, fouettée, séquestrée, la jeune femme est sommée de se comporter, au sens propre, comme une chienne, esclave absolue de son nouveau maître.

Wakamatsu à propos de son film
L'idée du film m'est venue un matin pluvieux de mai, vers cinq heures. J'ai ouvert la fenêtre — j'ouvre toujours mes fenêtres quand je me lève car je suis claustrophobe, j'ai regardé fixement cette pluie qui tombait drue et mon imagination a commencé à vagabonder. A l’évidence je ne pouvais pas tourner un film à l’extérieur car on était au début de la saison des pluies. Je me suis alors mis à réfléchir à la possibilité de faire un film dans mon appartement, et c’est là que j’ai eu l’idée d’enfermer une femme dans cet appartement qui est à la fois mon domicile et mon bureau. Vers huit heures, j'ai appelé Masao Adachi en lui disant que j'avais une idée formidable. On s'est vu vers midi et je lui ai tout raconté en détail autour de quelques bouteilles de saké et en grignotant du hatahata (poisson).embryon1.jpg

Fiche technique:

* Titre : Quand l’embryon part braconner
* Titre original : Taiji ga mitsuryosuru toki (胎児が密猟する時)
* Réalisation : Koji Wakamatsu
* Scénario :Masao Adachi
* Image : Hideo Itoh
* Format : noir et blanc, son mono
* Durée : 72 minutes
* Dates de sortie : 1966 (Japon)  7 octobre 2007 (France)
* Distributeur : Zootrope Films (2007) (France)

Wakamatsu à propos de l'érotisme au cinéma
« Je me suis aperçu assez vite que l'érotisme m'était nécessaire pour développer mon discours politique. Ce qui n'avait été d'abord qu'un passage obligé est donc devenu une nécessité. Je pense que c’est aussi la colère que j’avais ressentie lors de mon séjour en prison qui a été le moteur et l’inspiration de mon cinéma. Et c’est cette colère contestataire qui a poussé les étudiants qui combattaient dans les années 1960/70 contre l’AMPO (le traité de sécurité nippo-américain) à venir en masse voir mes films en salles. »

Plus de détail sur Ciné-Passion( sous licence Creative Commons)

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 6 Janvier 2008

Rainier III, né Rainier Grimaldi en 1923, est décédé le 6 avril 2005 à Monaco. Il fut le prince souverain de Monaco de 1949 à 2005. Sa seule épouse fut Grace Kelly , dont il a eu trois enfants, la princesse Caroline (née le 23 janvier 1957) , le prince Albert II (né le 14 mars 1958), actuel souverain et la princesse Stéphanie (née le 1er février 1965)

Quelques liens avec l'histoire du cinéma

Acte 1 :
Grace Kelly est née le 12 novembre 1929 à Philadelphie. Son éducation s'effectue dans un couvent en Pennsylvanie. Sa carrière commence par quelques rôles à la télévision, puis elle débuta au théâtre de Broadway dans une pièce intitulée : The Father au côté de Raymond Massey. 1954 est l'apogée pour Grace Kelly, elle remporte l'Oscar de la meilleure actrice pour Une fille de Province. Elle est alors retenue par Alfred Hitchcock pour être la vedette de son prochain film.la main au collet

Acte 2 :

Ce film se nomme La Main au collet en Version Originale To Catch a Thief. Hitchcock aurait pu le tourner à Hollywood, mais il impose un tournage en France , fin 1954, sur la côte d'Azur, pour profiter du temps clément et de la bonne cuisine française. Dans une des scènes clés de ce film, Frances, jouée par Grace Kelly, conduit à toute allure un roadster Sunbeam Mark Alpine sur la route étroite et en corniche reliant Roc-Angel à Monaco, dans le but d'impressionner "Le chat", interprèté par Cary Grant. Elle manque de peu de basculer dans le vide.

Acte 3: La vie mondaine et les réceptions sont nombreuses pendant le tournage. Albert III, Prince de Monaco, qui s'interesse aux actrices, fait la connaissance de Grace Kelly. Il est à la recherche d'une épouse. Il se marie le 18 avril 1956 à l'actrice américaine qui apprend le français et quitte définitivement le mètier d'actrice.

