Rezvani et Helena

Publié le 3 Janvier 2008

Année 1960, nous les vieux, débarquons à Paris, dévorons les films de la nouvelle Vague : Jules et Jim et sa chanson "Le Tourbillon" chantée par Jeanne Moreau; Pierrot le FouAnna Karina chante « Jamais je ne t’ai dit que je t’aimerai toujours, oh mon amour ». Elles sont toutes d'un certain Cyrus Bassiak. moreau

Année 1970 nous découvrons un roman fou d'amour "Les années Lula" où un certain Serge Rezvani, parlant de sa compagne de toujours Danielle alias Lula. Année 1980 Serge Rezvani continue d'écrire, mais il s'avère que c'est lui Cyrus Bassiak, il avait pris un pseudonyme pour écrire des chansons, art mineur!

2002 Lula est atteinte de la maladie d'Alzheimer, il continue à vivre cloitré auprès d'elle, transforme sa maison en hôpital et écrit "L'éclipse" pour décrire cette période.

2005 Lula meurt

2006 Rezvani se remarie avec Marie-José Nat, revient à Paris , il chante ses chansons en petit comité. « Je suis amputé. Je ne refais pas ma vie, je la continue autrement... ».

En octobre 2006, à la Maison de la poésie à Paris, Helena Noguerra organise une soirée-surprise en hommage à Serge Rezvani. A nouveau résonnent les chansons de Bassiak (vagabond, en russe), pseudonyme adopté par Serge Rezvani, alors peintre, quand ses jeux pour voix et guitare - conçus pour la femme aimée et connus de leurs seuls amis, Boris Vian, François Truffaut, Francesca Solleville, Jeanne Moreau…- ont quitté le cercle privé pour aller au cinéma. Dans Jules et Jim, de Truffaut, Jeanne Moreau a chanté Le Tourbillon et encore Embrasse moi tiré de Peau de banane de Marcel Ophüls ; Anna Karina a interprété Jamais je ne t’ai dit que je t’aimerai toujours pour Pierrot le fou, de Jean-Luc Godard.
Puis Francesca Solleville les a chantées sur scène, et Jeanne Moreau en studio. Helena a convié Mona Heftre, qui a remis en lumière, ces dernières années, les chansons de Bassiak. Et aussi Anna Karina, pour des duos avec Philippe Katerine, comme ils l’avaient fait naguère lors d’un festival. Philippe Katerine et sa compagne Helena se partagent à leur tour un titre, après les interprétations en solo d’Helena elle-même. A la fin de la soirée, l’auteur Rezvani saute sur scène et se fait chanteur. Rezvani vient de se découvrir une nouvelle interprète. Elle sait déjà que c’était lui, l’auteur des délices d’enfance fredonnés par la voix maternelle ; que c’est lui, « Fraise vanille » (son oreille avait ainsi traduit le nom de Rez-vani prononcé par un ami qui écoutait ces chansons avec elle)…

septembre 2007: Théatre du Rond-point à Paris ; Helena, la belgo-portugaise chante Rezvani, le russo-iranien. Rezvani, 79 ans, chante et improvise. Il a un papier sous les yeux, cela fait si longtemps qu'il a écrit ses textes. Un sourire, une mélancolie, une rêverie, un envol vibrent dans leurs voix. Et il nous parle simplement d'un temps ou il partageait sa table avec Boris Vian, François Truffaut, Francesca Solleville, Jeanne Moreau, Madeleine Morgenstein Et nous voilà repris dans le tourbillon de la vie des refrains de Rezvani et sous le charme du chant dansant d’Helena. « Chaque jour te réinvente », dit l’amoureux à l’aimée ; la conceptrice de Fraise vanille réinvente chacune de ces chansons. A nouveau nous tombons amoureux de leur folle jeunesse. On les connaît, on les reconnaît…

helena

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain

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