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Publié le 31 Janvier 2015

Adam et Eve forment un couple de vampires cultivés et fragiles. Leur idylle dure depuis plusieurs siècles. Dans le port marocain de Tanger, Eve compte sur Christopher Marlowe, le concurrent malheureux de Shakespeare, pour l'approvisionner en poches de sang sain. De loin, elle reste en contact avec son compagnon Adam, qui vit à Detroit. Après avoir vécu plusieurs siècles et influencé les carrières de nombreux musiciens et scientifiques connus, Adam est devenu un musicien reclus. Il passe ses journées à enregistrer des albums avec un équipement démodé et à se lamenter sur l'état du monde actuel tout en boudant dans une maison délabrée dans un quartier déserté de Detroit. Il est devenu convaincu que l'humanité est condamnée et se réfère sans cesse aux hommes comme des "zombies".

Adam vit reclus au milieu de ses guitares de collection. Il ne croit plus à un monde qui n'aurait plus rien à offrir. Ses meilleurs fruits ont déjà été cueillis il y a longtemps, citant, dans le désordre, le rock pionnier d’Eddie Cochran, les peintures de Basquiat, le théâtre de Christopher Marlowe, autant de fétiches révérés, exhibés comme des vestiges d’une civilisation disparue.

Eve a passé ces dernières années à vivre à Tanger où elle achète son approvisionnement en sang à un autre vampire, Christopher Marlowe. Craignant pour la vie d'Adam, elle s'envole pour Detroit. La jeune sœur d'Eve, vampire elle aussi, une éternelle adolescente, incontrôlable, qui préfère encore s'abreuver à la source, Ava, arrive de Los Angeles et brise l'isolement idyllique du couple. Après être sorti un soir, dans un club local, Ava tue Ian, le vidant de son sang, et se fait chasser de la maison d'Adam.

Adam et Eve se débarrassent du corps de Ian dans une usine abandonnée. L'attitude impulsive d'Ava, ainsi qu'un nombre grandissant de fans d'Adam venant sonner chez lui, oblige le couple à revenir en hâte à Tanger. Étant en manque de sang, ils découvrent que leur ami de longue date et mentor Marlowe est tombé malade en raison d'un lot de sang contaminé. Après avoir révélé qu'il a secrètement écrit la plupart des pièces de Shakespeare, il meurt.

Jarmusch corrige l'image habituelle des vampires, gores et incultes, en leur redonnant un cachet policé, littéraire et scientifique. Ils ont croisé et souvent aidé Shakespeare, Byron, Schubert, Tesla ou Einstein. Ils sont tellement civilisés qu'ils se fournissent en hémoglobine dans les stocks hospitaliers. En principe, ils sont immortels, mais on apprend qu'ils peuvent aussi mourir, par un approvisionnement de mauvaise qualité, ou par un suicide avec une balle en bois, renouvellant là le mythe de l'épieu dans le corps. Conformément à la tradition, ils ne peuvent exister que la nuit. Le film propose d' envoûtantes balades nocturnes des deux héros dans Tanger et Detroit, ville fantôme, qui célèbrent aussi la transformation inéluctable des choses, et disent la beauté des ruines, viviers de nouveauté en sommeil.

Mais quand on a de nombreuses vies derrière soi, et l'éternité à venir comment échapper au désenchantement. Jarmusch se posait déjà la question dans Broken Flowers. L' antidote au désenchantement, c'est l'idéal du couple qui peut regarder passer les époques à deux, depuis le balcon de leur bizarrerie. Le grand amour selon Jim Jarmush, possiblement vécu à distance, est anticonformiste. Il peut et doit se régénérer par l'accident, la transgression. De façon tout à fait inattendue, ce film humoristiquement dépressif se termine sur une folle remontée du désir. Comme dans Detroit sinistré, où peu à peu la nature reprend ses droits, et où une végétation luxuriante transperce le bitume, un manque soudain provoque pour le couple réuni un instinct de survie salutaire.

Only Lovers Left Alive, les Vampires philosophes

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 28 Janvier 2015

Film poignant et vigoureux sur les migrants africains.

Le film débute par des plans de migrants dans le désert algérien qui s'aperçoivent que l'un d'entre eux est une femme. Des policiers algériens débarquent, les migrants s'enfuient, la femme est violée. Un migrant camerounais, Léonard, rebrousse chemin, la secourt. C'est le début d'une histoire d'espoir, du nom de cette Nigériane : Hope. C'est le début d'une histoire que l'on qualifierait d'amour si la dureté ne prenait le dessus. En situation de survie, même pour Léonard, le chacun pour soi prime sur les valeurs.

