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Publié le 12 Février 2009

12 février 2009, voici 30 ans tout juste que disparaissait Jean Renoir, mort  à Beverly Hills,  le 12 février 1979

Jean Renoir est né à Montmartre (Paris) le 15 septembre 1894.

Il est le second fils du peintre impressionniste Pierre-Auguste Renoir. Il apparaît sur de nombreuses toiles de son père, en particulier dans les bras de sa mère Gilberte ou aux cotés de son frère Claude (Coco)

Ses films, longtemps incompris et mésestimés, apparaissent aujourd'hui comme ayant profondément marqué les mutations du cinéma français entre 1930 et 1950, avant d'ouvrir la porte à la Nouvelle Vague du cinéma français.  


Jean Renoir à 5 ans
Tableau de Pierre-Auguste Renoir
@Musée de Limoges

Les débuts

Après des études médiocres, Jean Renoir s'engage dans le corps des dragons en 1912.
Soldat en 1914, il sert dans l'aviation à partir de 1916. Il rapporte de la guerre une blessure à la jambe qui le fit boiter toute sa vie. En 1920, il épouse l'un des modèles de son père, Andrée Heuchling, et s'installa comme céramiste.
La sortie, en 1921, du film d'Erich von Stroheim Folies de femmes (Foolish Wives) décide de la suite de sa carrière.
Soutenu par sa famille, il réalise son premier long-métrage, la Fille de l'eau (1924), une fable bucolique à l'esthétique impressionniste, dans lequel jouent sa jeune épouse -qui avait pris le pseudonyme de Catherine Hessling- et son frère aîné, Pierre Renoir.
L'accueil mitigé réservé au film ne décourage cependant pas le cinéaste, qui se lance peu après dans une production coûteuse, Nana (d'après Émile Zola, 1926), puis dans une série de réalisations aux inspirations très diverses (la Petite Marchande d'allumettes, d'après Andersen, (1928); Tire-au-flanc, comédie militaire, 1928) qui ne surent pas toujours convaincre le public.
En 1931 il réalise "On purge Bébé", d'après Feydeau, le tournage est bouclé en six jours seulement ( un exploit dans l'histoire du cinéma) et le film rencontre un vrai succès populaire.

La période réaliste

La Chienne (1931) marque un tournant dans œuvre de Jean Renoir. C'est un des premiers films parlants, adapté d'un roman de Georges de la Fouchardière. La Chienne offrait à Michel Simon l'un de ses plus beaux rôles , celui d'un petit-bourgeois jaloux, assassin et veule.
Après la Nuit du carrefour (d'après Georges Simenon, 1932), dans lequel Pierre Renoir interprétait le commissaire Maigret, le réalisateur tourne une série impressionnante de chefs-d'œuvre: Boudu sauvé des eaux (avec, de nouveau, Michel Simon, 1932), le Crime de M.Lange (avec Jules Berry, 1935), Une partie de campagne (1936, sorti en 1946) dont son neveu, Claude Renoir, signe la photographie, et les Bas-fonds (avec Louis Jouvet, 1936).
Puisant son inspiration dans les romans de Gorki ou dans les nouvelles de Maupassant, Jean Renoir fait preuve d'un sens aigu du réel, qu'il met au service d'un véritable naturalisme poétique.

L'engagement politique

Il fait peu à peu appel à des collaborateurs (Jacques Prévert, Roger Blin) qui donnent à sa production une dimension ouvertement politique, marquée par les idées du Front Populaire: La vie est à nous, (1936); le Crime de Monsieur Lange, la Marseillaise, (1936).
Cette tendance allait ouvrir la voie au néoréalisme italien.

Avant la Seconde Guerre mondiale, Jean Renoir essaye, avec "la Grande Illusion" (1937), de promouvoir un message de paix entre les nations européennes, en faisant tourner, en guise d'hommage, son père spirituel Erich von Stroheim aux côtés de Jean Gabin.

Dans la Bête humaine (1937), il s'efforce de mettre en scène les enjeux sociaux de l'époque.
Dans son chef-d'œuvre, la Règle du jeu (1939), il prévoyait l'effondrement des valeurs humanistes et brossait un tableau sans complaisance des mœurs de la société bourgeoise française.
Le film participe à la naissance d'un nouveau style cinématographique, aussi bien dans le découpage de l'espace que dans le montage discontinu du temps de l'action.

La période américaine

Devançant l'arrivée des troupes allemandes, il s'exile aux États-Unis en 1940 (laissant inachevée une adaptation de la Tosca par Victorien Sardou, qui sera finalement tournée par Carl Koch).
Jean Renoir prend la nationalité américaine. Il s'adapte difficilement au système hollywoodien, il réalise néanmoins plusieurs films de commande, notamment des films de propagande (Vivre libre! / This Land is mine, avec Charles Laughton en 1943; Salut à la France / A Salute to France, 1944) et des adaptations littéraires (le Journal d'une femme de chambre/ The Diary of a Chambermaid, d'après Octave Mirbeau, 1946), avant de partir en Inde tourner "le Fleuve" (The River, 1951), film en couleurs, contemplatif et serein, d'un humanisme parfois désenchanté. Ce film eut une influence durable sur le cinéma indien lui-même.

Les derniers films

De retour en Europe au début des années 1950, Jean Renoir tourne encore le Carrosse d'or (d'après Prosper Mérimée, 1952), French Cancan (avec Jean Gabin et Françoise Arnoul, 1955), Elena et les Hommes (avec Ingrid Bergman et Jean Marais, 1956) et le Caporal épinglé (d'après Jacques Perret, 1962), donnant ainsi le pendant désenchanté de "La grande Illusion".

Rencontrant des difficultés de plus en plus importantes à produire ses films, il se tourne alors vers la télévision (le Petit Théâtre de Jean Renoir, 1969-1971) et se consacre plus largement à l'écriture : il publie un livre sur son père, Renoir, mon père (1962), son autobiographie, Ma vie et mes films (1974), un essai (Écrits 1926-1971, 1974), quelques pièces de théâtre (Orvet, 1955) ainsi que plusieurs romans (les Cahiers du capitaine Georges, 1966; le Crime de l'Anglais, 1979).

En 1970, il prend sa retraite à Beverly Hills, où il meurt en le 12 février 1979.


