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Publié le 17 Avril 2011

La Ferme du Buisson (Scène Nationale de Marne-la-Vallée) à Noisiel (77) présente le 30 Avril un parcours cinéma-théâtre autour du Mépris, œuvre cinématographique de Jean-Luc Godard inspiré du roman d'Alberto Moravia (1954)

Ce parcours comprend la projection du film,puis le spectacle de théâtre Tdm 3 / Théâtre du Mépris 3 écrit par Didier-Georges Gabily et mis en scène par Yann-Joël Collin avec la compagnie La Nuit surprise par le Jour.

Le Mépris , de Jean-Luc Godard , sorti en 1963, scénario tiré du roman homonyme d'Alberto Moravia, musique de Georges Delerue , scripte : Suzanne Schiffman, durée 103 mn, avec Brigitte Bardot (Camille Javal), Michel Piccoli (Paul Javal), Jack Palance (Prokosh, le producteur), Fritz Lang (lui-même, réalisateur), Giorgia Moll , Jean-Luc Godard (l'assistant réalisateur), Linda Veras.

Fiche complète du Film

Le scénario du film

 

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 20 Septembre 2010

Même disparu, Chabrol restera toujours un bon vivant.

A l'inverse d'un Resnais mûrissant longuement chaque œuvre, Claude Chabrol a tourné beaucoup de films, cinquante sept longs métrages, rejoignant ainsi Jean-Luc Godard.
Bien sûr certains de ces films sont des films alimentaires fait pour renflouer sa société de production (et payer ses impôts, selon ses propres aveux !) : ainsi la série des “Tigre”, sans compter des séries pour la télévision.
Chabrol a toujours porté un regard affûté mais tendre sur l'humanité. Celui, goguenard, du curé de campagne qui connaît trop bien les vices de ses ouailles pour les condamner. Et le cinéaste sur les tournages duquel on mangeait le mieux et qui tenait par dessus tout à ce que la cantine soit bonne.
Ses réalisations tournaient toujours autour des mêmes thèmes. Il savait que l'homme est un animal et le démontra tout le long de sa filmographie, devenant juste de plus en plus rigolard au fil du temps.

Deux de ses meilleurs films, Le Boucher et Que la bête meure, en 1969, avec Jean Yanne, ne parlent que de ça : la culture ne peut rien contre les bêtes humaines. Stéphane Audran, l'institutrice du Boucher ne parvient pas à ramener à la civilisation Popaul, qui a vu trop de sang et ne peut s'empêcher de le faire couler. Et pour Que la bête meure, pour qu'un chauffard arrogant soit puni, il faudra que le gentil Michel Duchaussoy cesse d'être civilisé.
La bêtise est aussi un des  thèmes clés de l'œuvre de Chabrol qui se dit fascinée par elle : "la bêtise est infiniment plus fascinante que l'intelligence. L'intelligence, elle, a ses limites tandis que la bêtise n'en a pas. Voir un être profondément bête, c'est très enrichissant et l'on a pas à le mépriser pour autant." Les Godelureaux, l'année suivante, ne rencontre pas plus de succès. Il se lance alors dans la réalisation de films d'espionnage souvent parodiques et toujours plein d'humour, mais boudés par la critique.

Mais il sait aussi prendre des risques comme par exemple en 1980, en se lançant dans l'adaptation du Cheval d'orgueil, le roman breton de Pierre Jakez-Elias, avec des comédiens peu connus du grand public.

En 2005, l'ensemble de son œuvre cinématographique a été distingué par le prix René-Clair de l'Académie française.

 

Claude Chabrol est né à Paris, le 24 juin 1930.
C'est un fils de pharmacien et il dévore la Comtesse de Ségur. Il débute dans le cinéma dés l'âge de 12 ans comme projectionniste dans un garage d'un petit village de la Creuse.
Dès son arrivée à Paris, il fréquente assidument le ciné-club du quartier Latin, animé par Éric Rohmer, où il rencontre Truffaut, Rivette, Godard et Paul Guégauff, qui deviendra son scénariste.
Claude Chabrol entre aux "Cahiers du Cinéma" en 1953, ses amis François Truffaut et Jacques Rivette y font déjà leurs premières armes depuis quelques mois. Il fréquente la Cinémathèque de Claude Langlois et est introduit auprès d'André Bazin et Jacques Doniol-Valcroze, fondateurs de la toute jeune revue de cinéma à couverture jaune.
Dès ses débuts il défend la "politique des auteurs", pas encore strictement définie, mais déjà présente en puissance. A propos du film Chantons sous la pluie de Kelly et Donen, Claude Chabrol écrit : "il s'agit bien, cette fois, d'un film d'auteur, ce qui est rare dans ce genre de production". Le jeune critique cherche alors à convaincre ses lecteurs qu'à l'intérieur même du carcan des studios hollywoodiens, un réalisateur, malgré les règles et les conventions qui régissent les productions, peut imposer son style pour ainsi se positionner en véritable auteur de film
. Chabrol reprendra ces idées quelques numéros plus tard pour partir à la défense d'Alfred Hitchcock, considéré alors par la critique comme simple technicien efficace et non comme un auteur à l'univers passionnant.
En 1957, il publie avec Éric Rohmer un livre sur Alfred Hitchcock.
Il participe ainsi au lancement de la Nouvelle Vague française en étant critique aux Cahiers du cinéma.

Ses premiers films

Il se marie très jeune à Agnès, une riche héritière ce qui lui permet de fonder sa société de production. Il produit, pour démarrer, un court métrage de Jacques Rivette, Le Coup du berger (1956) avec Jean-Claude Brialy et François Truffaut, dont il est aussi scénariste. Il peut réaliser ses premiers films.
Le beau Serge en 1959 avec Jean-Claude Brialy, un drame campagnard qui dénote avec ses futurs thèmes de prédilection, sera son coup d'essai en tant que réalisateur, d'emblée couronné par un succès commercial conséquent

 

 


Quelques films :

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 18 Janvier 2010

Éric Rohmer est mort le 11 janvier 2010, à Paris. Les éloges sont nombreux.


 

Il faut surtout signaler son originalité et sa liberté


 

Son style était inimitable, style mélangeant rigueur, dialogues ciselés et abondants, profondeur, puissance de l'analyse, ambiguïté, ironie fine, érotisme verbal, angoisse existentielle élégamment camouflée sous un écran de légèreté, travail sur le temps et l'espace, remarquable direction d'acteurs. Il était souvent aux limites et il aurait fallu peu de chose pour que ses films passent pour indigestes ou ridicules.

Il écrivait ses scénarios, ou adaptait des œuvres littéraires que personne d'autre n'aurait osé porter à l'écran. Il avait conquis son indépendance en se produisant lui-même   à travers sa compagnie Les Films du losange.  Ses films avaient toujours un budget minimal donnant un cinéma littéraire, artistique et raffiné   : un cinéma brut, sans truquage, sans stars, mais toujours créatif. Ses comédiens étaient souvent inconnus mais  sortaient de l'ombre grâce à lui, comme Arielle Dombasle, Pascal Greggory et Fabrice Luchini, qui sont devenus de grands acteurs du cinéma français.

 

Fabrice Luchini déclare : "Je lui dois absolument tout. Si j'ai même une situation pas trop mauvaise, c'est uniquement grâce à lui" . "Rohmer, moi, il m'a connu j'avais vingt ans. Pour les gens, Rohmer, c'était le pape,  c'était tout. Il a ouvert sa porte. Moi, les gens ne voulaient pas me prendre".  "Le génie de Rohmer, c'est d'érotiser le dialogue. C'est un homme de littérature qui a pensé que la littérature ne s'opposait pas au cinéma", a-t-il ajouté. "Il est totalement pas snob. Il est totalement libre. Il est totalement impressionné par la littérature, il est extrêmement cultivé. Il a inventé un cinéma."

Pour la comédienne Arielle Dombasle, Rohmer laisse «l’image du grand personnage du siècle des Lumières. C’était quelqu’un qui m’a fait lire pour la première fois Marivaux, qui m’a montré ce qu’était la beauté classique des textes, qui m’a fait comprendre ce qu’était le cinéma, l’écriture cinématographique, l’écriture de vrais auteurs, qui (...) m’a fait découvrir le cinéma.»

Martine Aubry déclare  qu'"Avec lui s'éteint un cinéaste exigeant, un esprit libre et impertinent. Éric  Rohmer ne s'affichait pas, ne se dévoilait pas. Depuis plus de cinquante ans, c'est par son œuvre immense et prolifique qu'il nous interrogeait, avec finesse et subtilité, sur la liberté et la morale. Cette figure légendaire de la Nouvelle vague refusait les conventions et ne craignait pas, parfois, d'être politiquement incorrect".


Éric Rohmer (de son vrai nom Maurice Henri Joseph Schérer , fils de Désiré Scherer et de Jeanne Monzat.) est né le 21 mars 1920 à Tulle (Corrèze). Il est le frère du philosophe René Schérer
Il est d'abord professeur de lettres et écrivain. Il publie un roman, Élisabeth, en 1946, sous le pseudonyme de Gilbert Cordier.
Réservé, secret, à partir de 1948, il se tourne de plus en plus vers le cinéma, mais n'abandonne jamais l'écriture. Il prend alors le pseudonyme de Éric Rohmer, pour cacher à sa famille ses activités de cinéaste!
Il rédige des critiques pour le journal qu'il a fondé, La Gazette du cinéma, et pour les Cahiers du cinéma ; une thèse sur L'organisation de l'espace dans le Faust de Murnau, et plus récemment, une pièce, Le Trio en mi bémol, et un essai, De Mozart en Beethoven, essai sur la notion de profondeur en musique.

Quand il fonde La Gazette du cinéma , il fait la connaissance de Jean-Luc Godard, Jacques Rivette, François Truffaut, ou encore de Claude Chabrol - avec lequel il signe en 1955 un livre sur Alfred Hitchcock.
Ce groupe se dirige d'abord vers la critique, au sein des Cahiers du Cinéma, dont Rohmer devient rédacteur en chef de 1957 à 1963.
Ses réalisateurs favoris ont alors Howard Hawks , Jean Renoir, ou encore Roberto_Rossellini. Ces textes seront réunis en 1994 sous le titre: Le Goût de la beauté
Ils vont rapidement fonder ce qui deviendra "la Nouvelle Vague"
En 1959 il réalise son premier long-métrage, Le Signe du lion, sorti sans grand succès trois ans plus tard. En 1962, il crée avec Barbet Schroeder, la société Les Films du Losange, qui produira la majorité de ses films.


