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Publié le 23 Août 2008

J'ai enfin vu tous les films de François Truffaut. Alors que certains comme Le Dernier Métro sont assez souvent diffusés, d'autres sont beaucoup plus difficiles à voir.

C'est particulièrement le cas, pour d'obscures raisons d'exploitation,  de Une belle fille comme moi . Remercions donc la cinémathèque de la rue Champolion (Paris 5ème) d'avoir programmé une intégrale Truffaut (jusqu'au 2 septembre 2008 profitez en!

Et malgré une copie de très médiocre qualité, j'ai pris un plaisir certain à ce spectacle.

Un jeune sociologue, Stanislas Prévine, préparant une thèse sur la criminalité féminine, se rend à la prison interroger Camille Bliss, une belle fille accusée de divers crimes et tentatives de meurtres. Il se rend à l'évidence que les amants de Camille ne durent pas. Elle prononce une phrase bizarre à ce sujet: " Mettez-vous à ma place, j'avais quatre mecs sur les bras, j'aurais pas couché avec eux sans raison, j'suis pas comme ça, moi! "

Déjà enfant, Camille ne fut peut-être pas étranger à la mort accidentelle de son père. Plus tard, elle se fait épouser par un rustre, Clovis Bliss, dont la mère cache un magot. En attendant de trouver les sous, Camille, fatiguée par son nigaud de mari, prend pour amant un chanteur, Sam Golden, qui prend son plaisir en écoutant un enregistrement de course de voitures....

Après des films graves, François Truffaut éprouve le besoin de prendre vivement le contrepied de la manière dont il a représenté les extrémités et les contradictions du sentiment amoureux, de se moquer de lui-même, ainsi qu'il le dira à la sortie d'Une Belle Fille comme moi. Il ne s'agit pas seulement d'autodérision, mais plus simplement d'une autre facette de lui-même qu'il a moins souvent montrée, plus potache et blagueuse, faite d'insolence, de vulgarité et de crudité joyeuse, assortie d'un goût du calembour à deux sous.

Une autre facette connue de ses proches et de ses amis, plus volontiers libérée dans certaines de ses lettres parsemées de jeux de mots, ou dans les articles d'érotomane qu'il écrivait parfois pour les Cahiers du cinéma et signait en général du nom de Robert Lachenay, mais plus rarement exploitée ouvertement dans ses films, sinon par intermittences, notamment dans Tirez sur le Pianiste. En s'entourant pour l'accompagner dans cette aventure d'excellents comédiens dont il sait qu'ils joueront jusqu'au bout avec lui la farce avec sincérité, il décide d'y aller franchement, de s'en donner à cœur joie, mais le public sera surpris et le film sera, à sa manière, aussi mal compris en 1972 que les Deux Anglaises l'année précédente.

Dans ce film le dialogue est absolument particulier : il ne s'agit presque jamais de dialogue informatif mais en réalité d'un argot à la fois très moderne et très poétique qui assure une très grande partie de sa force comique.

Cette identité du langage, Truffaut l'a scénarisée et mise en scène à l'intérieur même du film, lorsque Stanislas montre à Camille les épreuves de son livre. Surprise de Camille se lisant : «" cet enfoiré de Clovis, j'ai bien vu qu'y voulait encore me chanter Ramona, alors j'ai couru pour aller m'enfermer aux chiottes, seulement voilà, y m'a attrapée au passage et y m'a balancée au travers du pageot" Oh dis donc, c'que c'est mal écrit, j'croyais qu'vous étiez professeur... Alors vous avez rien corrigé du tout?». El Stanislas de répondre : Mais, Camille, c'est votre langage, il est à vous, il est aussi personnel que vos empreintes digitales.

La forme est assez déroutante avec des flash-back en série, qui permettent de souligner les décalages entre le récit entendu et les images montrées. La parole peut être un outil redoutable, mais aussi un piège pour celle qui la manipule.


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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 6 Juillet 2008

Le Festival International du Film de La Rochelle, c'est une histoire de plus de 30 ans entre une ville au début de l'été, un public curieux et enthousiaste, et des films venus du monde entier.
Le programme du Festival International du Film de La Rochelle se veut, chaque année, éclectique, géographiquement et thématiquement divers, exigeant et équilibré. Le Festival maintient son refus de compétition, de prix et de jury, dans une volonté de comparaison plutôt que de confrontation. les acteurs, ou réalisateurs sont présents, sans enjeux, dans le seul but de rencontrer des cinéphiles. Et quelle plaisir de découvrir de nouveaux talents comme les belges Joachim_Lafosse ou Bouli_Lanners ou encore la franco-libanaise Danielle_Arbid,
Redécouvrir sur grand écran, dans une très belle salle, le grand Nicholas_Ray trop souvent vu dans des conditions médiocres est aussi une joie entière.

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 18 Juin 2008

Dans un précédent article,  je souhaitais l'avènement d'un nouveau souffle du cinéma français.

Arnaud Deplechin peut en être le porte-drapeau. Après des débuts post-soixante-huitards et verbieux, il nous a donné Rois et reine, encore un peu hésitant, mais plein de qualité et à Cannes, le magnifique film au titre un peu trompeur Un conte de Noël.  Ce film aurait logiquement dû être récompensé, mais comme la Palme d'or est déjà revenu à un film français...