Filmographie :

  • 1924 : La Fille de l'eau
  • 1924 : Catherine
  • 1926 : Nana
  • 1927 : Sur un air de Charleston
  • 1927 : Marquitta
  • 1928 : La petite marchande d'allumettes
  • 1928 : Tire-au-flanc
  • 1929 : Le Tournoi dans la citè
  • 1929 : Le Bled
  • 1931 : On purge Bébé
  • 1931 : La Chienne
  • 1932 : Boudu sauvé des eaux
  • 1932 : La nuit du carrefour
  • 1933 : Chotard et Cie
  • 1933 : Madame Bovary
  • 1935 : Toni
  • 1936 : Le Crime de M. Lange
  • 1936 : La vie est à nous
  • 1936 : Les Bas-Fonds
  • 1936 : Partie de campagne
  • 1937 : La Grande Illusion
  • 1937 : La Bête humaine
  • 1938 : La Marseillaise
  • 1939 : La Règle du jeu
  • 1941 : L'Étang tragique / Swamp Water
  • 1943 : Vivre libre / This Land is mine
  • 1944 : Salut à la France / A Salute to France
  • 1945 : L'Homme du Sud / The Southerner
  • 1946 : Le Journal d'une femme de chambre / The Diary of a Chambermaid
  • 1946 : La Femme sur la plage / The Woman on the Beach
  • 1951 : Le Fleuve / The River
  • 1953 : Le Carrosse d'or / The golden coach
  • 1955 : French Cancan
  • 1956 : Éléna et les hommes
  • 1959 : Le Déjeuner sur l'herbe
  • 1961 : Le Testament du docteur Cordelier
  • 1962 : Le Caporal épinglé
  • 1971 : Le Petit Théâtre de Jean Renoir (TV)

Les deux cinéastes que Truffaut admirait le plus et qui ont chacun eu une influence décisive sur son œuvre sont Jean Renoir et Alfred Hitchcock. 


Truffaut n’a pas écrit d’ouvrage sur Jean Renoir, mais il exprime son admiration pour ce cinéaste en

rédigeant l’introduction du livre que Jean Bazin, en 1971, lui consacre.

Il écrit notamment : « Je ne suis pas loin de penser que l’œuvre de Jean Renoir est celle d’un cinéaste infaillible... C’est grâce à la familiarité que Renoir a réussi à tourner les films les plus vivants de l’histoire du cinéma, ceux qui respirent encore quand on les projette quarante ans après leur tournage. » Il écrit également : " Ce n’est pas le résultat d’un sondage mais un sentiment personnel : Jean Renoir est le plus grand cinéaste au monde ".Et il ajoute : " Ce sentiment personnel, beaucoup d’autres cinéastes l’éprouvent également et d’ailleurs, Jean Renoir n’est-il pas le cinéaste des sentiments personnels ? "


En 1957, François Truffaut fonde sa propre maison de production, « Les films du Carrosse », Ce nom est un hommage direct au film de Jean Renoir : Le Carrosse d'or ( sorti en 1952). Ce film, tiré de l’œuvre de Mérimée, recourt aux conventions de la commedia dell'arte pour offrir une magistrale réflexion sur les frontières du théâtre et de la vie. Anna Magnani y est une inoubliable Camilla, courtisée par un vice-roi sud-américain, par un torero et par un acteur; repoussant ses trois galants, elle choisira finalement le théâtre.


Le cycle Antoine Doinel

Dans son introduction à son livre " Les aventures d'Antoine Doinel " Truffaut écrit : " C'est justement Renoir qui m'a appris que l'acteur jouant un personnage est plus important que ce personnage " et aussi " Antoine Doinel est devenu la synthèse de deux personnes réelles, Jean-Pierre Léaud et moi " tout en reconnaissant que "progressivement Antoine Doinel s'est éloigné de moi pour se rapprocher de Jean-Pierre "

De la même manière Renoir reconnaissait que Le Carrosse d'or avait été fortement influencé par l'actrice Anna Magnani et Elena et les hommes par Ingrid Bergman. Sur ce point l'opposition avec Hitchcock est totale. En effet celui-ci exigeait que l'acteur se soumette totalement au scénario et à la conception générale du film. Par contre Renoir modifiait régulièrement le plan de tournage et le scénario selon les impulsions de ses acteurs.

Le cycle Antoine Doinel (Les Quatre Cents Coups, Antoine et Colette, Baisers volés, Domicile conjugal et l'Amour en fuite) met donc en scène des personnages ordinaires ( issus de la vie de Truffaut et de Jean-Pierre Léaud) présenté de façon extraordinaire.

Dans les films de Renoir comme La Chienne et Le Crime de Monsieur Lange ( 1936) le réalisme et l'intimité sont suggérés par l'utilisation de cadres ajoutés comme des portes ou des fenêtres et par l'exploration d'une cour intérieure d'immeuble comme lieu central. Ces deux aspects symbolisent le fait qu'il existe une réalité complexe, au delà des cadres ou derrière les personnages secondaires qui sont rencontrés régulièrement dans la cour et les escaliers.
Cette méthode est reprise dans Domicile Conjugal où Antoine travaille au milieu de la cour et dialogue avec des personnages variés. Cette capacité à communiquer qui progresse au cours du film, marque une évolution dans le personnage d'Antoine Doinel, jusque là plutôt solitaire.


Romantisme et distanciation

Les deux films adaptés des romans d'Henri-Pierre Roché,Jules et Jim et Les deux Anglaises et le Continent doivent beaucoup au style et aux thèmes de Renoir, comme La Chienne (1931) ou Partie de Campagne (1936). Films sur les sentiments, ils évitent la mièvrerie par une certaine distanciation. Cette distance est introduite dans La Chienne via la marionnette qui en ouverture dit " Les personnages n'en sont ni des héros ni de sombres traîtres. Ce sont de pauvres hommes comme moi, comme vous. Il y en a trois principaux : lui, elle et l'autre "

Les deux films de Truffaut, autour du triangle, une femme et deux hommes pour Jules et Jim, deux femmes et un homme pour Les deux Anglaises, évitent la banalité par la distance introduite par un commentaire littéraire, volontairement neutre. Renoir comme Truffaut se gardent bien de juger leurs personnages, ils respectent leur liberté mais aussi leur vulnérabilité et leur souffrances, sans chercher à nous tirer des larmes.

Le caractère romantique et lyrique des images des Deux Anglaises et le Continent est volontairement tempéré par des commentaires distanciés. Le premier baiser de Claude et d'Anne dans son atelier est commenté par Claude: " Va-t-elle s'écrier, me donner une claque? mais non..." De même le premier rapport intime entre Muriel et Claude est décrit de façon clinique: "Le ruban éclata, après une résistance bien plus vive que chez Anne. .. Il s'agissait pour Claude d'armer Muriel-femme contre lui".


