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Publié le 19 Mars 2012

L'État français ne commémorera pas  officiellement lundi 19 mars le 50e anniversaire du cessez-le-feu en Algérie, l'État algérien non plus. Alors que moins de 20 ans après 1945, les Français et les Allemands savaient commémorer ensemble la fin de la seconde Guerre Mondiale.

La guerre d'Algérie se déroule de 1954 à 1962 et débouche sur l'indépendance de l'Algérie, colonie française de 1830 à 1848, puis partie intégrante du territoire de la République.

Cette « guerre » est surtout, sur le plan militaire, une guérilla. Elle oppose les forces françaises dans toute leur diversité, faisant cohabiter commandos de troupes d'élites (parachutistes, légionnaires), forces de maintien de l'ordre (gardes mobiles, CRS), appelés du contingent et supplétifs indigènes (harkis, moghaznis) aux troupes indépendantistes de l'Armée de libération nationale (ALN), branche armée du Front de libération nationale (FLN) d'encadrement politico-administratif (CNRA et CCE).

La "bataille d'Alger" (janvier-septembre 1957) est un des épisodes de la guerre dite de "pacification", durant lequel le général Massu anéantit la section algéroise du F.L.N., responsable de nombreux actes terroristes anti-colons à Alger. Durant cette période, de nombreux débats secouaient la métropole : des militants d'extrême-gauche et de gauche aidaient les membres du FLN et dénonçaient la torture, alors que des militaires dénonçaient les hésitations des hommes politiques et souhaitaient le retour de de Gaulle au pouvoir.

Militairement gagnée par la France en 1959 (opération Jumelles), elle est politiquement remportée par le mouvement indépendantiste en 1962. Elle se double d'une guerre civile et idéologique au sein des deux communautés, donnant lieu à des vagues successives d'attentats, assassinats et massacres sur les deux rives de la Méditerranée. Côté algérien, elle se traduit par une lutte de pouvoir qui voit poindre la victoire du FLN sur les partis algériens rivaux, notamment le MNA (Mouvement national algérien) et par une campagne de répression contre les harkis soutenant le statu quo du rattachement de l'Algérie à la République française.

Par ailleurs, elle suscite côté français l'affrontement entre une minorité active hostile à sa poursuite (mouvement pacifiste), une seconde favorable à la révolution (les « porteurs de valises »), et une troisième ralliée au slogan de l'« Algérie française » (Front Algérie Française, Jeune Nation, OAS). Cette guerre s'achève à la fois sur la proclamation de l'indépendance de l'Algérie le 5 juillet 1962 suite au référendum d'autodétermination du 1er juillet prévu par les accords d'Évian du 18 mars 1962, sur la naissance de la République algérienne le 25 septembre et sur le rapatriement du million de Français vivant en Algérie.

La Guerre d'Algérie reste longtemps un sujet tabou au cinéma en France: à l'exception de Jean-Luc Godard avec Le Petit Soldat (1963), interdit plusieurs années, il faudra attendre la fin des années 1960 pour que des films plus francs, plus nets, et accusateurs, signés par des cinéastes non français, apparaissent, comme La bataille d'Alger de l'italien Gillo Pontecorvo (tourné en 1966, interdit en Francejusqu'en 1970) ou Le vent des Aurès de Mohammed Lakhdar-Hamina.

Les films évoquant la guerre sont rares, plus rares encore les films français:

Ces films sont contemporains de la guerre

  • 1954 : Une nation, l'Algérie de René Vautier
  • 1958 : L'Algérie en flammes de René Vautier
  • 1960 : Le Petit Soldat de Jean-Luc Godard (sorti en salles en 1963 seulement)
  • 1961 : J'ai huit ans de Yann Le Masson documentaire de 8 mn
  • 1961 : Octobre à Paris de Jacques Panijel
  • 1961 : Les Oliviers de la justice de James Blue
  • 1961 : Le Combat dans l'île de Alain Cavalier

Après le conflit, seul Alain Resnais, Agnès Varda ou Jacques Rozier en France osent aborder le sujet, dans des films où la guerre est seulement évoquée de façon indirecte.

Des films comme Les parapluies de Cherbourg peuvent paraître bien éloignés de films comme ceux de Vautier, Boisset ou Drach, mais à l'époque, en 1964, il apparait qu'il était impossible d'aller plus loin dans le traitement de la guerre au cinéma.

À partir de 2000, la production devient plus abondante, comme si le temps était venu de lever enfin les tabous:


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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 6 Février 2012

François Truffaut aurait eu 80 ans en ce 6 février 2012. Pour beaucoup, il est toujours vivant

6 février 1932 : naissance à Paris de François, fils de Janine de Monferrand, secrétaire à "L'Illustration" et de père inconnu au terme d'une grossesse cachée, il ne retrouvera son père biologique, un dentiste juif (Roland Lévy), qu'en 1968.

Sa mère épouse le 9 novembre 1933 Roland Truffaut, dessinateur dans un cabinet d'architecte-décorateur, qui reconnaît l'enfant à l'état civil et lui donne son nom. François, de 1935 à 1942, est confié le plus souvent à sa grand-mère, Geneviève de Monferrand, qui habite rue Henry-Monnier dans le 9e arrondissement de Paris.

18 décembre 1940: Le jeune François Truffaut découvre le cinéma avec Paradis Perdu d'Abel Gance.

80 ans, ce n'est pas vieux, 5 ans de moins qu'Elizabeth II, et pourtant cela fait près de 30 ans qu'est sorti, peu de temps avant sa mort, en 1984, son dernier film. Vivement Dimanche.

 

Et pourtant, ce dernier film, polar assez léger donnait l'impression que Truffaut avait terminé son œuvre. La conduite de sa vie est marquée par la sensation de la brièveté de notre passage sur Terre.

 

Sans céder au surnaturel et affirmer que François Truffaut avait le pressentiment de sa mort brutale et prématurée à 52 ans, il est indéniable qu'il a toujours été un cinéaste impatient et boulimique, enchaînant les projets et les tournages.


Alors qu'un cinéaste comme Alain Resnais ne passera au long-métrage qu'à 37 ans et prendra 50 années pour tourner 18 films; Truffaut ne tourne que 3 courts-métrages, réalise son premier long à 27 ans, enchaîne 21 réalisations en 23 ans avec des années comportant deux tournages.


La mort et le culte des morts occupent une place à part dans la vie et l'oeuvre de François Truffaut.


Il a en effet consacré un film entier au culte des morts La Chambre verte . La plupart de ses films évoquent ce thème de la mort, sans jamais par ailleurs prendre ce thème au tragique.


François Truffaut dès son premier film, Les Mistons (1957) qui aurait pu être un court métrage léger sur l'initiation à l'amour du bande de jeunes garçons, introduit vers la fin la mort tragique de Gérard, dans un accident de montagne, comme en écho aux jeux guerriers et aux simulations des enfants.