La même année, il entame un cycle de six films baptisé Contes Moraux.
En six films, il parcourt toute la gamme du sentiment amoureux, de l'austérité de La Boulangère de Monceau à la sensualité radieuse du Genou de Claire, de l'amertume de Ma nuit chez Maud au parfum de vaudeville de L'Amour l'après-midi.
Ce sont des intrigues sentimentales sur des thèmes chers au cinéaste (la tentation de l'infidélité, l'amour et le hasard, le destin) ainsi que le style qui fera sa marque, entre profondeur raffinement et légèreté. Les dialogues sont souvent sophistiqués et très littéraires.
Sa direction d'acteur est assez épurée et sa mise en scène simple et efficace.
Ma nuit chez Maud (1969), et Le Genou de Claire (1970, Prix Louis-Delluc) sont particulièrement remarqués.
Pendant cette aventure qui dure dix ans ( jusqu'en 1972), Rohmer réalise des émissions littéraires pour la télévision. La série s'intitule «En profil dans le texte», et l'on s'y intéresse à Hugo, Pascal ou La Bruyère. Eric Rohmer apparait rarement à l'écran, mais il fait une exception en 1971 pour Out 1 : Noli me tangere de Jacques Rivette

Les Comédies et Proverbes forment le deuxième grand cycle, où chaque film illustre à sa manière une phrase tirée de la sagesse populaire.
Dans cette série, Le Rayon vert (1986), film en partie improvisé, obtient le Lion d'Or à Venise

Les années 90 sont marqués par les Contes des quatre saisons, dans lesquels le cinéaste poursuit son exploration des jeux et des hasards amoureux.
Simultanément, il réalise des films hors de ses séries, comme les Quatre Aventures de Reinette et Mirabelle (1987).

Rohmer est un exemple parfait du cinéma d'auteur à la française, en écrivant seul ses scénarios, qu'il soient originaux ou adaptés œuvres littéraires comme La Marquise d'O (1976) ou Perceval le Gallois (1978).
Il choisit souvent de jeunes comédiens inconnus, mais fait aussi appel à des acteurs confirmés, comme Jean-Louis Trintignant (Ma nuit chez Maud, 1969) ou André Dussollier (Le Beau Mariage, 1982)
Éric Rohmer a révélé Arielle Dombasle, Pascal Greggory et Fabrice Luchini, qui sont devenus de grands acteurs du cinéma français.

Rohmer est toujous resté très discret sur sa vie privée. Marié en 1957 à Thérèse Barbet, il a un fils, le journaliste René Monzat.


Filmographie :

Les courts métrages

  • 1950 : Journal d'un scélérat
  • 1951 : Présentation ou Charlotte et son steak
  • 1952 : Les Petites Filles modèles
  • 1954 : Bérénice
  • 1956 : La Sonate à Kreutzer
  • 1958 : Véronique et son cancre
  • 1962 : La Boulangère de Monceau et 1963 : La Carrière de Suzanne (les deux premiers des Six contes moraux, voir plus bas)
  • 1964 : Nadja à Paris
  • 1965 : Paris vu par... (sketch Place de l'Étoile)
  • 1966 : Une étudiante d'aujourd'hui
  • 1967 : Fermière à Montfaucon
  • 1983 : Loup, y es-tu ?
  • 1999 : La Cambrure
  • 2005 : Le Canapé rouge

Les longs métrages ( Les films faisant partie des "cycles" portent des numéros )

  • 1959 : Le Signe du lion (sorti en 1962)

Six contes moraux (1962 - 1972)

  1. La Boulangère de Monceau (1962) court métrage
  2. La Carrière de Suzanne (1963) court métrage
  3. La Collectionneuse (1967)
  4. Ma nuit chez Maud (1969)
  5. Le Genou de Claire (1970), Prix Louis-Delluc 1970
  6. L'Amour l'après-midi (1972)
  • La Marquise d'O... (1976) ; 102 mn ; d'après Heinrich von Kleist, avec Bruno Ganz, Edith Clever.
  • Perceval le Gallois (1978) ; 140 mn ; d'après Chrétien de Troyes, avec André Dussolier, Fabrice Luchini. (Prix Méliès)

Comédies et proverbes (1981 - 1987)

  1. La Femme de l'aviateur (1981) On ne saurait penser à rien, antithèse de l'œuvre de Musset On ne saurait penser à tout
  2. Le Beau Mariage (1982) Quel esprit ne bat la campagne qui ne fait château en Espagne de La Fontaine
  3. Pauline à la plage (1983) Qui trop parole, il se mesfait de Chrétien de Troyes
  4. Les Nuits de la pleine lune (1984) Qui a deux femmes perd son âme, qui a deux maisons perd sa raison, proverbe de la province de Champagne
  5. Le Rayon vert (1986) Que le temps vienne où les cœurs s'éprennent, vers d'Arthur Rimbaud
  6. L'Ami de mon amie (1987) Les amis de mes amis sont mes amis, adage populaire
  • 1987 : Quatre Aventures de Reinette et Mirabelle

Les Contes des quatre saisons (1990 - 1998)

  1. Conte de printemps (1990)
  2. Conte d'hiver (1992)
  3. Conte d'été (1996)
  4. Conte d'automne (1998)

Intercalés entre le deuxième et le troisième conte:

Les tragédies historiques

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 5 Décembre 2009

Un voyage personnel dans le Centre Rouge australien, Uluru, Alice Springs, nous avait montré la beauté sauvage de ces paysages, mais aussi la triste condition des aborigènes Arrernte.

Les Arrernte, également connus sous les noms Aranda, Arrarnta, Arunta ne seraient plus qu'environ 2000 à avoir conservé leurs coutumes et leur langue autour d'Alice Springs, dans un vaste territoire s'étendant à l'ouest jusque Mutitjulu et King's Canyon, et à l'est jusqu'à l'extrémité occidentale du désert Simpson.

Mépris, racisme, exploitation, inadaptation à une culture trop éloignée de leurs valeurs, conversion forcée au Christianisme, drogue, alcoolisme sont leur quotidien.

Si des Arrernte prennent les prénoms comme Samson ou Dalila, c'est parcequ'ils sont privés du droit de s'appeler Mitjili ou Napanangka

Il faut saluer, comme il se doit, le premier long-métrage de tous les temps réalisé par un auteur Aborigène australien Warwick Thornton. Ce film n'a pas un grand succès public, quelques salles seulement en deuxième semaine. allez vite le voir.


Samson & Delilah

Film australien du réalisateur aborigène Warwick Thornton qui aussi l'auteur du scénario, avec Rowan McNamara ( Samson ); Marissa Gibson ( Delilah ); Mitjili Napanangka Gibson ( Nana ); Scott Thornton ( Gonzo ); Matthew Gibson ( Frère de Samson ); Steven Brown ( Batteur ); Gregwyn Gibson ( Bassiste ); Noreen Robertson Nampijinpa ( Femme qui bat Delilah ); durée 101 mn, sortie en France 23 novembre 2009, Caméra d'Or au festival de Cannes dans la section Un certain regard.

À une centaine de miles d'Alice Springs une communauté d'Aborigènes croupit dans la misère, avec d'absurdes rituels quotidiens. Seul à vouloir combattre la fatalité, le jeune Samson tente de briser la monotonie des jours en jouant des tours à ses voisins, en arrachant des plaintes dissonantes à sa guitare électrique. Le reste du temps, il sniffe de l'essence recueillie dans une boîte de conserve.


Samson rôde devant la maison de Delilah, une adolescente qui s'occupe seule de sa grand-mère Nana. Cette dernière lui apprend à réaliser des toiles pointillistes aborigènes vendues pour quelques dollars à l'épicier blanc du coin. Delilah est rendue responsable de la mort de l'aïeule. Ostracisés, les deux jeunes gens dérobent une voiture pour rejoindre Alice Springs, ville la plus proche. Ils échouent sous un pont, côtoient un clochard, subissent exclusions, accidents, violences abominables.


Le titre du film n'est pas une évocation ni une transposition de l'épisode de la Bible qui raconte comment Dalila usa de ses charmes pour séduire Samson, mais une allusion directe au déracinement des Aborigènes du centre de l'Australie. Empêchés par leurs traditions de porter les noms de leurs ancêtres, les Aborigènes ont coutume de s'inventer des noms qu'ils puisent dans l'histoire, la mythologie.


Warwick Thornton est un jeune cinéaste aborigène couronné pour ce premier long métrage par la Caméra d'or à Cannes, il a à son actif une dizaine de films documentaires. Sa caméra est fluide et avec très peu de moyens, dans les décors naturels où vivent pour de vrai ses congénères à la dérive, il marie avec force la précision documentaire et le mélodrame


Warwick Thornton filme avec empathie un quotidien aux gestes immuables, où suinte l'ennui, et qu'il ponctue de quelques moments très forts. De rares moments de tendresse, quand Samson exprime par la danse les sentiments qu'il ne peut formuler, ou quand il essuie son front souillé, mais aussi d'explosions de brutalité quand Delilah est frappée à coups de bûche par les voisines qui la jugent responsable de la mort de sa grand-mère ou quand elle est enlevée et violée par des citadins sans scrupules


Le récit est sans dialogues, ou presque, soulignant ainsi que les Aborigènes ont perdu la volonté de communiquer, à force d'avoir été privé du droit de s'exprimer mais avec une bande sonore d'une grande richesse expressive. Les images sont laconiques et traduisent l'immobilité sociale de ces laissés pour compte, leur condamnation à des routines mortifères. Malgré la beauté crue des paysages, la caméra est sans complaisance ni effets esthétisants.


Ce voyage initiatique et très sombre est cependant chargé d'espoir. Il symbolise les épreuves endurées par son peuple, illustre sa certitude qu'il faut croire à des lendemains lumineux. Car au comble de la déchéance, lui drogué, elle brisée et désespérée, ses deux personnages vont trouver la force de se ressaisir et de revenir chez eux, grâce à l'amour qu'ils ont l'un pour l'autre et à l'entraide que cette passion leur donne l'énergie de déployer.


Mais cet "Happy end" est filmé comme une apparition miraculeuse au plus sombre de la nuit. Thornton suggère par là que dans la réalité, la fin de l'histoire n'est pas toujours aussi heureuse, comme en témoignent les morts violentes, les emprisonnements, les lentes déchéances par la drogue et l'alcool qui sont encore trop souvent le lot des survivants des peuples Australiens.

Alice Springs

La région a été explorée par les Européens pour la première fois au XIXe siècle.
En 1862, John McDouall Stuart traverse la région du sud au nord. Il dresse des cartes pour trouver l'endroit idéal pour l'installation des colonies. C'est lui qui a donné son nom au Stuart Highway qui est la principale route qui rejoint le nord au sud de l'Australie.


En 1872, un télégraphe est mis en place pour relier Darwin à Adelaide, le centre de l'Australie devient ainsi moins isolé. La découverte de l'or à Arltunga (100 km de Alice Springs) attire des pionniers dans la région.