D'abord méfiant et embarrassé, le jeune homme tombe peu à peu amoureux. Le film suit le couple jusqu'aux portes de l'Europe, cette terre promise, ce mirage pour lequel on accepte de tout endurer, le viol et la prostitution, la faim, l'épuisement et la peur. Du désert aux côtes marocaines, leur odyssée dresse la carte d'un monde radicalement hostile, balisé par des ghettos mafieux, peuplés de passeurs sans scrupules.

Boris Lojkine, qui vient du documentaire, décrit cette errance comme personne ne l'a encore fait sur ce sujet, avec une certaine froideur anthropologique, dans toute la cruauté des règles du voyage clandestin : dans chaque ville, des maisons délabrées ou des appartements servent de ghettos-refuges par origine nationale, sous le pouvoir de pasteurs exploiteurs faisant la pluie et le beau temps des êtres et des âmes. Et partout, le mépris, les contrôles, les razzias. Et pour Hope, la prostitution comme unique destin.

Tout en retenue, Endurance Newton et Justin Wang sont remarquables. Elle est secrète, à la fois forte et vulnérable, il est doux, perdu, profondément touchant. Dans leur parcours intime et géographique, de la survie à l’amour, de la peur au sacrifice, ces émouvants amants de fortune portent le film de bout en bout. Ils sont tous deux, comme le reste du casting, des comédiens non-professionnels, ayant un peu vécu le même genre d’épreuves que leurs personnages.

Tourné au Maroc sur les lieux de ce qu'il décrit, avec des acteurs recrutés sur le tas et jouant le plus souvent en se l'appropriant leur propre rôle, profitant d'une mise en scène sans fioritures mais s'aventurant parfois dans le rythme, les gros plans et les lumières du film d'action, maniant habilement les ellipses et sans voyeurisme sur la violence à l'œuvre, Hope réussit cette délicate alchimie de ne pas sombrer dans le pathos ou le misérabilisme tout en éveillant les consciences.

Boris Lojkine est un réalisateur français né en 1969. Ancien élève de l'École normale supérieure, il a enseigné la philosophie à l’université d’Aix-en-Provence avant d'entreprendre la réalisation de documentaires inspirés par son séjour au Viêt-nam. Dans Ceux qui restent, en 2001, puis Les Âmes errantes, en 2005, il s’intéressait aux souffrances du peuple vietnamien, encore profondément marqué par la guerre. D’un genre à l’autre, de l’Asie à l’Afrique, il garde avec Hope la même force d’évocation, le même désir de vérité, le même regard sensible et acéré.

Hope de Boris Lojkine

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 10 Décembre 2014

Au Mali, un groupe d'islamistes investissent la ville de Tombouctou et y imposent la charia. Ils bannissent la musique, le football, les cigarettes, persécutent les femmes et improvisent des tribunaux qui rendent des sentences injustes et absurdes. Kidane est un éleveur touareg vivant dans le désert avec sa femme et sa fille. D'abord épargnée, sa famille va bientôt subir les nouvelles lois islamiques. Kidane, dans une altercation, blesse mortellement un pêcheur, il pourrait échapper à la peine capitale en payant "le prix du sang", mais s'y refuse.

Abderrahmane Sissako s'est inspiré de faits réels qui se sont passés dans le nord Mali: L'histoire vraie d'un jeune couple non-marié qui a été lapidé par des islamistes dans une région appelée Aguel'hoc. Pendant l'été 2012, le couple a été amené au centre de leur village, placé dans deux trous creusés dans le sol, et lapidés jusqu'à ce que mort s'en suive devant des centaines de témoins. Mais aussi La vendeuse de poissons obligée de porter des gants, la rixe entre un éleveur et un pêcheur et enfin le personnage de la femme un peu dérangée sur sa terrasse. Elle existe à Gao et s’appelle Zabou, elle est une ancienne danseuse du Crazy Horse. Elle se promène avec un coq sur l’épaule. Pendant l’occupation, les djihadistes ne la touchaient pas, elle leur faisait peur. Zabou fume dans les rues de Gao, elle peut chanter, se promener tête nue, traiter les occupants de connards.

Abderrahmane Sissako dépeint des djihadistes encore plus grotesques qu'effrayants : les uns parlent mal l'arabe, les autres fument en cachette des cigarettes interdites, d'autres discutent des mérites de Messi et de la dernière coupe du monde alors qu'ils interdisent le football; ce qui donne une belle séquence où des gamins jouent sur un terrain de football poussiéreux avec un ballon aussi invisible que les balles de tennis à la fin du film Blow Up de Michelangelo Antonioni.

La beauté du film tient aussi à l’extrême pudeur des personnages, tout en émotions rentrées. Les rapports de couple, par exemple, sont partout les mêmes, mais ils s’expriment de façon différente. « Ce que je ne t’ai pas dit, tu le sais déjà. » Cette phrase, prononcée dans le film, est une métaphore de la parole, de la poésie touareg.