Ce sont des personnages à la fois ordinaires et exceptionnels que le cinéaste se plait ici à décrire, ce sont des chassés-croisés, des moments de vie, des dialogues, des réflexions. Il n'y a pas de coup de théâtre, ni de moments vraiment intenses, mais une exploration complète des relations interpersonnelles. Sous le prétexte de la thématique des retrouvailles, le réalisateur peint un tableau splendide et intelligent de la famille dans tous ces états.

Rien n' échappe au réalisateur: les relations mère/fils, l’éternelle quête de reconnaissance des enfants, les luttes fratricides, le deuil d’un enfant, la perte d’une épouse, les non-dits, la maladie, les sempiternels repas et même l'absurdité de certaines positions de la communauté juive, à travers le personnage de Faunia . Arnaud Desplechin, architecte des destinés de ses héros, bâti pierre par pierre son édifice, y incrustant une mulltitude de références cinématographiques, musicales, littéraires et mythologiques. Autour de personnages travaillés et de scènes originales qui portent davantage à la réflexion qu’à l’identification, le cinéaste met en scène sa Divine Comédie.

Deplechin  reprend le quatuor Emmanuelle Devos, Mathieu AmalricCatherine Deneuve et   Jean-Paul Roussillon
qui avait déjà fonctionné dans Rois et reine. Seule peut-être Catherine Deneuve est en dessous de sa réputation, elle est crédible en mère haïssante, beaucoup moins en malade condamnée.

*Voir la fiche complète : Un conte de Noël


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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 9 Mai 2008

Le triomphe de la décennie, voire du siècle semble devoir être le film Bienvenue chez les Ch’tis de Danny Boon, qui rappelle étrangement les succès régionalistes du Bourvil débutant : Pas si bête ou Le Trou normand,  films difficilement regardables aujourd'hui. De fait ce film a un scénario très faible, prévisible. Une façon de tourner qui date de plus de 60 ans, linéaire, sans aucune invention. Certains téléfilms ou même des séries sont plus inventives!
  
Dans un bond en arrière d'un demi-siècle, le cinéma français est redevenu, aujourd'hui, exactement ce qu'il était au milieu des années 50. Professionnel et asphyxié. Englué dans cette « qualité France » que fustigeaient des critiques comme André Bazin et de futurs cinéastes comme François Truffaut.

La Flandre française bafouée

Le choix de Bergues pour ce film est un contre-sens. C’est   le résultat d’une ignorance crasse de l’Autre Culture Régionale des Pays-Bas français. Bien sûr on voit d’autres villes dans ce film, mais avec un titre pareil (‘Bienvenue chez les Ch’tis’) le lieu de tournage principal ne pouvait en aucun cas se trouver entre la Lys et la Mer du Nord ! Quand on songe que Dany Boon est originaire d’Armentières, ville située juste au sud de la Lys 
Les enfants de Bergues comprendront qu’ils sont ch’tis. Peut-être rejoueront-ils entre eux les meilleures répliques du film… Ils pourront dire aux enfants de Hoymille ou de Warhem : ‘T’es d’min coin ti’…

Rappelons  par ailleurs que Dany Boon a prêté sa voix (et son bel accent) pour une pub de Mac Donalds (le symbole de la mal’bouffe) diffusée sur TF1 (la chaîne du temps de cerveau disponible).
Ou l’alliance de la pseudo culture ch’ti, de TF1 et de Mac’Do… la boucle est bouclée.

C’est le moment de vous recommander  de voir ou revoir  ‘Quand la mer monte’ avec Yolande Moreau. Ce film présente aussi la Flandre Maritime, mais il est drôle, sensible, intelligent, anti-commercial (pas diffusé dans les multiplexes)…en un mot : l’anti ‘Bienvenue chez les Ch’tis’.

Projection à l'Élysée

Le film a bénéficié d'une projection privée au Palais de l'Élysée le 15 avril 2008 à 19h pour que le président de la République française Nicolas Sarkozy puisse le visionner. Le film a été projeté en présence du Président et de Carla Bruni-Sarkozy, ainsi que les deux ministres "Ch'tis" du gouvernement : Jean-Louis Borloo et Valérie Létard .

Ce n'est que la quatrième fois que ce type de projection privée est organisée : la première par le Général de Gaulle, qui avait fait aménager la salle de projection privée de l'Élysée afin de visionner la Grande Vadrouille, puis par François Mitterrand en 1994 pour Paris, Texas et par Jacques Chirac en 2001 pour Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain.

Cette liste est significative : populaire et patriote pour de Gaulle, philosophe et intellectuel pour Mitterrand, un peu kitch pour Chirac et nul, plat et vulgaire pour Sarko

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 27 Mars 2008

Le triomphe de l'année semble devoir être la  comédie gentillette Bienvenue chez les Ch’tis de Danny Boon, qui rappelle étrangement les succès régionalistes du Bourvil débutant : Pas si bête ou Le Trou normand,  films difficilement regardables aujourd'hui. 

A qui la faute ? à la télé, cette sœur ennemie qui, à force d'embrasser le cinéma, l'a étouffé sous l'insignifiance. Aux artistes, qui se sont mis à tourner autour de leur nombril. Et puis aux décideurs qui préféreront toujours un comique ou un romancier débutant prudemment dans la mise en scène à un cinéaste, un vrai, se posant de vraies questions de cinéma.

 Dans un bond en arrière d'un demi-siècle, le cinéma français est redevenu, aujourd'hui, exactement ce qu'il était au milieu des années 50. Professionnel et asphyxié. Englué dans cette « qualité France » que fustigeaient des critiques comme André Bazin et de futurs cinéastes comme François Truffaut.