Au départ, Alice Springs était le nom du télégraphe. La ville s'appelait « Stuart » mais après beaucoup de débat, elle fut renommée Alice Springs en 1933.


La Todd River, presque toujours à sec sert de camp aux aborigènes. Quand les pluies sont exceptionnellement abondantes, comme en mars 1988, la rivière se déverse en fin de parcours dans le Lac Eyre. Les Aborigènes Arrernte appelle cette rivière Lhere Mparntwe

 

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 11 Novembre 2009

Les Herbes folles d'Alain Resnais, scénario de Laurent Herbiet, Alex Reval

d'après le roman L'Incident de Christian Gailly ,
en compétition officielle au Festival de Cannes 2009 .
Alain Resnais obtient le Prix Exceptionnel du Festival de Cannes


 

Marguerite Muir s’achète de nouvelles chaussures mais se fait voler son sac à la sortie du magasin. Georges trouve le portefeuille de Marguerite que le voleur a jeté dans un parking souterrain. Il hésite puis le ramasse Il compare la photo sur la carte d’identité et celle sur une licence de pilote d’avion, il en tire conclusions et analyses et met à fantasmer sur sa propriétaire. De retour chez lui, il trouve le numéro de Marguerite dans l’annuaire, essaie de lui téléphoner et décide finalement de porter l’objet au commissariat. Plus tard, Marguerite cherche à remercier Georges d'avoir rapporté son portefeuille.


La suite tient de l’improbable, de l’invraisemblable, du magique, du farfelu et du bonheur de tous les possibles et tous les ratages. Il explore les possibles, comme il l’avait fait dans le film à embranchements Smoking-No smoking (1993), mais ici dans un récit linéaire. Au bout d'une heure, ’écran devient noir tout à coup, comme pour laisser au spectateur le temps de reprendre son souffle, de rassembler ses émotions en lisant la phrase de Flaubert : « N’importe, nous nous serons bien aimés » !..


Car, comme souvent dans la vie, Georges et Marguerite ne sont pas en phase et gâchent à plaisir les occasions qui leur sont offertes de se trouver. Jusqu'au quiproquo final, dans l'avion piloté par Marguerite, qui provoque une catastrophe dans un baptême de l'air qui aurait du être le début de leur histoire commune.

Resnais pousse l'ironie jusqu'à marquer, avant cette scène tragi-comique, le mot Fin sur une séquence romantique et qui aurait pu constituer un Happy-end d'un film américain des années 1960


Le film se clôt (et c'est en quelque sorte la "troisième fin" ) sur une réplique étonnante : alors que l'on pense le film terminé, la caméra cadre une petite fille, totalement étrangère à l'histoire, qui, soudain, demande à sa mère : « Quand je serai un chat, est-ce que je pourrai manger des croquettes ? » Cette réplique est bien présente dans le roman de Gailly, mais au détour d'une phrase. Resnais la met en valeur, à la fin du film, comme une assertion surréaliste... sans se réclamer du surréalisme, Resnais avoue son admiration pour Breton, Philippe Soupault, Yves Tanguy, Buñuel et Cocteau, en étant conscient des différences irréductibles qui ont existé entre ces artistes.


Alain Resnais, pour la première fois de sa carrière, se lance dans l'adaptation d'un roman. Il avait beaucoup puisé son inspiration dans le théâtre, ou dans l'opérette. Il a choisi un livre de Christian Gailly, titré L'Incident, auquel il se montre, en un sens très fidèle, en adoptant intégralement une large partie des dialogues. Mais le film s'intitule Les Herbes folles, ce qui n'a que peu de rapport avec L'Incident. C'est tout simplement le résumé poétique de ce qui intéresse Alain Resnais dans cette histoire : les conduites imprévisibles, déraisonnables, aberrantes, des personnages et leur conséquences quelque fois démesurées, comme ces herbes qui poussent au milieu d'une route goudronnée.


Les Herbes folles est beaucoup plus une histoire de désirs qu'une histoire d'amour. De désirs étranges et désaccordés à la limite du désordre. L'homme voudra connaître la dame, cherchera son numéro, se ravisera, déposera le portefeuille au commissariat, rivalisant en signes cliniques inquiétants avec le flic de service. Elle l'appellera pour le remercier, rien de plus. Il demandera : « C'est tout ? » et lancera : « Vous me décevez beaucoup ! » Le non-sens du film est souvent hilarant, mais aussi très éloquent. Il dit les abîmes qui nous guettent dans les situations les plus anodines et a fortiori dans celles qui le sont moins. Il dit les spirales irrationnelles où l'on peut chuter pour trois fois rien. C'était aussi l'esprit de Cœurs, précédent film du cinéaste.


Malgré une œuvre impressionnante, Alain Resnais s' amuse et innove encore. Il complète sa panoplie de manière. Voilà le premier film où l'on entend un narrateur, supposé omniscient, hésiter, se contredire, se reprendre sans cesse, semant le doute et l'ambiguïté quant aux faits relatés. Lesquels consistent, avant tout, en de spectaculaires volte-face des deux protagonistes. L'affiche ne ment pas, qui évoque les montages de Magritte, les associations et inspirations surréalistes. Commencé par un vol de sac à main, le film fait finalement miroiter un vol en avion de tourisme, le décollage vers l'imaginaire paraissant la seule issue pour ces humains ballottés par leurs pulsions tous azimuts. Et ce n'est pas un pur exercice de style. Car quoi de plus important à élucider et à représenter que l' insoutenable légèreté de notre condition d'herbes folles ?

 


Distribution

  • Sabine Azéma : Marguerite Muir
  • André Dussollier : Georges Palet
  • Anne Consigny : Suzanne Palet
  • Emmanuelle Devos : Josépha
  • Mathieu Amalric : Bernard "de Bordeaux"
  • Michel Vuillermoz : Lucien "d'Orange "
  • Edouard Baer : le narrateur
  • Annie Cordy : la dame
  • Sara Forestier : Élodie
  • Nicolas Duvauchelle : Jean-Mi
  • Roger-Pierre : Marcel Schwer
  • Jean-Michel Ribes : un patient

Fiche technique

  • Titre de travail : L'Incident
  • Réalisateur: Alain Resnais
  • Scénario : Laurent Herbiet, Alex Reval d'après le roman L'Incident de Christian Gailly
  • Musique originale : Mark Snow
  • Directeur de la photographie : Eric Gautier
  • Montage : Hervé de Luze
  • Affiche : Blutch
  • Durée : 104 minutes
  • Dates de sortie : 20 mai 2009 (Cannes); 4 novembre 2009 (France)

Récompense : Prix Exceptionnel du Festival de Cannes 2009 pour Alain Resnais
( en fait pour l'ensemble de son œuvre...) 

 

 

Les premières lignes du roman "L'Incident" :

Elle avait des pieds pas ordinaires.
À cause de ses pieds, elle était obligée d'aller là où elle ne serait pas allée si eue avait eu des pieds ordinaires.
Ses pieds, très aériens, comme d'autres ont le pied marin, bien que tout à fait normaux, normalement constitués d'une plante, d'orteils, cinq, d'un talon et d'un cou, avaient ceci de particulier, ils étaient longs et minces, pas extraordinairement longs, même pas longs du tout, c'est leur minceur qui les faisait paraître longs, ils étaient en effet extraordinairement minces.
Elle ne pouvait donc pas se chausser n'importe où, chez n'importe qui, elle était obligée d'aller dans Paris chez ce chausseur sis, ah, ça m'échappe, le nom aussi, dans une rue près d'une place à colonne, il y est toujours, toujours est-il, c'est en sortant de ce magasin que l'incident s'est produit.
Quel incident? Oh, rien de vraiment capital, rien de très important, un incident tout ce qu'il y a de plus banal, quelque chose de tout à fait courant, mais parfois le courant, le banal, peut conduire à. A quoi ? On va voir...
II faisait très beau. Le ciel était bleu, ça, pour être bleu, il était bleu, personne ne le regardait mais il était bleu, personne ne le regardait parce que personne ne pouvait le regarder, c'est bien simple, c'était si lumineux, si cruel pour les yeux, que de ce ciel on eût pu dire qu'il n'était qu'un soleil bleu. En somme, il faisait trop beau. Il en va du temps comme du reste. Quand c'est trop beau, c'est insupportable.
Depuis trois jours une chaleur terrible. On annonçait des orages pour demain. A Paris c'est comme ça, le beau temps ne dure jamais bien longtemps, comment ? si ? ça arrive ? sans doute, mais la plupart du temps on a droit aux orages, une histoire de masses d'air, du très chaud, du très froid, qui se rencontrent.
Les masses d'air, elle connaissait ça, mais ce jour-là elle n'y pensait pas. Cet après-midi-là elle était une femme comme les autres, si on peut dire, puisqu'elle n'a jamais été et ne sera jamais, enfin, pour moi, une femme comme les autres.
Elle était à Paris, donc, pour acheter des chaussures. Une fournaise dans le magasin, ou une étuve, comme on veut, les uns disent fournaise, les autres disent étuve, on a le choix, étuve pour chaleur humide, fournaise pour chaleur sèche, une véritable fournaise.
Elle dut d'abord attendre assise qu'une vendeuse se libère. Elle espérait avoir affaire à la petite qu'elle aimait bien, une brunette à cheveux courts et visage de garçon, précisons, de beaux grands yeux noisette, avec des reflets verts, une bouche pleine de chair d'un brun sanguin presque violet, qui en prenant son pied lui donnait un vague plaisir.
Ensuite choisir, essayer, ça a duré, une histoire de couleurs, de modèles, de pointures, qui ne se rencontrent pas, c'est toujours comme ça, si on veut que ça se rencontre, que ces choses-là se rencontrent, il faut si peu que ce soit, mais même peu c'est encore trop, renoncer, transiger, se compromettre, quoi.
Finalement elle s'arrêta, fixa son choix, sur un modèle très approchant de ce qu'elle cherchait, d'une couleur proche, et qui, c'était là le plus important, lui allait comme un gant.

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 29 Juillet 2009

Le Roi de l'évasion


Armand Lacourtade, 43 ans, vendeur de matériel agricole, assume sa vie d'homosexuel célibataire et rural, mais commence à être las de certains aspects de cette marginalité. Quand il rencontre Curly, une adolescente, mineure et fille d'un ami, et qui n'a pas froid aux yeux, il tente de virer de bord. Pourchassés par tous, les deux bravent tous les dangers pour vivre cet amour à la fois interdit, mais aussi plus classique. Ils finissent par créer un drôle de couple, qui connait lui aussi des difficultés.