Un cinéma de la tolérance

Une autre caractéristique du cinéma de Jean Renoir est de nous donner en permanence une image de tolérance. La Règle du Jeu (1939) illustre parfaitement ce point: " Tout le monde a ses raisons" peut-on y entendre. Truffaut a toujours admiré ce film; dans sa jeunesse, il notait les films qu'il voyait et leur attribuait des étoiles. La Règle du Jeu avec 12 étoiles est en tète du palmarès.
Cette tolérance envers le comportement des individus se manifeste dans Le Dernier Métro où le réalisateur nous présente sans critique mais aussi sans complaisance Jean-Loup le metteur en scène homosexuel, Arlette la décoratrice lesbienne et aussi Marion, l'héroïne jouée par Catherine Deneuve,  infidèle  à son mari enfermé, en cédant à Bernard. Personne n'est jugé, ni approuvé, dans ce contexte là l'important est ailleurs. Ce qui provoque un drame dans La Femme d'à coté ( avec le même couple Deneuve- Depardieu ) importe moins que la survie du théâtre ou la résistance à l'occupant.
De même dans La Nuit Américaine, pendant le tournage du film à l'intérieur du film, chacun a ses problèmes et Ferrand le réalisateur (Truffaut lui-même) sauve sa réalisation en évitant de porter des jugements ou de prendre partie dans les intrigues qui se nouent. Le docteur Nelson, époux de Julie, vient au secours du tournage en se montrant compréhensif lors de la liaison entre sa femme et Alphonse, l'acteur principal (J.P.Léaud). Même la mort accidentelle (perturbation extrême!) d'Alexandre n'empèche pas son achèvement.
 

Dans un article Truffaut écrit : « N’oublions jamais que les idées sont moins intéressantes que les êtres humains qui les inventent, les modifient, les perfectionnent ou les trahissent... » et se sont surtout les liens personnels qu’il a su nouer avec ses maîtres qui lui ont permis de devenir un artisan habile à la façon d’Hitchcock et un poète humaniste et généreux à la manière de Renoir.


Extraits de la préface de François Truffaut au "CinéRomanPhoto" La Grande Illusion,
Paru chez BALLAND

La Grande Illusion est un des films les plus célèbres du monde, un des plus aimés; son succès a été immédiat dès 1937 et pourtant ce fut, pour Jean Renoir, l'un des plus difficiles à entreprendre, comme il le raconte lui-même dans son livre de souvenirs " Ma Vie et mes Films " :
" L'histoire de mes démarches pour trouver la finance de la Grande Illusion pourrait faire le sujet d'un film. J'en ai trimballé le manuscrit pendant trois ans, visitant les bureaux de tous les producteurs français ou étrangers, conventionnels ou d'avant-garde. Sans l'intervention de Jean Gabin, aucun d'eux ne se serait risqué dans l'aventure. Il m'accompagna dans quantité de démarches. Il se trouva finalement un financier qui, impressionné par la confiance solide de Jean Gabin, accepta de produire le film ".

…../….

Bien des gens se sont interrogés sur la signification du titre : la Grande Illusion que Renoir n'a donné à son film qu'après l'avoir tourné et pourtant il suffit de bien écouter les dernières phrases du dialogue, lorsque Maréchal (Jean Gabin) et Rosenthal (Marcel Dalio) vont se séparer dans la neige à la frontière suisse :

Maréchal : Il faut bien qu'on la finisse cette putain de guerre... en espérant que c'est la dernière.

Rosenthal : Ah, tu te fais des illusions !

La Grande Illusion c'est donc l'idée que cette guerre est la dernière mais c'est aussi l'illusion de la vie, l'illusion que chacun se fait du rôle qu'il joue dans l'existence et je crois bien que La Grande Illusion aurait pu s'appeler La Règle du Jeu (et inversement), tant il est vrai que ces deux films, et bien d'autres de Jean Renoir, se réfèrent implicitement à cette phrase de Pascal qu'il aime à citer : " Ce qui intéresse le plus l'homme, c'est l'homme".


Une des affiches françaises
Si la carrière de Jean Renoir n'a pas toujours été facile, c'est que son travail a toujours privilégié les personnages par rapport aux situations dramatiques. Or, La Grande Illusion déroulant son action dans deux camps de prisonniers, la situation forte, toujours souhaitée par le public, était créée automatiquement : tout peut arriver dans un camp de prisonniers où même les menues actions de la vie quotidienne prennent l'intensité de péripéties exceptionnelles.
Pour les mêmes raisons le public a accepté et apprécié dans La Grande Illusion bien des composantes du style de Jean Renoir qu'il avait refusées ou boudées dans des films précédents: les changements de ton, le goût des généralités dans le dialogue, les paradoxes et surtout un sens très fort des aspects baroques de la vie quotidienne, ce que Jean Renoir appelle la "féerie de la réalité".

affiche américaine

…../……

On ne trouvera pas dans la Grande Illusion une seule remarque, un seul détail qui serait négatif ou péjoratif pour l'Allemagne, la guerre elle-même y est montrée sinon comme un des beaux-arts au moins comme un sport. A un personnage qui s'excuse en disant : " C'est la guerre ", de Boeldieu répond " Oui, mais on peut la faire poliment " et à Penelope Gilliatt qui le questionnait trente ans plus tard pour le New- Yorker, Jean Renoir devait répondre : "En faisant la Grande Illusion, j'étais contre la guerre mais pour l'uniforme ".

Jean Renoir est donc une intelligence libre, un esprit de tolérance et pourtant, malgré le très grand succès de la Grande Illusion, bien des censures s'exercèrent contre ce film. Projeté au Festival de Venise 1937, le jury n'osa pas lui décerner le Grand Prix (qui alla à Carnet de Bal de Duvivier) et inventa un prix de consolation. Quelques mois plus tard, Mussolini interdisait purement et simplement le film que Goebbels en Allemagne se contentera dans un premier temps d'amputer de toutes les scènes où le personnage de Dalio exprime la générosité juive.