Sépia plein les doigts de Vincent Delerm   en  2006  ("Piqures d'araignées") l'avait bien senti venir avec le succès du film Les Choristes,

Tiens, tiens, les belles images
Les enfants du marécage
Le vrai goût des vrais fruits
Dans une vraie épicerie

Tiens ça repart en arrière
Noir et blanc sur poster
Maréchal nous voilà !
Sépia plein les doigts

A quoi elle pense
En s'endormant
Cette jolie France ?
Confiture Bonne-Maman
Elle pense pareil, pareil qu'hier
Avant Simone Weil
Avant Badinter


Deux cents films produits par an, en France.   Mais à quoi servent-ils, s'ils se ressemblent tous ? Petits polars qui singent les séries télé américaines, petites comédies ringardes et interchangeables.

Pourquoi  La Graine et le mulet d'Abdellatif Kechiche, pourtant assez maladroit a-t-il trusté les César  ? C'est qu'il n'y a rien d'autre à récompenser, dès lors qu'on reste fidèle à un cinéma audacieux. Qui soit un art et pas simplement une industrie. On se refuse à croire qu'il n'y ait pas, en France, un Nuri Bilge Ceylan (Les Climats ) pour nous parler des sentiments. Ou un Fatih Akin (De l'autre côté ) pour nous donner, selon l'expression de Téchiné, « des nouvelles du monde ».  Mais comment a fini la triste « qualité France »? Noyée, à bout de souffle, dans la  "Nouvelle Vague" en 1958. Alors, on attend, on espère qu'elle viendra vite...

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 21 Mars 2008

L'Heure d'été , film français d'Olivier Assayas , sorti en 2008

Dossier complet

Dans la belle maison familiale, Frédéric, Adrienne, Jérémie et leurs enfants fêtent les 75 ans de leur mère, Hélène Berthier, qui a consacré toute son existence à la postérité de l'œuvre de son oncle, le peintre Paul Berthier et qui s'est empressé de reprendre, à la mort de son mari, son nom de jeune fille, et par là même, celui de son oncle.

Frédéric, le fils aîné, est un économiste un peu austère et casanier. Il vit en Région Parisienne et accepte timidement de passer à la radio pour parler de son livre. Adrienne est la fille pas encore mariée, artiste-désigner vivant entre la France et les États-Unis. Jérémie est un jeune commercial travaillant en Asie pour le compte d'une marque de chaussures de sport , marié à une femme soumise qui l'admire. Tout est si gai et léger que ce portrait de famille tel qu'on en rêve aurait presque quelque chose de factice.

C'est Hélène, en prenant à part son fils aîné pour évoquer avec lucidité sa mort, qui infléchit insensiblement ce tableau qui pourrait passer pour mièvre. Elle s'inquiète devant lui, qui fait tout pour ne pas l'entendre, du sort de la collection personnelle de son grand-oncle, Paul Berthier, peintre connu du début du XXe siècle, et figure tutélaire de la maison qui les accueille. Mais elle envisage de faire le voyage de San-Francisco pour une exposition rétrospective consacrée à Paul Berthier. Le premier mouvement s'achève, avec le départ des enfants laissant leur mère à sa solitude dans le clair-obscur de cette demeure.

Le second mouvement s'ouvre sur la suite funeste de la conversation entre Hélène et Frédéric. Hélène morte, ses enfants se réunissent pour se séparer aussitôt : Frédéric, qui pensait que la conservation de la maison et du patrimoine familial était une évidence, est désavoué par sa sœur, qui annonce la nouvelle de son mariage aux États-Unis, et par son frère qui s'installe en Chine pour assurer le développement de sa carrière. Ils ont tous les deux besoin d'argent et aimeraient disposer de l'argent de l'héritage.

Mais contrairement à ce que pourrait laisser présager cette situation classique, la divergence sur l'héritage ne devient pas une source de conflit entre les enfants, mais plutôt une occasion pour chacun de mieux appréhender sa différence avec l'autre, de mesurer la divergence de leur parcours à partir d'un même point de départ. On apprend même, au détour d'une confidence, que la vénération d'Hélène pour son oncle, n'était pas platonique

La vente de la collection Berthier, liée à une dation à l'État afin de payer les droits de succession, occupe la suite des opérations. A travers diverses scènes, tragi-comiques comme l' arrivée macabre des experts du Musée d'Orsay qui attendaient ce moment de longue date, le démembrement de la maison et le démantèlement de la collection, l'exposition des objets au regard morne de la visite guidée, se dessine une passionnante mise en miroir du destin des hommes et de celui des œuvres. Une idée belle et cruelle s'en dégage, qui place les uns et les autres sous les auspices de la dépossession, de la perte et de la transformation.

Le dernier mouvement, très court, est une reconquête, qui voit les adolescents de la famille s'emparer de la demeure vide pour y organiser une dernière fête. Filmée en caméra portée avec fluidité, cette séquence a ceci de bouleversant qu'elle nous montre, en les mêlant, la tristesse éprouvée par la fille de Frédéric de quitter ce lieu et l'exaltante consolation de l'amour naissant qui l'attache à son petit ami, et la rapproche émotionnellent de sa grand-mère disparue. Celle-ci lui ayant confié le secret de ses amours incestueuses avec son oncle, le célèbre peintre. C'est avec l'image de ces deux jeunes gens escaladant un muret que le film nous laisse. L'élévation élégiaque et prospective de la caméra qui les accompagne nous laisse penser qu'ils sont les véritables dépositaires de l'héritage de cette maison.