 

Le Roi de l'évasion est un film surprenant, étrange par son histoire décousue, et pourtant attachant. Il ne faut pas se formaliser des invraisemblances du scénario et des brusques changements de ton et de représentation qu'il impose au spectateur. Armand Lacourtade remué par une sexualité aventureuse, poursuivi par un policier ambigu et omniscient, et harcelé par le père de la jeune fille, il doit faire face à sa libido contrariée, aux questionnements amusés de ses anciens amants et au besoin d'une virilité retrouvée. Ainsi, décidé à prendre la fuite accompagnée de sa Curly, il se heurte bientôt à la gigantesque battue organisée pour les rattraper. Mais il découvre un stimulant naturel aux vertus sexuelles ahurissantes, une racine nommée dourougne, synthèse du ginzeng et du viagra et un personnage local légendaire dans la communauté gay d'Albi, le queutard !

 

Présentant très souvent des scènes érotiques crues, le Roi de l'évasion balance entre le récit d'un amour illégitime, la farce érotico-bouffonne et la quête d'un confort passant aussi bien par le corps et le désir que par l'envie d'une certaine stabilité tant sociale qu'émotionnelle. Creusant son histoire principale sur un mode léger et non sans une amusante crudité, le film oscille entre grotesque, touchante naïveté et fantasmagorie.

 

Les scènes de sexe sont nombreuses et se produisent dans des contextes surprenants à des moments improbables. Tantôt enjouées et tendrement croquées, tantôt ridicules et surjouées, elles ne limitent pourtant par le Roi de l'évasion à cette seule dimension. Au contraire même, car le réalisateur en dépassant et incorporant sereinement ces dernières, joue de leur pouvoir évocateur, tout en ayant le mérite d'aborder des thèmes forts, sérieux et très peu souvent vus au cinéma. Ainsi les rapports patron-employés dans les petites entreprises de province, les rapports entre la police et les homosexuels, la sexualité des vieux, des gros, des moches, surtout homosexuels et en milieu rural.

 

Avec son originalité et son déroulement haché et inattendu, Le Roi de l'évasion déconcerte et amuse beaucoup, grâce à ses répliques tonitruantes, ses situations piquantes et ses fabuleux comédiens avec une mention particulière à la déjà célèbre Hafsia Herzi et au débonnaire Ludovic Berthillot. Le Roi de l'évasion est une vraie surprise et la confirmation d'une alternative à un certain cinéma français, consensuel et convenu.

Distribution

  • Hafsia Herzi : Curly
  • Ludovic Berthillot : Armand Lacourtade
  • Pierre Laur : Robert Rapaille
  • Luc Palun : Durandot
  • Pascal Aubert : Paul
  • François Clavier : Le commissaire
  • Bruno Valayer : Jean-Jacques
  • Jean Toscan : Jean

Fiche technique

  • Titre : Le Roi de l'évasion
  • Réalisation : Alain Guiraudie
  • Scénario : Alain Guiraudie, Laurent Lunetta, avec la collaboration de Frédérique Moreau
  • Production : Sylvie Pialat, Les films du Worso
  • Image : Sabine Lancelin
  • Musique originale: Xavier Boussiron
  • Directeur de production : Thomas Santucci
  • Date de sortie : Cannes, quinzaine des Réalisateurs mai 2009; 15 juillet 2009 en France

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 7 Juillet 2009

Fausta film péruvien et espagnol, deuxième long-métrage de la réalisatrice Claudia Llosa, a été récompensé par l'Ours d'or du meilleur film à la Berlinale, sorti en 2009. Sans aborder directement le thème des Droits de l'Homme, il traite cependant des conséquences à long terme du terrorisme et des violences qui l'accompagne. Il est soutenu ainsi par Amnesty International France

 

Fausta, très belle, mais mystérieuse jeune femme péruvienne, est atteinte du syndrome de « La teta asustada », transmis par sa mère qui vient de mourir. Elle est renfermée et se protège des hommes à l'aide d'une pomme de terre solidement enfoncée dans son vagin. L'oncle, qui les héberge dans une lointaine banlieue de Lima et qui gagne sa vie en organisant des mariages, exige de Fausta qu'elle parte enterrer sa mère au village natal.

Fausta, pour payer les funérailles, devient employée de maison dans le centre de Lima, chez une célèbre concertiste, à qui elle va redonner l'inspiration en lui chantant des chants improvisés en langue quechua. Même si cette rencontre est marquée par le mépris de cette grande bourgeoise, elle constitue pour Fausta un premier pas vers sa libération.

Entre les années 70 et 90, le Pérou a traversé une des périodes les plus noires de son histoire. Pendant plus de 20 ans, des milliers de femmes, victimes des violences de la guerre entre Le Sentier lumineux et les forces gouvernementales, ont gardé le silence. Ces crimes ont laissé des blessures et des traumatismes indélébiles, non seulement dans leurs âmes, mais aussi dans celles de leurs enfants, qui ont hérité de leur terreur.

« La téta asustada » est une maladie qui se transmet par le lait maternel. On dit que les enfants sont nés sans âme parce qu'elle se serait cachée dans la terre pour échapper à l'horreur. Fausta n'a pas vécu la guerre mais a été témoin du viol de sa mère et du meurtre de son père depuis le ventre maternel. La guerre est maintenant finie et plus personne ne lui fera de mal, pourtant elle est effrayée par tout ce qui l'entoure.

Le film pose de nombreuses questions:

Comment communiquer dans un pays divisé ? Comment créer une nation à partir d'un pays composé d'individus culturellement différents ? La différence est flagrante entre la cantatrice, blanche, blonde et riche et Fausta ou le jardinier, métis et pauvres. Comment une nation peut-elle se constituer après une rupture et un traumatisme aussi violents que les années de guerre civile? Fausta est la métaphore d'une déchirure. Un pays qui a connu la répression et qui ne peut s'exprimer que par ce qui relève de l'inconscient : ses mythes, ses peurs et ses traumatismes. Le corps d'une femme qui saigne exprime le vide qui demande à être habité, l'angoisse qui appelle à être apaisée, la peur de rencontrer quelque chose de différent, de perdre le contrôle.

Mais la mémoire n'est pas le seul enjeu de ce combat. Par quel processus parvient-on à enterrer un passé aussi douloureux ? Un effort de pardon est demandé et les Péruviens tentent de préserver l'histoire d'une culture orale réprimée par la culture officielle. Le chant est un mode d'expression particulièrement important pour le peuple car il permet de recréer la mémoire de ce qui a été oublié.

Déclarations

Je connaissais le syndrome de « La téta asustada » bien avant de rencontre Claudia. J'ai grandi en écoutant les femmes de mon village et celles que je rencontrais quand j'accompagnais ma mère au fil de ses tournées dans différents villages pour vendre des fruits. J'entendais ce genre d'histoire et à chaque fois, je voyais une femme pleurer quand elle nous racontait la vie de ses enfants. Elles finissaient toujours leurs histoires par cette phrase : "je demande seulement que Dieu me permette de tout oublier." Ça me mettait hors de moi d'entendre la détresse de ces femmes qui avaient eu et qui continuent à avoir des enfants non désirés, des enfants issus de viols, et qu'elles soient traitées comme des animaux par leurs maris.
Jouer Fausta a été extrêmement difficile, parce que je n'ai rien en commun avec elle. Je me sentais très déprimée après chaque répétition parce que je n'arrivais pas à m'identifier au personnage. Mais un jour, lors d'une des répétitions, Claudia m'a dit : "Fausta est déjà en toi". C'est à partir de ce moment-là que j'ai commencé à travailer sa voix, sa façon de se rassurer en chantant...
Fausta est apparue en moi grâce à la musique. Pour composer les chansons de Fausta, je me laissais simplement porter par la mélodie et je jouais la même note encore et encore. Une fois imprégnée du personnage de Fausta, lui donner une voix devenait beaucoup plus facile.
Magaly Soler, l'actrice principale.

La trame est légère, le propos grave, l'inspiration magique [...] On tient ici ce que ce film a de plus précieux : sa manière de mélanger le grotesque au tragique, la beauté à la cruauté, la poésie à l'obscénité. Entre le cadavre pourrissant de la mère et la joyeuse industrie du mariage qui sert de gagne-pain à la famille de Fausta, autant dire qu'on navigue ici, à la fois médusés et éblouis, en pleine monstruosité latino-américaine.
Claudia Llosa, la réalisatrice, née en 1976 à Lima, est la nièce de l'écrivain Mario Vargas Llosa, et a connu un beau succès d'estime avec son précédent film, Madeinusa, distribué en France en 2006. Il faut impérativement retenir ce nom, et inscrire désormais grâce à elle le Pérou sur la liste florissante de ce jeune cinéma d'Amérique latine qui se confronte, de film en film, à la question de l'aliénation.
Jacques Mandelbaum - Le Monde

Sans misérabilisme ni pathos, ce film décrit le quotidien d'une femme meurtrie, en plongeant dans la culture indienne et en mêlant tragique et grotesque, fantastique et réalisme. Cette récompense (l'Ours d'Or) devrait mettre en lumière le talent de cette réalisatrice remarquée dès son premier film, et placer enfin le Pérou sur la carte du nouveau cinéma d'Amérique Latine.
Première

Fausta est un film beau, riche, captivant, complètement maîtrisé, [...] et qui émeut profondément mais avec tant de sobriété qu'il ne laisse pas de place aux larmes de crocodile. [...] Ce film coloré qui commence par un décès est en fait un hymne à la vie où on assiste à plusieurs exubérantes noces. D'ailleurs, dans cette culture tout s'épouse : vie et mort même cohabitent (comme sont superposés robe de mariée et linceul sur et sous le lit) et la mort, avec ses petits vers, est rattachée à la fertilité. Ce cycle va de pair avec la notion de transmission sur laquelle repose l'intrigue. Comme la pomme de terre (« qui renvoie aux racines et dans le même temps produit des germes qui prennent la direction de l'avenir » a souligné Llosa), Lima vit entre traditions et langue quechua d'une part et modernité de l'autre, sans contradiction.
Bénédicte Prot - Cineuropa

Distribution

  • Magaly Solier : Fausta
  • Marino Bollon : Tio Lucido
  • Susi Sanchez : Aida
  • Efrain Solis : Noe

Fiche technique

  • Titre original : La Teta asustada
  • Titre en France : Fausta
  • Réalisation : Claudia Llosa
  • Scénario : Claudia Llosa
  • Photographie : Natasha Braier
  • Musique originale: Selma Mutal
  • Montage : Frank Gutiérrez
  • Pays d'origine : Espagne - Pérou
  • Directeur de production : Delia García
  • Durée : 93 minutes
  • Dates de sortie : 12 février 2009 (Berlinale)
    • Pérou  : 12 mars 2009
    • France  : 17 juin 2009

Premier film péruvien sélectionné à la Berlinale, Fausta reçoit l'Ours d'or du meilleur film en 2009.