Bien que prenant parti pour les populations opprimées, il prend soin de filmer les intégristes avec des plans égaux et en les laissant développer leur casuistique. Les fondamentalistes ne sont pas tout d’un bloc, l’un est fanatique, l’autre pas vraiment convaincu, et pourrait presque paraître sympathique. Quelque soit leur décisions arbitraires, ils parlent d'une voix calme, et condamne à mort sans élever le ton. Sissako ne filme pas des monstres mais une idéologie monstrueuse. Et il décortique la folie intégriste qui prétend imposer une pratique déviante de l’islam à des gens qui sont déjà de pieux musulmans.


Abderrahmane Sissako déclare:

Montrer, aussi, ce qu’est l’islam, qui a été le socle de mon éducation, comme de celle de millions de jeunes, et qui nous apprenait à vivre notre foi, dans la tolérance, en harmonie totale avec l’autre. Je suis croyant, mais je ne veux pas l’afficher. Toute foi est intime. Et c’est cette intimité, réelle et puissante, qui lui donne son sens.

Les extrémistes ont fait de l’islam un danger. Nombre de musulmans, révoltés, viennent me confier leur désarroi après les projections de Timbuktu. Ils aimeraient ne pas avoir à s’expliquer. Nous ne devrions pas avoir à dire que ces crimes horribles ne sont pas commis en notre nom. S’y trouver contraint est une grande douleur.

La peur m’a toujours accompagné. Les djihadistes savaient qu’un film se faisait. On a chassé de la ville les djihadistes armés. Mais pas ceux habillés comme tout le monde : des sympathisants, des boutiquiers, des chauffeurs de taxi. Tout peut se répéter très vite, on l’a vu avec l’exécution d’Hervé Gourdel en Algérie, un pays qui a prétendument vaincu le terrorisme. D’ailleurs, une ville comme Tombouctou ne se libère pas comme ça. Le vrai combat, ce sont les habitants qui le mènent, ceux qui trouvent un moyen de chanter ou de jouer au football alors qu’on le leur interdit. C’est leur résistance qui est essentielle et ne doit pas s’arrêter. Le mal est toujours là, il peut progresser vite et ne cessera pas par une victoire militaire.

Timbuktu   d'Abderrahmane Sissako

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 27 Novembre 2014

Léviathan, cet excellent film présenté à Cannes pose des questions qui dépassent la Russie de Poutine, il pourrait se situer dans de nombreux États du Monde. Andrei Zvyagintsev réussit une œuvre qui parle des impasses de notre époque, à la hauteur de références universelles. Léviathan, le monstre annonciateur de chaos, l'emporte et règne en maître, désormais, sur un pays sans âme, mais qui pourrait être le nôtre si nous ne restons pas vigilants. Méfions nous des admirateurs de Poutine en France, Marine Le Pen en tête, mais aussi Thierry Mariani, JL Mélenchon ou JP Chevènement.

Leviathan se situe tout de suite dans un ailleurs lointain, aux confins des espaces immenses d’une Russie vaste comme deux fois les Etats-Unis. Dans ces paysages quasi lunaires, désertiques, sombres, même en été, au bord d’une mer de Barents baignant des squelettes de baleines et de bateaux, vivent le garagiste Kolia, sa femme Lilya et Roma, son fils adolescent rebèle issu d’un précédent lit. Les jours s’écoulent, entre problèmes familiaux ordinaires, discussions de voisinage et consommation de vodka.

Mais le maire corrompu cherche à s'emparer de leur propriété, la maison et l'atelier. Pour lui échapper, Kolia a fait appel à Dmitri, l'un de ses anciens amis de l'armée maintenant avocat à Moscou, qui a rassemblé un dossier à charge contre le maire. Les Russes ont un sens exacerbé de la faute, la culpabilité traverse leur vie et surtout, leur cinéma. En même temps que leur vodka chérie, les personnages de Léviathan avalent leur médiocrité et leur impossibilité de s'en extraire.

Pour l'emporter sur le maire expropriateur, Dmitri ne compte pas sur la justice, elle donne toujours raison aux puissants, mais sur le chantage. Grâce à un ami haut placé, l'avocat a constitué un gros dossier à charge : la liste des magouilles, pots-de-vin et extorsions exercés par l'élu et ses collaborateurs, aussi corrompus que lui. Mais Moscou est loin et le maire sait bien que l'appui de l'évêque orthodoxe du secteur est plus important pour lui qu'un lointain oligarche. Se servir du mal pour faire triompher le bien est à la fois très russe et très dangereux. Outré et furibard, le maire semble consentir à un compromis. Mais il a, habilement, dans sa manche, la loi formelle et cette Eglise orthodoxe toujours aux ordres du pouvoir. Aujourd'hui comme hier, politiques et popes s'entendent pour mêler le profane au spirituel et pour utiliser Dieu à leur guise dans ce pays voué au crime sans châtiment.