Après une trilogie marquée par les mutations du monde et la globalisation galopante, filmée de façon dynamique et parfois violente, Olivier Assayas revient à un cinéma beaucoup plus intimiste. Un film lumineux, où chacun peut retrouver l’écho de sa propre expérience familiale. Comme ce téléphone, trop moderne, offert pour l'anniversaire, et qui restera dans sa boîte jusqu'à la fin, faute d'un effort d'installation par les plus jeunes. Olivier Assayas évoque les strates du temps et la rupture entre les générations dans un film sensible mais sobre. Ce film est une réflexion sur le deuil et l’héritage qui touche à l’universel.

Ce douzième long métrage est sans doute celui qui tient la note la plus juste et la plus vibrante dans l'histoire intime et générationnelle écrite par Olivier Assayas. Une œuvre qui explore les relations entre l'art et la culture, le passage dangereux de la sphère intime au domaine public, pourtant indispensable quand les derniers témoins directs de l'acte de création disparaissent. A ces divers égards, L'Heure d'été est une admirable réussite.

Déclarations d' Olivier Assayas

J’avais complètement coupé avec le cinéma intimiste depuis ‘Les Destinées sentimentales’, un film écrasant avec ce qu’il supposait d’immersion dans le début du XXe siècle, à la fois dans une culture et une histoire qui n’étaient pas les miennes mais que je me suis néanmoins appropriées. Arrivé au bout, je me suis dit qu’il fallait que j’aille ailleurs, et pendant longtemps je n’ai eu envie de faire que des films très contemporains. Avec le temps, le besoin de revenir à des choses élémentaires a fait son chemin. J’ai grandi à la campagne et elle me manquait. J’avais l’impression d’être parti dans une sorte de fuite en avant, laissant derrière quelque chose qui m’importait. D’autre part, je pense que la disparition de ma mère m’a presque imposé de faire ce film.

Mon film se place symboliquement au carrefour de l’art, de la nature et de l’humain. L’impressionnisme est né de la rencontre avec l’idée de la peinture asiatique, d’un rapport au monde qui est celui de l’artiste asiatique, historiquement. Et pour ce film, c’est dans ce monde-là que j’ai voulu me placer, en me positionnant en pendant du travail de Hou Hsiao Hsien (voir Les Fleurs de Shanghai (Hai shang hua) , 1998). Il y a dans ce rapport à la famille, à l’histoire, à la nature, au passage du temps, un langage plus asiatique que français. D’ailleurs je crois que c’est en Chine que le film a été vu pour la première fois, et il a provoqué un déclic, une sorte de familiarité immédiate.

Distribution

  • Juliette Binoche : Adrienne Marly
  • Charles Berling : Frédéric Marly
  • Jérémie Rénier : Jérémie Marly
  • Édith Scob : Hélène Berthier
  • Dominique Reymond : Lisa Marly
  • Valérie Bonneton : Angela Marly
  • Isabelle Sadoyan : Éloïse
  • Kyle Eastwood : James
  • Alice de Lencquesaing : Sylvie Marly
  • Émile Berling : Pierre Marly
  • Jean-Baptiste Malartre : Michel Waldemar
  • Gilles Arbona : Maître Lambert

Fiche technique

  • Réalisation : Olivier Assayas
  • Scénario et dialogues : Olivier Assayas
  • Directeur de la photographie : Eric Gautier
  • Montage : Luc Barnier
  • Producteurs : Marin Karmitz, Nathanaël Karmitz, Charles Gilibert
  • Production : MK2 Production, France
  • Distribution : MK2 Diffusion, France
  • Durée : 100 minutes (1h 40min)
  • Date de sortie : 5 Mars 2008

 

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 4 Mars 2008


tous des assassins
J’ai revu avec plaisir (merci la TNT) le film d’André Cayatte ” Nous sommes tous des assassins”, sorti en France en 1952 et qui reste un modèle de plaidoyer contre la peine de mort.
On y voit le jeune Mouloudji et Raymond Pellegrin et une foule d’autres bons acteurs.

Voir une fiche détaillée sur ce film

Le titre signifiait qu’à l’époque, la peine de mort, appliquée “au nom du peuple Français", rendait tous les citoyens complices de ce meurtre légal.
Heureusement grâce au courage de François Mitterand et de Robert Badinter en 1981, la peine de mort n’est plus qu’un mauvais souvenir en France et désormais en Union Européenne.

Mais n’oublions pas que de nombreux pays sont toujours des partisans acharnés de cette sanction barbare et inefficace. Au premier rang de ceux-ci, les États -Unis de Georges Bush et la Chine qui va accueillir les Jeux Olympiques de 2008, dans la joie et la bonne humeur !!