En France, par contre, lors de la reprise en 1946, le journaliste Georges Altman se déchaînera contre le film qu'il accusera d'antisémitisme. A cette époque de l'immédiate après-guerre, toutes les copies de la Grande Illusion qui circulent à travers le monde sont incomplètes, ici et là amputées de scènes différentes, et il faudra attendre 1958 pour que Jean Renoir puisse restaurer enfin la copie dans son intégralité.
Les manieurs de ciseaux n'avaient pas su voir, contrairement à André Bazin que " le génie de Renoir, même quand il défend une vérité morale ou sociale particulière, c'est de ne jamais le faire non seulement aux dépens des personnages qui incarnent l'erreur mais même aux dépens de leur idéal. Il donne aux idées comme aux hommes toutes leurs chances ".

En 1958, on a lancé à Bruxelles un questionnaire international pour déterminer " Les douze meilleurs films du monde " et la Grande Illusion a été le seul film français figurant sur la liste finale, cette Grande Illusion qui avait été, pour Jean Renoir, émigrant aux États-Unis en 1940, le meilleur passeport, la carte de visite prestigieuse qui devait lui permettre de poursuivre sa carrière interrompue par la guerre : " Hugo Butler à qui on avait parlé de moi comme metteur en scène possible (pour The Southerner), aimait la Grande Illusion et il était prêt à accepter mes suggestions.
Sacrée Grande Illusion ! Je lui dois probablement ma réputation. Je lui dois aussi des malentendus. Si J'avais consenti à tourner de fausses Grandes Illusions, j'aurais probablement fait fortune".

Jean Renoir tout au long de sa carrière s'est donc moins intéressé à filmer des situations que des personnages et - je vous invite ici à vous remémorer l'attraction foraine qui s'appelle le " Palais des Miroirs " - des personnages qui cherchent la vérité et se cognent aux vitres de la réalité. Jean Renoir ne filme pas directement des idées mais des hommes et des femmes qui ont des idées et ces idées, qu'elles soient baroques ou dérisoires, il nous invite ni à les adopter ni à les trier mais simplement à les respecter.
Quand un homme nous paraît ridicule par son obstination à imposer une certaine image solennelle de sa place dans la société, qu'il s'agisse d'un politicien " indispensable " ou d'un artiste mégalomane, on sait bien qu'il perd de vue le bébé râleur qu'il était dans son berceau et le vieux débris râlant qu'il sera sur son lit de mort. Il est clair que le travail cinématographique de Jean Renoir ne perd jamais de vue cet homme démuni, soutenu par la Grande Illusion de la vie sociale, l'homme tout court.

François Truffaut, 1974

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 19 Janvier 2009


Musée haut, musée bas film français réalisé par Jean-Michel Ribes sorti en  2008. Il est tiré de la pièce de théâtre du même auteur, Musée haut, musée bas (2004).


Le film montre un vaste échantillonage de personnages qui s'entrecroisent dans un musée imaginaire, encyclopédique, exhaustif, le musée de tous les musées. Lieu quasi unique, arpenté du sous-sol aux combles, où s'observent les mille et une manières, "beauf" ou pédante, émerveillée ou déroutée, de « vivre » l'art, que ce soit coté spectateurs, artistes ou employés du musée, directeur, gardiens ou manutentionnaires. Divers touristes galopent d'une salle à l'autre, le tout sous l'oeil avisé du conservateur, terrorisé par les plantes vertes et la Nature en générale. Il rajoute, inversant l'aphorisme de Platon: La Nature n'est qu'une pâle imitation de l'Art.


Jean-Michel Ribes ne se limite pas à la critique du public devant l’œuvre. L’auteur préfère ouvrir son propos, envisager les autres perspectives, celles des gardiens de musée, de l’artiste, du critique, de l’œuvre d’art elle-même. La mise en abîme est brillante, elle fonctionne à plein, et ces reflets de miroir sont autant de sources du rire. Rien n’est laissé de côté, tout ce qui se rapporte de près ou de loin au musée fait l’objet d’une scène particulière.

Les Gardiens
Les Gardiens

Les dialogues sont quelquefois de pures merveilles la tirade lasse de Luchini en gardien épuisé par la beauté qui l'entoure est criante de vérité; Dussollier est hilarant en ministre très « Jack Lang » inaugurant d'un air hébété une expo de photos de sexes masculins ; et les apparitions de Valérie Lemercier à qui l'auteur a réservé cette réplique fondamentale : « J'adooore cette période qui va... de Vinci à Warhol. » sont savoureuses.


Conscient que l’art est partout, dans le métro comme à Beaubourg, qu’une sorte d’esthétisation générale recouvre la cité et s’empare des gens et de leur langage sans qu’ils s’en rendent compte, il y a une voiture Picasso, n’importe quel acte est surréaliste et que dire de ce tee-shirt baroque, un peu comme la psychanalyse l’a fait dans les années 1960, Jean-Michel Ribes s'amuse de cette diffusion tout azimut de l’art. Dans le combat qui oppose nature et culture, il pense que le discours lénifiant de l’écologie comme salvation de l’homme est non seulement barbant mais dangereux pour l’art, c’est-à-dire l’artifice, qui nous a sorti des cavernes et nous a sauvé.

Le film n'est pas parfait. On peut regretter le montage, qui donne une impression un peu trop hachée. Et la fin, en forme d'Apocalypse et de Déluge, n'est pas forcément celle que l'on aurait pu imaginer.


Si le réalisateur s'intéresse dans ce film aux grandes œuvres artistiques de notre Histoire, il s'amuse avant tout à brosser le portrait de ceux qui les admirent, les détestent ou les jugent parfois avec intelligence, d'autres non. Il enchaine alors les séquences délirantes, partagées entre absurde et folie, il dresse aussi, sans réellement prendre partie, un aperçu critique de l'Art contemporain.


Car son film est bourré de références qui sont autant de questionnements. Sans adhérer à la thèse hégélienne selon laquelle seules les œuvres d’art d’un passé révolu ont réussi et ont eu pour destination propre de manifester un absolu, le réalisateur, pourtant très proche des milieux artistiques d'avant-garde repose la question du caractère "absolu" de certaines productions artistiques.


Sans relever toutes les allusions contenues dans le film, on retrouve l'urinoir du Duchamp (Fontaine 1917) d'ailleurs relégué dans les toilettes. De la même façon on peut retrouver les peluches entassées d'Annette Messager , la vie considérée comme une œuvre de Sophie Calle ou celle d'Orlan, qui se fait volontairement charcuter ainsi que Gilbert et Georges qui ont pu servir de modèle à Sulki et Sulku.


Enfin Piero Manzoni et sa "merde d'artiste" historique sont évoqués dans le film, mais non montrés (ils sont dans la salle d'à coté...).