La vodka est omniprésente dans ce film. Tout le monde picole, du matin au soir, les petits et les grands, les hommes et les femmes. Ils noient dans la vodka leur mal-être et leurs remords d'être devenus ce qu'ils sont. Au tournant du film, Kolia, l'exproprié, et le maire expropriateur se font face, comme dans un western. Mais leur duel est grotesque, ils sont ivres tous les deux, ils basculent, ils chancellent, ils titubent tout en s'insultant. Ce n'est pas à qui tuera le premier, mais à qui s'écroulera le dernier.

Dans une scène très réussie, le groupe des amis de Kolia se réunit, un week-end, pour une séance de tir. Une fois détruites les bouteilles, les cibles sont les portraits de leurs dirigeants d'autrefois : Lénine, Brejnev, Gorbatchev. « Où sont les plus récents ? » demande l'un des participants. « On n'a pas encore le recul historique », réplique un autre.

Ils n'y a pas de juste, ni de pur dans ce film. Le front uni contre le maire se délite rapidement, à la suite d'une altercation entre les amis Kolia et Dmitri provoquée par la jalousie autour de Kolya. Même si Kolya n'est pas innocente, elle est la véritable héroïne du film. Douce, attentive, et bientôt résignée, celle par qui le scandale arrive le paiera très cher, grande victime de toute cette destinée implacable. Le réalisateur en fait, pourtant, le seul être mystérieux et digne dans cette foule d'êtres veules. Capable d'agir quitte à expier et de créer, aussi, avec celui qu'elle a trompé et qui continue de l'aimer, un lien étrange, profond. Comme une confiance qui persisterait au-delà de la souffrance.

Leviathan, un film noir et fort

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 19 Novembre 2014

Dans le cinéma de François Ozon la sexualité, l'ambiguïté, l'ambivalence et la subversion des normes sociales ou familiales sont ses thèmes privilégiés. Son nouveau film Une nouvelle amie n'échappe pas à la règle. Avec une fin qui va faire bondir la Manif pour tous.

Claire vient de perdre Laura, sa meilleure amie d'enfance, morte trop jeune, quelques jours après avoir mis au monde une fille. Eplorée, elle tombe dans une profonde dépression. Elle renoue avec David, le mari de son amie. Avec Gilles, son époux, elle le retrouve pour un dîner. Elle se rend à l'improviste au domicile de celui-ci et franchit la porte d'entrée, restée opportunément ouverte.La jeune femme découvre, dans le salon, donnant le biberon à sa fille, David travesti en femme. Abasourdie, horrifiée, Claire écoute David lui expliquer et se justifier. Sa femme, Laura était au courant. mais il lui précise qu' il n'est pas gay, coucher avec un homme ne lui viendrait pas à l'esprit. Au contraire, ce sont les femmes qui l'attirent, elles lui plaisent même tellement qu'il rêve d'en devenir une, de temps en temps. Il aime sentir sur sa peau une robe qui glisse, des bas remonter sur ses cuisses, un eye-liner lui souligner le regard.

Sans trop savoir pourquoi, sans même avoir conscience de l'accepter, Claire cache cette nouvelle à son mari. Elle accepte, aussi, de revoir David. De l'entendre, de le comprendre. De parler perruques et colifichets, et même de faire, avec lui, du shopping entre filles. A cette créature blonde, un peu vulgaire, mais plus glamour qu'elle ne l'a jamais été, Claire a même trouvé un prénom : Virginia. «Je suis femme.» Virginia envoie ce texto à Claire. La phrase, imprécise, résume le trouble identitaire du personnage incarné par Romain Duris.

Dans son film, le réalisateur persiste dans la description d’un univers clos, angoissant, mais surtout générique. Les maisons où vivent David-Virginia ou Claire sont des villas sans qualification architecturale précise, le centre commercial qu’elles visitent est dépourvu de tout indice géographique, et la propriété familiale qui sert de refuge d’un week-end ne pourrait être résumée qu’à la dénomination courante de manoir bourgeois de l’Europe occidentale. Cette imprécision constante est évidemment voulue par François Ozon qui a tourné une partie du film au Canada pour avoir une architecture sans grande particularité, pour donner l’impression que l’on n’est pas vraiment en France.

Ozon balise et élimine les fausses pistes, il filme une série de possibilités comme des trompe-l'oeil : un banal désir freudien pourrait expliquer le comportement de David, mais sa mère voulait bien un garçon. une attirance morbide pour son amie pousserait Claire à s'éprendre de son reflet, revenu d'entre les morts, comme dans Sueurs froides, de Hitchcock, mais aucun fétichisme ne se déclenche lorsqu'elle revoit la chambre de Laura. David pourrait n'être qu'un homosexuel refoulé, amoureux fou du beau mari de Claire, mais une scène de douche nie cette hypothèse. L'étrange famille que l'on voit s'éloigner à la fin du film ne prône rien, n'attaque personne, ne défend que son droit à l'existence, exilée, fragile, friable mais elle-même.

