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Publié le 6 Mars 2014

L'un des plus grands auteurs du cinéma français vient de nous quitter. Alain Resnais est mort. Il venait d'obtenir l'Ours d'argent au Festival de Berlin pour son film "Aimer, boire et chanter" qui sortira bientôt en salles.


Alain Resnais prenait son temps. En 70 ans de carrière, il réalise seulement 19 longs-métrages, mais chacune de ses œuvres apporte une innovation, une idée nouvelle au cinéma français, que ce soit sur le fond ou la forme. Il invente des genres cinématographiques, infatigable expérimentateur, renouvelleur de formes, explorateur des pouvoirs insoupçonnés du cinéma.

En 1966, avec la Guerre est finie, il collabore avec Jorge Semprun pour évoquer les doutes des derniers militants clandestins de la Guerre d'Espagne, 27 ans après sa fin officielle puis s'approche de la science-fiction avec Je t'aime, je t'aime (1968), qui mêle voyage dans le temps et introspection amoureuse, dans un décor kitsch de carton-pâte. Ce film aride et mal aimé du public contient le germe de "L'amour à mort " et de "La vie est un roman", sur le thème d'une éventuelle " deuxième chance" qui pourrait être offerte pour mieux aimer ceux que l'on regrette d'avoir négligé lorsqu'ils étaient présents.

Resnais explore de l'intérieur les voies de la création littéraire dans Providence (1977), qui lui vaut un premier César. Il joue à la fois sur le terme providence et sur la ville américaine Providence, lieu de naissance de Lovecraft, auteur de science-fiction qui inspire içi en partie sa réflexion. A travers un auteur vieux et malade qui imagine une histoire à partir de sa propre famille, Resnais montre les essais et les retouches d'un processus de création.
Un autre thème du film est une illustration critique et ludique de la psychanalyse, à travers sa représentation en direct et l'évocation des frustrations des personnages, aussi bien que ceux du spectateur. Plus généralement, la mémoire, sa façon de reconstruire et de déformer des expériences vécues ou fantasmées, sont l’enjeu indirect mais omniprésent de Providence.

Ensuite, ce sont les théories comportementales du neurobiologiste et éthologue Henri Laborit qui lui inspirent Mon oncle d'Amérique ( 1980), Grand Prix du Jury à Cannes. En comparant les humains aux rats cherchant leur chemin dans des labyrinthes truqués, Alain Resnais met beaucoup d'humour, avec l'aide de son scénariste Jean Gruault sous le sérieux de la thèse : sa curiosité est sans limite, son amusement, son goût de la facétie aussi.

La vie est un roman (1983), toujours avec comme complice Jean Gruault, se présente sous forme de trois récits imbriqués, dans la lignée des "films multiples" de Resnais qui abordent de façon ironique et ludique des thèmes profonds, comme la recherche du bonheur, l'éducation des enfants et le respect de leur imagination:
En 1919, dans son château, le comte Forbek propose à ses invités une expérience qui doit les conduire à un état de bonheur permanent. Le prix à payer est un enfermement total, l'oubli du passé et une rééducation des sens, en sélectionnant tout ce qui est harmonieux. Mais l'amour-passion incarné par Fanny Ardant fait exploser ce modèle.

En 1982, le même château est devenu un collège expérimental. Un colloque de chercheurs s’y réunit pour préciser les méthodes et moyens d’une éducation de l’imagination. Resnais pointe les contradictions entre les discours et les actes de ces enseignants chercheurs, et s'amuse des marivaudages propres à tout colloque.

A suivre

La vie est un roman, Fanny Ardant, André Dussolier

La vie est un roman, Fanny Ardant, André Dussolier

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma, #Alain Resnais

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Publié le 2 Mars 2014

L'un des plus grands auteurs du cinéma français vient de nous quitter. Alain Resnais est mort. Il venait d'obtenir l'Ours d'argent au Festival de Berlin pour son film "Aimer, boire et chanter" qui sortira bientôt en salles.

Alain Resnais prenait son temps. En 70 ans de carrière, il réalise seulement 19 longs-métrages et quelques courts métrages, dont les plus célèbres sont Loin du Vietnam et surtout Nuit et Brouillard.

Mais chacune de ses œuvres apporte une innovation, une idée nouvelle au cinéma français, que ce soit sur le fond ou la forme. Il invente des genres cinématographiques avec son équipe.

Son premier long-métrage est déjà un monument. Hiroshima mon amour (1959) : Une actrice française tourne un film pacifiste au Japon, elle a une brève liaison avec un architecte japonais, ils parlent, dans une chambre d’hôtel, dans un bar, dans la nuit. Elle parle d’elle, petite fille de Nevers qui a un jour, dans la France occupée, aimé un soldat allemand. Le souvenir des « dix mille soleils » d'Hiroshima, une ville entière soulevée de terre et réduite en cendres, le hante.

Ce film, comme Nuit et Brouillard, participe du devoir de mémoire et rappelle, même si cela peut paraître dérisoire par rapport aux souffrances des blessés d'Hiroshima, l'injustice qui a frappé, à la libération de Nevers, le soldat allemand, tué dans le dos et la Française, tondue, pour avoir été coupable d'amour.