Les ŒuvresLes peluches,  Sulki et Sulku

Par comparaison


les peluches entassées d'Annette Messager


Distribution


Fiche technique

  • Titre original: Musée haut musée bas
  • Réalisateur: Jean Michel Ribes
  • Scénario : Jean-Michel Ribes, d'après sa pièce
  • Dialogues : Jean-Michel Ribes
  • Musique : Gilles Legrand
  • Production : Dominique Besnehard, Gilles Legrand
  • Durée : 107 minutes
  • Sortie : 19 novembre 2008

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 23 Août 2008

J'ai enfin vu tous les films de François Truffaut. Alors que certains comme Le Dernier Métro sont assez souvent diffusés, d'autres sont beaucoup plus difficiles à voir.

C'est particulièrement le cas, pour d'obscures raisons d'exploitation,  de Une belle fille comme moi . Remercions donc la cinémathèque de la rue Champolion (Paris 5ème) d'avoir programmé une intégrale Truffaut (jusqu'au 2 septembre 2008 profitez en!

Et malgré une copie de très médiocre qualité, j'ai pris un plaisir certain à ce spectacle.

Un jeune sociologue, Stanislas Prévine, préparant une thèse sur la criminalité féminine, se rend à la prison interroger Camille Bliss, une belle fille accusée de divers crimes et tentatives de meurtres. Il se rend à l'évidence que les amants de Camille ne durent pas. Elle prononce une phrase bizarre à ce sujet: " Mettez-vous à ma place, j'avais quatre mecs sur les bras, j'aurais pas couché avec eux sans raison, j'suis pas comme ça, moi! "

Déjà enfant, Camille ne fut peut-être pas étranger à la mort accidentelle de son père. Plus tard, elle se fait épouser par un rustre, Clovis Bliss, dont la mère cache un magot. En attendant de trouver les sous, Camille, fatiguée par son nigaud de mari, prend pour amant un chanteur, Sam Golden, qui prend son plaisir en écoutant un enregistrement de course de voitures....

Après des films graves, François Truffaut éprouve le besoin de prendre vivement le contrepied de la manière dont il a représenté les extrémités et les contradictions du sentiment amoureux, de se moquer de lui-même, ainsi qu'il le dira à la sortie d'Une Belle Fille comme moi. Il ne s'agit pas seulement d'autodérision, mais plus simplement d'une autre facette de lui-même qu'il a moins souvent montrée, plus potache et blagueuse, faite d'insolence, de vulgarité et de crudité joyeuse, assortie d'un goût du calembour à deux sous.

Une autre facette connue de ses proches et de ses amis, plus volontiers libérée dans certaines de ses lettres parsemées de jeux de mots, ou dans les articles d'érotomane qu'il écrivait parfois pour les Cahiers du cinéma et signait en général du nom de Robert Lachenay, mais plus rarement exploitée ouvertement dans ses films, sinon par intermittences, notamment dans Tirez sur le Pianiste. En s'entourant pour l'accompagner dans cette aventure d'excellents comédiens dont il sait qu'ils joueront jusqu'au bout avec lui la farce avec sincérité, il décide d'y aller franchement, de s'en donner à cœur joie, mais le public sera surpris et le film sera, à sa manière, aussi mal compris en 1972 que les Deux Anglaises l'année précédente.

Dans ce film le dialogue est absolument particulier : il ne s'agit presque jamais de dialogue informatif mais en réalité d'un argot à la fois très moderne et très poétique qui assure une très grande partie de sa force comique.

Cette identité du langage, Truffaut l'a scénarisée et mise en scène à l'intérieur même du film, lorsque Stanislas montre à Camille les épreuves de son livre. Surprise de Camille se lisant : «" cet enfoiré de Clovis, j'ai bien vu qu'y voulait encore me chanter Ramona, alors j'ai couru pour aller m'enfermer aux chiottes, seulement voilà, y m'a attrapée au passage et y m'a balancée au travers du pageot" Oh dis donc, c'que c'est mal écrit, j'croyais qu'vous étiez professeur... Alors vous avez rien corrigé du tout?». El Stanislas de répondre : Mais, Camille, c'est votre langage, il est à vous, il est aussi personnel que vos empreintes digitales.

La forme est assez déroutante avec des flash-back en série, qui permettent de souligner les décalages entre le récit entendu et les images montrées. La parole peut être un outil redoutable, mais aussi un piège pour celle qui la manipule.


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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 6 Juillet 2008

Le Festival International du Film de La Rochelle, c'est une histoire de plus de 30 ans entre une ville au début de l'été, un public curieux et enthousiaste, et des films venus du monde entier.
Le programme du Festival International du Film de La Rochelle se veut, chaque année, éclectique, géographiquement et thématiquement divers, exigeant et équilibré. Le Festival maintient son refus de compétition, de prix et de jury, dans une volonté de comparaison plutôt que de confrontation. les acteurs, ou réalisateurs sont présents, sans enjeux, dans le seul but de rencontrer des cinéphiles. Et quelle plaisir de découvrir de nouveaux talents comme les belges Joachim_Lafosse ou Bouli_Lanners ou encore la franco-libanaise Danielle_Arbid,
Redécouvrir sur grand écran, dans une très belle salle, le grand Nicholas_Ray trop souvent vu dans des conditions médiocres est aussi une joie entière.

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 18 Juin 2008

Dans un précédent article,  je souhaitais l'avènement d'un nouveau souffle du cinéma français.

Arnaud Deplechin peut en être le porte-drapeau. Après des débuts post-soixante-huitards et verbieux, il nous a donné Rois et reine, encore un peu hésitant, mais plein de qualité et à Cannes, le magnifique film au titre un peu trompeur Un conte de Noël.  Ce film aurait logiquement dû être récompensé, mais comme la Palme d'or est déjà revenu à un film français...

Ce sont des personnages à la fois ordinaires et exceptionnels que le cinéaste se plait ici à décrire, ce sont des chassés-croisés, des moments de vie, des dialogues, des réflexions. Il n'y a pas de coup de théâtre, ni de moments vraiment intenses, mais une exploration complète des relations interpersonnelles. Sous le prétexte de la thématique des retrouvailles, le réalisateur peint un tableau splendide et intelligent de la famille dans tous ces états.