Pour en savoir plus le site d’Amnesty International France

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 29 Février 2008

Algérie, histoires à ne pas dire film franco-algérien de Jean-Pierre Lledo , sorti en 2007 (2008 en France)

 

En retournant vers leurs origines, d'est en ouest, de Skikda à Oran, du début à la fin de la guerre d'indépendance, ils reconstituent un portrait inédit de l'Absent. Méfiance, peur et malheur, les relations intercommunautaires n'ont-elles pas été aussi attraction, respect, reconnaissance et souvenirs heureux ? Malgré les discriminations et les dégâts du colonialisme, un nouveau corps fait d'emprunts mutuels n'avait-il pas commencé à se constituer, à l'insu même de ses différentes composantes ? La douleur fantôme de l'amputation, chez ceux qui étaient partis comme chez ceux qui étaient restés, n'en révélait-elle pas la réalité ? Une Algérie multiethnique, libre et fraternelle n'était-elle pas possible ? Entre haines et fraternités, avec nos personnages nous refaisons le cheminement universel de la tragédie, lorsqu'aux protagonistes, le dénouement semble s'imposer.

En compagnie d'Algériens épris de vérité, à la fois témoins et enquêteurs, Jean-Pierre Lledo réveille en quatre chapitres le souvenir d'une fraternité ensevelie sous la haine. Ainsi, Katiba, animatrice d'une émission de radio, raconte le Bab el-Oued de son enfance, où pieds-noirs et « musulmans » marchaient sur le même trottoir. L'agronome Aziz, dont la famille a été en partie massacrée par l'armée française, évoque avec émotion le colon qui l'a sauvé. Mieux encore que leurs souvenirs, leur langue témoigne d'une mixité aujourd'hui disparue : étonnant babélisme qui brasse des sonorités françaises, espagnoles, arabes.

Sans jamais occulter le contexte de l'occupation, Jean-Pierre Lledo ose briser les tabous. Devant sa caméra, une ex-combattante justifie les attentats contre les civils au nom de la libération nationale. Un ancien fellaga raconte en détail la tuerie aveugle des colons de Philippeville, le 20 août 1955. Un Oranais soupire au souvenir du massacre des Espagnols, le 5 juillet 1962 : « C'était eux ou nous. »

Jean-Pierre Lledo déclare:

Ce film se situe vraiment dans le prolongement des précédents. Je poursuis mes interrogations sur l’identité algérienne dans le cadre de l’échec d’une Algérie qui n’a pas su rester multiculturelle ou multiethnique après avoir conquis son indépendance. Des populations entières sont parties, mais la mémoire de la cohabitation de la période coloniale demeure chez ceux qui l’ont vécue. J’en ai pris conscience à l’occasion d’une projection de l’un de mes films en France en 1996. Je m’étais présenté comme un cinéaste algérien en exil. Une spectatrice s’est alors levée et a déclaré avec beaucoup d’émotion : « Je suis en exil depuis 1962. »

J’ai réalisé qu’il s’agissait d’un déchirement, d’une amputation et que ce sentiment existait probablement chez les Arabo-Musulmans en Algérie. Je le pressentais mais restais à le vérifier. Je me suis donc immergé dans mon pays. Je demandais aux gens ce qui restait de cette mémoire chaque fois que je présentais mon film, Un rêve algérien, construit autour du combat anticolonial mené par Henri Alleg, militant communiste. Je me demandais si juifs et pieds-noirs avaient disparu de cette mémoire, qui est très culpabilisée comme tout ce qui relève de la période de la colonisation et demeure très conflictuel, recouvert d’une occultation officielle.

Distribution
  • Aziz Mouats : Habitant de Skikda
  • Katiba Hocine : Habitante d'Alger
  • Hamid Bouhrour : Habitant de Constantine
  • Kheïreddine Lardjam : Habitant d'Oran

Fiche technique

  • Titre : Algérie, histoires à ne pas dire
  • Titre provisoire : Ne restent dans l’oued que ses galets
  • Réalisation : Jean-Pierre Lledo
  • Scénario : Jean-Pierre Lledo
  • Production/Distribution : Colifilms Diffusion (France)
  • Durée : 155 minutes (2h 35mn)
  • Dates de sortie : 10 septembre 2007 (Toronto Film Festival) ; 27 février 2008 (France)
Sorce (GDFL) Le Wiki d'Ann

Voir aussi: films sur la guerre d'Algérie

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 8 Février 2008

Lust, Caution (titre original : 色 戒 , sè·jiè) ; film sino-américain réalisé par Ang Lee, sorti en 2007

L'action commence à Shanghai, en 1942, lors d'un prologue un peu énigmatique que suit et explicite un long flash-back : à Hong-Kong, en 1938 un groupe d'étudiants chinois a fui la partie de la Chine occupée par les Japonais pour continuer leurs études dans ce territoire sous administration britannique. La jolie Wong Chia Chi les rejoint pour être l'héroïne d'une pièce de propagande, montée à l'université. Le spectacle est un succès du spectacle et conforte la fièvre patriotique du petit groupe. Une relation, qui reste platonique, se noue entre Wong et Kuang Yumin.

IElle se fait passer pour Mme Mak, la femme d'un businessman local très occupé et s'immisce dans l'entourage de sa proie. Ce qui se trame là tient de l'espionnage amateur, ou bien du théâtre, ou bien encore, toute l'ambiguïté commence là, de la dérive consentie d'une jeune femme qui se prend à un jeu, une curieuse dépossession d'identité, et s'y complaît. Et puisqu'il faut séduire M. Yee, elle change de visage, tour à tour enfantine, courtisane, femme fatale dans un savant mélange d'innocence et de sensualité dangereuse. C'est un triple jeu de miroir d'un actrice débutante (Tang Wei) qui joue l'actrice débutante qui joue elle-même la conspiratrice.