Dans son premier long métrage, Les quatre cents coups(1959) Antoine raconte que sa mère est morte pour excuser une absence injustifiée.
En 1943, le jeune Truffaut fait une fugue et se justifie à l'école en expliquant que son père avait été arrêté par les Allemands, mensonge inspiré par l'arrestation effective de son oncle.

Dans son enfance, comme dans le film, il dévore Balzac, au point de lui dresser un autel avec des bougies, provoquant d'ailleurs un début d'incendie. Cette scène préfigure l'autel des morts de La Chambre verte

 

De même que Truffaut est toujours vivant pour ses admirateurs, le propos du film est que les morts sont aussi présents dans notre vie que les vivants. En ce sens, il ne tient qu'à nous de ne pas les perdre.
Comme l'énonce Julien Davenne à un jeune veuf: " Ne pensez pas que vous l'avez perdue, pensez que maintenant vous ne pouvez plus la perdre. Consacrez-lui toutes vos pensées, tous vos actes, tout votre amour. Vous verrez que les morts nous appartiennent si nous acceptons de leur appartenir. Croyez moi, nos morts peuvent continuer à vivre. "

Dans La Chambre verte (1978) , Truffaut ne confie à personne d'autre que lui le rôle délicat de Julien Davenne, un homme qui se préoccupe plus des disparus que des vivants.


Truffaut déclarait  " Sans être croyant, comme Julien Davenne, j'aime les morts. Je crois qu'on les oublie trop vite, nous ne les honorons pas assez… je trouve que se souvenir des morts permet de lutter contre le caractère provisoire de la vie "

Il écrit aussi: " Chaque année, il nous faut rayer des noms sur le carnet d'adresses de notre agenda et il arrive un moment ou nous nous apercevons que nous connaissons plus de morts que de vivants"; et encore "contrairement a ce que les habitudes sociales et religieuses font croire, il arrive que l'on entretienne avec certains morts des relations aussi agressives et passionnées qu'avec les vivants. Les péripéties de "La chambre verte" tournent autour de ces questions: faut-il oublier les morts ? Que se passerait-il si, indifférents à l'usure du temps, nous leur restions attaches par des sentiments aussi violents que ceux qui nous lient aux vivants ?"

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 22 Novembre 2011

Pour ceux qui n'ont pas eu la chance de découvrir les premiers joyaux du réalisateur David Lean au Festival international du film de La Rochelle 2011, le coffret David Lean proposé par l’éditeur Carlotta viendra combler ce manque.


Le coffret rassemble les films de ses débuts ; des films de 1944 à 1950, en noir et blanc ou en couleurs, dramatiques ou plus légers. Des comédies de ses débuts aux mélodrames passionnés, le cinéaste élabore un grand style, épris de perfection technique, au montage raffiné. Son tempérament romantique y mélange le lyrisme, la hantise des sentiments fragiles, abîmés, disparus, et la respiration des éléments, ciel, vent et pluie.


Heureux mortels– 1944 (This Happy Breed)
L’histoire d’une famille emménageant dans une nouvelle maison lors du retour du mari de la première guerre mondiale, ils y connaissent joies et peines jusqu’à l’éclatement de la seconde. Fresque historique et intimiste, on y découvre le quotidien d’une famille anglaise typique, inspiré d’une pièce de théâtre de Noël Coward.


Brève rencontre- 1945 (Brief Encounter)
Un mélodrame fondateur, assez moderne pour son époqueen particulier par l’utilisation de la musique, la construction du film, le récit à la première personne et au féminin. Brève Rencontre a gagné le premier Grand Prix au Festival de Cannes, actuelle Palme d’Or.


L'esprit s'amuse‎ – 1945 (Blithe Spirit)
Charles Condomine et sa femme Ruth organise une séance de spiritisme avec la voyante Madame Arcati, la séance provoque l’apparition du fantôme de la première femme de Charles, Elvira. Amusant, de beaux effets spéciaux et une vision de la femme et du couple très caustique, avec des répliques sarcastiques.


Les Amants passionnés' -1949 (The Passionate Friends)
Marie Justin est marié avec un Howard, un homme d’affaires fortuné plus âgé. Alors qu’elle est seule en vacances au lac d’Annecy, elle rencontre par hasard, Steven Stranton avec qui elle a eu une liaison quelques années auparavant, à laquelle Howard mit un terme brusquement.


Madeleine - 1950
En 1857, à Glasgow, contre les vœux de ses parents, qui la destinent à un mariage bourgeois et prometteur, Madeleine Smith noue une relation secrète et passionnée avec Émile L’Angelier. Lorsqu’elle décide de mettre un terme à cette liaison, celui-ci se rebelle. Peu après, Madeleine est accusée de l’avoir empoisonné. Une description de l’Écosse victorienne, et un portrait de femme trouble, coupable, ou pas...


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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 6 Mai 2011


La disparition tragique et récente de Marie-France Pisier a fait ressortir de l'oubli un film de grande qualité, mais absent de la plupart des encyclopédies du cinéma. C'est l' adaptation du roman L’Écume des jours , de Boris Vian publié en 1947, par Charles Belmont en 1968.

 

pisier

 

Composée en 1946, rédigée aux dos d’imprimés de l’ AFNOR, où il travaillait alors, l’édition originale, dédiée à sa première épouse Michelle, est publiée le 20 mars 1947 aux éditions Gallimard/NRF. Bien que soutenu par Raymond Queneau et Jean-Paul Sartre, qui en publiera des extraits dans le Numéro 13 d’octobre 1946 des Temps modernes, il n’aura aucun succès de son vivant. Les personnages évoluent dans un univers poétique et déroutant, avec pour thèmes centraux l’amour, la maladie, la mort, dans une envoûtante atmosphère de musique de jazz, de climat humide et marécageux, qui rappellent les bayous de Louisiane.

 

L'adaptation au cinéma de ce roman complétement atypique était une entreprise folle.
Charles Belmont, réalisateur discret et presque inconnu réalise cependant l'exploit de rendre la poésie du livre, à l'aide de grands acteurs, alors débutants. Le film eut peu de succès, en parti éclipsé par les évènements prenant naissance en mars 1968. Même Charles Belmont, le réalisateur, préfère l’ambiance des barricades à celle des salles obscures et ne défend pas son film, baisse les bras. Il se sent à peine concerné par la présentation de son film au Festival de Venise.

 

Le film est centré sur le personnage de Colin, qui « possède une fortune suffisante pour vivre convenablement sans travailler pour les autres » ; un ami nommé Chick, qui ne dispose pas de cette chance, puisque, étant ingénieur, il est très pauvre (contrairement aux ouvriers). Le troisième personnage masculin est le cuisinier stylé de Colin, Nicolas.

Ce dernier tombera amoureux d’Isis, une amie de Colin.

