Voir et revoir "Huit et demi"

Publié le 11 Janvier 2008

Huit et demi (Otto e mezzo) film italien réalisé par Federico Fellini, sorti en 1963.

Il fait chaud et lourd à Rome. La circulation est paralysée par un gigantesque embouteillage. À l'intérieur d'une des voitures immobilisées, un homme suffoque. Comment s'évader de cet étouffoir ? Par la pensée. L'homme s'élève dans les airs. Attaché à un filin comme un cerf-volant, il survole une plage. Un étrange cavalier maintient l'autre bout de la corde.

Un cinéaste dépressif fuit le monde du cinéma et se réfugie dans un univers peuplé de souvenirs et de fantasmes. Surgissent des images de son passé, son enfance et l'école religieuse de sa jeunesse, la Saraghina qui dansait sur la plage pour les écoliers, ses rêves fous de « harem », ses parents décédés. Dans la station thermale où il s'est isolé, son épouse Louisa, sa maîtresse Carla, ses amis, ses acteurs, ses collaborateurs et son producteur viennent le visiter, pour qu'enfin soit réalisé le film sur lequel il doit travailler.

Au terme d'un tumultueux examen de conscience, Guido apaisé, invite tous ses compagnons de route (réels ou rêvés) à participer à une joyeuse farandole au centre de laquelle un enfant tout de blanc vêtu joue du pipeau. Cet enfant, c'est lui.

La séquence d'ouverture, tour à tour réaliste et surréaliste, donne bien le ton du film. Son héros, Guido, est un metteur en scène de cinéma victime d'un malaise qui éclot en dépression nerveuse. D'où la nécessité de suivre une cure de repos dans un établissement thermal. Cette oisiveté forcée dont la vie mondaine n'est pas exclue, incité l'artiste "en disponibilité" à rêvasser.

Il accueille complaisamment des images issues d'un lointain passé, revoit la ferme de son enfance, toute chaude de sensations délicieuses, rencontre son père et sa mère aux abords de leurs propres tombes... En même temps, il doit faire front à la vie quotidienne: ses amis et collaborateurs lui rendent visite l'entretiennent du projet de film qu'il a dû interrompre.

Il est fatigué, agacé, persuadé de son impuissance à créer. Il flotte entre le réel et l'imaginaire. Tout lui est prétexte à s'évader dans l'univers du rêve. Il jongle ainsi avec l'espace et le temps, s'interroge sur l'échec de sa vie conjugale, se sent coincé entre femme et maîtresse. Par associations d'idées, il s'imagine au cœur d'un harem à sa dévotion. Il se revoit, tout enfant victime de la discipline rigoriste d'une institution religieuse. Il évoque ses premiers émois sensuels au spectacle d'une femme énorme, a demi sauvage...

Fellini montre qu'un metteur en scène est d'abord un homme que tout le monde embête du matin au soir en lui posant des questions auxquelles il ne sait pas, ne veut pas ou ne peut pas répondre. Sa tête est remplie de petites idées divergentes, d'impressions, de sensations, de désirs naissants et on exige de lui qu'il livre des certitudes, des noms précis, des chiffres exacts, des indications de lieux, de temps.

Le titre pour le moins atypique de ce film et s'explique par le fait que Fellini a jusqu'alors réalisé huit longs métrages et un court métrage (Boccace 70 en co-réalisation)

Parvenu «à la moitié du chemin de sa vie», Federico Fellini atteint avec Huit et demi le sommet de son art baroque, dans un film au décousu apparent, où le cinéma s'auto-analyse et s'auto-célèbre avec magnificence et dérision, grâce au jeu d'équilibriste de Marcello Mastroianni, véritable double du réalisateur.

Ce film est est l'archétype de la mise en abyme , du film dans le film qui se prolongera dans La Nuit américaine de François Truffaut. Pour que ce genre soit parfait, le film doit avoir comme protagoniste le cinéaste du film dans le film et faire de celui-ci le représentant, l'alter-ego, du cinéaste du film filmant et avoir comme sujet affiché ou caché l'art poétique du cinéaste, concept qui recouvre aussi bien une métaphysique théorique (Je fais des films parce que je crois que...) qu'une empirique pratique (Je fais des films en recourant à tel ou tel mode opératoire), ce qui est le cas de Huit et demi.

François Truffaut critique :

On peut admirer le metteur en scène dans le monde entier, le scepticisme de sa belle-sœur : « Allô ! Comment vas-tu, fumiste ? », lui soulève le cœur. Le seul moyen de se venger est d'intégrer, de force, la belle-sœur à ses rêveries erotiques, par exemple celle du harem où elle viendra rejoindre, entre autres, une belle inconnue que nous, spectateurs, avions entraperçue téléphonant dans le hall de l'hôtel mais dont nous aurions juré que Guido ne l'avait pas remarquée ! Tous les tourments qui pourraient saper l'énergie d'un metteur en scène avant le tournage sont ici soigneusement énumérés dans cette chronique minutieux.

Il y a les actrices qui veulent en savoir davantage, tout de suite, < pour vivre avec leur personnage », le décorateur : « Où veux-tu mettre la cheminée ? », le co-scénariste sentencieux, littéraire, et jamais dupe de rien, le producteur paternel enfin, d'une patience et d'une confiance telles qu'elles augmentent encore l'angoisse de Guido !

Les metteurs en scène qui ont été plus ou moins acteurs, les acteurs qui ont fréquenté le cirque, les cinéastes qui ont été scénaristes, ceux qui savent dessiner, ont généralement quelque chose « en plus ». Fellini a fait l'acteur, le scénariste, l'homme de cirque, le dessinateur. Son film est complet, simple, beau, honnête, comme celui que veut tourner Guido dans 8 1/2.

Distribution

  • Marcello Mastroianni : Guido Anselmi
  • Anouk Aimée : Louisa Anselmi
  • Sandra Milo : Carla
  • Claudia Cardinale : Claudia
  • Rossella Fark : Rossella
  • Barbara Steele : Gloria Morin
  • Mario Pisu ; Mezzabotta
  • Guido Alberti : Pace, le producteur
  • Madeleine LeBeau : Madeleine, l'actrice française
  • Jean Rougeul : Le scénariste
  • Eddra Gale : la Saraghina
  • Mario Gemini : Guido enfant
  • Mino Doro : l'agent de Claudia
  • Caterina Boratto : la femme mystérieuse
  • Annibale Ninchi : le père de Guido
  • Giuditta Risson : la mère de Guido
  • Tito Masini : le cardinal

Fiche technique

  • Titre : Huit et demi
  • Titre original : 8½ ou Otto e mezzo
  • Réalisation : Federico Fellini
  • Scénario : Federico Fellini, Tullio Pinelli, Ennio Flaiano et Brunello Rondi
  • Production : Angelo Rizzoli, Federico Fellini
  • Musique : Nino Rota
  • Photographie : Gianni Venanzo
  • Montage : Leo Cattozzo
  • Pays d'origine : Italie
  • Format : Noir et blanc - - Mono
  • Durée : 114 minutes (1 h 54)
  • Date de sortie : 17 février 1963 (première à Milan) ; 29 mai 1963 (France).

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

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