La troupe s’installe dans une vaste demeure prêtée par un cousin lointain et Wong commence à jouer au mah-jong avec madame Yee, dans des salons aux lumières tamisées, pendant que l’incertitude et la violence règnent au dehors. Mais alors que l'insaisissable M. Yee commence à remarquer Mme Mak et imaginer une relation adultère, le couple Yee est brusquement rappelé à Shanghai et le complot échoue. Bien pire, le groupe d'étudiants est surpris par le cousin qui veut les dénoncer. Ils sont obligés de l'assassiner, faisant ainsi l'apprentissage de la violence, et mettant fin à leur collaboration pour un certain temps.

À Shanghai, quatre ans plus tard. Wong s'est isolée chez sa tante. Une occasion de poursuivre leur plan se présente et Kuang reprend contact avec elle. Ils sont recrutés par les services secrets du Guomindang. Afin d'entrer dans l'intimité de sa cible, Wong chia Chi reprend contact avec l'épouse oisive de Yee et parvient à prendre le mari dans ses rets. Ce dernier, courtois et raffiné en privé, tortionnaire dans son travail, défoule sur elle ses pulsions dominatrices. Au début méfiant, il se laisse pourtant amadouer par la douceur et le calme de la jeune femme.

La victime consentante se retrouve elle aussi envoûtée par son bourreau. Pour ne pas être démasquée, elle s'est pleinement investie dans son rôle, au point de ne plus distinguer sa vraie personnalité du simulacre. Quand elle rend compte à ses supérieurs, c'est d'une voix sans timbre, qui masque la passion qu'elle manifeste lors des ébats sauvages avec son amant. Lorsqu'il devient évident que Yee est sincèrement épris d'elle, elle va devoir choisir entre deux loyautés, son pays ou l'homme qui s'est métamorphosé à son contact.


Ang Lee joue sur deux tableaux. Soignant d'un côté sa reconstitution du Shanghaï de la première moitié du XXe siècle, semant de l'autre des références à Alfred Hitchcock, une affiche et des extraits de Soupçons (1941, avec Cary Grant et Joan Fontaine) et une démonstration de la difficulté à supprimer un homme . Sa mise en scène s'attarde sur les subterfuges par lesquels Mme Mak trompe ses hôtes comme le maniement du téléphone, la dextérité à manœuvrer les pièces du mah-jong, l'ajustement d'une boucle de cheveux.

Mais Ang Lee démontre ainsi les pièges du travestissement des sentiments et de l'identité, du double jeu et de l'échange des contraintes : Dans une scène clè, elle lui avoue ne pas savoir faire semblant, tandis qu'il confesse être "la putain" (des occupants). De la part d'un réalisateur qui se définit comme un "faux Chinois à Taïwan qui vit en étranger aux Etats-Unis", Lust, Caution est un film sur le déni de soi.

Les scènes de lit sont assez crues et parfaitement réalisées; isolant un porte-jarretelles, une ceinture de cuir, des poils d'aisselle, elles sont peintes avec un mélange de tension érotique et de brutalité, chorégraphie de corps à la fois dominants et soumis, dans un échange sado-maso. Elle est malmenée, ligotée, dans la délicieuse confusion du "je t'aime, je te tue", et lui d'abord surpris puis épris, ayant l'air de souffrir mille morts en jouissant, mais finissant par baisser sa garde au point de manquer tomber dans le piège. C'est à travers ces scènes explicites qu'Ang Lee décrit le plus finement l'évolution de ses personnages. Ces étreintes ne sont ni tendres ni amoureuses : elles tiennent davantage d'une révélation progressive, parfois enragée, de la vérité intime des personnages; ce sont les seuls instants où la jeune résistante et le flic tortionnaire semblent cesser de jouer et révéler l'évolution de leur relation.

Le film a été interdit aux moins de 17 ans aux USA , aux moins de 12 ans en France. En Chine il a été partiellement coupé de 7 mn, mais autant pour ces raisons érotiques que pour dénoncer les écarts avec l'histoire officielle.
En effet la vision historique du roman et du film renvoient à des épisodes ambigus de la guerre sino-japonaise et a essuyé des critiques de tout bord. Les Japonais sont présentés comme des occupants rustres et sanguinaires; Pékin n'a pas apprécié que la résistance aux Japonais soit incarnée par le Guomintang et Taïwan n'a pas aimé que l'on rappelle que les collaborateurs étaient aussi issus d'une fraction de ce même Guomintang.

Présenté à la 64ème Mostra de Venise en 2007, “Lust, Caution” y a décroché le Lion d'Or, une récompense qu'Ang Lee avait déjà remportée en 2005, avec “Le Secret de Brokeback Mountain”. Cette fois, le jury était présidé par Zhang Yimou. Ang Lee qui a dédié son trophée à Ingmar Bergman, disparu quelques semaines plus tôt ["j'ai eu la chance de le]rencontrer pendant la post-production du film", a-t-il précisé), rejoint le cercle très fermé des cinéastes ayant reçu deux Lions d'Or dans leur carrière.

Déclarations d'Ang Lee

Dans la plupart des films de guerre, on ne voit pas vraiment la guerre elle-même. Ce qui compte dans le film, c’est cette atmosphère oppressante qui déchire les gens. La véritable guerre se déroule entre les Chinois, entre les hommes et les femmes. Elle a lieu au lit et sur la table de mah-jong. Les Japonais eux-mêmes sont en quelque sorte des losers, personne ne remporte de victoire en définitive. L’occupant se retrouve dans la position de l’occupé. En apparence, l’homme occupe la femme, mais au final c’est elle qui fait de lui l’occupé, le loser.