Acte 4: Le 13 septembre 1982, Grace Kelly, conduit à toute allure une Rover sur la route étroite et en corniche reliant Roc-Angel à Monaco; Mais elle n'a pas la chance de son personnage dans le film d'Hitchcock, la voiture rate un virage et fait une chute vertigineuse. Plongée dans un coma profond, la princesse décéde le lendemain 14 septembre. Stéphanie, passagère, est légèrement blessée.

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 5 Janvier 2008

tous des assassins J'ai revu avec plaisir (merci la TNT) le film d'André Cayatte " Nous sommes tous des assassins", sorti en France en 1952 et qui reste un modèle de plaidoyer contre la peine de mort.

On y voit le jeune Mouloudji et Raymond Pellegrin et une foule d'autres bons acteurs.

Voir une fiche détaillée sur ce film

Le titre signifiait qu'à l'époque, la peine de mort, appliquée "au nom du peuple Français", rendait tous les citoyens complices de ce meurtre légal.

Heureusement grâce au courage de François Mitterand et de Robert Badinter en 1981, la peine de mort n'est plus qu'un mauvais souvenir en France et désormais en Union Européenne.

Mais n'oublions pas que de nombreux pays sont toujours des partisans acharnés de cette sanction barbare et inefficace. Au premier rang de ceux-ci, les États -Unis de Georges Bush et la Chine qui va accueillir les Jeux Olympiques de 2008, dans la joie et la bonne humeur !!

Pour en savoir plus le site d'Amnesty International France

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 4 Janvier 2008

1902 au Japon: Commandée par le Colonel Nakabayashi, une compagnie de soldats japonais entreprend une traversée des Monts Hakkoda. Une tempête de neige terrible survient, mais les officiers décident de continuer la mission, tout en prenant de mauvaises décisions. La quasi totalité des hommes périssent de froid et d'épuisement.

Ces faits sont historiques:

En février 1902 la cinquième Compagnie d'infanterie Japonaise part en manœuvres près d'Aomori, sur les pentes des Monts Hakkoda. Le but de cet entrainement est d'aguerrir les soldats en vue d'un conflit possible avec la Russie, qui risque de se dérouler dans des conditions climatiques rigoureuses. Une tempête de neige, la mauvaise organisation et la bêtise des officiers provoquent une catastrophe: sur les 210 officiers et soldats, seul 11 vont survivre, encadré par le caporal Goto Fusanosuke, qui possède sa statue au ied des Monts Hakkoda.

La conséquence pratique la plus positive de ce drame fut l'introduction au Japon du ski, qui était inconnu en 1902, et qui commença à équiper les troupes de montagne.

Ce fait divers tragique et édifiant a donné lieu à un film : Hakkodasan (Mount Hakkoda en anglais) , film japonais de Shirô Moritani sorti en 1977

Ce film, sorti 75 ans après les faits, dénonce longuement certains défauts anciens et en partie toujours actuels de la société japonaise, vue à travers ses forces armées. La soumission à l'autorité, le manque d'initiative individuelle, le poids de la bureaucratie.

Distribution

* Hideji Otaki : Colonel Nakabayashi
* Ken Takakura : Capitaine Tokushima
* Kinya Kitaoji : Capitaine Kanda
* Tetsuro Tamba : Colonel Kojima
* Rentaro Mikuni : Major Yamada
* Komaki Kurihara : Hatsuko Kanda (femme de Kanda)
* Mariko Kaga : Taeko Tokushima (femme de Tokushima)
* Yuzo Kayama : Capitaine Kurata
* Kumiko Akiyoshi : Sawa Takiguchi (le guide)

Fiche technique

* Réalisateur : Shirô Moritani
* Scénario : Shinobu Hashimoto apès le roman de Jiro Nitta Marche vers la mort sur le mont Hakkoda
* Producteur : Kazuo Baba
* Production : Hashimoto Productions ; Shimano Kikaku Company Ltd. ; Toho Company
* Musique originale :Yasushi Akutagawa
* Image : Daisaku Kimura
* Montage : Michiko Ikeda
* Durée : 169 minutes
* Date de sortie : 4 Juin 1977


* Extrait du film sur Youtube
 

La mort sur le Mont Hakkoda

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 2 Janvier 2008

L'Ennemi intime de Florent Emilio Siri était un film attendu et il n'a pas déçu. Malgré quelques réserves dans la presse sur le caractère un peu "Hollywoodien" du réalisateur. Mais la caution du scénariste Patrick Rotman nous assure que le spectaculaire de certaines scènes n'enlève rien à la fidélité à l'Histoire. Oui les Français ont utilisé le napalm, oui des villages ont été massacrés (des deux cotés), oui la torture a existé (des deux cotés).