En France le film a été soutenu par la Ligue des Droits de l'Homme et Amnesty International France

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 14 Février 2009

Danièle Thompson, née le 3 janvier 1942 à Monaco,  scénariste, dialoguiste, réalisatrice et écrivain française.


Fille du réalisateur Gérard Oury et de l'actrice Jacqueline Roman. On lui doit les scénarios de quelques uns des plus grands succès du cinéma français : La Grande Vadrouille en 1966 pour sa première collaboration avec son père , Les Aventures de Rabbi Jacob (1973), La Boum (1980). Son thème de prédilection est "la famille et ses défauts".


En 1964  naissance de sa fille Caroline Thompson et en 1966 de son fils Christopher Thompson.
1966 est également une année importante avec ses débuts de scénariste auprès de son père Gérard Oury.

Elle atteint la consécration en 1977 avec une nomination aux Oscars du meilleur scénario pour Cousin, cousine de Jean-Charles Tachella. Elle sera également nommée 5 fois aux Césars, sans toutefois remporter de trophée.

En 1986 elle est membre du jury au Festival de Cannes.

 

Scénariste, ses premiers pas avec son père

Comme scénariste Danièle Thompson participe aux films suivants:

En 1942, pendant l'occupation allemande en France, l'avion de trois aviateurs britanniques est abattu par la flak au dessus de Paris. Ses occupants sautent alors en parachute. Le premier atterrit dans le zoo de Vincennes, le second sur la passerelle d'un peintre en bâtiment, Augustin Bouvet, et le dernier à l'Opéra Garnier chez un chef d'orchestre acariâtre, Stanislas Lefort.

Les deux Français doivent alors cacher les aviateurs avant de les accompagner vers la zone libre afin qu'ils soient rapatriés vers le Royaume-Uni. Pourchassés par les Allemands et notamment par le major Achbach, les fugitifs vont connaître de nombreuses péripéties lors de leur voyage vers la Bourgogne.


Pour son coup d'essai dans l'écriture de scénario, Danièle Thompson tire le bon numéro. Ce film, avec le duo Bourvil - de Funès, a été pendant plus de quarante ans le plus grand succès d'un film français sur le territoire français avec plus de 17 millions de spectateurs au cinéma , avant d'être dépassé par Bienvenue chez les Ch'tis de Dany Boon en avril 2008, et aussi pendant plus de trente ans le plus grand succès d'un film sur le territoire français, toutes nationalités confondues, avant d'être dépassé par Titanic (1997) en 1997.

Il est maintenant troisième au palmarès des films les plus vus de l'histoire en France. Il connut aussi un succès international, y compris en Allemagne où il fut la première comédie présentée à l'écran consacrée à la Seconde Guerre mondiale. Il fut même retenu pour une nomination étrangère aux Oscars en 1967.

La première télédiffusion a été faite le 1er janvier 1976 sur la première chaîne française. Au total, le film a été diffusé treize fois sur la première chaîne et onze fois sur la deuxième chaîne. La onzième diffusion, en 2002, a encore rassemblé 9,0 millions de téléspectateurs, et la douzième en a rassemblé 9,3 millions.

L'industriel Victor Pivert, personnage au caractère vif et aux idées assez traditionnelles, se prépare à marier sa fille Antoinette au fils d'un général.

Mais un vendredi soir, alors qu'il rentre à Paris avec son chauffeur Salomon, dont il découvre avec stupeur qu'il est juif, il est victime d'une sortie de route. Resté seul après avoir congédié son employé qui refusait de travailler durant le Shabbat, Victor Pivert s'en va chercher de l'aide, et aboutit dans une usine de chewing-gum.

Il y assiste inopinément à un règlement de comptes entre les membres d'une police d'État d'un pays identifié comme « arabe » et un dissident politique, Mohammed Larbi Slimane, que ces derniers veulent éliminer. Slimane parvenant alors à s'échapper entraîne, malgré lui dans sa cavale, Victor Pivert devenu son « otage » et qui se retrouve de surcroît aussi bien recherché par la police française que par la police secrète du pays arabe menée par le sinistre Farès.

Pivert et Slimane cherchent à échapper à leurs assaillants et à regagner la capitale. Les deux hommes se retrouvent ainsi à l'aéroport d'Orly, où ils usurpent l'identité de deux rabbins hassidiques tout juste débarqués de New York. Ils sont alors entraînés, malgré eux, dans une cérémonie juive rue des Rosiers, dans le Pletzl à Paris, au cours de laquelle Victor, devenu « Rabbi Jacob », tombe nez à nez avec son ex-chauffeur Salomon.

Malgré un lourd climat (deux semaines avant la sortie du film, commence au Proche-Orient la guerre du Kippour entre Israël et les pays arabes voisins), et le décès, lié à la sortie du film, de Danielle Cravenne, la femme de Georges Cravenne, le succès du film a été certain avec plus de 7 millions d'entrées.


Le scénario, empruntant au vaudeville ses ressorts, dans le comique de situation comme dans l'emboitement des intrigues, offre des scènes d'anthologie, comme la fameuse danse hassidique, mais aussi des moments plus profonds, comme la bénédiction que David, le jeune Juif, reçoit du faux Rabbi Jacob, ou la poignée de mains entre Salomon et Slimane.

L'émancipation

La plus grande partie du film se déroule au cours d'un repas de noce dans une banlieue parisienne et dans d'autres repas de famille. Biju, cinquante ans, grand-mère, se remarie avec un fringant sexagénaire, Gobert. Sa fille, Marthe, employée dans une compagnie d'assurances, est l'épouse d'un butor, Pascal, qui la trompe ouvertement avec Karine, seconde femme de Ludovic, un professeur de danse. Une aimable complicité rapproche le couple délaissé, qui se transforme bientôt en liaison affichée.

D'une fête de famille à l'autre, ils vont se retrouver et s'aimer, au vu de tous et à la consternation de leurs conjoints respectifs, lassés du même coup de leurs propres fredaines. Tandis que Biju, à nouveau veuve, songe à convoler encore une fois, les deux amants, secouant pour de bon le joug des conventions, se font la paire.

Le scénario est alerte, pointilliste, excluant la vulgarité, en prise directe sur l'air du temps, et sait effleurer avec tact les problèmes de l'heure (la pollution, l'union libre, les désarrois de la jeunesse ou du troisième âge), en se refusant à la délivrance d'un quelconque message .

Cette petite production, au dialogue vif, au rythme soutenu, où le moindre rôle a son importance, enchanta les Américains et fut trois fois « nommée» aux Oscars.

Vic , treize ans, inscrite au Lycée Henri-IV, est à l'âge des premières sorties et des premiers émois. Vic n'a guère l'occasion de parler avec ses parents, trop occupés par leur carrière respective, et dont le couple subit les assauts classiques du temps.

Elle se confie donc à son arrière grand-mère, la pétillante Poupette , ou à sa meilleure amie, Pénélope. Elle partage donc avec elles son amour pour le beau Mathieu . Mais cet amour-là aussi connaîtra quelques difficultés.

Inspiré de la véritable existence des adolescents parisiens de l'époque, lançant la carrière de Sophie Marceau et considéré comme un phénomène de société, La Boum connut un triomphe. Près de 30 ans après ce scénario n'a pas pris une ride, c'est une vraie madeleine de Proust, joliment rétro.

Moïse et Albert Levy sont frères. Mais alors que Moïse, tailleur de diamants à Anvers, perpétue les traditions ancestrales, portant la barbe, les papillottes, le kaftan de soie et faisant ses délices de l'étude des points obscurs de la Thora, Albert a jeté aux orties tous ces signes extérieurs.


Il a même épousé une belle Parisienne, Brigitte, avec qui il tient aujourd'hui un bar tabac. Moïse ne lui a jamais pardonné cette trahison et ne l'a plus revu. Depuis dix ans, les frères Levy ne se parlent plus. Mais un beau jour, Moïse, qui se trouve mêlé bien malgré lui au trafic de drogue organisé par un dénommé Goliath, est obligé de chercher refuge auprès d'Albert et d'abandonner costume, chapeau, barbe et bouclettes, se trouvant ainsi livré à toutes les tentations.

Cette comédie est rondement menée et équilibrée entre comique de situation, humour juif, bon mots et approximation de langage. Mais c'est aussi une visite guidée de deux lieux typiques: l'univers des diamantaires d'Anvers , froid et rigoureux et son opposé, le quartier de la rue des Rosiers à Paris, grouillant et populaire.


Seule petite ombre au tableau, au coin de la Rue des Rosiers et de la Rue des Hospitaliers Saint-Gervais dans le 4ème arrondissement, se situe la boutique de delicatessen “Chez Marianne". Un certain Titi revendique la paternité du scénario du film “Levy et Goliath". L’action de ce film se situe effectivement Rue des Rosiers


Et depuis 1987, cette protestation est peinte en blanc sur la vitre du magasin.



Une famille se rassemble pour Noël dans une station de sports d'hiver et l’on découvre assez rapidement que tous ont d’énormes problèmes, qui reviennent toujours à être des problèmes d’amour ou des problèmes sexuels, ou bien sûr les deux.

Ce portrait d'un groupe humain confronté aux aléas de la vie amoureuse dessine une chronique familiale comme le cinéma français en produit souvent. Le scénario de danièle Thompson tient le choc, malgré la complexité des histoires croisées de 4 ou 5 couples (ou faux couples.

On rit plutôt face aux disputes et aux gros soucis, qui ne sont pas si graves que cela, de tout ce petit monde. Tout cela n’est bien entendu pas très profond mais la belle brochette d’acteurs permet au film de tenir et de nous faire passer un bon moment.

Collaboration avec Patrice Chéreau

A partir de 1994, Danièle Thompson réalise les scénarios de deux films important de Patrice Chéreau

Le 18 août 1572, Catherine de Médicis, pour des raisons stratégiques, marie de force sa fille, Marguerite de Valois, belle et catholique, soeur du roi Charles IX, à Henri de Navarre, un noble protestant, futur roi Henri IV. Les protestants arrivent nombreux à Paris pour célébrer le mariage et gagner en influence en s'appuyant sur l'Amiral de Coligny, qui avait su gagner l'amitié de Charles IX.

Sacrifié à la raison d'état, Margot erre dans les rues dès sa nuit de noce et va cependant connaître l'amour avec un autre huguenot, le seigneur de la Môle. Mais le massacre de la Saint-Barthélemy est déclenché le 24 août, Coligny et de nombreux protestants sont tués, jusque dans les appartements royaux. Protégé par son sang royal Henri est épargné et Margot sauve la Môle. Plus tard Charles IX meurt empoisonné et la Môle est injustement condamné et exécuté. Margot rejoint Henri en Navarre avant d'être exilée en Auvergne.

