Kenji Yanobe, artiste visionnaire

Publié le 15 Juin 2012

Kenji Yanobe ( japonais : ヤノベ ケンジ : 矢延 憲司, Yanobe Kenji), plasticien contemporain japonais, né en 1965 à Ôsaka (Japon) met en scène depuis les années 1990 les dangers du nucléaire.


Kenji Yanobe est un des artistes que l'on rattache habituellement au Néo Pop à cause de ses nombreuses citations empruntées au monde des mangas. Il transcende les frontières nationales et choisit pour décor à ses performances des sites comme ceux proches de la centrale nucléaire de Tchernobyl, condamnée et contaminée. Son œuvre, composée de sculptures, assemblages, constructions ou photographies, dévoile toute la violence et l'autodestruction du monde actuel : sans jamais se poser en moralisateur, il fait un bilan du danger que représente le nucléaire, et d'une façon étonnamment ludique, parfois désabusée et cynique, tente de proposer des solutions quant à la survie des hommes sur une planète qu'ils ont détruite.

 

Dans la série photographique Atom Sttit Project, Chernobyl (Tchernobyl, Projet de Combinaison d'Atom ; en référence et hommage au célèbre robot Tetsuwan Atom, soit Astroboy), protégé des radiations par sa combinaison de survie jaune bricolée par ses soins, il pose le temps d'une photographie devant la centrale tristement célèbre.

 

Ses « machines de survie », telle Survival Racîng Car-Type Dr.Ochanomizit (« Voiture de Course de Survie-Type Dr. 0-Ochanomizu » : Yanobe fait ici un autre clin d'œil au célèbre manga et anime Astroboy. Le père adoptif d'Astro s'appelle Dr. Ochanomizu, soit « Professeur Eau du Thé  » ), renvoient aux notions d'écologie, de survie et de contamination de l'air et du sol, japonais ou autre. Dans une atmosphère contaminée, la machine devient la seule compagne de l'homme, sa matrice protectrice. La technologie peut mener à la fin du monde mais peut aussi protéger la vie : n'est-ce pas là le message véhiculé par Tezuka.

 

Les combinaisons (Atom Siiil), les voiture s-scaphandres (Atom Car) et les autres travaux de Yanobe relatifs au nucléaire placent l'artiste en figure centrale de la fiction mise en scène : il porte ou conduit lui-même ses productions. Ses créations, toujours construites pour une seule personne, permettraient en cas de destruction de la planète de sauvegarder au moins un exemplaire de l'espèce humaine, et s'il s'agit de lui, d'au moins un échantillon de l'identité japonaise. Il réalise en 2001 une installation intitulée Antenna oflhe Earth (Antenne de la Terre) qui le présente dans sa combinaison atomique au centre d'un champ de cinq cents figurines miniatures en tenues jaunes. Au milieu de son armée de clones « survivants », la sculpture grandeur nature de Yanobe tient dans sa main droite un casque-scaphandre et un bâton de cérémonie dans l'autre. Approuvant le rôle de l'artiste en tant qu'« antenne » de l'humanité, Yanobe devient une figure prophétique portant un message salvateur pour les générations futures.

 

Les dénonciations écologistes et humanistes face à la prolifération des puissances nucléaires ne sont cependant pas le seul versant de son œuvre. Tout en inventant des machines qui, seules, pourront sauver le nouvel Homo Japonicus, il valorise la culture populaire avec tout son cortège de monstres et de robots nés de l'imaginaire nippon fécondé par les traumatismes des bombes nucléaires. Ainsi la citation de la créature Godzilla dans les travaux de Kenji Yanobe est une référence explicite au monde de la japanimation.

 

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Combinaison de protection, série jaune

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #Japon

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