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Publié le 28 Avril 2015

La Maison au toit rouge (小さいおうち, Chiisai o-uchi, « la petite maison ») film japonais réalisé par Yôji Yamada, sorti au Japon en 2014

Le film commence dans le présent, peu de temps après la mort de Taki, une femme âgée qui s'est lancée dans l'écriture de ses mémoires sous l'impulsion de son petit-neveu Takeshi qui se montre parfois un peu critique à son encontre. L'histoire se déplace rapidement à 1935, lorsque Taki, alors une jeune fille originaire de la préfecture de Yarnagata se rend à Tokyo pour travailler comme bonne à tout faire. Après une année passée auprès d'un écrivain, elle part travailler pour le propriétaire de la "maison au toit rouge", Masaki Hirai, un cadre supérieur d'une entreprise de jouets, qui y vit avec son épouse Tokiko et leur fils de 5 ans, Kyôichi.

Taki entre au service des Hirai, en particulier de l'épouse Tokiko, une femme cultivée et indépendante. Puis, à l'occasion d'une fête de Nouvel an, Tokiko fait la connaissance d'Itakura, un jeune designer, séduisant et artiste, qui travaille dans l'entreprise de son mari. Lui aussi originaire du nord de l'archipel, Itakura est un artiste jusqu'au bout des ongles, aux manières délicates. Il se montre indifférent aux discours des autres hommes sur la guerre et les profits. Il entame avec Tokiko, qui admire son talent pour le dessin et partage sa passion pour la musique classique, un amour platonique. Itakura refuse toutes les propositions de mariage arrangé, voulant rester libre de partager de rares moments avec Tokiko. Le drame se noue quand Itakura, d'abord ajourné, reçoit sa lettre de mobilisation pour partir à la guerre.

De son côté, Tald observe d'un œil bienveillant l'éclosion de cette amitié dans la mesure où elle apprécie aussi le gentil Itakura. Mais la passion naissante entre sa patronne et le jeune designer ne manque pas de l'alarmer. Cependant, Yamada n'a pas construit un triangle amoureux classique. Au lieu de cela, il a fait un film dans lequel il essaie de voir comment cette liaison amoureuse (dont on peut supposer qu'elle ne reste pas longtemps platonique ) affecte les relations de Taki avec Tokiko et sa vie future. Taki passe de la rustre et peureuse campagnarde à la confidente qui peut, lorsque la situation l'exige, dire la vérité même la plus dure à sa patronne.

Haru Kuriro, une nouvelle actrice pleine de promesses, gère cette transition avec grâce et aplomb, ce qui lui a valu d'obtenir l'Ours d'argent de la meilleure actrice au 64e Festival international du film de Berlin en 2014.

Le film lui-même, cependant, vacille vers la fin avec la révélation du grand secret de Taki qu'elle a gardé pendant 60 ans. Yamada, ne peut s'empêcher de conduire l'action du film vers une fin romantique et commerciale. Mais dans le même temps, il évoque tranquillement de nombreuses tragédies de l'époque 1930-1945, liées à des espoirs déçus et des projets avortés. On ne trouve pas de discours radical, ni d'audaces formelles dans ce film, mais un récit fluide qui relie trois époques avec délicatesse. La mise en scène à l'élégance discrète, presque surannée, reste séduisante avec ses plans le plus souvent fixes, sa caméra, placée à hauteur des personnages, assis sur un tatami, ses effets de « cadre dans le cadre ». On pense souvent à Yasujirô Ozu, admiré par Yamada et dont il réalisa

Le cinéaste adopte un parti pris narratif cependant : l'histoire du Japon n'est perçue qu'à travers les événements domestiques de la maison. Les exactions de l'armée impériale lors du sac de Nankin, l'enthousiasme au moment de la déclaration de guerre aux États-Unis, les bombardements dévastateurs sur Tokyo, tout est vu depuis le salon et le jardin, aux couleurs si intenses qu'elles paraissent artificielles. Aux souvenirs un peu trop enjolivés, sinon fantasmés, de Taki, son petit-­neveu oppose la réalité d'une époque et d'une société dures aux femmes, aux pauvres et aux idéalistes. Et l'émotion ne cesse d'amplifier dans ce beau portrait d'une héroïne modeste, hantée toute sa vie par le remords de sa trahison

L'histoire n'est pas un simple retour en arrière nostalgique sur une époque où tout était plus simple. Cette structure de flash-back est devenue courante dans plusieurs films japonais des années 2010 dont le récit se déroule dans cette période compliquée des années 1930 que les cinéastes entendent expliquer aux plus jeunes spectateurs, comme par exemple dans Le vent se lève (2013) de Miyazaki . Cependant, Yamada utilise également cette structure pour illustrer comment le passage du temps adoucit l'impact des émotions et des actes qui auraient pu autrefois bouleverser une vie, ou du moins mettre en danger un mariage.

Yôji Yamada est entré à la Shochiku et a travaillé comme scénariste ou comme assistant réalisateur. Il a écrit son premier scénario en 1958, et réalise son premier film en 1961. Il est resté toute sa carrière en contrat avec la Shôchiku

Tous les Japonais connaissent la série Otoko wa tsurai yo (男はつらいよ, « C'est dur d'être un homme »)

La série compte 48 films, a commencé en 1969 et s'est terminée en 1995. Tous les films, à l'exception du troisième et du quatrième opus, ont été réalisés par Yôji Yamada. Le rôle de Torajirō Kuruma (車 寅次郎), Tora-san, a été joué dans tous les films par Kiyoshi Atsumi, sa mort en 1996 provoquant la fin de la série.

La Maison au toit rouge

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Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma japonais

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