Ce film est très charnel, passionnel, coloré de blanc, de noir et surtout de rouge. Rarement la passion, la violence faite aux corps ont été montrées avec autant de brio et de réalisme. La reconstitution historique est précise et les nombreux figurants apportent un volume et une qualité incontestables.

Le scénario ne cherche pas à retracer la vérité historique mais juste à peindre cette légende, ce qu’il fait avec beaucoup de talent. On peut voir se dessiner un parallèle entre cette légende noire et les terribles guerres fratricides qui sévissaient à l'époque de la sortie du film en ex-Yougoslavie.

La Reine Margot ne laisse pas indifférent. Il peut rebuter par certains aspects : beaucoup de personnages, les dialogues ne permettent pas une compréhension immédiate de la situation, ou de ce qui se trame, les protagonistes parlent de "il", ou de "elle", sans jamais nommer la personne en question. Il y a de plus énormément de sang, de sexe et de violence.

Le film ressemble à une peinture flamande du XVIe siècle: de superbes photos, des décors sombres et sobres, des costumes flamboyants, et une vision du Louvre comme on ne nous l'avait jamais proposé. Un film extrêmement moderne, défenseur de la tolérance et dénonciateur des dictatures. Son œuvre a été récompensée notamment à Cannes, Grand Prix du Jury, et Prix d'Interprétation Féminine pour Virna Lisi, ainsi qu'à Paris, César de la Meilleure Actrice pour Isabelle Adjani.

Jean-Baptiste Emmerich, né à Limoges, peintre scandaleux et tyrannique à Paris, mort à Paris, veut qu'on l'enterre à Limoges (le plus grand cimetière d'Europe). C'est par cette phrase qu'il règle ses dernières volontés, lui qui la voyait arriver et ne voulait pas partir en laissant les autres en paix.

Sous couvert d'enterrement, ce film dissèque une journée d'une quinzaine de personnages en crise, rassemblés autour d'un mort, dont la présence et le regard les faisait exister, qui ont perdu tout repère et se retrouvent obligés de se confronter les uns aux autres. Cet homme, en quittant ces vivants qu'il avait si fort influencés, les laisse face à des questions que sa présence faisait oublier.

L'idée de ce film vient des obseques du fameux cineaste Francois Reichenbach qui a dit "Ceux qui m'aiment prendront le train". S'ensuit la descente de sa famille et ses amis a Limoges en 1993. Daniéle Thompson faisait partie des voyageurs.

Film représentatif de la tension que Patrice Chéreau sait cultiver et entretenir, à l'écran comme à la scène, au cœur de ses personnages et entre ceux-ci. La séquence d'ouverture (long travelling caméra à l'épaule de l'entrée de la gare jusque dans le train) est à ce titre emblématique et stupéfiante.

La scène la plus émouvante de tout le film est celle où Claire découvre dans la pénombre, entre deux portes, la véritable identité de Viviane (anciennement Frédéric . Elle semble troublée mais remarque surtout la beauté de Frédéric, bel homme, devenu belle femme. Elle pleure tellement il/elle lui semble beau. Comment une transformation d'homme en femme peut-elle donner une si belle femme. Claire se sent presque laide face à cette belle femme qu'elle a si bien connu quand il était homme. C'est comme si le Frédéric qu'elle connaissait était mort et venait de renaître en Viviane. Claire va devoir réapprendre à connaître Frédéric/Viviane.


Et aussi

  • 1998 : Paparazzi , de Alain Berbérian
  • 1999 : Belle Maman, de Gabriel Aghion
  • 2001: Belphégor, le fantôme du Louvre, de Jean-Paul Salomé
  • 2004 : Le Cou de la girafe, de Safy Nebbou


Réalisatrice

Le cinéma est une affaire de famille, après avoir été la scénariste de son père, elle se fait assister pour les scénarios des films qu'elle réalise par son fils Christopher Thompson.

Suite au décès récent de son deuxième mari, Yvette tente de réunir de nouveau pour Noël les trois filles de son premier mariage avec Stanislas, violoniste tzigane à la retraite. Autour des préparatifs, les remises en question et les révélations vont bon train pour Louba, l'artiste, Sonia, la bourgeoise et Milla, la rebelle.

La Bûche réussit parfaitement à faire du comique avec du tragique. Les parcours des membres de cette famille s’entrechoquent anarchiquement, dans un gigantesque fatras créé par les tromperies et les séparations successives. Ils ont la panoplie complète. Leurs relations sont devenues si fausses et embrouillées qu’au final on ne sait plus qui est qui. Faire un bon divertissement avec des ingrédients dramatiques est un exercice périlleux, mais brillamment réussi dans ce film.

Le moins réussi des films de Danièle Thompson. Cette comédie à l’américaine repose sur un duo d’acteurs, le grincheux hypocondriaque (Jean Reno) qui se laisse séduire par une écervelée (Juliette Binoche). Les sonneries de téléphones mobiles et les ambiances assourdissantes d’aéroports n'améliorent pas les choses.

Avec le fil rouge d'une jeune serveuse provinciale et autour du théâtre des Champs-Élysées à Paris, plusieurs personnages font basculer leur vie : un riche homme d'affaires liquide sa collection d'art moderne chez Drouot ; une comédienne populaire qui répète au Studio rêve d'interpréter Simone de Beauvoir ; un pianiste préparant son concert étouffe dans ses conventions ; la concierge part à la retraite.

Le film remporte un vif succès aux États-Unis sous le titre Avenue Montaigne. Tout ce petit monde, ou presque, a son vague à l'âme et son stock d'aphorismes percutants. Ssous les yeux perpétuellement émerveillés de Jessica , serveuse toute fraîche, la sarabande explore les grandes ou les petites considérations sur la vie, l'amour, la réussite. On retient surtout la présence émouvante de Suzanne Flon, peu avant sa disparition et de Valérie Lemercier, qui étincelle de fantaisie et de charme en actrice de soap.

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 12 Février 2009

12 février 2009, voici 30 ans tout juste que disparaissait Jean Renoir, mort  à Beverly Hills,  le 12 février 1979

Jean Renoir est né à Montmartre (Paris) le 15 septembre 1894.

Il est le second fils du peintre impressionniste Pierre-Auguste Renoir. Il apparaît sur de nombreuses toiles de son père, en particulier dans les bras de sa mère Gilberte ou aux cotés de son frère Claude (Coco)

Ses films, longtemps incompris et mésestimés, apparaissent aujourd'hui comme ayant profondément marqué les mutations du cinéma français entre 1930 et 1950, avant d'ouvrir la porte à la Nouvelle Vague du cinéma français.  


Jean Renoir à 5 ans
Tableau de Pierre-Auguste Renoir
@Musée de Limoges

Les débuts

Après des études médiocres, Jean Renoir s'engage dans le corps des dragons en 1912.
Soldat en 1914, il sert dans l'aviation à partir de 1916. Il rapporte de la guerre une blessure à la jambe qui le fit boiter toute sa vie. En 1920, il épouse l'un des modèles de son père, Andrée Heuchling, et s'installa comme céramiste.
La sortie, en 1921, du film d'Erich von Stroheim Folies de femmes (Foolish Wives) décide de la suite de sa carrière.
Soutenu par sa famille, il réalise son premier long-métrage, la Fille de l'eau (1924), une fable bucolique à l'esthétique impressionniste, dans lequel jouent sa jeune épouse -qui avait pris le pseudonyme de Catherine Hessling- et son frère aîné, Pierre Renoir.
L'accueil mitigé réservé au film ne décourage cependant pas le cinéaste, qui se lance peu après dans une production coûteuse, Nana (d'après Émile Zola, 1926), puis dans une série de réalisations aux inspirations très diverses (la Petite Marchande d'allumettes, d'après Andersen, (1928); Tire-au-flanc, comédie militaire, 1928) qui ne surent pas toujours convaincre le public.
En 1931 il réalise "On purge Bébé", d'après Feydeau, le tournage est bouclé en six jours seulement ( un exploit dans l'histoire du cinéma) et le film rencontre un vrai succès populaire.

La période réaliste

La Chienne (1931) marque un tournant dans œuvre de Jean Renoir. C'est un des premiers films parlants, adapté d'un roman de Georges de la Fouchardière. La Chienne offrait à Michel Simon l'un de ses plus beaux rôles , celui d'un petit-bourgeois jaloux, assassin et veule.
Après la Nuit du carrefour (d'après Georges Simenon, 1932), dans lequel Pierre Renoir interprétait le commissaire Maigret, le réalisateur tourne une série impressionnante de chefs-d'œuvre: Boudu sauvé des eaux (avec, de nouveau, Michel Simon, 1932), le Crime de M.Lange (avec Jules Berry, 1935), Une partie de campagne (1936, sorti en 1946) dont son neveu, Claude Renoir, signe la photographie, et les Bas-fonds (avec Louis Jouvet, 1936).
Puisant son inspiration dans les romans de Gorki ou dans les nouvelles de Maupassant, Jean Renoir fait preuve d'un sens aigu du réel, qu'il met au service d'un véritable naturalisme poétique.

L'engagement politique

Il fait peu à peu appel à des collaborateurs (Jacques Prévert, Roger Blin) qui donnent à sa production une dimension ouvertement politique, marquée par les idées du Front Populaire: La vie est à nous, (1936); le Crime de Monsieur Lange, la Marseillaise, (1936).
Cette tendance allait ouvrir la voie au néoréalisme italien.

Avant la Seconde Guerre mondiale, Jean Renoir essaye, avec "la Grande Illusion" (1937), de promouvoir un message de paix entre les nations européennes, en faisant tourner, en guise d'hommage, son père spirituel Erich von Stroheim aux côtés de Jean Gabin.

Dans la Bête humaine (1937), il s'efforce de mettre en scène les enjeux sociaux de l'époque.
Dans son chef-d'œuvre, la Règle du jeu (1939), il prévoyait l'effondrement des valeurs humanistes et brossait un tableau sans complaisance des mœurs de la société bourgeoise française.
Le film participe à la naissance d'un nouveau style cinématographique, aussi bien dans le découpage de l'espace que dans le montage discontinu du temps de l'action.