En 1959, le ministre de la Culture, André Malraux, sélectionne le film pour le Festival de Cannes. La délégation américaine exige son retrait de la compétition. Car, à ses yeux, cette rencontre d'une jeune actrice française et d'un architecte japonais à Hiroshima, toujours traumatisée quinze ans après sa destruction par une bombe atomique, constitue une attaque frontale.
De Gaulle n'y est pas plus favorable, soucieux de ne pas faire de vagues alors qu'il vient de faire réaliser les premiers essais nucléaires. Le film est cependant projeté à Cannes, mais hors compétition, à l'extérieur du Palais, et à un horaire inhabituel.

La suite est somptueuse L'année dernière à Marienbad (1961), coécrit avec Alain Robbe-Grillet transpose le Nouveau Roman au cinéma.

Aussitôt après, Muriel ou le Temps d'un retour (1963) contourne la censure gaulliste pour évoquer, en filigrane, la torture et les violences perpétrées en Algérie.

A suivre...

 Emmanuelle Riva ; Eiji Okada dans Hiroshima, mon amour

Emmanuelle Riva ; Eiji Okada dans Hiroshima, mon amour

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma, #Alain Resnais, #Hiroshima

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Publié le 25 Février 2014

Un documentaire long (1h 40), non scénarisé, qui montre sans pathos le sort cruel, la vie en pointillé, la mort toute proche, de ces migrants (ici Iraniens, qui tentent de rejoindre l'Europe Occidentale.


Réalisation : Kaveh Bakhtiari
Musique : Luc Rambo
Durée : 100mn
Dates de sortie 19 Mai 2013 (Festival de Cannes , quinzaine des réalisateurs)
3 Juillet 2013 ( Festival International du Film de La Rochelle )
France 27 novembre 2013
Prix du Jury au Festival international du film francophone d
e Namur


Kaveh Bakhtiari présente son film :

Alors qu'un festival grec venait tout juste de m'inviter avec mon court métrage, La Valise, on m'informait qu'un membre de ma famille, que je n'avais pas revu depuis plusieurs années, avait quitté l'Iran. Depuis la Turquie, et sans se noyer, il avait réussi à rallier illégalement l'île de Samos où il avait finalement été cueilli par les douaniers grecs et incarcéré à Athènes. Moi, on m'invitait dans un hôtel pour parler de mon film, alors que lui, qui voulait juste transiter par la Grèce pour aller plus loin en Europe, était sous les verrous. Je l'ai finalement rejoint à sa sortie de prison. Il m'emmena alors dans son « lieu de vie » dans la banlieue d'Athènes, une buanderie aménagée en petit appartement où d'autres clandestins se terraient en attendant de trouver le moyen de quitter la Grèce. C'est ainsi que je me suis immergé dans la clandestinité, ou plutôt dans l'univers des clandestins, des destins suspendus et des passeurs.

Le film est né de ce lien personnel : En Grèce, le cousin du réalisateur devient son passeur, celui qui l’amène à rencontrer la communauté de l’escale. Au sein de ce groupe, le cinéaste occupe une position particulière : à la fois dedans et dehors. Il est Iranien d’origine mais immigré en Suisse, et se trouve ainsi de l’autre côté de la géographie de l’exil. Ce qu’il partage avec les migrants l’autorise à pénétrer dans leur quotidien, et permet à ces derniers d’accepter de s’exposer, non sans difficultés, au regard de sa caméra. Mais il travaille sa rencontre avec eux également à partir de son altérité, de ce qui fait de lui un étranger parmi eux, presque un migrant. C’est depuis cette position qu’il leur adresse ses interrogations sur leurs désirs, leurs espoirs, leurs visions de la vie et du monde.

Kaveh Bakhtiari raconte le quotidien de migrants clandestins qui partagent un lieu de vie passager, durant quelques mois, avant de reprendre leurs trajectoires séparées. Venus d’Iran, ils sont chacun bloqués à Athènes pour diverses raisons Ils attendent ce qui pourra les faire passer de « l’autre côté », contacts, papiers. En réalisant le portrait d’un groupe, Kaveh Bakhtiari fait la chronique de la détresse et de la solidarité qui animent chacun de ses membres. Filmer les clandestins, c’est faire apparaître la réalité d’une condition par définition invisible dans l’espace social. Tout l’enjeu du film est de faire voir et de faire sentir ce que la survie nécessite de cacher au jour le jour. Le dispositif cinématographique offre ici un espace de visibilité aux migrants, dans une temporalité et un espace qui les protègent. Par-là, le cinéma déjoue quelque chose de la violence quotidienne imposée aux clandestins ; celle qui consiste à ne pas être vu, à ne pas être reconnu en tant que soi-même, dans l’espoir, souvent vain, d’une existence meilleure.

 L'Escale, film documentaire de Kaveh Bakhtiari.

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma, #droits de l'homme

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Publié le 25 Septembre 2013

Jimmy P. (Psychothérapie d'un Indien des plaines) (titre en anglais : Jimmy P. (Psychotherapy of a Plains Indian) film français, réalisé par Arnaud Desplechin, tourné en anglais, présenté en compétition lors du Festival de Cannes 2013 et sorti en France en salle en 2013.