Un jour, Chick fait la connaissance d'une fille, Alise, qui est parente de Nicolas. Colin, jaloux, désire lui aussi connaître une fille, et tombe amoureux de Chloé lors d'une fête. Il se marie avec elle et donne une partie de son argent à Chick pour qu’il épouse Alise. Chloé tombe malade : elle a un nénuphar qui pousse dans son poumon. Pour la guérir, Colin lui achète des fleurs et l’envoie à la montagne. Quand elle revient, le nénuphar n’est plus là, mais elle ne peut utiliser maintenant qu'un seul poumon. Colin doit chercher un travail pour acheter des fleurs, quand Chloé tombe de nouveau malade, de l’autre poumon.

Leur maison rapetisse progressivement et devient chaque jour plus triste et obscure, malgré les efforts de leur petite souris grise à moustaches noires pour nettoyer les carreaux et laisser passer les rayons de soleil.

Comme Chick aime plus Jean Sol Partre (anagramme transparent...) qu’Alise, celle-ci tue le philosophe avec un arrache-cœur, nom qui sera le titre du roman que Boris Vian publiera ensuite, et brûle les librairies proches de chez elle, mais elle meurt dans les flammes. Pendant ce temps, la police tue Chick parce qu’il ne paye pas ses impôts.

Lorsque Chloé est emportée par la maladie, Colin est ruiné. Comme il ne peut payer le prix fort, les religieux sont irrespectueux lors de l'enterrement.

Ce film présente des thèmes forts:

L'amour : De nombreuses formes d'amour sont présentes, l'amour fou entre Colin et Chloé, l'amour impossible entre Chick et Alise et l'amour physique entre Nicolas et Isis.

Le monde du travail : l' œuvre dénonce les conditions de travail inhumaines. Chaque personne employée est ramenée au rang d'une machine.

La musique : Le jazz est omniprésent. Il y a de nombreuses références aux musiciens et compositions de jazz.

La religion : Pendant le mariage, l'église est présentée comme avide d'argent. Le curé se réjouit de la mort du chef d'orchestre, comme il n'aura ainsi pas à payer les autres musiciens. L'enterrement est l'opposé du mariage, car Colin n'a alors plus d'argent. On jette le cercueil par la fenêtre, les deux porteurs sont sales, le conducteur chante à tue-tête, le Chuiche, le Bedon et le curé font une courte apparition sans avoir pris la peine de s'habiller correctement, Lapidation|lapident Colin, le cercueil est balancé dans la fosse. Le Christ, dans l'église, s'anime et demande à Colin pourquoi il n'a pas donné plus d'argent pour l'enterrement.

La superficialité : Colin ne se rend pas compte de combien Chick abuse de son amitié en lui demandant souvent de l'argent pour acheter des livres ou des objets de Partre. Vian se moque aussi de la mode, en prenant comme exemple le phénomène « Jean-Sol Partre », et le caractère insolite des acquisitions de Chick.

La maladie : Chloé est le personnage le plus affecté par la maladie, car c'est elle qui la porte. Tous les autres personnages sont aussi affectés, mais plus particulièrement Colin et Nicolas, qui vivent auprès d'elle. Le comportement de Colin change beaucoup. Il y a d'une part, son apparence négligée et d'autre part, sa perte d'envie de vivre malgré son épicurisme. Il y a aussi Nicolas, qui laisse paraître un vieillissement soudain : « Tu as vieilli de dix ans depuis huit jours. — De sept ans, rectifia Nicolas. »

Le temps : La maladie est détectée tout de suite après le mariage et c'est la fin de l'hiver, soit le début du printemps. Encore une fois, la symbolique de l'eau est très présente puisque la neige fond, les plantes renaissent et les maladies germent. De plus, Vian aborde les thèmes de la chaleur et du froid inversement à la pensée commune. La chaleur est associée à la maladie, alors que le froid est considéré comme un remède : « Tu vas prendre froid ! s'écria Alise. Couvre-toi ! — Non, murmura Chloé, il le faut, c'est le traitement. ».

La discrimination : Le cercueil de la femme décédée de Colin, Chloé n'est pas respecté. En effet, celui-ci est jeté par la fenêtre par les personnes de la morgue. La dépouille ou plutôt le cercueil n'est donc en aucun cas respecté, car Colin n'a plus de moyens pour financer un enterrement convenable à sa regrettée épouse puisque celui-ci s'était ruiné pour la guérir avant son décès. Ici Vian veut démontrer la discrimination entre les personnes riches et pauvres car leur mariage fut somptueux du fait qu'il était été payé le prix fort alors que l'enterrement est pathétique du fait que Colin n'ait plus d'argent.

Distribution

Fiche technique

  • Réalisation  : Charles Belmont
  • Scénaristes : Charles Belmont, Philippe Dumarçay, Pierre Pelegri d'après le roman de Boris Vian
  • Producteur : André Michelin
  • Musique originale : André Hodeir
  • Image : Jean-Jacques Rochut
  • Montage : J. Jacques Pauvert
  • Durée : 110 min
  • Date de sortie: 20 mars 1968 (France)


Retrouvez tous les détails techniques sur la fiche IMDB

Vidéo

Vidéo sur Youtube , Marie-France Pisier et Jacques Perrin, inoubliables

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 17 Avril 2011

La Ferme du Buisson (Scène Nationale de Marne-la-Vallée) à Noisiel (77) présente le 30 Avril un parcours cinéma-théâtre autour du Mépris, œuvre cinématographique de Jean-Luc Godard inspiré du roman d'Alberto Moravia (1954)

Ce parcours comprend la projection du film,puis le spectacle de théâtre Tdm 3 / Théâtre du Mépris 3 écrit par Didier-Georges Gabily et mis en scène par Yann-Joël Collin avec la compagnie La Nuit surprise par le Jour.

Le Mépris , de Jean-Luc Godard , sorti en 1963, scénario tiré du roman homonyme d'Alberto Moravia, musique de Georges Delerue , scripte : Suzanne Schiffman, durée 103 mn, avec Brigitte Bardot (Camille Javal), Michel Piccoli (Paul Javal), Jack Palance (Prokosh, le producteur), Fritz Lang (lui-même, réalisateur), Giorgia Moll , Jean-Luc Godard (l'assistant réalisateur), Linda Veras.

Fiche complète du Film

Le scénario du film

 

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 20 Septembre 2010

Même disparu, Chabrol restera toujours un bon vivant.