Rien n' échappe au réalisateur: les relations mère/fils, l’éternelle quête de reconnaissance des enfants, les luttes fratricides, le deuil d’un enfant, la perte d’une épouse, les non-dits, la maladie, les sempiternels repas et même l'absurdité de certaines positions de la communauté juive, à travers le personnage de Faunia . Arnaud Desplechin, architecte des destinés de ses héros, bâti pierre par pierre son édifice, y incrustant une mulltitude de références cinématographiques, musicales, littéraires et mythologiques. Autour de personnages travaillés et de scènes originales qui portent davantage à la réflexion qu’à l’identification, le cinéaste met en scène sa Divine Comédie.

Deplechin  reprend le quatuor Emmanuelle Devos, Mathieu AmalricCatherine Deneuve et   Jean-Paul Roussillon
qui avait déjà fonctionné dans Rois et reine. Seule peut-être Catherine Deneuve est en dessous de sa réputation, elle est crédible en mère haïssante, beaucoup moins en malade condamnée.

*Voir la fiche complète : Un conte de Noël


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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 9 Mai 2008

Le triomphe de la décennie, voire du siècle semble devoir être le film Bienvenue chez les Ch’tis de Danny Boon, qui rappelle étrangement les succès régionalistes du Bourvil débutant : Pas si bête ou Le Trou normand,  films difficilement regardables aujourd'hui. De fait ce film a un scénario très faible, prévisible. Une façon de tourner qui date de plus de 60 ans, linéaire, sans aucune invention. Certains téléfilms ou même des séries sont plus inventives!
  
Dans un bond en arrière d'un demi-siècle, le cinéma français est redevenu, aujourd'hui, exactement ce qu'il était au milieu des années 50. Professionnel et asphyxié. Englué dans cette « qualité France » que fustigeaient des critiques comme André Bazin et de futurs cinéastes comme François Truffaut.

La Flandre française bafouée

Le choix de Bergues pour ce film est un contre-sens. C’est   le résultat d’une ignorance crasse de l’Autre Culture Régionale des Pays-Bas français. Bien sûr on voit d’autres villes dans ce film, mais avec un titre pareil (‘Bienvenue chez les Ch’tis’) le lieu de tournage principal ne pouvait en aucun cas se trouver entre la Lys et la Mer du Nord ! Quand on songe que Dany Boon est originaire d’Armentières, ville située juste au sud de la Lys 
Les enfants de Bergues comprendront qu’ils sont ch’tis. Peut-être rejoueront-ils entre eux les meilleures répliques du film… Ils pourront dire aux enfants de Hoymille ou de Warhem : ‘T’es d’min coin ti’…

Rappelons  par ailleurs que Dany Boon a prêté sa voix (et son bel accent) pour une pub de Mac Donalds (le symbole de la mal’bouffe) diffusée sur TF1 (la chaîne du temps de cerveau disponible).
Ou l’alliance de la pseudo culture ch’ti, de TF1 et de Mac’Do… la boucle est bouclée.

C’est le moment de vous recommander  de voir ou revoir  ‘Quand la mer monte’ avec Yolande Moreau. Ce film présente aussi la Flandre Maritime, mais il est drôle, sensible, intelligent, anti-commercial (pas diffusé dans les multiplexes)…en un mot : l’anti ‘Bienvenue chez les Ch’tis’.

Projection à l'Élysée

Le film a bénéficié d'une projection privée au Palais de l'Élysée le 15 avril 2008 à 19h pour que le président de la République française Nicolas Sarkozy puisse le visionner. Le film a été projeté en présence du Président et de Carla Bruni-Sarkozy, ainsi que les deux ministres "Ch'tis" du gouvernement : Jean-Louis Borloo et Valérie Létard .

Ce n'est que la quatrième fois que ce type de projection privée est organisée : la première par le Général de Gaulle, qui avait fait aménager la salle de projection privée de l'Élysée afin de visionner la Grande Vadrouille, puis par François Mitterrand en 1994 pour Paris, Texas et par Jacques Chirac en 2001 pour Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain.

Cette liste est significative : populaire et patriote pour de Gaulle, philosophe et intellectuel pour Mitterrand, un peu kitch pour Chirac et nul, plat et vulgaire pour Sarko

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 27 Mars 2008

Le triomphe de l'année semble devoir être la  comédie gentillette Bienvenue chez les Ch’tis de Danny Boon, qui rappelle étrangement les succès régionalistes du Bourvil débutant : Pas si bête ou Le Trou normand,  films difficilement regardables aujourd'hui. 

A qui la faute ? à la télé, cette sœur ennemie qui, à force d'embrasser le cinéma, l'a étouffé sous l'insignifiance. Aux artistes, qui se sont mis à tourner autour de leur nombril. Et puis aux décideurs qui préféreront toujours un comique ou un romancier débutant prudemment dans la mise en scène à un cinéaste, un vrai, se posant de vraies questions de cinéma.

 Dans un bond en arrière d'un demi-siècle, le cinéma français est redevenu, aujourd'hui, exactement ce qu'il était au milieu des années 50. Professionnel et asphyxié. Englué dans cette « qualité France » que fustigeaient des critiques comme André Bazin et de futurs cinéastes comme François Truffaut.

Sépia plein les doigts de Vincent Delerm   en  2006  ("Piqures d'araignées") l'avait bien senti venir avec le succès du film Les Choristes,

Tiens, tiens, les belles images
Les enfants du marécage
Le vrai goût des vrais fruits
Dans une vraie épicerie

Tiens ça repart en arrière
Noir et blanc sur poster
Maréchal nous voilà !
Sépia plein les doigts

A quoi elle pense
En s'endormant
Cette jolie France ?
Confiture Bonne-Maman
Elle pense pareil, pareil qu'hier
Avant Simone Weil
Avant Badinter


Deux cents films produits par an, en France.   Mais à quoi servent-ils, s'ils se ressemblent tous ? Petits polars qui singent les séries télé américaines, petites comédies ringardes et interchangeables.

Pourquoi  La Graine et le mulet d'Abdellatif Kechiche, pourtant assez maladroit a-t-il trusté les César  ? C'est qu'il n'y a rien d'autre à récompenser, dès lors qu'on reste fidèle à un cinéma audacieux. Qui soit un art et pas simplement une industrie. On se refuse à croire qu'il n'y ait pas, en France, un Nuri Bilge Ceylan (Les Climats ) pour nous parler des sentiments. Ou un Fatih Akin (De l'autre côté ) pour nous donner, selon l'expression de Téchiné, « des nouvelles du monde ».  Mais comment a fini la triste « qualité France »? Noyée, à bout de souffle, dans la  "Nouvelle Vague" en 1958. Alors, on attend, on espère qu'elle viendra vite...