Analyse critique

Après la Seconde Guerre mondiale, Jimmy P., un vétéran nord-amérindien de la tribu des Pieds-Noirs est admis au Winter Veteran Hospital de Topeka au Kansas fondé par le psychiatre Karl Menninger. Alcoolique, en perte de repères ethno-sociaux, souffrant de maux de tête, d'absences et de crises d'angoisse incontrôlables qu'aucun médecin ne réussit à relier à une cause physiologique. Un accident survenu en France, traumatisme cranien à la suite d'une chute de camion ne semble pas expliquer ces troubles. Il est pris en charge par Georges Devereux, un ethnologue français originaire d'Europe centrale, spécialiste des cultures amérindiennes.

Rapidement, Georges Devereux écarte le diagnostic de schizophrénie et considère que son patient, qui sera le seul et unique durant des mois, souffre de problèmes psychologiques liés à la fois à ses origines familiales et ethniques, qui se sont déclarés à la suite du choc post-traumatique de la guerre. Élevé par une mère à forte personnalité et une sœur également directive, en l'absence de père, Jimmy P. est également en décalage social et culturel avec l'Amérique blanche. Au fil des séances quotidiennes de psychothérapie, se tissent des liens particuliers d'amitié entre le patient et le thérapeute qui s'attache à interpréter les rêves de Jimmy P. tout autant avec une dimension anthropologique, liée aux mythes indiens, qu'au travers de l'invariant universel freudien du complexe d'Œdipe. Petit à petit Jimmy P. prend conscience que ses rapports vis-à-vis des femmes sont ceux d'un homme dominé et lâche, ayant lui-même abandonné avant-guerre, sur un malentendu, sa compagne, Jane, morte depuis, alors enceinte de leur fille avec laquelle il n'a plus de contact depuis quinze ans. Grâce à Devereux, il entreprend un processus de guérison, qui aboutira à une proposition d'« adoption » de sa fille naturelle, mais également de questionnement sur sa foi et sa culture.

Pour la distribution, Arnaud Desplechin décide dès le départ de confier le rôle de Georges Devereux à Mathieu Amalric. Avec ce duo d'acteurs presque excentrique, Desplechin tente de filmer ce qui est le plus difficile au cinéma : l'invisible. Juste le cheminement d'un esprit. Rien que le parcours de l'ombre vers la lumière. Tout repose sur sa mise en scène, splendide, intense dans l'épure. Il lui suffit de quelques changements d'angle dans les conversations du médecin avec son patient pour laisser deviner les fils embrouillés de leurs personnalités. Le reste du temps, Desplechin filme un cheminement. Le lien qui se tisse, peu à peu, entre ces deux êtres s'aidant l'un l'autre. Toute la morale de Desplechin repose sur la fraternité : on va mieux si l'on progresse ensemble. Pour l'essentiel, les deux hommes s'écoutent, regardent, vont au cinéma, et c'est de leurs confidences chuchotées que naît la vérité : « J'ai toujours été celui qui laisse mourir une femme », murmure Jimmy P. Et puis il y a Madeleine, l'amie du psy. Mariée à un autre qu'elle aime aussi, comme dans Jules et Jim, elle vient le voir à Topeka. C'est évidemment la sensibilité de François Truffaut que Desplechin évoque lorsqu'il filme, entre cet homme et cette femme, des moments tendres, sensuels et nostalgiques, puisque comptés. Rien ne dure, dans la vie, mais le film est une ode à cette complicité qui unit les êtres et perdure après leur séparation.

Mais la guérison n’est rien d’autre que la possibilité d’une rechute, un accord précaire entre la vie et le monde. Le récit d’une psychanalyse ne peut avoir de fin certaine. Jimmy et Devereux ont chacun leur nom secret, d’Indien Pikuni et de Juif hongrois exilés parmi les peuples, venus des plaines de deux continents. La révolte contenue de ces “sauvages” qui survivent à l’extermination parcourt le domaine inquiétant des symptômes pour fraterniser dans la langue d’un pays de fiction. Desplechin, analyste et chaman, malade et guéri, découvre en visitant ce territoire la vérité provisoire et paradoxale de son cinéma, c’est le doute qui redonne confiance dans le monde.

Distribution

Fiche technique
  • Titre : Jimmy P. (Psychothérapie d'un Indien des plaines)
  • Titre international : Jimmy P. (Psychotherapy of a Plains Indian)
  • Réalisation : Arnaud Desplechin
  • Scénario : Arnaud Desplechin en collaboration avec Julie Peyr et Kent Jones, adapté de Psychothérapie d'un indien des plaines de Georges Devereux
  • Photographie : Stéphane Fontaine
  • Montage : Laurence Briaud
  • Musique originale : Howard Shore
  • Producteurs : Pascal Caucheteux et Grégoire Sorlat
  • Productrice exécutive : Jennifer Roth
  • Société de production : Why Not Productions, Wild Bunch, France 2 Cinéma, Orange Studio, Le Pacte
  • Langue originale : anglais
  • Durée : 116 minutes
  • Dates de sortie : 18 mai 2013 (Festival de Cannes 2013, compétition officielle)
    • France : 11 septembre 2013