A l'inverse d'un Resnais mûrissant longuement chaque œuvre, Claude Chabrol a tourné beaucoup de films, cinquante sept longs métrages, rejoignant ainsi Jean-Luc Godard.
Bien sûr certains de ces films sont des films alimentaires fait pour renflouer sa société de production (et payer ses impôts, selon ses propres aveux !) : ainsi la série des “Tigre”, sans compter des séries pour la télévision.
Chabrol a toujours porté un regard affûté mais tendre sur l'humanité. Celui, goguenard, du curé de campagne qui connaît trop bien les vices de ses ouailles pour les condamner. Et le cinéaste sur les tournages duquel on mangeait le mieux et qui tenait par dessus tout à ce que la cantine soit bonne.
Ses réalisations tournaient toujours autour des mêmes thèmes. Il savait que l'homme est un animal et le démontra tout le long de sa filmographie, devenant juste de plus en plus rigolard au fil du temps.

Deux de ses meilleurs films, Le Boucher et Que la bête meure, en 1969, avec Jean Yanne, ne parlent que de ça : la culture ne peut rien contre les bêtes humaines. Stéphane Audran, l'institutrice du Boucher ne parvient pas à ramener à la civilisation Popaul, qui a vu trop de sang et ne peut s'empêcher de le faire couler. Et pour Que la bête meure, pour qu'un chauffard arrogant soit puni, il faudra que le gentil Michel Duchaussoy cesse d'être civilisé.
La bêtise est aussi un des  thèmes clés de l'œuvre de Chabrol qui se dit fascinée par elle : "la bêtise est infiniment plus fascinante que l'intelligence. L'intelligence, elle, a ses limites tandis que la bêtise n'en a pas. Voir un être profondément bête, c'est très enrichissant et l'on a pas à le mépriser pour autant." Les Godelureaux, l'année suivante, ne rencontre pas plus de succès. Il se lance alors dans la réalisation de films d'espionnage souvent parodiques et toujours plein d'humour, mais boudés par la critique.

Mais il sait aussi prendre des risques comme par exemple en 1980, en se lançant dans l'adaptation du Cheval d'orgueil, le roman breton de Pierre Jakez-Elias, avec des comédiens peu connus du grand public.

En 2005, l'ensemble de son œuvre cinématographique a été distingué par le prix René-Clair de l'Académie française.

 

Claude Chabrol est né à Paris, le 24 juin 1930.
C'est un fils de pharmacien et il dévore la Comtesse de Ségur. Il débute dans le cinéma dés l'âge de 12 ans comme projectionniste dans un garage d'un petit village de la Creuse.
Dès son arrivée à Paris, il fréquente assidument le ciné-club du quartier Latin, animé par Éric Rohmer, où il rencontre Truffaut, Rivette, Godard et Paul Guégauff, qui deviendra son scénariste.
Claude Chabrol entre aux "Cahiers du Cinéma" en 1953, ses amis François Truffaut et Jacques Rivette y font déjà leurs premières armes depuis quelques mois. Il fréquente la Cinémathèque de Claude Langlois et est introduit auprès d'André Bazin et Jacques Doniol-Valcroze, fondateurs de la toute jeune revue de cinéma à couverture jaune.
Dès ses débuts il défend la "politique des auteurs", pas encore strictement définie, mais déjà présente en puissance. A propos du film Chantons sous la pluie de Kelly et Donen, Claude Chabrol écrit : "il s'agit bien, cette fois, d'un film d'auteur, ce qui est rare dans ce genre de production". Le jeune critique cherche alors à convaincre ses lecteurs qu'à l'intérieur même du carcan des studios hollywoodiens, un réalisateur, malgré les règles et les conventions qui régissent les productions, peut imposer son style pour ainsi se positionner en véritable auteur de film
. Chabrol reprendra ces idées quelques numéros plus tard pour partir à la défense d'Alfred Hitchcock, considéré alors par la critique comme simple technicien efficace et non comme un auteur à l'univers passionnant.
En 1957, il publie avec Éric Rohmer un livre sur Alfred Hitchcock.
Il participe ainsi au lancement de la Nouvelle Vague française en étant critique aux Cahiers du cinéma.

Ses premiers films

Il se marie très jeune à Agnès, une riche héritière ce qui lui permet de fonder sa société de production. Il produit, pour démarrer, un court métrage de Jacques Rivette, Le Coup du berger (1956) avec Jean-Claude Brialy et François Truffaut, dont il est aussi scénariste. Il peut réaliser ses premiers films.
Le beau Serge en 1959 avec Jean-Claude Brialy, un drame campagnard qui dénote avec ses futurs thèmes de prédilection, sera son coup d'essai en tant que réalisateur, d'emblée couronné par un succès commercial conséquent

 

 


Quelques films :

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 18 Janvier 2010

Éric Rohmer est mort le 11 janvier 2010, à Paris. Les éloges sont nombreux.


 

Il faut surtout signaler son originalité et sa liberté


 

Son style était inimitable, style mélangeant rigueur, dialogues ciselés et abondants, profondeur, puissance de l'analyse, ambiguïté, ironie fine, érotisme verbal, angoisse existentielle élégamment camouflée sous un écran de légèreté, travail sur le temps et l'espace, remarquable direction d'acteurs. Il était souvent aux limites et il aurait fallu peu de chose pour que ses films passent pour indigestes ou ridicules.

Il écrivait ses scénarios, ou adaptait des œuvres littéraires que personne d'autre n'aurait osé porter à l'écran. Il avait conquis son indépendance en se produisant lui-même   à travers sa compagnie Les Films du losange.  Ses films avaient toujours un budget minimal donnant un cinéma littéraire, artistique et raffiné   : un cinéma brut, sans truquage, sans stars, mais toujours créatif. Ses comédiens étaient souvent inconnus mais  sortaient de l'ombre grâce à lui, comme Arielle Dombasle, Pascal Greggory et Fabrice Luchini, qui sont devenus de grands acteurs du cinéma français.

 

Fabrice Luchini déclare : "Je lui dois absolument tout. Si j'ai même une situation pas trop mauvaise, c'est uniquement grâce à lui" . "Rohmer, moi, il m'a connu j'avais vingt ans. Pour les gens, Rohmer, c'était le pape,  c'était tout. Il a ouvert sa porte. Moi, les gens ne voulaient pas me prendre".  "Le génie de Rohmer, c'est d'érotiser le dialogue. C'est un homme de littérature qui a pensé que la littérature ne s'opposait pas au cinéma", a-t-il ajouté. "Il est totalement pas snob. Il est totalement libre. Il est totalement impressionné par la littérature, il est extrêmement cultivé. Il a inventé un cinéma."

Pour la comédienne Arielle Dombasle, Rohmer laisse «l’image du grand personnage du siècle des Lumières. C’était quelqu’un qui m’a fait lire pour la première fois Marivaux, qui m’a montré ce qu’était la beauté classique des textes, qui m’a fait comprendre ce qu’était le cinéma, l’écriture cinématographique, l’écriture de vrais auteurs, qui (...) m’a fait découvrir le cinéma.»

