Lowbrow et Pop Surréalisme : Les Enfants Terribles

Publié le 15 Décembre 2011

En marge d'une Biennale de Lyon 2011 à la sombre beauté, courageuse et politique, mais pas très gaie, le Spacejunk Art Center, fondé par l’ancien snowboarder professionnel Jérôme Catz, propose une découverte des artistes issus de la contre-culture américaine des années 80. Sur « Le Plateau », à l'intérieur de l'Hôtel de Région de Lyon, le spectateur découvre une dizaine d'artiste venus des quatre coins du monde définis comme Les Enfants Terribles.


Leurs pères se nomment Jean-Michel Basquiat, Keith Harring ou Robert Crumb et ils sont tous des artistes majeurs des mouvements Lowbrow et Pop Surréalisme. Leur travail nous parle du monde d’aujourd’hui sans concession et avec une grande sensibilité. Très coloré, iconoclaste, il faut découvrir ce travail longtemps méprisé.

Le terme lowbrow (littéralement « front bas ») a été construit d'après son contraire, le mot highbrow (intellectuel, littéralement « front élevé »), qui désigne l'expression faciale hautaine que peuvent prendre les amateurs d'art contemporain sous ses formes les plus élitistes. Le Lowbrow se réapproprie les codes issus des médias populaires tels que le comics, la publicité, le graffiti, le dessin animé et tout ce qui n'est pas considéré comme appartenant au monde des « beaux-arts » classiques.

Le Lowbrow Art est souvent humoristique, tantôt joyeux, parfois espiègle et, d'autres fois, sarcastique. La plupart des œuvres Lowbrow sont des peintures, mais elles peuvent également utiliser d'autres supports ou techniques : jouets, art numérique, sculpture1.

En 1979, Robert Williams intitule son premier livre de peintures The Lowbrow Art of Robt. Williams, un nom qu'il employa en réaction au manque d'intérêt suscité par son art auprès des institutions et critiques d'art établis.


Au début des années 1980, les enjeux politiques autour des mythes culturels et de la production de valeurs étaient ardemment discutés. C'est dans cet espace ouvert que le Lowbrow est né. Il y avait un scepticisme croissant du public envers toute forme d'autorité ; le nombre d'activistes et d'artistes qui ne considéraient pas leur travail comme un simple passe-temps, ne cessait d'augmenter. Alors que les artistes rattachés au terme de Lowbrow étaient fréquemment autodidactes, pour la première fois dans l'histoire, les cursus artistiques à travers les États-Unis permettaient à des flots d'individus venus de milieux divers d'obtenir un diplôme. Nombre d'entre eux venaient de familles appartenant aux classes moyennes ou laborieuses, pour lesquelles la notion de culture avec un grand C était un phénomène lointain.

La Culture passait pour un produit de luxe, alors que l'art était plutôt une philosophie, vivante et inventive, marquée par la nécessité, l'instinct de survie et la joie. Le nombre d'artistes et d'ateliers en activité aux Etats-Unis et en Europe avait atteint un point où les systèmes de production, de réception et d'interprétation employés jusqu'à présent, avaient besoin d'être réévalués. Il y avait non seulement une explosion du nombre et de la diversité des artistes, mais également une augmentation tout aussi visible des pratiques dissidentes qui se moquaient des modèles classiques. Les artistes soulevaient en bloc de nouvelles questions : qui produit la culture ? pourquoi ? et pour qui ?


Le Lowbrow en élargissant ses fondements esthétiques se prolonge et s’intègre au début des années 2000 dans le Pop Surréalisme. Si cette nouvelle école conservait dans ses créations l'accessibilité et la dimension démocratique propre à la sensibilité Lowbrow, elle combinait également ces dernières à des thématiques ouvertement fantastiques et oniriques. En possession de compétences techniques proches des grands maîtres d'antan, elle produisait ainsi des œuvres à l'exécution virtuose, mais qui restaient fidèles aux sources d'inspiration initiales du Lowbrow : bandes dessinées, jouets pour enfants, imagerie punk rock et autres formes d'art égalitaires. Le processus d'embellissement, marqué par l'utilisation de la peinture à l'huile et plus globalement par l'utilisation de techniques picturales raffinées nécessitait néanmoins la création d'une nouvelle nomenclature pour caractériser cette tendance émergente. C'est l'artiste Kenny Scharf qui utilisa pour la première fois en 1996 le terme de Pop Surréalisme pour décrire son propre travail. « Le Surréalisme renvoie à la notion de l'inconscient, et je pense que mon travail tourne autour de l'inconscient. Les images que je peins proviennent de mon inconscient, or mon inconscient est rempli d'une imagerie Pop. En d'autres termes, mon inconscient est Pop, et par conséquent, mon art s'apparente à du Pop Surréalisme ».