Jimmy P. d'Arnaud Desplechin

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma, #Arnaud Desplechin, #psychanalyse

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Publié le 13 Septembre 2013

Ce film remarquable original n'a pas connu de diffusion digne de ses qualités. Salvatore Mereu a choisi de ne pas confier son film aux grands circuits de distribution. Projeté et remarqué dans de nombreux festivals, Mostra de Venise, Göteborg, Copenhague, Taïwan, Festival du film de La Rochelle, où j'ai eu la chance de le voir, il a connu une petite carrière dans les cinéma indépendants d'Italie. sa sortie en salle en France n'est pas programmée.
Dans le quartier pauvre St Elia de Cagliari, Caterina, 12 ans, veut fuir le minuscule appartement familial, son entourage à problèmes et son père tyrannique. Aujourd’hui son frère Tonio veut tuer son voisin Gigi, seul digne de son amour. Caterina et sa meilleure amie Luna vont vivre la plus longue journée de leur vie.
Les familles nombreuses connaissent bien le vacarme terrible qui peut régner dans une maison. Mais le cinéma aime la nuance, et la famille que vous verrez dans ce film cache derrière son bruit une gravité silencieuse. C’est Caterina, une jeune Sarde de 12 ans, qui nous raconte sa journée, heure par heure, minute par minute. Ils sont une dizaine à habiter dans son appartement familial aux alentours de Cagliari, donc impossible de s’y ennuyer : le père veut tuer la voisine d’en haut, cantatrice ratée, qui se met à chanter à 4h du matin, Tonio veut tuer le fils de la voisine d’en face parce que sa sœur s’énamoure pour lui, tandis que la mère lutte pour entretenir un semblant d’ordre dans cette cacophonie italienne. Le tout dans une pauvreté omniprésente, quasi banale.
Bellas Mariposas conduit le spectateur à la découverte du microcosme d'un quartier et des rues d'une ville de Sardaigne, avec une saine curiosité, montrant le laid et le beau sans moraliser ni esthétiser, en prenant le partie de la pureté de vue d'une préadolescente, encore naïve mais déjà pleine d'expérience. Le film est vécu à travers le regard et les commentaires de la jeune Caterina. est d’une telle légèreté, d’une telle insouciance, qu’elle nous fait presque oublier la gravité du propos, à peine cachée en arrière-plan. Soit elle ne s’en rend pas compte, soit la force de l’habitude a agi sur elle comme un tranquillisant ; ce n’est pas la misère qui empêche de rêver, rire, espérer. Et comme insouciance rime souvent avec insolence, elle ne se gêne pas pour nous parler à nous, spectateurs, d’un regard malin, face camera.
Le film s’inscrit donc dans la longue lignée des auteurs et des réalisateurs qui, au cinéma comme au théâtre, ont cassé la séparation entre le spectacle et les spectateurs. Ce procédé ajouté du réalisme en faisant croire à un documentaire, mais peut-être aussi pour faire rire, ou pour gêner, ou peut-être encore pour rappeler que tout cela n’est que fiction. Le rythme effréné de cette longue journée ne laisse personne de côté; Salvatore Mereu sait imposer de splendides moments de silence : la caméra plonge sous l’eau, où personnages et spectateurs sont en apnée, le souffle coupé par la beauté et la tranquillité de la mer. Le film alterne avec maestro des séquences de grand vacarme à l’italienne, dans la style agité des grands vaudevilles sociaux et des moments plus contemplatifs du paysage sarde.
Tiré d'un roman de Sergio Atzeni, Salvatore Mereu réalise un film fascinant, à l'équilibre délicat; Il possède l'inconscience qui permet d'oser et la prudence raisonnable qui le retient d'exagérer. Dans la plus pure tradition italienne de films comme Affreux, sales et méchants ou le plus récent Gomorra, Salvatore Mereu montre la pauvreté et la misère, la vivacité de Caterina qui tend plutôt vers une adaptation contemporaine de Zazie dans le métro, débordant d’imprudence enfantine et d’optimisme coûte que coûte.
Bellas Mariposas, par Salvatore Mereu
  • Réalisation : Salvatore Mereu
  • Scénario : Salvatore Mereu inspiré par le roman de Sergio Atzeni
  • Photographie : Massimo Foletti
  • Montage : Paola Freddi
  • Production : Carlotta Manzoli
  • Sociétés de production : Viacolvento & Rai Cinema
  • Durée : 100 minutes
  • Dates de sortie : 6 septembre 2012 (festival de Venise)
  • Distinction : Rotterdam International Film Festival, Big Screen Award

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma italien, #cinéma, #Italie

