Trop d'éloges pour Amour d'Haneke

Publié le 18 Février 2013

Amour est un film fort, réalisé par Michael Haneke, il obtient la Palme d'or au festival de Cannes 2012. Amour a reçu depuis des flots de récompenses et aux prochains César, et peut-être aux Oscars, il recevra encore d'autres honneurs.

 

Mais ce succès est-il mérité? Ce film est très bien interprété, rigoureux, mais méritait-il la Palme d'Or? On peut en douter. D'abord la façon de filmer est très classique, elle ne montre aucune originalité, ni inventivité qui marquent les grands films. Ensuite son propos est ambigu. Certains critiques ont présenté ce film comme une ouverture de débat sur l'euthanasie, mais jamais le débat sociétal n'est abordé. Ce n’est pas le but du cinéaste et chaque spectateur reste perplexe devant ce cas particulier, un couple riche mais enfermé, qui ne peut être généralisé. Les solutions collectives, qui même imparfaites, existent, comme les établissements de soins palliatifs, sont balayées d'un revers de main.

 

Il n'aborde pas non plus la question religieuse, la spiritualité est étrangère à son œuvre. Le spectateur reçoit des gifles, mais dans quel but ? Pourquoi donner à un film qui aurait gagner à être brusque et compact une telle durée, plus de deux heures, une telle lenteur ? Quel est le but de décortiquer moment par moment une telle épreuve ?

 

Tant qu'à parler d'amour, il fallait récompenser deux films très différents, mais qui sont de véritables déclarations d'amour au cinéma, hélas absents tous les deux du palmarès. Une déclaration exaltée, déjantée, parfois triste, mais haute en couleurs, Holy Motors de Leos Carax et, pour un cinéaste bien plus près de ses ultimes productions, Alain Resnais, une démonstration ludique de sa foi dans l'avenir du cinéma, quand il nous dit Vous n'avez encore rien vu. Enfin la Palme d'Or est un évènement rare, est-il besoin de récompenser plusieurs fois un cinéaste, alors que celui-ci garde toujours un peu le même style.

 

En guise de justification, l'interprétation d'Emmanuelle Riva a été mentionnée par le Jury comme l'une des principales raisons de cette victoire au même titre que la prestation de son partenaire dans le film, Jean-Louis Trintignant. Est-ce là un remord, alors que Emmanuelle Riva, immense actrice n'a jamais eu de prix majeur, avant Amour, et Jean-Louis Trintignant un seul prix; il y a plus de 40 ans, pour son rôle dans Z.

 

Amour, Riva... et le sublime souvenir s'impose Hiroshima, mon Amour d'Alain Resnais, qui avait connu un sort injuste en 1959. Le ministre de la Culture, André Malraux, sélectionne le film pour le Festival de Cannes. La délégation américaine exige son retrait de la compétition. Car, à ses yeux, cette rencontre d'une jeune actrice française et d'un architecte japonais à Hiroshima, toujours traumatisée quinze ans après sa destruction par une bombe atomique, constitue une attaque frontale.

 

Le chef de l'État n'y est pas plus favorable, soucieux de ne pas faire de vagues alors qu'il vient de faire réaliser les premiers essais nucléaires. Et il faudra toute la force de persuasion d'un Malraux pour que cet appel à la réconciliation des peuples soit finalement projeté à Cannes, mais hors compétition, à l'extérieur du Palais, et à un horaire inhabituel.

 

Et depuis ce temps là, Cannes a toujours méprisé Alain Resnais, lui octroyant un Grand Prix du Jury en 1980 et un Prix exceptionnel du Jury pour l'ensemble de son œuvre en 2009, façon de dire: On t'a assez vu. Et Resnais de répliquer en 2012 Vous n'avez encore rien vu

 

Alors pour le plaisir, revoir Riva, jeune et émouvante , en 1958 :

 

 


Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

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