Un film nécessaire: l'Ennemi intime

Publié le 2 Janvier 2008

L'Ennemi intime de Florent Emilio Siri était un film attendu et il n'a pas déçu. Malgré quelques réserves dans la presse sur le caractère un peu "Hollywoodien" du réalisateur. Mais la caution du scénariste Patrick Rotman nous assure que le spectaculaire de certaines scènes n'enlève rien à la fidélité à l'Histoire. Oui les Français ont utilisé le napalm, oui des villages ont été massacrés (des deux cotés), oui la torture a existé (des deux cotés).

La force du film de Siri réside dans le parfait équilibre entre le fond et la forme ; entre le propos et le style.

Le spectateur est au cœur du conflit, dans les hautes montagnes de Kabylie. Le soleil écrase tout , la peur devient palpable. La guerre devient un effrayant et fascinant spectacle, mais sans cette once de complaisance qui rendrait l'entreprise malsaine. Ensuite, la caméra cadre les visages, dit l'angoisse et la folie qui se saisissent du campement et les coups tordus pour justifier les exactions.

La manière est spectaculaire, avec des scènes à couper le souffle : la découverte silencieuse d'un village désert après le massacre de ses habitants ; les plans vertigineux d'un groupe de combattants, à flanc de montagne, après un bombardement au napalm.

Mais il faut aussi parler de la scène centrale, la confrontation entre le héros aux idéaux malmenés et le capitaine, figure de la résistance, qui a renoncé aux siens et justifie tout. Ce dialogue sur les enjeux et méthodes de cette guerre est attendu, presque trop pédagogique. Pourtant, fortement incarné par des comédiens talentueux, et porté par un scénario honnête et courageux, il sonne juste. Moins spectaculaire, la permission de Terrien à Grenoble, quand mesurant la distance qui les sépare, il renonce à retrouver sa femme et son fils, porte le témoignage du traumatisme, souvent indélébile et caché qui a marqué les participants à leur retour en France.

Le Vietnam a inspiré aux Américains Apocalypse now, Platoon, Voyage au bout de l'enfer ouFull Metal Jacket, pour ne citer que ceux-là. Les trois premiers sont sortis moins de 4 ans après la fin de la Guerre du Viet-Nam. Le film de Siri est la première tentative pour appréhender globalement cette guerre.

Les précédents films sur la guerre d'Algérie étaient pour les premiers très indirects et allusifs, Cléo de 5 à 7 (1962) d'Agnès Varda, Muriel (1964) d'Alain Resnais. Godard (Le Petit Soldat , 1960) et Alain Cavalier ( L'Insoumis, 1964) font figure de pionniers pour une approche plus directe. Les suivants traitaient en particulier d'un aspect précis du conflit algérien: La Bataille d'Alger (1966) de Gillo Pontecorvo pour la guerilla et contre-guerilla urbaine, Avoir 20 ans dans les Aurès (1971) de René Vautier parlait du conditionnement d'appelés réfractaire et de l'impasse de la désertion. Pour La Question (1977), de Laurent Heynemann, ce fut la torture ; pour La Guerre sans nom (1992) de Bertrand Tavernier, le point de vue des appelés ; pour La Trahison (2006), de Philippe Faucon, la psychologie des recrues françaises d'origine nord-africaine.

Cette difficulté à embrasser tous les enjeux de cette guerre, unique par les séquelles qu'elle a laissées, témoigne d'un échec collectif qui fait qu'à ce jour la guerre d'Algérie n'a pas encore trouvé la paix dans la conscience populaire, des deux cotés de la Méditerranée. En choisissant d'évoquer ce moment de l'histoire en termes guerriers, L'Ennemi intime fait œuvre de pédagogie et de lucidité.

Il manque encore un film à deux visages, montrant la vision du FLN, montrant comment la population soutenait les combattants de l'ALN, malgré leurs exactions. Seulement la vision algérienne, il faudrait que ce soit les Algériens qui la montent. Il y a bien Le Vent des Aurès (1966) de Mohammed Lakhdar-Hamina, courageux, mais limité à un cas particulier. Mais il n'y a pas que chez nous que cette guerre reste taboue. Les Algériens entretiennent toujours le mythe d'un FLN représentant du peuple et menant une guerre de libération nationale, sans se demander jusqu'à quel point la fin justifie les moyens. Les centaines de milliers de morts ne peuvent pas témoigner, les dirigeants actuels ont pour la plupart vécu la guerre en exil, et les zones qui ont le plus resisté à l'Armée française sont actuellement hostile au pouvoir en place. Il faut, à ce titre souligner que très rares sont les films tournés sur les lieux même du conflit, celui-ci ayant été tourné dans l'Atlas Marocain

ennemi intime

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

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