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Publié le 11 Septembre 2013

Tip Top film français de Serge Bozon, sorti en 2013

Deux inspectrices de la Police des polices débarquent dans un commissariat de province pour enquêter sur la mort d’un indic d’origine algérienne. L’une tape, l’autre mate, tip top. On pourrait tout à fait décrire Tip Top comme une petite soupe cosmique de collisions permanentes entre les codes sociaux, entre les genres cinématographiques, entre les mœurs culturelles et, naturellement, entre les personnages. Pas facile, par exemple, d’en départir le genre : Tip Top navigue entre le contexte d’un téléfilm policier, les codes sentimentaux d’un certain cinéma d’auteur, les petites connivences de la comédie en uniformes.
Tip Top ressemble presque à du Jean-Pierre Mocky. Son thème est classique, l'enquête en province de deux membres de la police des polices après le meurtre d'un indicateur d'origine algérienne. Le film tranche par sa dose déterminante de bizarreries sexuelles : les deux femmes flics ont chacune leur particularisme. La première, la chefe Huppert, est habitée par un sado-masochisme violent qui la conduit à déambuler avec un filet de sang sur l'arrête du nez, produisant de temps à autre une gouttelette qu'elle rattrape agilement avec la langue; tandis que l'adjointe Sandrine Kiberlain est handicapée par un voyeurisme frénétique et ontologique, en toute chose, elle regarde davantage qu'elle n'agit.
La critique sociale des milieux de province, bourgeois, policiers ou truands rappellent les morceaux de bravoure d'un Claude Chabrol.
Le point fort de Serge Bozon, c'est l'art de dérégler, voire de détraquer, absolument toutes les scènes de genre du polar français. Soit par une crise du langage, dialogues de sourds à tous les étages, entre les communautés, les échelons hiérarchiques, les milieux sociaux. Soit par des jeux corporels qui déplacent soudain, de beaucoup, les enjeux d'un interrogatoire ou d'une confrontation. Mais ce cinéma délicieusement dérangé prend parfois le risque de tourner à vide ou de dériver plutôt que de reprendre le droit chemin de la narration et du sens. Et, pour finir, dérailler en beauté, plutôt que d'arriver à bon port.
Distribution
  • Isabelle Huppert: Esther Lafarge
  • Sandrine Kiberlain : Sally Marinelli
  • François Damiens : Robert
  • Karole Rocher : Audrey
  • Samy Nacéri : Gérald
  • François Négret : Nadal
  • Aymen Saïdi : Younès
  • Elie Lison : Rozinski
Fiche technique
  • Réalisation : Serge Bozon
  • Scénario : Serge Bozon, Odile Barski et Axelle Ropert
  • Photographie : Céline Bozon
  • Montage : François Quiqueré
  • Durée : 106 minutes
  • Dates de sortie : 19 mai 2013 ; Sélectionné à la quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes 2013
    • France 11 septembre 2013
Tip-Top film déjanté

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #serge bozon, #cinéma, #Isabelle Huppert, #Sandrine Kiberlain

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Publié le 10 Septembre 2013

Karakara, film canadien (et japonais) de Claude Gagnon, sorti en 2012

  • Gabriel Arcand : Pierre
  • Youki Kudoh : Junko
Pierre, un professeur de philosophie québécois à la retraite débarque tout droit de Montréal sur l’Île d’Okinawa afin de se ressourcer et de repenser sa vie. Il termine un stage de Qi Gong et compte partir tranquillement pour une semaine de découverte de l'île. Mais il rencontre Junko, qui se propose tout d'abord spontanément comme interprète bénévole. Bien qu’il souhaite voyager en toute quiétude, Pierre accepte la présence de cette femme à la quarantaine pétulante et qui lui avoue alors avoir fui le domicile conjugal en raison de l'attitude violente de son mari. Pierre est plutôt confus et hésite à poursuivre cette nouvelle relation inattendue. Mais pris d'un élan difficile à expliquer, il décide de suivre sa destinée, quel que soit l'endroit où cette aventure le mènera et les péripéties qui en découleront.
En japonais, le mot karakara renvoie à une carafe dont on se sert pour la liqueur awamori; signifiant "vide vide", ce mot se veut la reproduction du son de la boule que l’on glisse dans la carafe pour indiquer qu’elle est vide. C’est en buvant de l’alcool que Pierre retrouve goût à la vie. En quelque sorte, karakara correspond à son vide intérieur. Le thème du renouveau de l’homme occidental, fragilisé par un événement personnel dramatique, est mis en avant. La crainte de la mort que le professeur à la retraite ressent se retrouve confrontée à l’apparente éternité des paysages et des pratiques ancestrales japonaises.
Au contact d’un Japon traditionnel fascinant et qui semble figé dans l’histoire depuis une éternité, Pierre puise les forces nécessaires pour remettre en cause ses propres valeurs et retrouver espoir en la vie, aidé en cela par une improbable amourette avec une jeune femme souffrant elle aussi de difficultés dans sa vie personnelle. Dans ce bain de jouvence inspiré par des personnages locaux plus grands que nature et par l’envoûtante beauté des paysages de l’Île d’Okinawa, Claude Gagnon nous renvoie le portrait d’une société japonaise, où la sérénité se vit à chaque instant et où l’artisanat devient source de longévité. Il évite le point de vue touristique lorsqu’il filme la fabrication de kimonos tissés en fibre de bananier (bashofu).
Claude Gagnon ne se gêne pas pour dénoncer la présence des américains, stationnés dans cette île du Japon, dont ils occupent un bon quart, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, et des effets néfastes de leur culture bulldozer. Par ailleurs, il n'hésite pas, même si c'est avec humour et légèreté, à dénoncer la violence conjugale, qui existe bien dans ce pays, mais qui reste trop souvent dans la sphère privée.
Karakara est un road movie original et apaisant, qui bénéficie en outre d’une interprétation épatante. Youki Kudoh est une actrice dans la plénitude de son art, surprenante et rafraîchissante. En Gabriel Arcand, Claude Gagnon a trouvé l’acteur parfait pour nous guider dans cette lente quête initiatique en sol japonais. D’une force tranquille, tout en retenue, l’acteur devient en quelque sorte l’alter ego du spectateur, qui partagera avec lui le même agréable dépaysement, le même irrésistible envoûtement, les mêmes surprises, les bonnes comme les mauvaises. Il est savoureux de le voir, lui le végétarien convaincu, savourer un délicieux porc sauté, et lui, le non-violent pacifiste être conduit au poste de police pour avoir fait le coup de poing avec le mari jaloux.
Par rapport à ses films précédents, Claude Gagnon a choisi de simplifier son propos en donnant moins de profondeur psychologique. Karakara est en effet émaillé de plusieurs touches humoristiques qui allègent les tensions sans leur faire perdre leur sens ni leur importance. Ainsi la pudeur légendaire des Japonais est battue en brèche par les cris puissants que pousse Junko dans l'acte d'amour. L’opposition des cultures et des modes de vie se fait ici tout en finesse, dans la contemplation plus que dans la confrontation.