Martine Aubry déclare  qu'"Avec lui s'éteint un cinéaste exigeant, un esprit libre et impertinent. Éric  Rohmer ne s'affichait pas, ne se dévoilait pas. Depuis plus de cinquante ans, c'est par son œuvre immense et prolifique qu'il nous interrogeait, avec finesse et subtilité, sur la liberté et la morale. Cette figure légendaire de la Nouvelle vague refusait les conventions et ne craignait pas, parfois, d'être politiquement incorrect".


Éric Rohmer (de son vrai nom Maurice Henri Joseph Schérer , fils de Désiré Scherer et de Jeanne Monzat.) est né le 21 mars 1920 à Tulle (Corrèze). Il est le frère du philosophe René Schérer
Il est d'abord professeur de lettres et écrivain. Il publie un roman, Élisabeth, en 1946, sous le pseudonyme de Gilbert Cordier.
Réservé, secret, à partir de 1948, il se tourne de plus en plus vers le cinéma, mais n'abandonne jamais l'écriture. Il prend alors le pseudonyme de Éric Rohmer, pour cacher à sa famille ses activités de cinéaste!
Il rédige des critiques pour le journal qu'il a fondé, La Gazette du cinéma, et pour les Cahiers du cinéma ; une thèse sur L'organisation de l'espace dans le Faust de Murnau, et plus récemment, une pièce, Le Trio en mi bémol, et un essai, De Mozart en Beethoven, essai sur la notion de profondeur en musique.

Quand il fonde La Gazette du cinéma , il fait la connaissance de Jean-Luc Godard, Jacques Rivette, François Truffaut, ou encore de Claude Chabrol - avec lequel il signe en 1955 un livre sur Alfred Hitchcock.
Ce groupe se dirige d'abord vers la critique, au sein des Cahiers du Cinéma, dont Rohmer devient rédacteur en chef de 1957 à 1963.
Ses réalisateurs favoris ont alors Howard Hawks , Jean Renoir, ou encore Roberto_Rossellini. Ces textes seront réunis en 1994 sous le titre: Le Goût de la beauté
Ils vont rapidement fonder ce qui deviendra "la Nouvelle Vague"
En 1959 il réalise son premier long-métrage, Le Signe du lion, sorti sans grand succès trois ans plus tard. En 1962, il crée avec Barbet Schroeder, la société Les Films du Losange, qui produira la majorité de ses films.


La même année, il entame un cycle de six films baptisé Contes Moraux.
En six films, il parcourt toute la gamme du sentiment amoureux, de l'austérité de La Boulangère de Monceau à la sensualité radieuse du Genou de Claire, de l'amertume de Ma nuit chez Maud au parfum de vaudeville de L'Amour l'après-midi.
Ce sont des intrigues sentimentales sur des thèmes chers au cinéaste (la tentation de l'infidélité, l'amour et le hasard, le destin) ainsi que le style qui fera sa marque, entre profondeur raffinement et légèreté. Les dialogues sont souvent sophistiqués et très littéraires.
Sa direction d'acteur est assez épurée et sa mise en scène simple et efficace.
Ma nuit chez Maud (1969), et Le Genou de Claire (1970, Prix Louis-Delluc) sont particulièrement remarqués.
Pendant cette aventure qui dure dix ans ( jusqu'en 1972), Rohmer réalise des émissions littéraires pour la télévision. La série s'intitule «En profil dans le texte», et l'on s'y intéresse à Hugo, Pascal ou La Bruyère. Eric Rohmer apparait rarement à l'écran, mais il fait une exception en 1971 pour Out 1 : Noli me tangere de Jacques Rivette

Les Comédies et Proverbes forment le deuxième grand cycle, où chaque film illustre à sa manière une phrase tirée de la sagesse populaire.
Dans cette série, Le Rayon vert (1986), film en partie improvisé, obtient le Lion d'Or à Venise

Les années 90 sont marqués par les Contes des quatre saisons, dans lesquels le cinéaste poursuit son exploration des jeux et des hasards amoureux.
Simultanément, il réalise des films hors de ses séries, comme les Quatre Aventures de Reinette et Mirabelle (1987).

Rohmer est un exemple parfait du cinéma d'auteur à la française, en écrivant seul ses scénarios, qu'il soient originaux ou adaptés œuvres littéraires comme La Marquise d'O (1976) ou Perceval le Gallois (1978).
Il choisit souvent de jeunes comédiens inconnus, mais fait aussi appel à des acteurs confirmés, comme Jean-Louis Trintignant (Ma nuit chez Maud, 1969) ou André Dussollier (Le Beau Mariage, 1982)
Éric Rohmer a révélé Arielle Dombasle, Pascal Greggory et Fabrice Luchini, qui sont devenus de grands acteurs du cinéma français.

Rohmer est toujous resté très discret sur sa vie privée. Marié en 1957 à Thérèse Barbet, il a un fils, le journaliste René Monzat.


Filmographie :

Les courts métrages

  • 1950 : Journal d'un scélérat
  • 1951 : Présentation ou Charlotte et son steak
  • 1952 : Les Petites Filles modèles
  • 1954 : Bérénice
  • 1956 : La Sonate à Kreutzer
  • 1958 : Véronique et son cancre
  • 1962 : La Boulangère de Monceau et 1963 : La Carrière de Suzanne (les deux premiers des Six contes moraux, voir plus bas)
  • 1964 : Nadja à Paris
  • 1965 : Paris vu par... (sketch Place de l'Étoile)
  • 1966 : Une étudiante d'aujourd'hui
  • 1967 : Fermière à Montfaucon
  • 1983 : Loup, y es-tu ?
  • 1999 : La Cambrure
  • 2005 : Le Canapé rouge

Les longs métrages ( Les films faisant partie des "cycles" portent des numéros )

  • 1959 : Le Signe du lion (sorti en 1962)

Six contes moraux (1962 - 1972)

  1. La Boulangère de Monceau (1962) court métrage
  2. La Carrière de Suzanne (1963) court métrage
  3. La Collectionneuse (1967)
  4. Ma nuit chez Maud (1969)
  5. Le Genou de Claire (1970), Prix Louis-Delluc 1970
  6. L'Amour l'après-midi (1972)
  • La Marquise d'O... (1976) ; 102 mn ; d'après Heinrich von Kleist, avec Bruno Ganz, Edith Clever.
  • Perceval le Gallois (1978) ; 140 mn ; d'après Chrétien de Troyes, avec André Dussolier, Fabrice Luchini. (Prix Méliès)

Comédies et proverbes (1981 - 1987)

  1. La Femme de l'aviateur (1981) On ne saurait penser à rien, antithèse de l'œuvre de Musset On ne saurait penser à tout
  2. Le Beau Mariage (1982) Quel esprit ne bat la campagne qui ne fait château en Espagne de La Fontaine
  3. Pauline à la plage (1983) Qui trop parole, il se mesfait de Chrétien de Troyes
  4. Les Nuits de la pleine lune (1984) Qui a deux femmes perd son âme, qui a deux maisons perd sa raison, proverbe de la province de Champagne
  5. Le Rayon vert (1986) Que le temps vienne où les cœurs s'éprennent, vers d'Arthur Rimbaud
  6. L'Ami de mon amie (1987) Les amis de mes amis sont mes amis, adage populaire
  • 1987 : Quatre Aventures de Reinette et Mirabelle

Les Contes des quatre saisons (1990 - 1998)

  1. Conte de printemps (1990)
  2. Conte d'hiver (1992)
  3. Conte d'été (1996)
  4. Conte d'automne (1998)

Intercalés entre le deuxième et le troisième conte:

Les tragédies historiques

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 5 Décembre 2009

Un voyage personnel dans le Centre Rouge australien, Uluru, Alice Springs, nous avait montré la beauté sauvage de ces paysages, mais aussi la triste condition des aborigènes Arrernte.

