Le Langtang Lirung, les randonneurs et Tomaz Humar

Publié le 3 Décembre 2009

Par une froide mais superbe matinée de l'automne népalais, nous, les retraités, les randonneurs (trekkeurs, disent les snobs) montons dans la joie le modeste (tout est relatif) Kyanjing Ri , autour de 4700 m. Pente raide mais régulière, pas plus de 2 h 30 malgré l'altitude.

Au sommet, la vue est vaste et slendide:

http://ann.ledoux.free.fr/phpwebgallery/picture.php?/1651/category/107


Ce qui attire le plus le regard, c'est le Langtang Lirung 7227 m, point culminant du Langtang. Beau sommet, pas un monstre, mais quand même impressionnant. À nos questions, notre guide répond que ce sommet n'est pas souvent gravi et présente de nombreux pièges,
le reste nous l'apprendrons au retour en France.

Sans que nous le sachions, au même moment, l'alpiniste slovène Tomaz Humar campait au pied de la paroi et préparait, dans la  discrétion, l'ascension en solitaire et sans assistance du Langtang Lirung. Il voulait faire taire les critiques qui l'accusaient de sur-médiatiser ses exploits.

Le 9 novembre, dans la soirée, Tomaz Humar  a lancé par téléphone satellite un SOS à un ami, en Slovénie. Il était tombé, s'était fracturé les jambes, des côtes et peut-être la colonne vertébrale. Il a donné très peu de détails. Le lendemain, à 10 heures du matin, il a appelé une dernière fois, par radio, Jagat, le cuisinier qui l'attendait au camp de base. La liaison a été très courte. « Son état était visiblement très critique, a raconté Dawa Sherpa, de l'agence Asian Trekking. Sa voix était très faible . Il a dit : «Jagat, this is my last...» » Il n'y a pas eu ensuite d'autre contact radio. Son ami l'alpiniste Viki Groselj pense que Tomaz Humar est mort ce jour-là.

Ce même mardi 10 novembre, Asian Trekking a héliporté au camp de base un groupe de quatre sherpas qui ont aussitôt commencé l'ascension de la face. Le lendemain, ils sont arrivés à 6 300 mètres d'altitude sur le lieu supposé de l'accident, après avoir posé 900 mètres de cordes fixes. Ils n'ont pas réussi à localiser l'alpiniste, la météo s'est dégradée et ils se sont repliés sur le camp de base à cause de chutes de neige et du risque d'avalanche.

Son corps a été retrouvé le 14 novembre 2009 à 5 600 m d'altitude, à la suite d'une reconnaissance en hélicoptère. Son corps sans vie a été hélitreuillé, par un équipage venu de Zermatt, en Suisse.

Le Langtang Lirung 


Point culminant de la chaine du Langtang Himal, au Népal.

Il est situé dans le Parc national du Langtang, à 65 km à vol d'oiseau au nord de Kathmandou.

  • Altitude 7 227m
  • Coordonnées 28°15′N ; 85°31E

Le massif du Langtang Himal fait partie d'un ensemble plus vaste qui inclut le Jugal Himal dont le sommet est le Shisha Pangma (8 013 m). Ce massif se situe entre la vallée de la Sun Kosi et celle de Trisuli Gandaki.

Malgré sa hauteur relativement modeste pour l'Himalaya (Il est officiellement classé 99e à Himalayan index ce sommet impressionne par le dénivelé important avec des lieux proches. Il est situé par exemple à 4,5 km à vol d'oiseau de la rivière Langtang Khola, et la domine de 4 300m

Le pic a été reconnu par H. W. Tilman et P. Lloyd en 1949. Des tentatives pour atteindre le sommet par la face Est ont échoué dans les années 1960.

En 1978, Seishi Wada et Pemba Tsering réalisent la première ascension toujours par la face Est à la tête d'une expédition réunissant des Sherpas et des Japonais. Ils établirent 4 camps intermédiaires.

Comparés à des sommets plus prestigieux comme l'Everest, ce sommet à été assez peu gravi. De 1978 à 1995 on compte seulement 14 expéditions victorieuses, le plus souvent par la face Sud-est ou Sud-ouest et 13 tentatives infructueuses.

Le 10 novembre 2009, l'alpiniste slovène Tomaž Humar, trouve la mort dans la descente du sommet, lors d'une tentative en solo.





Tomaž Humar


Tomaž Humar est né le 18 février 1969 à Kamnik en Slovénie. Il habitait toujours Kamnik, quand il n'était pas en expédition. Il est mort aux alentour du 10 novembre 2009 sur les pentes du Langtang Lirung , au Népal.


Tomaž Humar possède un palmarès de plus de 1500 courses réussies. Il a reçu des récompenses internationales prestigieuses comme le Piolet d'Or en 1996 pour son ascension originale de l' Ama Dablam.


Tomaz Humar était un homme de voies très techniques et de premières, une gloire nationale dans son pays, la Slovénie. Dans les clubs d'alpinisme du bloc de l'Est, il avait connu une progression strictement encadrée avant de s'en affranchir: "Quand j'ai eu fini de liquider toutes les courses autorisées, je me suis lancé dans des trucs de plus en plus durs. Peu de types avaient envie de me suivre, alors je partais souvent seul. En voyant ça, les responsables de mon club ont pris peur. Ils avaient vraiment la trouille que je me tue. Je dois reconnaître aujourd'hui qu'ils n'avaient pas tort.."


En mai 1995, il frappe son premier coup himalayen sur le sommet de son dernier succès, l'Annapurna. Il est seul à 7 500 mètres, la tempête arrive, ses compagnons font demi-tour. Tomaz Humar débranche sa radio pour ne pas entendre l'ordre de faire demi-tour et continue seul jusqu'au sommet.


En 1999, des milliers de personnes l'attendent au retour du Dhaulagiri (8 167 mètres). Il avait passé sept jours seul dans l'immense paroi sud. Au sixième bivouac, il s'était "opéré" lui-même d'un abcès dentaire avec son couteau suisse. Le 1er novembre 1999, 2 millions d'internautes (selon lui) suivaient son arrivée en quasi-direct sur son site, où des photos au téléobjectif étaient diffusées depuis le début de l'ascension. Au retour, il racontait : "La descente aurait été impossible. Si quelque chose était arrivé, j'étais sûr de mourir."


En 2000, il avait eu un grave accident domestique. Il avait fait une chute alors qu'il réparait le toit de sa maison. Grièvement blessé aux deux jambes, il était resté plusieurs mois à l'hôpital et était passé dix fois sur la table d'opération. On lui prédisait un avenir en chaise roulante, il reprit en boitant le chemin des montagnes. Pour lui, grimper était devenu plus facile que marcher.


En 2005, Tomaz Humar s'était engagé, seul encore, dans l'immense versant Rupal du Nangat Parbat, au Pakistan. Le mauvais temps l'avait surpris et bloqué au premier tiers de l'ascension. Il était resté coincé six jours, prisonnier de pentes avalancheuses, avant qu'un hélicoptère de l'armée pakistanaise ne l'arrache épuisé à la paroi. In extremis. Ce sauvetage à 5 900 mètres d'altitude est resté le plus haut hélitreuillage jamais réussi. Tomaz Humar savait que, cette fois-là, il l'avait échappé belle. Depuis, il fêtait sur son blog les anniversaires de cette "deuxième naissance".


En 2007, il s'était laissé appeler de nouveau par l'Annapurna. Nouveau succès solitaire, par une voie peu banale, en gravissant la partie la plus à l'est de la face sud. Il avait été critiqué dans le milieu alpin pour son goût de la publicité.


Image:Humar.jpg

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #Népal

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