Karakara, un québecois à Okinawa

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma, #Japon, #Okinawa

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Publié le 17 Mai 2013

Yasujirô Ozu (小津 安二郎) est né voici bientôt 110 ans, le 12 décembre 1903.
Il meurt d'un cancer le 12 décembre 1963, le jour de son 60ème anniversaire, après avoir tourné 54 films. Au milieu des années 1930, il devient l’un des réalisateurs les plus célèbres du Japon, aussi talentueux dans la comédie que dans le drame. Dans un genre comme dans l’autre, il s’attache désormais à traiter de la vie familiale japonaise, témoin des bouleversements sociaux de l’époque. Il place sa caméra à la hauteur des acteurs, et quelque fois même plus bas. On lui doit de nombreux chefs-d'œuvre et il faut saluer l'initiative du distributeur Carlotta, qui ressort en salles et en DVD trois films importants de Yasujirô Ozu :

  • Le Fils unique (inédit en France) (1936) sort le 19 juin 2013
  • Voyage à Tôkyô (1953) le 3 juillet
  • Le Goût du saké (1962) le 3 juillet

 

1936 : Le Fils unique (inédit en France)

À Shinshu, petit village de montagne au centre du Japon, une fileuse de soie élève seule son fils Ryosuke. Bon élève, celui-ci est en âge d’aller au lycée mais la mère s’y oppose car les études sont trop coûteuses. Elle finit néanmoins par accepter, faisant le choix de tout sacrifier pour l’éducation de son fils. Treize années plus tard, Ryosuke s’est installé à Tokyo et sa mère lui rend visite pour la première fois. Malgré les efforts de son fils pour l’accueillir, celle-ci découvre qu’il vit dans une situation précaire, déçu par les promesses de la grande ville

Premier film parlant d’Ozu, Le Fils unique décrit avec un réalisme sombre, quoique peu fataliste, les difficiles conditions sociales du Japon d’avant-guerre. À la fois intime et universel, le récit se déploie sur une quinzaine d’années pour capter une époque charnière, marquée par la fracture entre la vie rurale et l’essor urbain. À travers ce récit de sacrifice et d’illusions perdues, le cinéaste livre une étude sensible du rapport mère-fils, « drame de la vie » comme l’annonce le carton d’ouverture, mais également lien naturel positif puisque la mère encourage le fils à persévérer. Inédit en France, Le Fils unique annonce les oeuvres les plus célèbres du maître (Il était un père, Voyage à Tokyo) et demeure l’un des drames sociaux les plus poignants de Yasujiro Ozu.

 

1953 : Voyage à Tokyo

Un couple de retraités se sent vieillir.
Un matin de juillet, ils décident de quitter leur petit village portuaire et de rendre visite à leurs enfants, établis à Tokyo. Mais ceux-ci les reçoivent plutôt froidement. Seule la veuve de leur second fils, tué à la guerre, Noriko, leur témoigne un peu d'amitié.
Ce film comme la plupart des autres raconte une histoire assez pessimiste et illustre la désagrégation des valeurs familiales et sociales, dans un pays guetté par la modernisation. Critiqué comme réactionnaire par certains, Ozu est en fait un contemplatif, inscrivant de menus faits quotidiens dans le grand livre de l'éternité, et donnant un sens au plus petit détail.  

 

 

1963 : Le Goût du saké ( 秋刀魚の味 Samma no aji)

Le titre original du film, Sanma no aji, fait référence à la scène clé du film, celle du premier repas avec le vieux professeur, qui a sacrifié sa fille à son égoïsme, repas au cours duquel les convives mangent du sanma « congre de mer » . Le sanma est le nom d'un poisson sabre communément consommé mais emblématique, comme l'est le saké.