Et là, la Manif pour tous explose, Une fille, un papa et une maman enceinte du papa, mais le papa outrageusement maquillée, perruque et talon haut.

Une nouvelle amie de François Ozon

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 21 Octobre 2014

Courez voir Bande de filles film français réalisé par Céline Sciamma,

Le film commence sur une musique pop-électro, signée Para One, Des filles à la peau noire et aux épaules de déménageurs labourent un terrain de sport, football américain, violemment éclairé. De retour du stade, les filles circulent en groupe dans leur cité. Progressivement, la bande chahuteuse, parlant fort, se délite : les unes après les autres, elles rentrent chez elles, de plus en plus isolées et vulnérables. Au fur et à mesure que se défait la troupe, le silence se fait. Et les grappes de mecs qui les regardent passer, assis sur les rambardes ou les escaliers, prennent soudain l’air inquiétant de prédateurs prêts à bondir.

Marieme, 16 ans, en échec à l’école, mère de substitution à la maison, s’occupe de ses petites sœurs en essayant de passer entre les coups de son grand frère. Jusqu’au jour où elle rencontre trois filles, bien décidées à ne pas se laisser dicter de lois, des bagarreuses, des enjôleuses, des drôlesses, qui soignent leur style et balancent leurs répliques avec une rage joyeuse. Pour cette bande de filles à la féminité explosive, tout vaut mieux que les rôles qu’on leur assigne : être des « filles bien », épouses cloîtrées trimant dur comme leurs mères. Et tant pis si elles courent le risque de se faire traiter de « putes » parce qu’elles ont osé coucher.
Nouvelle vie, nouvelles amies, nouveau nom (« Vic »), nouveaux codes vestimentaires. C’est cette mue que saisit Céline Sciamma, qui filme avant tout des états transitoires, des métamorphoses profondes et superficielles, autant d’étapes entre l’enfance et l’âge adulte. Visiblement fascinée par ses sujets, adolescentes découvertes au cours d’un casting sauvage, Céline Sciamma enregistre leurs rituels, filmés comme des plages visuelles et sonores déconnectées de toute progression dramatique. Par exemple cette belle scène où les filles s’enferment dans une chambre d’hôtel, se maquillent et s’habillent pour chanter et danser toute la soirée devant la télévision. Le rapport à l’image et à leur image joue un rôle important chez ces filles, sans cesse en représentation, qui se filment en train de s’amuser mais aussi de se battre, lors de duels organisés entre bandes rivales.
D’une virée shopping au Forum des Halles aux bastons rituelles à ciel ouvert, d’une séance de danse hip hop sur le parvis de la Défense aux soirées clandestines dans une chambre d’hôtel, la cinéaste capte merveilleusement leur énergie frondeuse.

Sciamma filme ses personnages en mouvement, qu’ils marchent, dansent, se battent. Particulièrement emblématique de ce parti pris, une scène va faire parler d’elle : dans une chambre d’hôtel, les donzelles maquillées et sapées se mettent à chanter et danser sur Diamonds, de Rihanna. Sciamma les filme comme elles se rêvent, dans le défouloir secret d’une soirée entre filles : en princesses pop et sexy, émouvantes reines du dancefloor.


Céline Sciamma capte ce mélange d’enfantillage et de violence, la tentation de la délinquance et aussi la montée du désir chez son héroïne qui devient femme. L’emploi du cinémascope relève d’un évident désir de cinéma, comme ses plans d’ensemble nocturne sur la ville, nappés de rock synthétique, ou la formidable scène d’ouverture qui place d’emblée le film sur le terrain d’un imaginaire américain. Pointe également, au diapason du look très élaboré et fortement sexué des jeunes filles, tout en extensions capillaires, un séduisant fétichisme cinématographique, gros plans d’yeux et de bouches, ou cette perruque peroxydée et ces escarpins rouges sur un tapis de la même couleur.
Tout au long du film la réalisatrice donne le sentiment d’être en prise directe avec une réalité ultra-contemporaine et la sensation d’avoir posé le pied dans un territoire de fiction presque exotique. .
Sur le sort des filles « des quartiers », la réalisatrice ne dit au fond rien de nouveau. Le déterminisme, l’archaïsme des interdits, le poids social et familial, Mais en faisant d’elles des personnages, des vrais, elles leur donnent vie comme rarement on l’a vu au cinéma. Inventive, volontaire, dynamique, sa mise en scène semble leur insuffler tout ce dont les prive leur réalité, sociale et politique. La conclusion du film est sans beaucoup d'espoir pour Marieme, après avoir déserté l'école, refusé un travail de femme de ménage, réfuter l'idée d'un mariage avec un copain, pourtant assez tranquille, elle déserte le milieu du trafic de drogue dans lequel elle était tombée. Pas de réelle piste, mais la fin de l'histoire reste ouverte.