La période américaine

Devançant l'arrivée des troupes allemandes, il s'exile aux États-Unis en 1940 (laissant inachevée une adaptation de la Tosca par Victorien Sardou, qui sera finalement tournée par Carl Koch).
Jean Renoir prend la nationalité américaine. Il s'adapte difficilement au système hollywoodien, il réalise néanmoins plusieurs films de commande, notamment des films de propagande (Vivre libre! / This Land is mine, avec Charles Laughton en 1943; Salut à la France / A Salute to France, 1944) et des adaptations littéraires (le Journal d'une femme de chambre/ The Diary of a Chambermaid, d'après Octave Mirbeau, 1946), avant de partir en Inde tourner "le Fleuve" (The River, 1951), film en couleurs, contemplatif et serein, d'un humanisme parfois désenchanté. Ce film eut une influence durable sur le cinéma indien lui-même.

Les derniers films

De retour en Europe au début des années 1950, Jean Renoir tourne encore le Carrosse d'or (d'après Prosper Mérimée, 1952), French Cancan (avec Jean Gabin et Françoise Arnoul, 1955), Elena et les Hommes (avec Ingrid Bergman et Jean Marais, 1956) et le Caporal épinglé (d'après Jacques Perret, 1962), donnant ainsi le pendant désenchanté de "La grande Illusion".

Rencontrant des difficultés de plus en plus importantes à produire ses films, il se tourne alors vers la télévision (le Petit Théâtre de Jean Renoir, 1969-1971) et se consacre plus largement à l'écriture : il publie un livre sur son père, Renoir, mon père (1962), son autobiographie, Ma vie et mes films (1974), un essai (Écrits 1926-1971, 1974), quelques pièces de théâtre (Orvet, 1955) ainsi que plusieurs romans (les Cahiers du capitaine Georges, 1966; le Crime de l'Anglais, 1979).

En 1970, il prend sa retraite à Beverly Hills, où il meurt en le 12 février 1979.


Filmographie :

  • 1924 : La Fille de l'eau
  • 1924 : Catherine
  • 1926 : Nana
  • 1927 : Sur un air de Charleston
  • 1927 : Marquitta
  • 1928 : La petite marchande d'allumettes
  • 1928 : Tire-au-flanc
  • 1929 : Le Tournoi dans la citè
  • 1929 : Le Bled
  • 1931 : On purge Bébé
  • 1931 : La Chienne
  • 1932 : Boudu sauvé des eaux
  • 1932 : La nuit du carrefour
  • 1933 : Chotard et Cie
  • 1933 : Madame Bovary
  • 1935 : Toni
  • 1936 : Le Crime de M. Lange
  • 1936 : La vie est à nous
  • 1936 : Les Bas-Fonds
  • 1936 : Partie de campagne
  • 1937 : La Grande Illusion
  • 1937 : La Bête humaine
  • 1938 : La Marseillaise
  • 1939 : La Règle du jeu
  • 1941 : L'Étang tragique / Swamp Water
  • 1943 : Vivre libre / This Land is mine
  • 1944 : Salut à la France / A Salute to France
  • 1945 : L'Homme du Sud / The Southerner
  • 1946 : Le Journal d'une femme de chambre / The Diary of a Chambermaid
  • 1946 : La Femme sur la plage / The Woman on the Beach
  • 1951 : Le Fleuve / The River
  • 1953 : Le Carrosse d'or / The golden coach
  • 1955 : French Cancan
  • 1956 : Éléna et les hommes
  • 1959 : Le Déjeuner sur l'herbe
  • 1961 : Le Testament du docteur Cordelier
  • 1962 : Le Caporal épinglé
  • 1971 : Le Petit Théâtre de Jean Renoir (TV)

Les deux cinéastes que Truffaut admirait le plus et qui ont chacun eu une influence décisive sur son œuvre sont Jean Renoir et Alfred Hitchcock. 


Truffaut n’a pas écrit d’ouvrage sur Jean Renoir, mais il exprime son admiration pour ce cinéaste en

rédigeant l’introduction du livre que Jean Bazin, en 1971, lui consacre.

Il écrit notamment : « Je ne suis pas loin de penser que l’œuvre de Jean Renoir est celle d’un cinéaste infaillible... C’est grâce à la familiarité que Renoir a réussi à tourner les films les plus vivants de l’histoire du cinéma, ceux qui respirent encore quand on les projette quarante ans après leur tournage. » Il écrit également : " Ce n’est pas le résultat d’un sondage mais un sentiment personnel : Jean Renoir est le plus grand cinéaste au monde ".Et il ajoute : " Ce sentiment personnel, beaucoup d’autres cinéastes l’éprouvent également et d’ailleurs, Jean Renoir n’est-il pas le cinéaste des sentiments personnels ? "


En 1957, François Truffaut fonde sa propre maison de production, « Les films du Carrosse », Ce nom est un hommage direct au film de Jean Renoir : Le Carrosse d'or ( sorti en 1952). Ce film, tiré de l’œuvre de Mérimée, recourt aux conventions de la commedia dell'arte pour offrir une magistrale réflexion sur les frontières du théâtre et de la vie. Anna Magnani y est une inoubliable Camilla, courtisée par un vice-roi sud-américain, par un torero et par un acteur; repoussant ses trois galants, elle choisira finalement le théâtre.


Le cycle Antoine Doinel

Dans son introduction à son livre " Les aventures d'Antoine Doinel " Truffaut écrit : " C'est justement Renoir qui m'a appris que l'acteur jouant un personnage est plus important que ce personnage " et aussi " Antoine Doinel est devenu la synthèse de deux personnes réelles, Jean-Pierre Léaud et moi " tout en reconnaissant que "progressivement Antoine Doinel s'est éloigné de moi pour se rapprocher de Jean-Pierre "

De la même manière Renoir reconnaissait que Le Carrosse d'or avait été fortement influencé par l'actrice Anna Magnani et Elena et les hommes par Ingrid Bergman. Sur ce point l'opposition avec Hitchcock est totale. En effet celui-ci exigeait que l'acteur se soumette totalement au scénario et à la conception générale du film. Par contre Renoir modifiait régulièrement le plan de tournage et le scénario selon les impulsions de ses acteurs.

Le cycle Antoine Doinel (Les Quatre Cents Coups, Antoine et Colette, Baisers volés, Domicile conjugal et l'Amour en fuite) met donc en scène des personnages ordinaires ( issus de la vie de Truffaut et de Jean-Pierre Léaud) présenté de façon extraordinaire.

Dans les films de Renoir comme La Chienne et Le Crime de Monsieur Lange ( 1936) le réalisme et l'intimité sont suggérés par l'utilisation de cadres ajoutés comme des portes ou des fenêtres et par l'exploration d'une cour intérieure d'immeuble comme lieu central. Ces deux aspects symbolisent le fait qu'il existe une réalité complexe, au delà des cadres ou derrière les personnages secondaires qui sont rencontrés régulièrement dans la cour et les escaliers.
Cette méthode est reprise dans Domicile Conjugal où Antoine travaille au milieu de la cour et dialogue avec des personnages variés. Cette capacité à communiquer qui progresse au cours du film, marque une évolution dans le personnage d'Antoine Doinel, jusque là plutôt solitaire.


Romantisme et distanciation

Les deux films adaptés des romans d'Henri-Pierre Roché,Jules et Jim et Les deux Anglaises et le Continent doivent beaucoup au style et aux thèmes de Renoir, comme La Chienne (1931) ou Partie de Campagne (1936). Films sur les sentiments, ils évitent la mièvrerie par une certaine distanciation. Cette distance est introduite dans La Chienne via la marionnette qui en ouverture dit " Les personnages n'en sont ni des héros ni de sombres traîtres. Ce sont de pauvres hommes comme moi, comme vous. Il y en a trois principaux : lui, elle et l'autre "

Les deux films de Truffaut, autour du triangle, une femme et deux hommes pour Jules et Jim, deux femmes et un homme pour Les deux Anglaises, évitent la banalité par la distance introduite par un commentaire littéraire, volontairement neutre. Renoir comme Truffaut se gardent bien de juger leurs personnages, ils respectent leur liberté mais aussi leur vulnérabilité et leur souffrances, sans chercher à nous tirer des larmes.

Le caractère romantique et lyrique des images des Deux Anglaises et le Continent est volontairement tempéré par des commentaires distanciés. Le premier baiser de Claude et d'Anne dans son atelier est commenté par Claude: " Va-t-elle s'écrier, me donner une claque? mais non..." De même le premier rapport intime entre Muriel et Claude est décrit de façon clinique: "Le ruban éclata, après une résistance bien plus vive que chez Anne. .. Il s'agissait pour Claude d'armer Muriel-femme contre lui".


Un cinéma de la tolérance

Une autre caractéristique du cinéma de Jean Renoir est de nous donner en permanence une image de tolérance. La Règle du Jeu (1939) illustre parfaitement ce point: " Tout le monde a ses raisons" peut-on y entendre. Truffaut a toujours admiré ce film; dans sa jeunesse, il notait les films qu'il voyait et leur attribuait des étoiles. La Règle du Jeu avec 12 étoiles est en tète du palmarès.
Cette tolérance envers le comportement des individus se manifeste dans Le Dernier Métro où le réalisateur nous présente sans critique mais aussi sans complaisance Jean-Loup le metteur en scène homosexuel, Arlette la décoratrice lesbienne et aussi Marion, l'héroïne jouée par Catherine Deneuve,  infidèle  à son mari enfermé, en cédant à Bernard. Personne n'est jugé, ni approuvé, dans ce contexte là l'important est ailleurs. Ce qui provoque un drame dans La Femme d'à coté ( avec le même couple Deneuve- Depardieu ) importe moins que la survie du théâtre ou la résistance à l'occupant.
De même dans La Nuit Américaine, pendant le tournage du film à l'intérieur du film, chacun a ses problèmes et Ferrand le réalisateur (Truffaut lui-même) sauve sa réalisation en évitant de porter des jugements ou de prendre partie dans les intrigues qui se nouent. Le docteur Nelson, époux de Julie, vient au secours du tournage en se montrant compréhensif lors de la liaison entre sa femme et Alphonse, l'acteur principal (J.P.Léaud). Même la mort accidentelle (perturbation extrême!) d'Alexandre n'empèche pas son achèvement.
 

Dans un article Truffaut écrit : « N’oublions jamais que les idées sont moins intéressantes que les êtres humains qui les inventent, les modifient, les perfectionnent ou les trahissent... » et se sont surtout les liens personnels qu’il a su nouer avec ses maîtres qui lui ont permis de devenir un artisan habile à la façon d’Hitchcock et un poète humaniste et généreux à la manière de Renoir.