Un père, veuf et cadre dans une entreprise industrielle vit avec sa fille et son dernier fils. Le soir, après le travail, il retrouve ses amis pour boire du saké dans un café où ils ont leurs habitudes. L'un d'eux lui propose un gendre pour sa fille.

D'abord, cédant à son angoisse de la solitude et à son égoïsme, il nie la nécessité du mariage mais l'évènement devient inéluctable lorsqu'il croise la fille d'un vieil ami qui a sacrifié sa jeunesse pour s'occuper de son père. Il prend alors peu à peu conscience que sa fille est en âge de se marier et qu'il doit, au risque de se retrouver seul, libérer sa fille de son emprise paternelle.

Hirayama, qui prend conscience du malheur qu’il engendre au final à sa fille revient chez lui, il fait face à la solitude qu’il a toujours redouté, pourtant, la vie continue chez Ozu, même si cela implique d’accepter le changement, qu’il soit facile ou difficile à accepter. C’est également Ozu qui doit faire son deuil, car durant le tournage du film, la propre mère du réalisateur décède et lui-même se sait atteint d'un cancer. L’œuvre en devient plus forte et plus personnelle.

Le Goût du Saké se place dans la période de transition d’un Japon en mutation mais dans la nostalgie du temps passé qui donne un sentiment de mélancolie du temps qui passe et de la vieillesse qui s’installe peu à peu chaque jour, comme le petit verre de saké que prennent régulièrement les protagonistes jusqu’à mettre le spectateur face à sa propre vieillesse, à sa propre solitude qu’il faut surmonter. Comme dans les meilleurs films d'Ozu, il s’agit d’un film cadré au millimètre prêt, au rythme apaisant, soutenu par des jeux d’acteurs de grande qualité.

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma, #Japon, #Yasujirô Ozu

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Publié le 18 Février 2013

Amour est un film fort, réalisé par Michael Haneke, il obtient la Palme d'or au festival de Cannes 2012. Amour a reçu depuis des flots de récompenses et aux prochains César, et peut-être aux Oscars, il recevra encore d'autres honneurs.

 

Mais ce succès est-il mérité? Ce film est très bien interprété, rigoureux, mais méritait-il la Palme d'Or? On peut en douter. D'abord la façon de filmer est très classique, elle ne montre aucune originalité, ni inventivité qui marquent les grands films. Ensuite son propos est ambigu. Certains critiques ont présenté ce film comme une ouverture de débat sur l'euthanasie, mais jamais le débat sociétal n'est abordé. Ce n’est pas le but du cinéaste et chaque spectateur reste perplexe devant ce cas particulier, un couple riche mais enfermé, qui ne peut être généralisé. Les solutions collectives, qui même imparfaites, existent, comme les établissements de soins palliatifs, sont balayées d'un revers de main.

 

Il n'aborde pas non plus la question religieuse, la spiritualité est étrangère à son œuvre. Le spectateur reçoit des gifles, mais dans quel but ? Pourquoi donner à un film qui aurait gagner à être brusque et compact une telle durée, plus de deux heures, une telle lenteur ? Quel est le but de décortiquer moment par moment une telle épreuve ?

 

Tant qu'à parler d'amour, il fallait récompenser deux films très différents, mais qui sont de véritables déclarations d'amour au cinéma, hélas absents tous les deux du palmarès. Une déclaration exaltée, déjantée, parfois triste, mais haute en couleurs, Holy Motors de Leos Carax et, pour un cinéaste bien plus près de ses ultimes productions, Alain Resnais, une démonstration ludique de sa foi dans l'avenir du cinéma, quand il nous dit Vous n'avez encore rien vu. Enfin la Palme d'Or est un évènement rare, est-il besoin de récompenser plusieurs fois un cinéaste, alors que celui-ci garde toujours un peu le même style.

 

En guise de justification, l'interprétation d'Emmanuelle Riva a été mentionnée par le Jury comme l'une des principales raisons de cette victoire au même titre que la prestation de son partenaire dans le film, Jean-Louis Trintignant. Est-ce là un remord, alors que Emmanuelle Riva, immense actrice n'a jamais eu de prix majeur, avant Amour, et Jean-Louis Trintignant un seul prix; il y a plus de 40 ans, pour son rôle dans Z.

 

Amour, Riva... et le sublime souvenir s'impose Hiroshima, mon Amour d'Alain Resnais, qui avait connu un sort injuste en 1959. Le ministre de la Culture, André Malraux, sélectionne le film pour le Festival de Cannes. La délégation américaine exige son retrait de la compétition. Car, à ses yeux, cette rencontre d'une jeune actrice française et d'un architecte japonais à Hiroshima, toujours traumatisée quinze ans après sa destruction par une bombe atomique, constitue une attaque frontale.

 

Le chef de l'État n'y est pas plus favorable, soucieux de ne pas faire de vagues alors qu'il vient de faire réaliser les premiers essais nucléaires. Et il faudra toute la force de persuasion d'un Malraux pour que cet appel à la réconciliation des peuples soit finalement projeté à Cannes, mais hors compétition, à l'extérieur du Palais, et à un horaire inhabituel.

