Samson et Dalila dans le désert rouge australien

Publié le 5 Décembre 2009

Un voyage personnel dans le Centre Rouge australien, Uluru, Alice Springs, nous avait montré la beauté sauvage de ces paysages, mais aussi la triste condition des aborigènes Arrernte.

Les Arrernte, également connus sous les noms Aranda, Arrarnta, Arunta ne seraient plus qu'environ 2000 à avoir conservé leurs coutumes et leur langue autour d'Alice Springs, dans un vaste territoire s'étendant à l'ouest jusque Mutitjulu et King's Canyon, et à l'est jusqu'à l'extrémité occidentale du désert Simpson.

Mépris, racisme, exploitation, inadaptation à une culture trop éloignée de leurs valeurs, conversion forcée au Christianisme, drogue, alcoolisme sont leur quotidien.

Si des Arrernte prennent les prénoms comme Samson ou Dalila, c'est parcequ'ils sont privés du droit de s'appeler Mitjili ou Napanangka

Il faut saluer, comme il se doit, le premier long-métrage de tous les temps réalisé par un auteur Aborigène australien Warwick Thornton. Ce film n'a pas un grand succès public, quelques salles seulement en deuxième semaine. allez vite le voir.


Samson & Delilah

Film australien du réalisateur aborigène Warwick Thornton qui aussi l'auteur du scénario, avec Rowan McNamara ( Samson ); Marissa Gibson ( Delilah ); Mitjili Napanangka Gibson ( Nana ); Scott Thornton ( Gonzo ); Matthew Gibson ( Frère de Samson ); Steven Brown ( Batteur ); Gregwyn Gibson ( Bassiste ); Noreen Robertson Nampijinpa ( Femme qui bat Delilah ); durée 101 mn, sortie en France 23 novembre 2009, Caméra d'Or au festival de Cannes dans la section Un certain regard.

À une centaine de miles d'Alice Springs une communauté d'Aborigènes croupit dans la misère, avec d'absurdes rituels quotidiens. Seul à vouloir combattre la fatalité, le jeune Samson tente de briser la monotonie des jours en jouant des tours à ses voisins, en arrachant des plaintes dissonantes à sa guitare électrique. Le reste du temps, il sniffe de l'essence recueillie dans une boîte de conserve.


Samson rôde devant la maison de Delilah, une adolescente qui s'occupe seule de sa grand-mère Nana. Cette dernière lui apprend à réaliser des toiles pointillistes aborigènes vendues pour quelques dollars à l'épicier blanc du coin. Delilah est rendue responsable de la mort de l'aïeule. Ostracisés, les deux jeunes gens dérobent une voiture pour rejoindre Alice Springs, ville la plus proche. Ils échouent sous un pont, côtoient un clochard, subissent exclusions, accidents, violences abominables.


Le titre du film n'est pas une évocation ni une transposition de l'épisode de la Bible qui raconte comment Dalila usa de ses charmes pour séduire Samson, mais une allusion directe au déracinement des Aborigènes du centre de l'Australie. Empêchés par leurs traditions de porter les noms de leurs ancêtres, les Aborigènes ont coutume de s'inventer des noms qu'ils puisent dans l'histoire, la mythologie.


Warwick Thornton est un jeune cinéaste aborigène couronné pour ce premier long métrage par la Caméra d'or à Cannes, il a à son actif une dizaine de films documentaires. Sa caméra est fluide et avec très peu de moyens, dans les décors naturels où vivent pour de vrai ses congénères à la dérive, il marie avec force la précision documentaire et le mélodrame


Warwick Thornton filme avec empathie un quotidien aux gestes immuables, où suinte l'ennui, et qu'il ponctue de quelques moments très forts. De rares moments de tendresse, quand Samson exprime par la danse les sentiments qu'il ne peut formuler, ou quand il essuie son front souillé, mais aussi d'explosions de brutalité quand Delilah est frappée à coups de bûche par les voisines qui la jugent responsable de la mort de sa grand-mère ou quand elle est enlevée et violée par des citadins sans scrupules


Le récit est sans dialogues, ou presque, soulignant ainsi que les Aborigènes ont perdu la volonté de communiquer, à force d'avoir été privé du droit de s'exprimer mais avec une bande sonore d'une grande richesse expressive. Les images sont laconiques et traduisent l'immobilité sociale de ces laissés pour compte, leur condamnation à des routines mortifères. Malgré la beauté crue des paysages, la caméra est sans complaisance ni effets esthétisants.


Ce voyage initiatique et très sombre est cependant chargé d'espoir. Il symbolise les épreuves endurées par son peuple, illustre sa certitude qu'il faut croire à des lendemains lumineux. Car au comble de la déchéance, lui drogué, elle brisée et désespérée, ses deux personnages vont trouver la force de se ressaisir et de revenir chez eux, grâce à l'amour qu'ils ont l'un pour l'autre et à l'entraide que cette passion leur donne l'énergie de déployer.


Mais cet "Happy end" est filmé comme une apparition miraculeuse au plus sombre de la nuit. Thornton suggère par là que dans la réalité, la fin de l'histoire n'est pas toujours aussi heureuse, comme en témoignent les morts violentes, les emprisonnements, les lentes déchéances par la drogue et l'alcool qui sont encore trop souvent le lot des survivants des peuples Australiens.

Alice Springs

La région a été explorée par les Européens pour la première fois au XIXe siècle.
En 1862, John McDouall Stuart traverse la région du sud au nord. Il dresse des cartes pour trouver l'endroit idéal pour l'installation des colonies. C'est lui qui a donné son nom au Stuart Highway qui est la principale route qui rejoint le nord au sud de l'Australie.


En 1872, un télégraphe est mis en place pour relier Darwin à Adelaide, le centre de l'Australie devient ainsi moins isolé. La découverte de l'or à Arltunga (100 km de Alice Springs) attire des pionniers dans la région.

Au départ, Alice Springs était le nom du télégraphe. La ville s'appelait « Stuart » mais après beaucoup de débat, elle fut renommée Alice Springs en 1933.


La Todd River, presque toujours à sec sert de camp aux aborigènes. Quand les pluies sont exceptionnellement abondantes, comme en mars 1988, la rivière se déverse en fin de parcours dans le Lac Eyre. Les Aborigènes Arrernte appelle cette rivière Lhere Mparntwe

 

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

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