Sophie Calle : Rachel, Monique

Publié le 27 Novembre 2010

Sophie Calle est une artiste singulière. Sans aucun don réél, ni pour le dessin, ni pour l'écriture, ni pour la photographie, elle marque pourtant l'art de notre époque. Une exposition trop courte (elle se termine dimanche 28 novembre) «Rachel, Monique», au Palais de Tokyo.

Le sous-sol du Palais de Tokyo, ancienne Cinémathèque, en friche depuis bien des années, va accueillir une extension des lieux d'exposition. Le chantier s'est arrêté, il y fait froid. Dans ce lieu sinistre, elle évoque la mort de sa mère, décédée en 2006, et le visiteur sort le sourire au lèvres

Elle s'est appelée successivement Rachel, Monique, Szyndler, Calle, Pagliero, Gonthier, Sindler. Ma mère aimait qu'on parle d'elle. Sa vie n'apparaît pas dans mon travail. Ça l'agaçait. Quand j'ai posé ma caméra au pied du lit dans lequel elle agonisait, parce que je craignais qu'elle n'expire en mon absence, alors que je voulais être là, entendre son dernier mot, elle s'est exclamée : "Enfin".
Autour de la vidéo de l'agonie de sa mère, début 2006, sont rassemblées des photos de pierre tombales de la série de 1978, les Tombes, des extraits du travail qu'elle effectue alors Où et quand: Lourdes (exposé en 2009).

 

La vie nourrit son œuvre, et Sophie Calle choisit les événements, les souvenirs qu’elle expose. Selon un concept, des règles établies, Sophie Calle contrôle l’intimité qu’elle livre.
"A condition d’appréhender l’ensemble du processus créatif, depuis l’expérience vécue jusque sa mise en forme narrative, cet art est avant tout celui de la "performance", que l’on identifiera de préférence comme un art de la "situation". En effet, les interventions de Sophie Calle relèveraient davantage de l’approche de Guy Debord, chef de file de l’Internationale Situationniste, lorsqu’il suggérait la "construction concrète d’ambiances momentanées de la vie, et leur transformation en une qualité supérieure de la vie". déclare Cécile Camart

 

 

 

 


 

 

La mère de Sophie Calle est morte d’un cancer du sein. Sa dernière phrase fut « ne vous faites pas de soucis ». Souci, ce dernier mot est inscrit partout, dans ce lieu. Tout est réuni pour nous rappeler qu’il s’agit d’une mort, mais tout possède un écho inverse, contraire aux codes. Les photos, les textes, les histoires, le film même, de la mère qui agonise, résonnent selon le diapason de l’artiste. Elle réussit à donner vie à tous ces objets désuets, à inventer un deuil plutôt drôle.
Le cadre de l'exposition, un chantier suspendu, est comme dépouillé de toute vie, pour présenter des objets, des souvenirs d’une femme partie. Rachel avait l’habitude de passer les dimanches avec sa fille, sur leurs tombes, déjà construites, choisies, placées.
Quelques jours avant sa mort, la mère a griffonné « je m’ennuie déjà » en demandant à ce que l’inscription soit gravée sur sa tombe. Comme pour relativiser un malheur, exorciser un chagrin, prolonger les souvenirs heureux. Par dérision aussi, elle avait choisi, pour figurer sur sa tombe, une photo d'elle avec un chapeau ridicule et une demi-grimace.
Sa mère avait toujours voulu faire un voyage au Pôle nord. Sa fille le fera, elle expose des photos originales, prises lors de ce voyage-hommage, au cours duquel elle dépose des bijoux et des souvenirs de sa mère, à la limite de la banquise.

Sophie Calle a fait de sa mère, et son deuil à elle, une œuvre d’art. C’est intime, très fort, sans voyeurisme ni complaisance.  Elle parvient à ce résultat  parce qu’elle  fait perdurer dans le temps le bazar qui entoure sa mère, en lui donnant un sens.

«Avant de fermer le couvercle, sa dépouille a été recouverte des objets suivants : sa robe à pois blancs et ses chaussures rouge et noir, parce qu’elle avait choisi de les porter pour sa mort. Des poignées de bonbons acidulés, parce qu’elle s’en empiffrait. Des vaches en peluche et en caoutchouc, parce qu’elle collectionnait les vaches. Le premier tome d’À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, dans la Pléiade, parce qu’elle connaissait par cœur la première page et qu’elle la récitait dès qu’on la laissait faire. Une carte postale représentant Marilyn Monroe en compagnie de Humphrey Bogart et de Lauren Bacall, parce que Marilyn était son idole.»

Tout vit encore. Sa mère aussi.

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain

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Commenter cet article

Ari Amy 16/01/2011 17:43


Curieuse photo : une dame assise par terre, les jambes croisées ! Regardons ses cuisses... Bof !