L'Heure d'été

Publié le 21 Mars 2008

L'Heure d'été , film français d'Olivier Assayas , sorti en 2008

Dossier complet

Dans la belle maison familiale, Frédéric, Adrienne, Jérémie et leurs enfants fêtent les 75 ans de leur mère, Hélène Berthier, qui a consacré toute son existence à la postérité de l'œuvre de son oncle, le peintre Paul Berthier et qui s'est empressé de reprendre, à la mort de son mari, son nom de jeune fille, et par là même, celui de son oncle.

Frédéric, le fils aîné, est un économiste un peu austère et casanier. Il vit en Région Parisienne et accepte timidement de passer à la radio pour parler de son livre. Adrienne est la fille pas encore mariée, artiste-désigner vivant entre la France et les États-Unis. Jérémie est un jeune commercial travaillant en Asie pour le compte d'une marque de chaussures de sport , marié à une femme soumise qui l'admire. Tout est si gai et léger que ce portrait de famille tel qu'on en rêve aurait presque quelque chose de factice.

C'est Hélène, en prenant à part son fils aîné pour évoquer avec lucidité sa mort, qui infléchit insensiblement ce tableau qui pourrait passer pour mièvre. Elle s'inquiète devant lui, qui fait tout pour ne pas l'entendre, du sort de la collection personnelle de son grand-oncle, Paul Berthier, peintre connu du début du XXe siècle, et figure tutélaire de la maison qui les accueille. Mais elle envisage de faire le voyage de San-Francisco pour une exposition rétrospective consacrée à Paul Berthier. Le premier mouvement s'achève, avec le départ des enfants laissant leur mère à sa solitude dans le clair-obscur de cette demeure.

Le second mouvement s'ouvre sur la suite funeste de la conversation entre Hélène et Frédéric. Hélène morte, ses enfants se réunissent pour se séparer aussitôt : Frédéric, qui pensait que la conservation de la maison et du patrimoine familial était une évidence, est désavoué par sa sœur, qui annonce la nouvelle de son mariage aux États-Unis, et par son frère qui s'installe en Chine pour assurer le développement de sa carrière. Ils ont tous les deux besoin d'argent et aimeraient disposer de l'argent de l'héritage.

Mais contrairement à ce que pourrait laisser présager cette situation classique, la divergence sur l'héritage ne devient pas une source de conflit entre les enfants, mais plutôt une occasion pour chacun de mieux appréhender sa différence avec l'autre, de mesurer la divergence de leur parcours à partir d'un même point de départ. On apprend même, au détour d'une confidence, que la vénération d'Hélène pour son oncle, n'était pas platonique

La vente de la collection Berthier, liée à une dation à l'État afin de payer les droits de succession, occupe la suite des opérations. A travers diverses scènes, tragi-comiques comme l' arrivée macabre des experts du Musée d'Orsay qui attendaient ce moment de longue date, le démembrement de la maison et le démantèlement de la collection, l'exposition des objets au regard morne de la visite guidée, se dessine une passionnante mise en miroir du destin des hommes et de celui des œuvres. Une idée belle et cruelle s'en dégage, qui place les uns et les autres sous les auspices de la dépossession, de la perte et de la transformation.

Le dernier mouvement, très court, est une reconquête, qui voit les adolescents de la famille s'emparer de la demeure vide pour y organiser une dernière fête. Filmée en caméra portée avec fluidité, cette séquence a ceci de bouleversant qu'elle nous montre, en les mêlant, la tristesse éprouvée par la fille de Frédéric de quitter ce lieu et l'exaltante consolation de l'amour naissant qui l'attache à son petit ami, et la rapproche émotionnellent de sa grand-mère disparue. Celle-ci lui ayant confié le secret de ses amours incestueuses avec son oncle, le célèbre peintre. C'est avec l'image de ces deux jeunes gens escaladant un muret que le film nous laisse. L'élévation élégiaque et prospective de la caméra qui les accompagne nous laisse penser qu'ils sont les véritables dépositaires de l'héritage de cette maison.

Après une trilogie marquée par les mutations du monde et la globalisation galopante, filmée de façon dynamique et parfois violente, Olivier Assayas revient à un cinéma beaucoup plus intimiste. Un film lumineux, où chacun peut retrouver l’écho de sa propre expérience familiale. Comme ce téléphone, trop moderne, offert pour l'anniversaire, et qui restera dans sa boîte jusqu'à la fin, faute d'un effort d'installation par les plus jeunes. Olivier Assayas évoque les strates du temps et la rupture entre les générations dans un film sensible mais sobre. Ce film est une réflexion sur le deuil et l’héritage qui touche à l’universel.

Ce douzième long métrage est sans doute celui qui tient la note la plus juste et la plus vibrante dans l'histoire intime et générationnelle écrite par Olivier Assayas. Une œuvre qui explore les relations entre l'art et la culture, le passage dangereux de la sphère intime au domaine public, pourtant indispensable quand les derniers témoins directs de l'acte de création disparaissent. A ces divers égards, L'Heure d'été est une admirable réussite.

Déclarations d' Olivier Assayas

J’avais complètement coupé avec le cinéma intimiste depuis ‘Les Destinées sentimentales’, un film écrasant avec ce qu’il supposait d’immersion dans le début du XXe siècle, à la fois dans une culture et une histoire qui n’étaient pas les miennes mais que je me suis néanmoins appropriées. Arrivé au bout, je me suis dit qu’il fallait que j’aille ailleurs, et pendant longtemps je n’ai eu envie de faire que des films très contemporains. Avec le temps, le besoin de revenir à des choses élémentaires a fait son chemin. J’ai grandi à la campagne et elle me manquait. J’avais l’impression d’être parti dans une sorte de fuite en avant, laissant derrière quelque chose qui m’importait. D’autre part, je pense que la disparition de ma mère m’a presque imposé de faire ce film.

Mon film se place symboliquement au carrefour de l’art, de la nature et de l’humain. L’impressionnisme est né de la rencontre avec l’idée de la peinture asiatique, d’un rapport au monde qui est celui de l’artiste asiatique, historiquement. Et pour ce film, c’est dans ce monde-là que j’ai voulu me placer, en me positionnant en pendant du travail de Hou Hsiao Hsien (voir Les Fleurs de Shanghai (Hai shang hua) , 1998). Il y a dans ce rapport à la famille, à l’histoire, à la nature, au passage du temps, un langage plus asiatique que français. D’ailleurs je crois que c’est en Chine que le film a été vu pour la première fois, et il a provoqué un déclic, une sorte de familiarité immédiate.

Distribution

  • Juliette Binoche : Adrienne Marly
  • Charles Berling : Frédéric Marly
  • Jérémie Rénier : Jérémie Marly
  • Édith Scob : Hélène Berthier
  • Dominique Reymond : Lisa Marly
  • Valérie Bonneton : Angela Marly
  • Isabelle Sadoyan : Éloïse
  • Kyle Eastwood : James
  • Alice de Lencquesaing : Sylvie Marly
  • Émile Berling : Pierre Marly
  • Jean-Baptiste Malartre : Michel Waldemar
  • Gilles Arbona : Maître Lambert

Fiche technique

  • Réalisation : Olivier Assayas
  • Scénario et dialogues : Olivier Assayas
  • Directeur de la photographie : Eric Gautier
  • Montage : Luc Barnier
  • Producteurs : Marin Karmitz, Nathanaël Karmitz, Charles Gilibert
  • Production : MK2 Production, France
  • Distribution : MK2 Diffusion, France
  • Durée : 100 minutes (1h 40min)
  • Date de sortie : 5 Mars 2008

 

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

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