Extraits de la préface de François Truffaut au "CinéRomanPhoto" La Grande Illusion,
Paru chez BALLAND

La Grande Illusion est un des films les plus célèbres du monde, un des plus aimés; son succès a été immédiat dès 1937 et pourtant ce fut, pour Jean Renoir, l'un des plus difficiles à entreprendre, comme il le raconte lui-même dans son livre de souvenirs " Ma Vie et mes Films " :
" L'histoire de mes démarches pour trouver la finance de la Grande Illusion pourrait faire le sujet d'un film. J'en ai trimballé le manuscrit pendant trois ans, visitant les bureaux de tous les producteurs français ou étrangers, conventionnels ou d'avant-garde. Sans l'intervention de Jean Gabin, aucun d'eux ne se serait risqué dans l'aventure. Il m'accompagna dans quantité de démarches. Il se trouva finalement un financier qui, impressionné par la confiance solide de Jean Gabin, accepta de produire le film ".

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Bien des gens se sont interrogés sur la signification du titre : la Grande Illusion que Renoir n'a donné à son film qu'après l'avoir tourné et pourtant il suffit de bien écouter les dernières phrases du dialogue, lorsque Maréchal (Jean Gabin) et Rosenthal (Marcel Dalio) vont se séparer dans la neige à la frontière suisse :

Maréchal : Il faut bien qu'on la finisse cette putain de guerre... en espérant que c'est la dernière.

Rosenthal : Ah, tu te fais des illusions !

La Grande Illusion c'est donc l'idée que cette guerre est la dernière mais c'est aussi l'illusion de la vie, l'illusion que chacun se fait du rôle qu'il joue dans l'existence et je crois bien que La Grande Illusion aurait pu s'appeler La Règle du Jeu (et inversement), tant il est vrai que ces deux films, et bien d'autres de Jean Renoir, se réfèrent implicitement à cette phrase de Pascal qu'il aime à citer : " Ce qui intéresse le plus l'homme, c'est l'homme".


Une des affiches françaises
Si la carrière de Jean Renoir n'a pas toujours été facile, c'est que son travail a toujours privilégié les personnages par rapport aux situations dramatiques. Or, La Grande Illusion déroulant son action dans deux camps de prisonniers, la situation forte, toujours souhaitée par le public, était créée automatiquement : tout peut arriver dans un camp de prisonniers où même les menues actions de la vie quotidienne prennent l'intensité de péripéties exceptionnelles.
Pour les mêmes raisons le public a accepté et apprécié dans La Grande Illusion bien des composantes du style de Jean Renoir qu'il avait refusées ou boudées dans des films précédents: les changements de ton, le goût des généralités dans le dialogue, les paradoxes et surtout un sens très fort des aspects baroques de la vie quotidienne, ce que Jean Renoir appelle la "féerie de la réalité".

affiche américaine

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On ne trouvera pas dans la Grande Illusion une seule remarque, un seul détail qui serait négatif ou péjoratif pour l'Allemagne, la guerre elle-même y est montrée sinon comme un des beaux-arts au moins comme un sport. A un personnage qui s'excuse en disant : " C'est la guerre ", de Boeldieu répond " Oui, mais on peut la faire poliment " et à Penelope Gilliatt qui le questionnait trente ans plus tard pour le New- Yorker, Jean Renoir devait répondre : "En faisant la Grande Illusion, j'étais contre la guerre mais pour l'uniforme ".

Jean Renoir est donc une intelligence libre, un esprit de tolérance et pourtant, malgré le très grand succès de la Grande Illusion, bien des censures s'exercèrent contre ce film. Projeté au Festival de Venise 1937, le jury n'osa pas lui décerner le Grand Prix (qui alla à Carnet de Bal de Duvivier) et inventa un prix de consolation. Quelques mois plus tard, Mussolini interdisait purement et simplement le film que Goebbels en Allemagne se contentera dans un premier temps d'amputer de toutes les scènes où le personnage de Dalio exprime la générosité juive.

En France, par contre, lors de la reprise en 1946, le journaliste Georges Altman se déchaînera contre le film qu'il accusera d'antisémitisme. A cette époque de l'immédiate après-guerre, toutes les copies de la Grande Illusion qui circulent à travers le monde sont incomplètes, ici et là amputées de scènes différentes, et il faudra attendre 1958 pour que Jean Renoir puisse restaurer enfin la copie dans son intégralité.
Les manieurs de ciseaux n'avaient pas su voir, contrairement à André Bazin que " le génie de Renoir, même quand il défend une vérité morale ou sociale particulière, c'est de ne jamais le faire non seulement aux dépens des personnages qui incarnent l'erreur mais même aux dépens de leur idéal. Il donne aux idées comme aux hommes toutes leurs chances ".

En 1958, on a lancé à Bruxelles un questionnaire international pour déterminer " Les douze meilleurs films du monde " et la Grande Illusion a été le seul film français figurant sur la liste finale, cette Grande Illusion qui avait été, pour Jean Renoir, émigrant aux États-Unis en 1940, le meilleur passeport, la carte de visite prestigieuse qui devait lui permettre de poursuivre sa carrière interrompue par la guerre : " Hugo Butler à qui on avait parlé de moi comme metteur en scène possible (pour The Southerner), aimait la Grande Illusion et il était prêt à accepter mes suggestions.
Sacrée Grande Illusion ! Je lui dois probablement ma réputation. Je lui dois aussi des malentendus. Si J'avais consenti à tourner de fausses Grandes Illusions, j'aurais probablement fait fortune".

Jean Renoir tout au long de sa carrière s'est donc moins intéressé à filmer des situations que des personnages et - je vous invite ici à vous remémorer l'attraction foraine qui s'appelle le " Palais des Miroirs " - des personnages qui cherchent la vérité et se cognent aux vitres de la réalité. Jean Renoir ne filme pas directement des idées mais des hommes et des femmes qui ont des idées et ces idées, qu'elles soient baroques ou dérisoires, il nous invite ni à les adopter ni à les trier mais simplement à les respecter.
Quand un homme nous paraît ridicule par son obstination à imposer une certaine image solennelle de sa place dans la société, qu'il s'agisse d'un politicien " indispensable " ou d'un artiste mégalomane, on sait bien qu'il perd de vue le bébé râleur qu'il était dans son berceau et le vieux débris râlant qu'il sera sur son lit de mort. Il est clair que le travail cinématographique de Jean Renoir ne perd jamais de vue cet homme démuni, soutenu par la Grande Illusion de la vie sociale, l'homme tout court.

François Truffaut, 1974

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 19 Janvier 2009


Musée haut, musée bas film français réalisé par Jean-Michel Ribes sorti en  2008. Il est tiré de la pièce de théâtre du même auteur, Musée haut, musée bas (2004).


Le film montre un vaste échantillonage de personnages qui s'entrecroisent dans un musée imaginaire, encyclopédique, exhaustif, le musée de tous les musées. Lieu quasi unique, arpenté du sous-sol aux combles, où s'observent les mille et une manières, "beauf" ou pédante, émerveillée ou déroutée, de « vivre » l'art, que ce soit coté spectateurs, artistes ou employés du musée, directeur, gardiens ou manutentionnaires. Divers touristes galopent d'une salle à l'autre, le tout sous l'oeil avisé du conservateur, terrorisé par les plantes vertes et la Nature en générale. Il rajoute, inversant l'aphorisme de Platon: La Nature n'est qu'une pâle imitation de l'Art.


Jean-Michel Ribes ne se limite pas à la critique du public devant l’œuvre. L’auteur préfère ouvrir son propos, envisager les autres perspectives, celles des gardiens de musée, de l’artiste, du critique, de l’œuvre d’art elle-même. La mise en abîme est brillante, elle fonctionne à plein, et ces reflets de miroir sont autant de sources du rire. Rien n’est laissé de côté, tout ce qui se rapporte de près ou de loin au musée fait l’objet d’une scène particulière.

Les Gardiens
Les Gardiens

Les dialogues sont quelquefois de pures merveilles la tirade lasse de Luchini en gardien épuisé par la beauté qui l'entoure est criante de vérité; Dussollier est hilarant en ministre très « Jack Lang » inaugurant d'un air hébété une expo de photos de sexes masculins ; et les apparitions de Valérie Lemercier à qui l'auteur a réservé cette réplique fondamentale : « J'adooore cette période qui va... de Vinci à Warhol. » sont savoureuses.


Conscient que l’art est partout, dans le métro comme à Beaubourg, qu’une sorte d’esthétisation générale recouvre la cité et s’empare des gens et de leur langage sans qu’ils s’en rendent compte, il y a une voiture Picasso, n’importe quel acte est surréaliste et que dire de ce tee-shirt baroque, un peu comme la psychanalyse l’a fait dans les années 1960, Jean-Michel Ribes s'amuse de cette diffusion tout azimut de l’art. Dans le combat qui oppose nature et culture, il pense que le discours lénifiant de l’écologie comme salvation de l’homme est non seulement barbant mais dangereux pour l’art, c’est-à-dire l’artifice, qui nous a sorti des cavernes et nous a sauvé.

Le film n'est pas parfait. On peut regretter le montage, qui donne une impression un peu trop hachée. Et la fin, en forme d'Apocalypse et de Déluge, n'est pas forcément celle que l'on aurait pu imaginer.


Si le réalisateur s'intéresse dans ce film aux grandes œuvres artistiques de notre Histoire, il s'amuse avant tout à brosser le portrait de ceux qui les admirent, les détestent ou les jugent parfois avec intelligence, d'autres non. Il enchaine alors les séquences délirantes, partagées entre absurde et folie, il dresse aussi, sans réellement prendre partie, un aperçu critique de l'Art contemporain.


Car son film est bourré de références qui sont autant de questionnements. Sans adhérer à la thèse hégélienne selon laquelle seules les œuvres d’art d’un passé révolu ont réussi et ont eu pour destination propre de manifester un absolu, le réalisateur, pourtant très proche des milieux artistiques d'avant-garde repose la question du caractère "absolu" de certaines productions artistiques.


Sans relever toutes les allusions contenues dans le film, on retrouve l'urinoir du Duchamp (Fontaine 1917) d'ailleurs relégué dans les toilettes. De la même façon on peut retrouver les peluches entassées d'Annette Messager , la vie considérée comme une œuvre de Sophie Calle ou celle d'Orlan, qui se fait volontairement charcuter ainsi que Gilbert et Georges qui ont pu servir de modèle à Sulki et Sulku.


Enfin Piero Manzoni et sa "merde d'artiste" historique sont évoqués dans le film, mais non montrés (ils sont dans la salle d'à coté...).


Les ŒuvresLes peluches,  Sulki et Sulku

Par comparaison


les peluches entassées d'Annette Messager


Distribution


Fiche technique

  • Titre original: Musée haut musée bas
  • Réalisateur: Jean Michel Ribes
  • Scénario : Jean-Michel Ribes, d'après sa pièce
  • Dialogues : Jean-Michel Ribes
  • Musique : Gilles Legrand
  • Production : Dominique Besnehard, Gilles Legrand
  • Durée : 107 minutes
  • Sortie : 19 novembre 2008

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Rédigé par nezumi dumousseau

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