Je craignais que les Chinois n’acceptent pas un thème aussi clairement anti-patriotique, que le fait d’examiner ce moment de notre histoire soit trop douloureux, que certains nient tout en bloc voire se montrent hostiles à l’égard du film. Or la grande majorité du public l’a accueilli à bras ouvert et a vibré avec lui. Il est devenu une sorte de catharsis pour la plupart d’entre nous. Évidemment, à Hong Kong et à Taiwan, les spectateurs ont pu voir la version intégrale, tandis qu’en Chine seule une version écourtée était projetée. Les deux ont marché.

Je crois que la version chinoise est perçue comme plus romantique, car le public n’a pas conscience du côté “sale” de la chose. Elle est moins intense. A Taiwan et Hong Kong, il s’agit donc d’une expérience très différente. Et il y aussi des Chinois qui se rendent à Hong Kong en avion pour voir le film dans sa version d’origine ! C’est le “Lust, Caution Tour”. Ce qui se passe autour de ce film s’apparente à un phénomène culturel, si l’on omet les scores au box-office.

Eileen Chang, l'auteur du roman adapté

“Lust, Caution” est l'adaptation d'une nouvelle d'Eileen Chang ( Zhang Ailing, Shanghai 1920-Los-Angeles 1995), un des plus grands noms de la littérature chinoise du XXe siècle.
Son œuvre a déjà inspiré une quinzaine de longs métrages dont : “Love in a Fallen City” (1984) et “Eighteen Springs” (1997) d'Ann Hui ou encore “Red Rose, White Rose” de Stanley Kwan (1994), dans lequel on retrouve déjà Joan Chen au générique.
Elle a également participé à l'adaptation du film“ Les Fleurs de Shanghai (Hai shang hua)” de Hou Hsiao Hsien (1998)

Vidéos

Distribution

  • Tony Leung: M. Yee
  • Lee-Hom Wang : Kuang Yumin, l'étudiant
  • Tang Wei : Wong chia Chi / Mme Mak
  • Chu Chih-Ying : Lai Xiuqing
  • Tony Wang : Wang Lingguang
  • Joan Chen : Mme Yee
  • Anupam Kher : Khallid Shayudin, le bijoutier indien
  • Shyam Pathak : vendeur de la bijouterie
  • Xu Xin : l'infirmière An

 


Fiche technique

  • Titre :Lust, Caution
  • Titre Canada francophone : Désir, danger
  • Titre original : 色 戒 , sè·jiè
  • Réalisation : Ang Lee
  • Scénario : James Schamus & Hui-Ling Wang d'après le court roman de Eileen Chang
  • Production : Focus Features ( USA / Chine / Taiwan / Hong Kong )
  • Musique originale : Alexandre Desplat
  • Langues : Mandarin / Japonais / Shanghaien / Anglais / Hindi
  • Image : Rodrigo Prieto
  • Montage : Tim Squyres
  • Durée : 156 min
  • Dates de sortie 28 septembre 2007 (USA); 16 janvier 2008 (France)
  • Lion d'Or à la Mostra de Venise 2007

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

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Publié le 27 Janvier 2008

Ce soir sur France 2 à  23 h 25 Solaris,  un film étrange réalisé par Steven Soderbergh, sorti en 2002

Steven Soderbergh alterne les films « grand public » (Erin Brockovitch ou Hors d’atteinte) et les films dits de recherche (Full frontal). Solaris se situe entre les deux, mais affiche une belle ambition dans la mesure où il se confronte au film homonyme de Tarkovski (1972) Solyaris célébré par certains comme un chef-d’œuvre de la science-fiction.

Dans un futur sans référence temporelle bien précise, le Dr Chris Kelvin (George Clooney), dont la femme s’est suicidée, est appelé au secours par son ami Gibarian qui se trouve dans la station spatiale Prométhée en orbite autour de la planète Solaris : des phénomènes étranges s’y déroulent.

Solaris est adapté d’un roman homonyme de science-fiction du Polonais Stanislaw Lem très célèbre dans l’Europe de l’Est. Il avait déjà fait l’objet d’un premier film réalisé par Andreï Tarkovski en 1972 sous le même titre « Solaris » qui inspira, en partie, Cameron lorsqu’il conçut Abyss.

Il s’agit d’un film de science-fiction plus proche de 2001, odyssée de l’espace que de Alien. Et il est d’ailleurs vraisemblable que certains, rebutés par sa lenteur, son univers réduit à quelques personnages et son récit à la fois simple et complexe, n’adhèreront pas au film, ce qui serait regrettable tant le projet est ambitieux et réussi. En revanche, d’autres seront sensibles, voire fascinés par un film envoûtant grâce à son scénario en forme d’énigme, à sa réalisation allusive et poétique, à ses images féeriques et à sa musique lancinante.