Les Arrernte, également connus sous les noms Aranda, Arrarnta, Arunta ne seraient plus qu'environ 2000 à avoir conservé leurs coutumes et leur langue autour d'Alice Springs, dans un vaste territoire s'étendant à l'ouest jusque Mutitjulu et King's Canyon, et à l'est jusqu'à l'extrémité occidentale du désert Simpson.

Mépris, racisme, exploitation, inadaptation à une culture trop éloignée de leurs valeurs, conversion forcée au Christianisme, drogue, alcoolisme sont leur quotidien.

Si des Arrernte prennent les prénoms comme Samson ou Dalila, c'est parcequ'ils sont privés du droit de s'appeler Mitjili ou Napanangka

Il faut saluer, comme il se doit, le premier long-métrage de tous les temps réalisé par un auteur Aborigène australien Warwick Thornton. Ce film n'a pas un grand succès public, quelques salles seulement en deuxième semaine. allez vite le voir.


Samson & Delilah

Film australien du réalisateur aborigène Warwick Thornton qui aussi l'auteur du scénario, avec Rowan McNamara ( Samson ); Marissa Gibson ( Delilah ); Mitjili Napanangka Gibson ( Nana ); Scott Thornton ( Gonzo ); Matthew Gibson ( Frère de Samson ); Steven Brown ( Batteur ); Gregwyn Gibson ( Bassiste ); Noreen Robertson Nampijinpa ( Femme qui bat Delilah ); durée 101 mn, sortie en France 23 novembre 2009, Caméra d'Or au festival de Cannes dans la section Un certain regard.

À une centaine de miles d'Alice Springs une communauté d'Aborigènes croupit dans la misère, avec d'absurdes rituels quotidiens. Seul à vouloir combattre la fatalité, le jeune Samson tente de briser la monotonie des jours en jouant des tours à ses voisins, en arrachant des plaintes dissonantes à sa guitare électrique. Le reste du temps, il sniffe de l'essence recueillie dans une boîte de conserve.


Samson rôde devant la maison de Delilah, une adolescente qui s'occupe seule de sa grand-mère Nana. Cette dernière lui apprend à réaliser des toiles pointillistes aborigènes vendues pour quelques dollars à l'épicier blanc du coin. Delilah est rendue responsable de la mort de l'aïeule. Ostracisés, les deux jeunes gens dérobent une voiture pour rejoindre Alice Springs, ville la plus proche. Ils échouent sous un pont, côtoient un clochard, subissent exclusions, accidents, violences abominables.


Le titre du film n'est pas une évocation ni une transposition de l'épisode de la Bible qui raconte comment Dalila usa de ses charmes pour séduire Samson, mais une allusion directe au déracinement des Aborigènes du centre de l'Australie. Empêchés par leurs traditions de porter les noms de leurs ancêtres, les Aborigènes ont coutume de s'inventer des noms qu'ils puisent dans l'histoire, la mythologie.


Warwick Thornton est un jeune cinéaste aborigène couronné pour ce premier long métrage par la Caméra d'or à Cannes, il a à son actif une dizaine de films documentaires. Sa caméra est fluide et avec très peu de moyens, dans les décors naturels où vivent pour de vrai ses congénères à la dérive, il marie avec force la précision documentaire et le mélodrame


Warwick Thornton filme avec empathie un quotidien aux gestes immuables, où suinte l'ennui, et qu'il ponctue de quelques moments très forts. De rares moments de tendresse, quand Samson exprime par la danse les sentiments qu'il ne peut formuler, ou quand il essuie son front souillé, mais aussi d'explosions de brutalité quand Delilah est frappée à coups de bûche par les voisines qui la jugent responsable de la mort de sa grand-mère ou quand elle est enlevée et violée par des citadins sans scrupules


Le récit est sans dialogues, ou presque, soulignant ainsi que les Aborigènes ont perdu la volonté de communiquer, à force d'avoir été privé du droit de s'exprimer mais avec une bande sonore d'une grande richesse expressive. Les images sont laconiques et traduisent l'immobilité sociale de ces laissés pour compte, leur condamnation à des routines mortifères. Malgré la beauté crue des paysages, la caméra est sans complaisance ni effets esthétisants.


Ce voyage initiatique et très sombre est cependant chargé d'espoir. Il symbolise les épreuves endurées par son peuple, illustre sa certitude qu'il faut croire à des lendemains lumineux. Car au comble de la déchéance, lui drogué, elle brisée et désespérée, ses deux personnages vont trouver la force de se ressaisir et de revenir chez eux, grâce à l'amour qu'ils ont l'un pour l'autre et à l'entraide que cette passion leur donne l'énergie de déployer.


Mais cet "Happy end" est filmé comme une apparition miraculeuse au plus sombre de la nuit. Thornton suggère par là que dans la réalité, la fin de l'histoire n'est pas toujours aussi heureuse, comme en témoignent les morts violentes, les emprisonnements, les lentes déchéances par la drogue et l'alcool qui sont encore trop souvent le lot des survivants des peuples Australiens.

Alice Springs

La région a été explorée par les Européens pour la première fois au XIXe siècle.
En 1862, John McDouall Stuart traverse la région du sud au nord. Il dresse des cartes pour trouver l'endroit idéal pour l'installation des colonies. C'est lui qui a donné son nom au Stuart Highway qui est la principale route qui rejoint le nord au sud de l'Australie.


En 1872, un télégraphe est mis en place pour relier Darwin à Adelaide, le centre de l'Australie devient ainsi moins isolé. La découverte de l'or à Arltunga (100 km de Alice Springs) attire des pionniers dans la région.

Au départ, Alice Springs était le nom du télégraphe. La ville s'appelait « Stuart » mais après beaucoup de débat, elle fut renommée Alice Springs en 1933.