 

Et depuis ce temps là, Cannes a toujours méprisé Alain Resnais, lui octroyant un Grand Prix du Jury en 1980 et un Prix exceptionnel du Jury pour l'ensemble de son œuvre en 2009, façon de dire: On t'a assez vu. Et Resnais de répliquer en 2012 Vous n'avez encore rien vu

 

Alors pour le plaisir, revoir Riva, jeune et émouvante , en 1958 :

 

 


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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

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Publié le 19 Mars 2012

L'État français ne commémorera pas  officiellement lundi 19 mars le 50e anniversaire du cessez-le-feu en Algérie, l'État algérien non plus. Alors que moins de 20 ans après 1945, les Français et les Allemands savaient commémorer ensemble la fin de la seconde Guerre Mondiale.

La guerre d'Algérie se déroule de 1954 à 1962 et débouche sur l'indépendance de l'Algérie, colonie française de 1830 à 1848, puis partie intégrante du territoire de la République.

Cette « guerre » est surtout, sur le plan militaire, une guérilla. Elle oppose les forces françaises dans toute leur diversité, faisant cohabiter commandos de troupes d'élites (parachutistes, légionnaires), forces de maintien de l'ordre (gardes mobiles, CRS), appelés du contingent et supplétifs indigènes (harkis, moghaznis) aux troupes indépendantistes de l'Armée de libération nationale (ALN), branche armée du Front de libération nationale (FLN) d'encadrement politico-administratif (CNRA et CCE).

La "bataille d'Alger" (janvier-septembre 1957) est un des épisodes de la guerre dite de "pacification", durant lequel le général Massu anéantit la section algéroise du F.L.N., responsable de nombreux actes terroristes anti-colons à Alger. Durant cette période, de nombreux débats secouaient la métropole : des militants d'extrême-gauche et de gauche aidaient les membres du FLN et dénonçaient la torture, alors que des militaires dénonçaient les hésitations des hommes politiques et souhaitaient le retour de de Gaulle au pouvoir.

Militairement gagnée par la France en 1959 (opération Jumelles), elle est politiquement remportée par le mouvement indépendantiste en 1962. Elle se double d'une guerre civile et idéologique au sein des deux communautés, donnant lieu à des vagues successives d'attentats, assassinats et massacres sur les deux rives de la Méditerranée. Côté algérien, elle se traduit par une lutte de pouvoir qui voit poindre la victoire du FLN sur les partis algériens rivaux, notamment le MNA (Mouvement national algérien) et par une campagne de répression contre les harkis soutenant le statu quo du rattachement de l'Algérie à la République française.

Par ailleurs, elle suscite côté français l'affrontement entre une minorité active hostile à sa poursuite (mouvement pacifiste), une seconde favorable à la révolution (les « porteurs de valises »), et une troisième ralliée au slogan de l'« Algérie française » (Front Algérie Française, Jeune Nation, OAS). Cette guerre s'achève à la fois sur la proclamation de l'indépendance de l'Algérie le 5 juillet 1962 suite au référendum d'autodétermination du 1er juillet prévu par les accords d'Évian du 18 mars 1962, sur la naissance de la République algérienne le 25 septembre et sur le rapatriement du million de Français vivant en Algérie.

La Guerre d'Algérie reste longtemps un sujet tabou au cinéma en France: à l'exception de Jean-Luc Godard avec Le Petit Soldat (1963), interdit plusieurs années, il faudra attendre la fin des années 1960 pour que des films plus francs, plus nets, et accusateurs, signés par des cinéastes non français, apparaissent, comme La bataille d'Alger de l'italien Gillo Pontecorvo (tourné en 1966, interdit en Francejusqu'en 1970) ou Le vent des Aurès de Mohammed Lakhdar-Hamina.

Les films évoquant la guerre sont rares, plus rares encore les films français:

Ces films sont contemporains de la guerre

  • 1954 : Une nation, l'Algérie de René Vautier
  • 1958 : L'Algérie en flammes de René Vautier
  • 1960 : Le Petit Soldat de Jean-Luc Godard (sorti en salles en 1963 seulement)
  • 1961 : J'ai huit ans de Yann Le Masson documentaire de 8 mn
  • 1961 : Octobre à Paris de Jacques Panijel
  • 1961 : Les Oliviers de la justice de James Blue
  • 1961 : Le Combat dans l'île de Alain Cavalier

Après le conflit, seul Alain Resnais, Agnès Varda ou Jacques Rozier en France osent aborder le sujet, dans des films où la guerre est seulement évoquée de façon indirecte.

Des films comme Les parapluies de Cherbourg peuvent paraître bien éloignés de films comme ceux de Vautier, Boisset ou Drach, mais à l'époque, en 1964, il apparait qu'il était impossible d'aller plus loin dans le traitement de la guerre au cinéma.

À partir de 2000, la production devient plus abondante, comme si le temps était venu de lever enfin les tabous:


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Rédigé par nezumi dumousseau

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