Le film – mais il faut attendre la fin pour le découvrir – est construit comme une boucle qui se referme évoquant ainsi le thème de l’éternel retour, de sorte que, sans déflorer les détails de l’histoire, on pourrait penser que le préambule du film en est aussi l’épilogue, et inversement. Toutefois, loin de tout schématisme narratif, la réalisation de Soderbergh s’appuie surtout sur une démarche poétique qui multiplie les signes et les résonances comme autant d’échos. C’est ainsi que le sang de la coupure au doigt que se fait le Dr Chris dans le préambule renvoie, d’une part, aux traces de sang qu’il découvre dans la station Prométhée et, d’autre part, à la nouvelle coupure au doigt qu’il se fait à la fin et qui, à l’opposé, ne saigne pas. Cette reprise, à trois « moments » du film - évocation uniquement visuelle de la souffrance du Dr Chris - signifie que cette souffrance est la même que celle des habitants de la station mais qu’elle a disparu au dénouement. Elle révèle qu’une sorte d’ « harmonie » – mot qui permet de ne pas divulguer la fin – a été retrouvée dans la réconciliation avec lui-même par l’acceptation de ses souvenirs au-delà du déséquilibre né d’une souffrance avivée par l’absence de la femme aimée et le désir de la retrouver.

On l’aura compris, ce voyage dans l’espace – somptueusement évoqué en raccourci par l’arrimage, lent et silencieux, de la navette Athéna et de la station orbitale Prométhée aux formes esthétiquement réussies – peut se lire comme une métaphore d’un voyage initié, à la faveur de songes nocturnes, au plus profond des personnages, à la recherche du temps passé, du sens de leurs actes et de leur destinée. Le thème du miroir, du reflet et du double s’impose à travers les signes qui jalonnent le film : réalité et présent (sur la Terre) / rêve et passé (sur la station Prométhée), bonheur et malheur / vie et mort. « Nous ne cherchons pas d’autres mondes, nous cherchons des miroirs », dit une voix qui résonne dans la station Prométhée, formulant ainsi l’échec de toute quête de l’autre. Or, cette recherche est bien celle de l’amour au sens le plus romantique du mot – l’amour de Tristan et Iseult ou de Romeo et Juliette. Un amour qui lie indissolublement Chris Kelvin et Reha (Natasha McElhone) jusque dans la tombe, au-delà même de la mort. D’autre part, de même que Kevin n’a pu empêcher le suicide de sa femme, de même il ne peut arriver à temps pour porter secours à son ami Gibarian. Le pessimisme est entier : l’homme est seul dans l’univers et sa quête des autres est vouée à l’échec car le temps altère toute chose (cf. les plans, à deux reprises, de gouttes de pluie qui s’écoulent, métaphoriquement, sur la vitre de la vie), et se transforme fatalement en sentiment de culpabilité de survivre à l’être aimé. Quant à la résurgence du passé - représenté visuellement pat Rheya qui se demande pathétiquement si elle n’est qu’une image des souvenirs de Kelvin ou une femme bien réelle -, elle ne peut que torturer davantage et ne s’effacer que dans la mort. Une autre voix sentencieuse énonce qu « ’il n’y a pas de réponses, il n’y a que des choix ».

Cette interrogation sur le sens de l’existence n’est qu’allusive et impressionne le film en filigrane au travers de la beauté de sa photographie et de la savante utilisation des couleurs. Soderbergh définit trois univers dans son film par la seule magie des couleurs : les scènes qui se déroulent sur la Terre se caractérisent par des teintes de feuille morte volontairement assombries propres à traduire la vie morne et mélancolique de Kevin sans sa femme ; l’intérieur de la station Prométhée à la magnifique dominante gris bleu acier restitue fidèlement la froideur inhumaine du monde technique ; Solaris, enfin, apparaît sous l’aspect fascinant de formes fluctuantes et de couleurs changeantes de camaïeux de mauves, de roses et de verts.

Cette symphonie de couleurs est en correspondance naturelle avec une magnifique partition musicale qui, retrouvant la respiration de l’océan matriciel originel, coule par vagues successives de flux et de reflux, tantôt lointaines et douces, tantôt proches et puissantes, qui nous berce et nous accompagne sur le chemin du film jusqu’au moment où l’enfant d’âge tendre tend la main (reprenant, en l’inversant, le geste du Créateur de la fresque de la Chapelle Sixtine peinte par Michel-Ange) à l’adulte harassé qui s’y agrippe en une magnifique ellipse qui ferme une autre boucle du film . Elle est d’ailleurs une réminiscence de l’ellipse de « 2001, Odyssée de l’espace » (l’outil préhistorique lancé dans les airs se transformant en vaisseau spatial) ; mais, conforme au propos de Soderbergh, elle concerne le seul individu quand celle de Kubrick portait sur l’espèce humaine. Ce film-symphonie pictural et musical ajoute, par effet de contraste, aux séquences qui se déroulent dans la station Prométhée un flux de sons sourds qui emplit l’espace et installe le spectateur dans le malaise. Bref, que ce soit au plan des couleurs ou des sons, Soderbergh oppose la double et étrange incompréhension de l’être humain dans ses rapports avec lui-même et avec la technique.

Distribution

  • Dr Chris Kelvin : George Clooney
  • Rheya : Natascha McElhone
  • Gordon : Viola Davis
  • Snow : Jeremy Davies
  • Gibarian : Ulrich Tukur
  • Le jeune garçon : Shane Kelton
 

Fiche technique

  • Réalisation : Steven Soderbergh
  • Scénario : Steven Soderbergh, d’après le scénario de Stanislaw Lemm
  • Directeur de la photographie : Steven Soderbergh, alias Peter Andrews
  • Musique originale: Cliff Martinez
  • Production : Lightstorm Entertainment / 20th Century Fox / Section *Eight / USA Films
  • Distribution :UFD
  • Durée : 94 minutes
  • Date de sortie: 2002

 

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Rédigé par nezumi dumousseau

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