La plupart des éléments qui composent l'iconographie du Pop Surréalisme sont facilement compréhensibles et accessibles à tout un chacun, et en particulier pour les personnes avides de culture Pop, mais n'ayant pas forcément de connaissances suffisantes en Beaux-Arts ou en Histoire de l'Art, ou ne s'intéressant tout simplement pas à ces disciplines. Il attire les personnes qui pourraient a priori être intimidées par l'art, et les accueille à bras ouverts en incorporant des personnages ou des visages qui leur sont familiers. Les artistes du Pop Surréalisme de formation classique se sont distingués du courant Lowbrow en rendant hommage aux grands peintres des siècles passés, et par ce biais, certains d'entre eux ont pu être accueillis en retour par le monde des Beaux-Arts.


Depuis son intronisation, le Pop Surréalisme a évolué en incorporant de nouveaux moyens d'expression, sortant du cadre de la peinture traditionnelle. Certains artistes ont ainsi exploré de nouvelles pistes en utilisant Adobe Photoshop et des logiciels de modélisation 3D comme Maya non plus comme de simples outils, mais bel et bien comme des médias en tant que tels. Comme toujours avec les nouvelles technologies, les débuts ont été difficiles. L'imagerie produite semblait artificielle, même au regard des standards Pop Surréalistes. Mais avec le temps, une poignée d'artistes exceptionnels a néanmoins émergé, capable d'apprivoiser et de manipuler ces logiciels de manière à produire des visions surréalistes à la fois confondantes et délicieuses. Ray Caesar est sans doute le maître incontesté dans ce domaine.

Les artistes du Pop Surréalisme ont été particulièrement influencés par le cartoon en général, de Disney à Robert Crumb. Nombre d'entre eux ont d'ailleurs créé leur propre bande-dessinée plus ou moins underground, ou ont travaillé dans l'animation. Le cartoon a influencé ces artistes au niveau du style et du graphisme mais leur a donné aussi une certaine vision et conception de la société. L'humour est ainsi très présent avec un détournement récurrent des modèles de la société américaine, des icônes mais aussi des idéaux classiques de la beauté, comme le fait systématiquement Marion Peck. Dans ces peintures, l'ordre des choses est modifié dans un esprit carnavalesque où la figure de l'imbécile devient héroïque, le laid devenant sublime. Les artistes expriment ainsi leur rejet de certaines valeurs et leurs commentaires sur la société. L'aspect subversif et antisocial est très souvent présent dans ces peintures. 


Quelques artistes, la plupart sont visibles à Lyon jusqu"au 31/12/2011:

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Robert Williams : The Waterhead Who Was Raised in a Box 1992

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Marion Peck Fuck You 2008

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Reg Mombassa Stations of the Cross Number 3, d'après Grunewald 2010

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Robert Williams : Diamond in a Goat's Ass (A Lyrically Poetic Euphemism for Pretension) 2009

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Naoto Hattori The Moment of Truth 2011

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Mark Ryden : Slayer 1999

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Ray Caesar : Final Destination 2005

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain

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xavier raby 29/05/2012 13:04

je suis un grand fan de Mark Ryden

ma préférée étant certainement « goodbye bear », elle est très émouvante.

j’ai une toile en cours qui est une interprétation d’une création de Mark Ryden, je la mettrais en ligne des qu’elle sera prête.
en attendant vous pouvez jeter un oeil à mes oeuvres, vos remarques seront les bienvenues…http://xavierraby.com