Bande de filles

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 18 Octobre 2014

À voir dès sa sortie:

Bande de filles de Céline Sciamma, sorti en salles 22 octobre 2014.

Le film commence sur une musique pop-électro, signée Para One, Des filles à la peau noire et aux épaules de déménageurs labourent un terrain de sport, football américain, violemment éclairé. Elles s’affrontent sans ménagement avec la tenue adaptée, casque de protection sur la tête, épaulettes et genouillères. De retour du stade, les filles circulent en groupe dans leur cité. Progressivement, la bande chahuteuse, parlant fort, se délite : les unes après les autres, elles rentrent chez elles, de plus en plus isolées et vulnérables. Au fur et à mesure que se défait la troupe, le silence se fait. Et les grappes de mecs qui les regardent passer, assis sur les rambardes ou les escaliers, prennent soudain l’air inquiétant de prédateurs prêts à bondir.

Marieme, 16 ans, est l’une de ces ados, silhouette féline, nattes africaines, œil de biche. En échec à l’école, mère de substitution à la maison, elle s’occupe de ses petites sœurs en essayant de passer entre les coups de son grand frère. Jusqu’au jour où elle rencontre trois filles, bien décidées à ne pas se laisser dicter de lois, des bagarreuses, des enjôleuses, des drôlesses, qui soignent leur style et balancent leurs répliques avec une rage joyeuse. Pour cette bande de filles à la féminité explosive, tout vaut mieux que les rôles qu’on leur assigne : être des « filles bien », épouses cloîtrées trimant dur comme leurs mères. Et tant pis si elles courent le risque de se faire traiter de « putes » parce qu’elles ont osé coucher.

Nouvelle vie, nouvelles amies, nouveau nom (« Vic »), nouveaux codes vestimentaires. C’est cette mue que saisit Céline Sciamma, qui filme avant tout des états transitoires, des métamorphoses profondes et superficielles, autant d’étapes entre l’enfance et l’âge adulte. Visiblement fascinée par ses sujets, adolescentes découvertes au cours d’un casting sauvage, Céline Sciamma enregistre leurs rituels, filmés comme des plages visuelles et sonores déconnectées de toute progression dramatique. Par exemple cette belle scène où les filles s’enferment dans une chambre d’hôtel, se maquillent et s’habillent pour chanter et danser toute la soirée devant la télévision. Le rapport à l’image et à leur image joue un rôle important chez ces filles, sans cesse en représentation, qui se filment en train de s’amuser mais aussi de se battre, lors de duels organisés entre bandes rivales.

D’une virée shopping au Forum des Halles aux bastons rituelles à ciel ouvert, d’une séance de danse hip hop sur le parvis de la Défense aux soirées clandestines dans une chambre d’hôtel, la cinéaste capte merveilleusement leur énergie frondeuse. Bande de filles est un film physique. Corps souples, athlétiques, luisants, galbés. Sciamma filme ses personnages en mouvement, qu’ils marchent, dansent, se battent. Particulièrement emblématique de ce parti pris, une scène va faire parler d’elle : dans une chambre d’hôtel, les donzelles maquillées et sapées se mettent à chanter et danser sur Diamonds, de Rihanna. Sciamma les filme comme elles se rêvent, dans le défouloir secret d’une soirée entre filles : en princesses pop et sexy, émouvantes reines du dancefloor.

Céline Sciamma capte ce mélange d’enfantillage et de violence, la tentation de la délinquance et aussi la montée du désir chez son héroïne qui devient femme. L’emploi du cinémascope relève d’un évident désir de cinéma, comme ses plans d’ensemble nocturne sur la ville, nappés de rock synthétique, ou la formidable scène d’ouverture qui place d’emblée le film sur le terrain d’un imaginaire américain. Pointe également, au diapason du look très élaboré et fortement sexué des jeunes filles, tout en extensions capillaires, un séduisant fétichisme cinématographique, gros plans d’yeux et de bouches, ou cette perruque peroxydée et ces escarpins rouges sur un tapis de la même couleur.

Sur le sort des filles « des quartiers », la réalisatrice ne dit au fond rien de nouveau. Le déterminisme, l’archaïsme des interdits, le poids social et familial, Mais en faisant d’elles des personnages, des vrais, elles leur donnent vie comme rarement on l’a vu au cinéma. Inventive, volontaire, dynamique, sa mise en scène semble leur insuffler tout ce dont les prive leur réalité, sociale et politique. La conclusion du film est sans beaucoup d'espoir pour Marieme, après avoir déserté l'école, refusé un travail de femme de ménage, réfuter l'idée d'un mariage avec un copain, pourtant assez tranquille, elle déserte le milieu du trafic de drogue dans lequel elle était tombée. Pas de réelle piste, mais la fin de l'histoire reste ouverte.