La Todd River, presque toujours à sec sert de camp aux aborigènes. Quand les pluies sont exceptionnellement abondantes, comme en mars 1988, la rivière se déverse en fin de parcours dans le Lac Eyre. Les Aborigènes Arrernte appelle cette rivière Lhere Mparntwe

 

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 11 Novembre 2009

Les Herbes folles d'Alain Resnais, scénario de Laurent Herbiet, Alex Reval

d'après le roman L'Incident de Christian Gailly ,
en compétition officielle au Festival de Cannes 2009 .
Alain Resnais obtient le Prix Exceptionnel du Festival de Cannes


 

Marguerite Muir s’achète de nouvelles chaussures mais se fait voler son sac à la sortie du magasin. Georges trouve le portefeuille de Marguerite que le voleur a jeté dans un parking souterrain. Il hésite puis le ramasse Il compare la photo sur la carte d’identité et celle sur une licence de pilote d’avion, il en tire conclusions et analyses et met à fantasmer sur sa propriétaire. De retour chez lui, il trouve le numéro de Marguerite dans l’annuaire, essaie de lui téléphoner et décide finalement de porter l’objet au commissariat. Plus tard, Marguerite cherche à remercier Georges d'avoir rapporté son portefeuille.


La suite tient de l’improbable, de l’invraisemblable, du magique, du farfelu et du bonheur de tous les possibles et tous les ratages. Il explore les possibles, comme il l’avait fait dans le film à embranchements Smoking-No smoking (1993), mais ici dans un récit linéaire. Au bout d'une heure, ’écran devient noir tout à coup, comme pour laisser au spectateur le temps de reprendre son souffle, de rassembler ses émotions en lisant la phrase de Flaubert : « N’importe, nous nous serons bien aimés » !..


Car, comme souvent dans la vie, Georges et Marguerite ne sont pas en phase et gâchent à plaisir les occasions qui leur sont offertes de se trouver. Jusqu'au quiproquo final, dans l'avion piloté par Marguerite, qui provoque une catastrophe dans un baptême de l'air qui aurait du être le début de leur histoire commune.

Resnais pousse l'ironie jusqu'à marquer, avant cette scène tragi-comique, le mot Fin sur une séquence romantique et qui aurait pu constituer un Happy-end d'un film américain des années 1960


Le film se clôt (et c'est en quelque sorte la "troisième fin" ) sur une réplique étonnante : alors que l'on pense le film terminé, la caméra cadre une petite fille, totalement étrangère à l'histoire, qui, soudain, demande à sa mère : « Quand je serai un chat, est-ce que je pourrai manger des croquettes ? » Cette réplique est bien présente dans le roman de Gailly, mais au détour d'une phrase. Resnais la met en valeur, à la fin du film, comme une assertion surréaliste... sans se réclamer du surréalisme, Resnais avoue son admiration pour Breton, Philippe Soupault, Yves Tanguy, Buñuel et Cocteau, en étant conscient des différences irréductibles qui ont existé entre ces artistes.


Alain Resnais, pour la première fois de sa carrière, se lance dans l'adaptation d'un roman. Il avait beaucoup puisé son inspiration dans le théâtre, ou dans l'opérette. Il a choisi un livre de Christian Gailly, titré L'Incident, auquel il se montre, en un sens très fidèle, en adoptant intégralement une large partie des dialogues. Mais le film s'intitule Les Herbes folles, ce qui n'a que peu de rapport avec L'Incident. C'est tout simplement le résumé poétique de ce qui intéresse Alain Resnais dans cette histoire : les conduites imprévisibles, déraisonnables, aberrantes, des personnages et leur conséquences quelque fois démesurées, comme ces herbes qui poussent au milieu d'une route goudronnée.


Les Herbes folles est beaucoup plus une histoire de désirs qu'une histoire d'amour. De désirs étranges et désaccordés à la limite du désordre. L'homme voudra connaître la dame, cherchera son numéro, se ravisera, déposera le portefeuille au commissariat, rivalisant en signes cliniques inquiétants avec le flic de service. Elle l'appellera pour le remercier, rien de plus. Il demandera : « C'est tout ? » et lancera : « Vous me décevez beaucoup ! » Le non-sens du film est souvent hilarant, mais aussi très éloquent. Il dit les abîmes qui nous guettent dans les situations les plus anodines et a fortiori dans celles qui le sont moins. Il dit les spirales irrationnelles où l'on peut chuter pour trois fois rien. C'était aussi l'esprit de Cœurs, précédent film du cinéaste.


Malgré une œuvre impressionnante, Alain Resnais s' amuse et innove encore. Il complète sa panoplie de manière. Voilà le premier film où l'on entend un narrateur, supposé omniscient, hésiter, se contredire, se reprendre sans cesse, semant le doute et l'ambiguïté quant aux faits relatés. Lesquels consistent, avant tout, en de spectaculaires volte-face des deux protagonistes. L'affiche ne ment pas, qui évoque les montages de Magritte, les associations et inspirations surréalistes. Commencé par un vol de sac à main, le film fait finalement miroiter un vol en avion de tourisme, le décollage vers l'imaginaire paraissant la seule issue pour ces humains ballottés par leurs pulsions tous azimuts. Et ce n'est pas un pur exercice de style. Car quoi de plus important à élucider et à représenter que l' insoutenable légèreté de notre condition d'herbes folles ?

 


Distribution

  • Sabine Azéma : Marguerite Muir
  • André Dussollier : Georges Palet
  • Anne Consigny : Suzanne Palet
  • Emmanuelle Devos : Josépha
  • Mathieu Amalric : Bernard "de Bordeaux"
  • Michel Vuillermoz : Lucien "d'Orange "
  • Edouard Baer : le narrateur
  • Annie Cordy : la dame
  • Sara Forestier : Élodie
  • Nicolas Duvauchelle : Jean-Mi
  • Roger-Pierre : Marcel Schwer
  • Jean-Michel Ribes : un patient

Fiche technique

  • Titre de travail : L'Incident
  • Réalisateur: Alain Resnais
  • Scénario : Laurent Herbiet, Alex Reval d'après le roman L'Incident de Christian Gailly
  • Musique originale : Mark Snow
  • Directeur de la photographie : Eric Gautier
  • Montage : Hervé de Luze
  • Affiche : Blutch
  • Durée : 104 minutes
  • Dates de sortie : 20 mai 2009 (Cannes); 4 novembre 2009 (France)

Récompense : Prix Exceptionnel du Festival de Cannes 2009 pour Alain Resnais
( en fait pour l'ensemble de son œuvre...) 