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 21 Mars 2008

L'Heure d'été , film français d'Olivier Assayas , sorti en 2008

Dossier complet

Dans la belle maison familiale, Frédéric, Adrienne, Jérémie et leurs enfants fêtent les 75 ans de leur mère, Hélène Berthier, qui a consacré toute son existence à la postérité de l'œuvre de son oncle, le peintre Paul Berthier et qui s'est empressé de reprendre, à la mort de son mari, son nom de jeune fille, et par là même, celui de son oncle.

Frédéric, le fils aîné, est un économiste un peu austère et casanier. Il vit en Région Parisienne et accepte timidement de passer à la radio pour parler de son livre. Adrienne est la fille pas encore mariée, artiste-désigner vivant entre la France et les États-Unis. Jérémie est un jeune commercial travaillant en Asie pour le compte d'une marque de chaussures de sport , marié à une femme soumise qui l'admire. Tout est si gai et léger que ce portrait de famille tel qu'on en rêve aurait presque quelque chose de factice.

C'est Hélène, en prenant à part son fils aîné pour évoquer avec lucidité sa mort, qui infléchit insensiblement ce tableau qui pourrait passer pour mièvre. Elle s'inquiète devant lui, qui fait tout pour ne pas l'entendre, du sort de la collection personnelle de son grand-oncle, Paul Berthier, peintre connu du début du XXe siècle, et figure tutélaire de la maison qui les accueille. Mais elle envisage de faire le voyage de San-Francisco pour une exposition rétrospective consacrée à Paul Berthier. Le premier mouvement s'achève, avec le départ des enfants laissant leur mère à sa solitude dans le clair-obscur de cette demeure.

Le second mouvement s'ouvre sur la suite funeste de la conversation entre Hélène et Frédéric. Hélène morte, ses enfants se réunissent pour se séparer aussitôt : Frédéric, qui pensait que la conservation de la maison et du patrimoine familial était une évidence, est désavoué par sa sœur, qui annonce la nouvelle de son mariage aux États-Unis, et par son frère qui s'installe en Chine pour assurer le développement de sa carrière. Ils ont tous les deux besoin d'argent et aimeraient disposer de l'argent de l'héritage.

Mais contrairement à ce que pourrait laisser présager cette situation classique, la divergence sur l'héritage ne devient pas une source de conflit entre les enfants, mais plutôt une occasion pour chacun de mieux appréhender sa différence avec l'autre, de mesurer la divergence de leur parcours à partir d'un même point de départ. On apprend même, au détour d'une confidence, que la vénération d'Hélène pour son oncle, n'était pas platonique

La vente de la collection Berthier, liée à une dation à l'État afin de payer les droits de succession, occupe la suite des opérations. A travers diverses scènes, tragi-comiques comme l' arrivée macabre des experts du Musée d'Orsay qui attendaient ce moment de longue date, le démembrement de la maison et le démantèlement de la collection, l'exposition des objets au regard morne de la visite guidée, se dessine une passionnante mise en miroir du destin des hommes et de celui des œuvres. Une idée belle et cruelle s'en dégage, qui place les uns et les autres sous les auspices de la dépossession, de la perte et de la transformation.

Le dernier mouvement, très court, est une reconquête, qui voit les adolescents de la famille s'emparer de la demeure vide pour y organiser une dernière fête. Filmée en caméra portée avec fluidité, cette séquence a ceci de bouleversant qu'elle nous montre, en les mêlant, la tristesse éprouvée par la fille de Frédéric de quitter ce lieu et l'exaltante consolation de l'amour naissant qui l'attache à son petit ami, et la rapproche émotionnellent de sa grand-mère disparue. Celle-ci lui ayant confié le secret de ses amours incestueuses avec son oncle, le célèbre peintre. C'est avec l'image de ces deux jeunes gens escaladant un muret que le film nous laisse. L'élévation élégiaque et prospective de la caméra qui les accompagne nous laisse penser qu'ils sont les véritables dépositaires de l'héritage de cette maison.

Après une trilogie marquée par les mutations du monde et la globalisation galopante, filmée de façon dynamique et parfois violente, Olivier Assayas revient à un cinéma beaucoup plus intimiste. Un film lumineux, où chacun peut retrouver l’écho de sa propre expérience familiale. Comme ce téléphone, trop moderne, offert pour l'anniversaire, et qui restera dans sa boîte jusqu'à la fin, faute d'un effort d'installation par les plus jeunes. Olivier Assayas évoque les strates du temps et la rupture entre les générations dans un film sensible mais sobre. Ce film est une réflexion sur le deuil et l’héritage qui touche à l’universel.

Ce douzième long métrage est sans doute celui qui tient la note la plus juste et la plus vibrante dans l'histoire intime et générationnelle écrite par Olivier Assayas. Une œuvre qui explore les relations entre l'art et la culture, le passage dangereux de la sphère intime au domaine public, pourtant indispensable quand les derniers témoins directs de l'acte de création disparaissent. A ces divers égards, L'Heure d'été est une admirable réussite.

Déclarations d' Olivier Assayas

J’avais complètement coupé avec le cinéma intimiste depuis ‘Les Destinées sentimentales’, un film écrasant avec ce qu’il supposait d’immersion dans le début du XXe siècle, à la fois dans une culture et une histoire qui n’étaient pas les miennes mais que je me suis néanmoins appropriées. Arrivé au bout, je me suis dit qu’il fallait que j’aille ailleurs, et pendant longtemps je n’ai eu envie de faire que des films très contemporains. Avec le temps, le besoin de revenir à des choses élémentaires a fait son chemin. J’ai grandi à la campagne et elle me manquait. J’avais l’impression d’être parti dans une sorte de fuite en avant, laissant derrière quelque chose qui m’importait. D’autre part, je pense que la disparition de ma mère m’a presque imposé de faire ce film.

Mon film se place symboliquement au carrefour de l’art, de la nature et de l’humain. L’impressionnisme est né de la rencontre avec l’idée de la peinture asiatique, d’un rapport au monde qui est celui de l’artiste asiatique, historiquement. Et pour ce film, c’est dans ce monde-là que j’ai voulu me placer, en me positionnant en pendant du travail de Hou Hsiao Hsien (voir Les Fleurs de Shanghai (Hai shang hua) , 1998). Il y a dans ce rapport à la famille, à l’histoire, à la nature, au passage du temps, un langage plus asiatique que français. D’ailleurs je crois que c’est en Chine que le film a été vu pour la première fois, et il a provoqué un déclic, une sorte de familiarité immédiate.