Bande de filles

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 18 Octobre 2014

Geronimo, réalisé par Tony Gatlif, est cabossé, déjanté, mais généreux.

Le film démarre à 100 km/h par la fuite d'une adolescente d'origine turque, Nil Terzi, le jour de son mariage (forcé), avec un lointain cousin de sa propre communauté. Elle fuit en robe blanche et retrouve son amour, un jeune gitan d'une communauté adverse, Lucky Molina. Le frère de la jeune fille, Fazil, et le presque-marié sont prêts à laver son honneur dans le sang. Pompière toujours au four et au moulin, sprinteuse de choc, "Geronimo", une éducatrice sans cesse en mouvement, plongée dans cette vendetta entre communauté turque et gitane. tente d'éteindre le brasier des haines qui enflamme cette cité du Sud de la France.

Dix-septième film de Tony Gatlif ,"Geronimo" est un "Roméo et Juliette" ensoleillé, une tragédie solaire chorégraphiée à la "West Side Story" au credo clairement affiché.

Si le film s'attarde au début dans un réalisme qui sert à planter le décor, il déploie un naturalisme poétique qui donne lieu à de superbes scènes, la fuite de la mariée dans un champ, un long plan-séquence où une joute de hip-hop dans un hangar tourne à l'affrontement. Entre battles nocturnes et triples saltos sur fond de no man's-land, cris d'amour et accalmies où la musique tzigane devient un exutoire, la machinerie Gatlif tourne à plein régime. Le film se termine dans une force tragique et montre le symbolisme de son climax, quand deux hommes luttent enserrés dans une bâche de plastique qui rappelle la robe de mariée, matrice tragique du film.

Céline Sallette est extraordinaire dans ce rôle d'altruiste cabossée, de brindille hardie, de combattante, d' Apache aux yeux clairs.

Filmé caméra à l'épaule, ce qui donne une image en forme de précipité flou, multipliant les gros plans, "Geronimo" dégage une grande sensualité, qui trouve sa plus grande expression dans les yeux de braise des protagonistes haineux, qui aimantent littéralement le regard et cristallisent le drame façon western. "Géronimo" rend compte aussi de cette vie revenue à l'état de nature, rendue aux pulsions primitives, à la haine monomaniaque et aux pratiques moyenâgeuses (le mariage forcé), que dénonce ici Gatlif. Quelques séquences auraient gagné à être resserrées, ais, dans le paysage souvent formaté du cinéma français, la fougue de Gatlif, sa liberté et sa croyance dans la mixité, entre images et musiques, entre communautés, font du bien.

Geronimo, un film généreux

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Rédigé par nezumi dumousseau

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Publié le 8 Septembre 2014

Party Girl film original et passionnant sorti le 27 août 2014:

« Ma mère est une party girl », voilà en quels termes Samuel Theis commence son discours au public assistant à la cérémonie de clôture du Festival de Cannes. Il y reçoit, entouré des bras de ses acolytes Claire Burger et Marie Armachoukeli, la Caméra d’or récompensant leur premier long métrage, sans oublier l’autre récompense d’ensemble dans le cadre de la sélection d’Un Certain Regard. Party Girl est le résultat d’une réalisation familiale, inspirée par l’histoire personnelle de Samuel, coécrite à trois, et avec la complicité de tous, à commencer par les acteurs non-professionnels.

Angélique a la soixantaine, une vie passée à boire et à faire boire les hommes dans un cabaret à la frontière allemande. Michel, un gros, un doux, lui demande sa main. Elle hésite, parce que la fête, elle aime toujours ça, Angélique. Et puis, elle accepte : ce sera, au moins, l'occasion d'une grande réunion de famille. Car Angélique a trois enfants dont elle ne s'est pas trop occupée, mais qui l'aiment, plus une quatrième qu'on lui a retirée, jadis et qu'elle aimerait bien revoir.

C'est, plus ou moins transposée, l'histoire d'un des trois réalisateurs, Samuel Theis. C'est, d'ailleurs, sa mère, Angélique Theis-Litzenburger, qui interprète le rôle principal. Ils sont trois à avoir signé ce film. Avec Samuel, Marie Amachoukeli et Claire Burg.

Le travail des trois co-réalisateurs est un vrai travail d'équipe, sans aucune spécialisation de l'un ou de l'autre dans une tâche particulière. Ils écrivent avec précision chaque squence, mais laisse la place à l'interprétation des acteurs. La caméra saisit, en longs plans séquence, la vie tragi-comique de ces personnages, qui errent tous entre bons sentiments et mélancolie. Elle ne quitte presque jamais cette Angélique grandiose et pathétique, qui, par sa démesure, ressemble à une héroïne fellinienne.