La force du film de Siri réside dans le parfait équilibre entre le fond et la forme ; entre le propos et le style.

Le spectateur est au cœur du conflit, dans les hautes montagnes de Kabylie. Le soleil écrase tout , la peur devient palpable. La guerre devient un effrayant et fascinant spectacle, mais sans cette once de complaisance qui rendrait l'entreprise malsaine. Ensuite, la caméra cadre les visages, dit l'angoisse et la folie qui se saisissent du campement et les coups tordus pour justifier les exactions.

La manière est spectaculaire, avec des scènes à couper le souffle : la découverte silencieuse d'un village désert après le massacre de ses habitants ; les plans vertigineux d'un groupe de combattants, à flanc de montagne, après un bombardement au napalm.

Mais il faut aussi parler de la scène centrale, la confrontation entre le héros aux idéaux malmenés et le capitaine, figure de la résistance, qui a renoncé aux siens et justifie tout. Ce dialogue sur les enjeux et méthodes de cette guerre est attendu, presque trop pédagogique. Pourtant, fortement incarné par des comédiens talentueux, et porté par un scénario honnête et courageux, il sonne juste. Moins spectaculaire, la permission de Terrien à Grenoble, quand mesurant la distance qui les sépare, il renonce à retrouver sa femme et son fils, porte le témoignage du traumatisme, souvent indélébile et caché qui a marqué les participants à leur retour en France.

Le Vietnam a inspiré aux Américains Apocalypse now, Platoon, Voyage au bout de l'enfer ouFull Metal Jacket, pour ne citer que ceux-là. Les trois premiers sont sortis moins de 4 ans après la fin de la Guerre du Viet-Nam. Le film de Siri est la première tentative pour appréhender globalement cette guerre.

Les précédents films sur la guerre d'Algérie étaient pour les premiers très indirects et allusifs, Cléo de 5 à 7 (1962) d'Agnès Varda, Muriel (1964) d'Alain Resnais. Godard (Le Petit Soldat , 1960) et Alain Cavalier ( L'Insoumis, 1964) font figure de pionniers pour une approche plus directe. Les suivants traitaient en particulier d'un aspect précis du conflit algérien: La Bataille d'Alger (1966) de Gillo Pontecorvo pour la guerilla et contre-guerilla urbaine, Avoir 20 ans dans les Aurès (1971) de René Vautier parlait du conditionnement d'appelés réfractaire et de l'impasse de la désertion. Pour La Question (1977), de Laurent Heynemann, ce fut la torture ; pour La Guerre sans nom (1992) de Bertrand Tavernier, le point de vue des appelés ; pour La Trahison (2006), de Philippe Faucon, la psychologie des recrues françaises d'origine nord-africaine.

Cette difficulté à embrasser tous les enjeux de cette guerre, unique par les séquelles qu'elle a laissées, témoigne d'un échec collectif qui fait qu'à ce jour la guerre d'Algérie n'a pas encore trouvé la paix dans la conscience populaire, des deux cotés de la Méditerranée. En choisissant d'évoquer ce moment de l'histoire en termes guerriers, L'Ennemi intime fait œuvre de pédagogie et de lucidité.

Il manque encore un film à deux visages, montrant la vision du FLN, montrant comment la population soutenait les combattants de l'ALN, malgré leurs exactions. Seulement la vision algérienne, il faudrait que ce soit les Algériens qui la montent. Il y a bien Le Vent des Aurès (1966) de Mohammed Lakhdar-Hamina, courageux, mais limité à un cas particulier. Mais il n'y a pas que chez nous que cette guerre reste taboue. Les Algériens entretiennent toujours le mythe d'un FLN représentant du peuple et menant une guerre de libération nationale, sans se demander jusqu'à quel point la fin justifie les moyens. Les centaines de milliers de morts ne peuvent pas témoigner, les dirigeants actuels ont pour la plupart vécu la guerre en exil, et les zones qui ont le plus resisté à l'Armée française sont actuellement hostile au pouvoir en place. Il faut, à ce titre souligner que très rares sont les films tournés sur les lieux même du conflit, celui-ci ayant été tourné dans l'Atlas Marocain

ennemi intime

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

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