Distribution

  • Juliette Binoche : Adrienne Marly
  • Charles Berling : Frédéric Marly
  • Jérémie Rénier : Jérémie Marly
  • Édith Scob : Hélène Berthier
  • Dominique Reymond : Lisa Marly
  • Valérie Bonneton : Angela Marly
  • Isabelle Sadoyan : Éloïse
  • Kyle Eastwood : James
  • Alice de Lencquesaing : Sylvie Marly
  • Émile Berling : Pierre Marly
  • Jean-Baptiste Malartre : Michel Waldemar
  • Gilles Arbona : Maître Lambert

Fiche technique

  • Réalisation : Olivier Assayas
  • Scénario et dialogues : Olivier Assayas
  • Directeur de la photographie : Eric Gautier
  • Montage : Luc Barnier
  • Producteurs : Marin Karmitz, Nathanaël Karmitz, Charles Gilibert
  • Production : MK2 Production, France
  • Distribution : MK2 Diffusion, France
  • Durée : 100 minutes (1h 40min)
  • Date de sortie : 5 Mars 2008

 

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 4 Mars 2008


tous des assassins
J’ai revu avec plaisir (merci la TNT) le film d’André Cayatte ” Nous sommes tous des assassins”, sorti en France en 1952 et qui reste un modèle de plaidoyer contre la peine de mort.
On y voit le jeune Mouloudji et Raymond Pellegrin et une foule d’autres bons acteurs.

Voir une fiche détaillée sur ce film

Le titre signifiait qu’à l’époque, la peine de mort, appliquée “au nom du peuple Français", rendait tous les citoyens complices de ce meurtre légal.
Heureusement grâce au courage de François Mitterand et de Robert Badinter en 1981, la peine de mort n’est plus qu’un mauvais souvenir en France et désormais en Union Européenne.

Mais n’oublions pas que de nombreux pays sont toujours des partisans acharnés de cette sanction barbare et inefficace. Au premier rang de ceux-ci, les États -Unis de Georges Bush et la Chine qui va accueillir les Jeux Olympiques de 2008, dans la joie et la bonne humeur !!

Pour en savoir plus le site d’Amnesty International France

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 29 Février 2008

Algérie, histoires à ne pas dire film franco-algérien de Jean-Pierre Lledo , sorti en 2007 (2008 en France)

 

En retournant vers leurs origines, d'est en ouest, de Skikda à Oran, du début à la fin de la guerre d'indépendance, ils reconstituent un portrait inédit de l'Absent. Méfiance, peur et malheur, les relations intercommunautaires n'ont-elles pas été aussi attraction, respect, reconnaissance et souvenirs heureux ? Malgré les discriminations et les dégâts du colonialisme, un nouveau corps fait d'emprunts mutuels n'avait-il pas commencé à se constituer, à l'insu même de ses différentes composantes ? La douleur fantôme de l'amputation, chez ceux qui étaient partis comme chez ceux qui étaient restés, n'en révélait-elle pas la réalité ? Une Algérie multiethnique, libre et fraternelle n'était-elle pas possible ? Entre haines et fraternités, avec nos personnages nous refaisons le cheminement universel de la tragédie, lorsqu'aux protagonistes, le dénouement semble s'imposer.

En compagnie d'Algériens épris de vérité, à la fois témoins et enquêteurs, Jean-Pierre Lledo réveille en quatre chapitres le souvenir d'une fraternité ensevelie sous la haine. Ainsi, Katiba, animatrice d'une émission de radio, raconte le Bab el-Oued de son enfance, où pieds-noirs et « musulmans » marchaient sur le même trottoir. L'agronome Aziz, dont la famille a été en partie massacrée par l'armée française, évoque avec émotion le colon qui l'a sauvé. Mieux encore que leurs souvenirs, leur langue témoigne d'une mixité aujourd'hui disparue : étonnant babélisme qui brasse des sonorités françaises, espagnoles, arabes.

Sans jamais occulter le contexte de l'occupation, Jean-Pierre Lledo ose briser les tabous. Devant sa caméra, une ex-combattante justifie les attentats contre les civils au nom de la libération nationale. Un ancien fellaga raconte en détail la tuerie aveugle des colons de Philippeville, le 20 août 1955. Un Oranais soupire au souvenir du massacre des Espagnols, le 5 juillet 1962 : « C'était eux ou nous. »

Jean-Pierre Lledo déclare:

Ce film se situe vraiment dans le prolongement des précédents. Je poursuis mes interrogations sur l’identité algérienne dans le cadre de l’échec d’une Algérie qui n’a pas su rester multiculturelle ou multiethnique après avoir conquis son indépendance. Des populations entières sont parties, mais la mémoire de la cohabitation de la période coloniale demeure chez ceux qui l’ont vécue. J’en ai pris conscience à l’occasion d’une projection de l’un de mes films en France en 1996. Je m’étais présenté comme un cinéaste algérien en exil. Une spectatrice s’est alors levée et a déclaré avec beaucoup d’émotion : « Je suis en exil depuis 1962. »

J’ai réalisé qu’il s’agissait d’un déchirement, d’une amputation et que ce sentiment existait probablement chez les Arabo-Musulmans en Algérie. Je le pressentais mais restais à le vérifier. Je me suis donc immergé dans mon pays. Je demandais aux gens ce qui restait de cette mémoire chaque fois que je présentais mon film, Un rêve algérien, construit autour du combat anticolonial mené par Henri Alleg, militant communiste. Je me demandais si juifs et pieds-noirs avaient disparu de cette mémoire, qui est très culpabilisée comme tout ce qui relève de la période de la colonisation et demeure très conflictuel, recouvert d’une occultation officielle.

Distribution
  • Aziz Mouats : Habitant de Skikda
  • Katiba Hocine : Habitante d'Alger
  • Hamid Bouhrour : Habitant de Constantine
  • Kheïreddine Lardjam : Habitant d'Oran

Fiche technique

  • Titre : Algérie, histoires à ne pas dire
  • Titre provisoire : Ne restent dans l’oued que ses galets
  • Réalisation : Jean-Pierre Lledo
  • Scénario : Jean-Pierre Lledo
  • Production/Distribution : Colifilms Diffusion (France)
  • Durée : 155 minutes (2h 35mn)
  • Dates de sortie : 10 septembre 2007 (Toronto Film Festival) ; 27 février 2008 (France)
Sorce (GDFL) Le Wiki d'Ann

Voir aussi: films sur la guerre d'Algérie

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