François Truffaut, 80 ans

Publié le 6 Février 2012

François Truffaut aurait eu 80 ans en ce 6 février 2012. Pour beaucoup, il est toujours vivant

6 février 1932 : naissance à Paris de François, fils de Janine de Monferrand, secrétaire à "L'Illustration" et de père inconnu au terme d'une grossesse cachée, il ne retrouvera son père biologique, un dentiste juif (Roland Lévy), qu'en 1968.

Sa mère épouse le 9 novembre 1933 Roland Truffaut, dessinateur dans un cabinet d'architecte-décorateur, qui reconnaît l'enfant à l'état civil et lui donne son nom. François, de 1935 à 1942, est confié le plus souvent à sa grand-mère, Geneviève de Monferrand, qui habite rue Henry-Monnier dans le 9e arrondissement de Paris.

18 décembre 1940: Le jeune François Truffaut découvre le cinéma avec Paradis Perdu d'Abel Gance.

80 ans, ce n'est pas vieux, 5 ans de moins qu'Elizabeth II, et pourtant cela fait près de 30 ans qu'est sorti, peu de temps avant sa mort, en 1984, son dernier film. Vivement Dimanche.

 

Et pourtant, ce dernier film, polar assez léger donnait l'impression que Truffaut avait terminé son œuvre. La conduite de sa vie est marquée par la sensation de la brièveté de notre passage sur Terre.

 

Sans céder au surnaturel et affirmer que François Truffaut avait le pressentiment de sa mort brutale et prématurée à 52 ans, il est indéniable qu'il a toujours été un cinéaste impatient et boulimique, enchaînant les projets et les tournages.


Alors qu'un cinéaste comme Alain Resnais ne passera au long-métrage qu'à 37 ans et prendra 50 années pour tourner 18 films; Truffaut ne tourne que 3 courts-métrages, réalise son premier long à 27 ans, enchaîne 21 réalisations en 23 ans avec des années comportant deux tournages.


La mort et le culte des morts occupent une place à part dans la vie et l'oeuvre de François Truffaut.


Il a en effet consacré un film entier au culte des morts La Chambre verte . La plupart de ses films évoquent ce thème de la mort, sans jamais par ailleurs prendre ce thème au tragique.


François Truffaut dès son premier film, Les Mistons (1957) qui aurait pu être un court métrage léger sur l'initiation à l'amour du bande de jeunes garçons, introduit vers la fin la mort tragique de Gérard, dans un accident de montagne, comme en écho aux jeux guerriers et aux simulations des enfants.


Dans son premier long métrage, Les quatre cents coups(1959) Antoine raconte que sa mère est morte pour excuser une absence injustifiée.
En 1943, le jeune Truffaut fait une fugue et se justifie à l'école en expliquant que son père avait été arrêté par les Allemands, mensonge inspiré par l'arrestation effective de son oncle.

Dans son enfance, comme dans le film, il dévore Balzac, au point de lui dresser un autel avec des bougies, provoquant d'ailleurs un début d'incendie. Cette scène préfigure l'autel des morts de La Chambre verte

 

De même que Truffaut est toujours vivant pour ses admirateurs, le propos du film est que les morts sont aussi présents dans notre vie que les vivants. En ce sens, il ne tient qu'à nous de ne pas les perdre.
Comme l'énonce Julien Davenne à un jeune veuf: " Ne pensez pas que vous l'avez perdue, pensez que maintenant vous ne pouvez plus la perdre. Consacrez-lui toutes vos pensées, tous vos actes, tout votre amour. Vous verrez que les morts nous appartiennent si nous acceptons de leur appartenir. Croyez moi, nos morts peuvent continuer à vivre. "

Dans La Chambre verte (1978) , Truffaut ne confie à personne d'autre que lui le rôle délicat de Julien Davenne, un homme qui se préoccupe plus des disparus que des vivants.


Truffaut déclarait  " Sans être croyant, comme Julien Davenne, j'aime les morts. Je crois qu'on les oublie trop vite, nous ne les honorons pas assez… je trouve que se souvenir des morts permet de lutter contre le caractère provisoire de la vie "

Il écrit aussi: " Chaque année, il nous faut rayer des noms sur le carnet d'adresses de notre agenda et il arrive un moment ou nous nous apercevons que nous connaissons plus de morts que de vivants"; et encore "contrairement a ce que les habitudes sociales et religieuses font croire, il arrive que l'on entretienne avec certains morts des relations aussi agressives et passionnées qu'avec les vivants. Les péripéties de "La chambre verte" tournent autour de ces questions: faut-il oublier les morts ? Que se passerait-il si, indifférents à l'usure du temps, nous leur restions attaches par des sentiments aussi violents que ceux qui nous lient aux vivants ?"

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

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True/False 20/03/2012 22:41

Un verseau, un vrai, je suis du 7 Février, et j'aime Truffaut... quand le spleen me prends, je vais sur sa tombe me recueillir.
Le plus grand, indéniablement.