La première exposition du Centre Pompidou-Metz

Publié le 6 Janvier 2011

Profitez du redoux pour aller à Metz et des derniers jours de  Chefs-d'œuvre?,  l'exposition inaugurale du Centre Pompidou-Metz qui se termine le 17 janvier 2011 pour sa version intégrale. Certains modules restent ouverts jusqu'en août 2011.


Qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre ? La notion de chef-d’œuvre a-t-elle encore un sens aujourd’hui ? Qui décide ce qu’est un chef-d’œuvre ? Un chef d’œuvre est-il éternel ? À travers une sélection exceptionnelle de près de huit cents œuvres, l’exposition interroge la notion de chef-d’œuvre, son histoire et son actualité.

Le panorama est très complet, très didactique. On peut regretter le manque d'audace de certains choix car il n'y a pas de réelle découverte pour l'habitué des expositions contemporaines, mais le parti pris d'une initiation progressive et pédagogique vers l'art d'aujourd'hui est réussi.


La grande majorité des œuvres sont issues des collections du Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou. Le public est ainsi invité à découvrir ou redécouvrir des pièces majeures, et à assister à des « rencontres d’œuvres » inattendues. De plus, des commandes réalisées pour l’occasion ainsi que les prêts de prestigieuses institutions françaises et étrangères composent un ensemble inédit et très didactique. Peinture, sculpture, installation, arts graphiques, photographie, vidéo, œuvres sonores, cinéma, architecture, design, performance: tous les champs de la création sont représentés, à l’image de la pluridisciplinarité de la programmation du Centre Pompidou-Metz.


"Chefs-d’œuvre ?" invite le visiteur à un parcours en quatre séquences.
Dans la Grande Nef, un parcours chronologique conduit à la rencontre des « Chefs-d’œuvre dans l’histoire » et invite à revisiter les moments clés de la constitution du Musée national d’art moderne.
En Galerie 1, les « Histoires de chefs-d’œuvre » font plonger le visiteur dans la vie des œuvres présentées, depuis leur création jusqu’à leur réception par la critique, les institutions et lui-même.
L’exposition se poursuit en Galerie 2 avec « Les Rêves de chefs-d’œuvre », proposition de musée rêvé.
Enfin, dans la Galerie 3, « Chefs-d’œuvre à l’infini » interroge la persistance de la notion de chef-d’œuvre au fil du XXe siècle, à l’ère de la reproductibilité des images et des objets.


Chefs-d’œuvre dans l’histoire propose un parcours chronologique retraçant l’évolution de la notion de chef-d’œuvre au fil des siècles.

Cette section interroge les différentes acceptions de la notion de chef-d’œuvre depuis son apparition au Moyen Âge et donne lieu à une relecture de l’histoire du goût. Ce parcours est aussi l’occasion de souligner certains moments clés de l’histoire du Musée national d’art moderne et de la constitution de sa collection.

Dans cet espace de grande hauteur est suspendu un gigantesque miroir. Cette image inversée de l’exposition inscrit le visiteur au cœur de la réflexion sur la nature du chef-d’œuvre.

Ce niveau montre aussi deux commandes faites par le centre pour cette exposition inaugurale. Ces deux commandes représentent les deux extrêmes de la notion de chef-d’œuvre.
La première est dans le droit fil de la notion du Moyen Âge. Il s'agit d'un immense lustre en cristal ayant nécessité des milliers d'heures de travail à des ouvriers très qualifiés de la Cristalleries de Saint-Louis. Sa perfection et sa beauté sont accessibles à tous, mais il n'inspire aucune émotion particulière.


La seconde est un sommet de l'art conceptuel. Une toile de grande dimension, presque toute noire, à l'exception des quatre coins où des signes mystérieux apparaissent. Il s'agit d'une création photographique de Pierre Bismuth, qui a obtenu ce quasi-noir en superposant les images de plusieurs centaines de tableaux du Centre Georges Pompidou.

Quelques œuvres de ce niveau:

  • Chefs-d’œuvre au Moyen Âge
  • Redécouvertes de chefs-d’œuvre : Ligier Richier, Jacques Callot, La Tour, Nicolas Sébastien Adam
  • Robert Delaunay La ville de Paris 1910
  • Le Balzac de Rodin
  • Paul Klee Pfeil im Garten 1929
  • Séraphine de Senlis L’arbre de vie 1928
  • Au Salon : les Indépendants de 1912
  • Apollinaire : « Prenez garde à la peinture ! »
  • Joan Miro Bleu 1, Bleu 2, Bleu 3 1961.

L’arbre de vie 1928
Séraphine de Senlis

Histoires de chefs-d’œuvre est présentée dans la Galerie 1.

Qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre, sinon le produit d’histoires convergentes ? Histoires d’un artiste, d’un processus de création, d’une œuvre et de sa fortune critique. Après l’œuvre de Giuseppe Penone Respirare l’ombra le spectateur parcourt des salles consacrées aux écoles les plus connues comme le fauvisme, le cubisme, mais aussi aux tendances et mouvements plus confidentiels et moins accessibles.

Cet espace est constitué d’une trame de salles, plus ou moins intimes, et il faut noter la présence de productions remarquables comme:

Image:Beach62.jpg

Beach 1962, Martial Raysse

Image:Nauman9830.JPG

Dream Passage with Four Corridors
Bruce Nauman 1984


Dans la Galerie 2, Rêves de chefs-d’œuvre est une proposition de « musée rêvé », qui met en parallèle contenants, les musées, et contenus, les œuvres. On découvre d’abord une parade d’œuvres emblématiques de l’art du xxe siècle accrochées chronologiquement. La présentation est originale et didactique.

Un mur ajouré permet d'avoir une vue distanciée des œuvres, tout en ayant derrière soi une explication de chaque œuvre. De l’autre côté du mur ajouré, le spectateur peut approcher de plus près les œuvres et découvrir également des réalisations de design contemporain des œuvres.

Quelques exemples:

Enfin le troisième volume présente une histoire des lieux d’exposition d’art moderne et contemporain construits en France depuis 1937. Une trentaine de réalisations architecturales est mise en valeur grâce à la présentation de maquettes, de dessins originaux et d’entretiens filmés.

Image:Kosuth9847.JPG

One and Three Chairs (Une chaise trois chaises)
1965, Joseph Kosuth

Brandt sur Haffner, Bertrand Lavier


La quatrième et dernière partie, dans la Galerie 3, Chefs-d’œuvre à l’infini, interroge la persistance de la notion de chef-d’œuvre au fil du XXe siècle, à l’ère de la reproductibilité des images.

Confrontés à de nouveaux médias comme le film et l’image numérique, les artistes abordent le chef-d’œuvre autrement. Un grand nombre d’entre eux intègre les notions de copie et de reproduction dans leur démarche artistique et nous incite à reconsidérer le fondement du chef-d’œuvre : l’unicité.

Quelques chefs-d’œuvres présentés dans cette section:

Image:Spoerri9850.JPG

Marché aux puces, 1961, Daniel Spoerri


« L’artiste peut crier sur tous les toits qu’il a du génie, il devra attendre le verdict du spectateur pour que ses déclarations prennent une valeur sociale et que finalement la postérité le cite dans les manuels d’histoire de l’art. » Marcel Duchamp, 1957

« Il n’y a pas plus de format idéal que de chef-d’œuvre : il y a “ un tout de travail ” dont on voit des parties, des coupures. » Niele Toroni, 1988

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain

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