À la fois cru et généreux, naturaliste et poétique, le film se situe sur un fil entre fiction et documentaire, sans gêne et avec même, de façon contradictoire, une certaine pudeur. Il se montre cruel lorsqu’il finit par devenir charnel. Party Girl relève le défi de ne pas ressembler à une émission de Strip-Tease tout en développant une force tragicomique du récit. Si Samuel Theis avoue avoir eu honte, durant son enfance, des manières et du look de sa mère, il lui rend un hommage émouvant en lui accordant le rôle principal de son premier film, pour dresser le portrait d’un personnage complexe et nostalgique.

L’attachement des trois réalisateurs pour leurs personnages souvent marginaux leur permet de les approcher et de mieux les filmer dans leur milieu de vie. Ils les représentent sans vulgarité ni complaisance au point de les rendre davantage vraisemblables et généreux. Ils circulent entre la boîte de nuit et la commune de Forbach en Moselle, deux espaces respectivement anxiogènes et lugubres en raison de difficultés économiques et sociales. Il en résulte une photographie terne parfois distillée dans des néons colorés : Party Girl est visuellement très abouti. On admire le style et l’ambiance dès le générique de début.

Party Girl

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

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Publié le 6 Mars 2014

L'un des plus grands auteurs du cinéma français vient de nous quitter. Alain Resnais est mort. Il venait d'obtenir l'Ours d'argent au Festival de Berlin pour son film "Aimer, boire et chanter" qui sortira bientôt en salles.


Alain Resnais prenait son temps. En 70 ans de carrière, il réalise seulement 19 longs-métrages, mais chacune de ses œuvres apporte une innovation, une idée nouvelle au cinéma français, que ce soit sur le fond ou la forme. Il invente des genres cinématographiques, infatigable expérimentateur, renouvelleur de formes, explorateur des pouvoirs insoupçonnés du cinéma.

En 1966, avec la Guerre est finie, il collabore avec Jorge Semprun pour évoquer les doutes des derniers militants clandestins de la Guerre d'Espagne, 27 ans après sa fin officielle puis s'approche de la science-fiction avec Je t'aime, je t'aime (1968), qui mêle voyage dans le temps et introspection amoureuse, dans un décor kitsch de carton-pâte. Ce film aride et mal aimé du public contient le germe de "L'amour à mort " et de "La vie est un roman", sur le thème d'une éventuelle " deuxième chance" qui pourrait être offerte pour mieux aimer ceux que l'on regrette d'avoir négligé lorsqu'ils étaient présents.

Resnais explore de l'intérieur les voies de la création littéraire dans Providence (1977), qui lui vaut un premier César. Il joue à la fois sur le terme providence et sur la ville américaine Providence, lieu de naissance de Lovecraft, auteur de science-fiction qui inspire içi en partie sa réflexion. A travers un auteur vieux et malade qui imagine une histoire à partir de sa propre famille, Resnais montre les essais et les retouches d'un processus de création.
Un autre thème du film est une illustration critique et ludique de la psychanalyse, à travers sa représentation en direct et l'évocation des frustrations des personnages, aussi bien que ceux du spectateur. Plus généralement, la mémoire, sa façon de reconstruire et de déformer des expériences vécues ou fantasmées, sont l’enjeu indirect mais omniprésent de Providence.

Ensuite, ce sont les théories comportementales du neurobiologiste et éthologue Henri Laborit qui lui inspirent Mon oncle d'Amérique ( 1980), Grand Prix du Jury à Cannes. En comparant les humains aux rats cherchant leur chemin dans des labyrinthes truqués, Alain Resnais met beaucoup d'humour, avec l'aide de son scénariste Jean Gruault sous le sérieux de la thèse : sa curiosité est sans limite, son amusement, son goût de la facétie aussi.

La vie est un roman (1983), toujours avec comme complice Jean Gruault, se présente sous forme de trois récits imbriqués, dans la lignée des "films multiples" de Resnais qui abordent de façon ironique et ludique des thèmes profonds, comme la recherche du bonheur, l'éducation des enfants et le respect de leur imagination:
En 1919, dans son château, le comte Forbek propose à ses invités une expérience qui doit les conduire à un état de bonheur permanent. Le prix à payer est un enfermement total, l'oubli du passé et une rééducation des sens, en sélectionnant tout ce qui est harmonieux. Mais l'amour-passion incarné par Fanny Ardant fait exploser ce modèle.

En 1982, le même château est devenu un collège expérimental. Un colloque de chercheurs s’y réunit pour préciser les méthodes et moyens d’une éducation de l’imagination. Resnais pointe les contradictions entre les discours et les actes de ces enseignants chercheurs, et s'amuse des marivaudages propres à tout colloque.

A suivre

La vie est un roman, Fanny Ardant, André Dussolier

La vie est un roman, Fanny Ardant, André Dussolier

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma, #Alain Resnais

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