 

 

Les premières lignes du roman "L'Incident" :

Elle avait des pieds pas ordinaires.
À cause de ses pieds, elle était obligée d'aller là où elle ne serait pas allée si eue avait eu des pieds ordinaires.
Ses pieds, très aériens, comme d'autres ont le pied marin, bien que tout à fait normaux, normalement constitués d'une plante, d'orteils, cinq, d'un talon et d'un cou, avaient ceci de particulier, ils étaient longs et minces, pas extraordinairement longs, même pas longs du tout, c'est leur minceur qui les faisait paraître longs, ils étaient en effet extraordinairement minces.
Elle ne pouvait donc pas se chausser n'importe où, chez n'importe qui, elle était obligée d'aller dans Paris chez ce chausseur sis, ah, ça m'échappe, le nom aussi, dans une rue près d'une place à colonne, il y est toujours, toujours est-il, c'est en sortant de ce magasin que l'incident s'est produit.
Quel incident? Oh, rien de vraiment capital, rien de très important, un incident tout ce qu'il y a de plus banal, quelque chose de tout à fait courant, mais parfois le courant, le banal, peut conduire à. A quoi ? On va voir...
II faisait très beau. Le ciel était bleu, ça, pour être bleu, il était bleu, personne ne le regardait mais il était bleu, personne ne le regardait parce que personne ne pouvait le regarder, c'est bien simple, c'était si lumineux, si cruel pour les yeux, que de ce ciel on eût pu dire qu'il n'était qu'un soleil bleu. En somme, il faisait trop beau. Il en va du temps comme du reste. Quand c'est trop beau, c'est insupportable.
Depuis trois jours une chaleur terrible. On annonçait des orages pour demain. A Paris c'est comme ça, le beau temps ne dure jamais bien longtemps, comment ? si ? ça arrive ? sans doute, mais la plupart du temps on a droit aux orages, une histoire de masses d'air, du très chaud, du très froid, qui se rencontrent.
Les masses d'air, elle connaissait ça, mais ce jour-là elle n'y pensait pas. Cet après-midi-là elle était une femme comme les autres, si on peut dire, puisqu'elle n'a jamais été et ne sera jamais, enfin, pour moi, une femme comme les autres.
Elle était à Paris, donc, pour acheter des chaussures. Une fournaise dans le magasin, ou une étuve, comme on veut, les uns disent fournaise, les autres disent étuve, on a le choix, étuve pour chaleur humide, fournaise pour chaleur sèche, une véritable fournaise.
Elle dut d'abord attendre assise qu'une vendeuse se libère. Elle espérait avoir affaire à la petite qu'elle aimait bien, une brunette à cheveux courts et visage de garçon, précisons, de beaux grands yeux noisette, avec des reflets verts, une bouche pleine de chair d'un brun sanguin presque violet, qui en prenant son pied lui donnait un vague plaisir.
Ensuite choisir, essayer, ça a duré, une histoire de couleurs, de modèles, de pointures, qui ne se rencontrent pas, c'est toujours comme ça, si on veut que ça se rencontre, que ces choses-là se rencontrent, il faut si peu que ce soit, mais même peu c'est encore trop, renoncer, transiger, se compromettre, quoi.
Finalement elle s'arrêta, fixa son choix, sur un modèle très approchant de ce qu'elle cherchait, d'une couleur proche, et qui, c'était là le plus important, lui allait comme un gant.

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 29 Juillet 2009

Le Roi de l'évasion


Armand Lacourtade, 43 ans, vendeur de matériel agricole, assume sa vie d'homosexuel célibataire et rural, mais commence à être las de certains aspects de cette marginalité. Quand il rencontre Curly, une adolescente, mineure et fille d'un ami, et qui n'a pas froid aux yeux, il tente de virer de bord. Pourchassés par tous, les deux bravent tous les dangers pour vivre cet amour à la fois interdit, mais aussi plus classique. Ils finissent par créer un drôle de couple, qui connait lui aussi des difficultés.

 

Le Roi de l'évasion est un film surprenant, étrange par son histoire décousue, et pourtant attachant. Il ne faut pas se formaliser des invraisemblances du scénario et des brusques changements de ton et de représentation qu'il impose au spectateur. Armand Lacourtade remué par une sexualité aventureuse, poursuivi par un policier ambigu et omniscient, et harcelé par le père de la jeune fille, il doit faire face à sa libido contrariée, aux questionnements amusés de ses anciens amants et au besoin d'une virilité retrouvée. Ainsi, décidé à prendre la fuite accompagnée de sa Curly, il se heurte bientôt à la gigantesque battue organisée pour les rattraper. Mais il découvre un stimulant naturel aux vertus sexuelles ahurissantes, une racine nommée dourougne, synthèse du ginzeng et du viagra et un personnage local légendaire dans la communauté gay d'Albi, le queutard !

 

Présentant très souvent des scènes érotiques crues, le Roi de l'évasion balance entre le récit d'un amour illégitime, la farce érotico-bouffonne et la quête d'un confort passant aussi bien par le corps et le désir que par l'envie d'une certaine stabilité tant sociale qu'émotionnelle. Creusant son histoire principale sur un mode léger et non sans une amusante crudité, le film oscille entre grotesque, touchante naïveté et fantasmagorie.

 

Les scènes de sexe sont nombreuses et se produisent dans des contextes surprenants à des moments improbables. Tantôt enjouées et tendrement croquées, tantôt ridicules et surjouées, elles ne limitent pourtant par le Roi de l'évasion à cette seule dimension. Au contraire même, car le réalisateur en dépassant et incorporant sereinement ces dernières, joue de leur pouvoir évocateur, tout en ayant le mérite d'aborder des thèmes forts, sérieux et très peu souvent vus au cinéma. Ainsi les rapports patron-employés dans les petites entreprises de province, les rapports entre la police et les homosexuels, la sexualité des vieux, des gros, des moches, surtout homosexuels et en milieu rural.

 

Avec son originalité et son déroulement haché et inattendu, Le Roi de l'évasion déconcerte et amuse beaucoup, grâce à ses répliques tonitruantes, ses situations piquantes et ses fabuleux comédiens avec une mention particulière à la déjà célèbre Hafsia Herzi et au débonnaire Ludovic Berthillot. Le Roi de l'évasion est une vraie surprise et la confirmation d'une alternative à un certain cinéma français, consensuel et convenu.

Distribution

  • Hafsia Herzi : Curly
  • Ludovic Berthillot : Armand Lacourtade
  • Pierre Laur : Robert Rapaille
  • Luc Palun : Durandot
  • Pascal Aubert : Paul
  • François Clavier : Le commissaire
  • Bruno Valayer : Jean-Jacques
  • Jean Toscan : Jean

Fiche technique

  • Titre : Le Roi de l'évasion
  • Réalisation : Alain Guiraudie
  • Scénario : Alain Guiraudie, Laurent Lunetta, avec la collaboration de Frédérique Moreau
  • Production : Sylvie Pialat, Les films du Worso
  • Image : Sabine Lancelin
  • Musique originale: Xavier Boussiron
  • Directeur de production : Thomas Santucci
  • Date de sortie : Cannes, quinzaine des Réalisateurs mai 2009; 15 juillet 2009 en France

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Rédigé par nezumi dumousseau

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