Visages Villages

Publié le 15 Juillet 2017

Visages, villages un long métrage de Agnès Varda et JR, présenté à Cannes et sortie en salles le 28 juin 2017.
Pas vraiment un documentaire, ni une fiction, mais un film  drôle et  émouvant. Deux personnages que tout oppose, mais qui ont beaucoup de points communs : elle, toute petite et lui, tout grand. Lui tout jeune, et elle, toute vieille. Un couple vagabond qui va, qui vient et qui disserte, qui rencontre des gens, qui sait leur parler et les faire parler. Et cette camionnette magique où les photos se font, et d’où sortent d'immenses images qu’ils plaquent sur des lieux étranges.

Agnès Varda et JR ont des points communs, passion et questionnement sur les images en général et plus précisément sur les lieux et les dispositifs pour les montrer, les partager, les exposer. Agnès a choisi le cinéma. JR a choisi de créer des galeries de photographies géantes noir et blanc en plein air. Quand Agnès et JR se sont rencontrés en 2015, ils ont aussitôt eu envie de travailler ensemble, tourner un film en France, loin des villes, en voyage avec le camion photographique de JR. Hasard des rencontres ou projets préparés, ils sont allés vers les autres, les ont écoutés, photographiés et parfois affichés. Le film raconte aussi l’histoire de leur amitié qui a grandi au cours du tournage, entre surprises et taquineries, en se riant de leurs différences.

Ils parcourent les routes de France, sans plan de bataille, pour dénicher des sujets à photographier et des façades à encoller. Leur promenade improvisée les mène dans un coron du Pas-de-Calais, dans une usine chimique des Alpes, sur le port du Havre et dans un village fantôme de la Manche. Les projets de collages occasionnent une multitude de saynètes avec les habitants, dont les portraits géants sont placardés sur les murs.

Pour immortaliser la mémoire et lui donner corps, le photographe JR et son équipe collent des clichés géants, comme autant de mises en abyme, qu’ils font développer à l’aide d’une sorte de voiture-photomaton. Des portraits viennent alors orner une maison ou un lieu à forte valeur affective, manière dans certains cas de commémorer une personne disparue, ou dans d’autres de scénariser l’existence du vivant. Dans un désordre apparent, les idées fusent et sautillent avec légèreté sans jamais se défaire d’une réelle densité. Chez elle, la gravité n’existe que compensée par la drôlerie et la fantaisie.

JR, qui ne veut jamais enlever ses lunettes de soleil, rappelle à Agnès les habitudes de Godard. Elle se souvient alors d’un vieux court-métrage dans lequel le réalisateur suisse les enlève, chose rare, en compagnie d’Anna Karina. Résurgences, toujours. Entre le pimpant JR et la sage et aventureuse Agnès, c’est un geste de transmission. Le premier immortalise de la seconde les yeux dont la vue s’amenuise, et les pieds dont la force se dérobe. JR va "disséquer" Agnès, c'est à dire qu'il photographie ses yeux qui désormais voient flous, il photographie ses petites mains, ses orteils de bébé, et il fait d'immenses agrandissements de ses morceaux d'Agnès. Il colle ça sur un vieux train de marchandises, qui démarre ! Et Agnès dit : il va où je n'irai jamais.

Agnès Varda parle de la disparition et de la vieillesse, du fait qu'elle perd la vue. Elle parle aussi de tous les gens qu'elle a aimés, qu'elle a perdus. Elle évoque  le photographe Guy Bourdin où elle utilise une image d'elle reproduite au format des images de JR. Elle la met sur un blockhaus qui est tombé du haut d'une falaise, mais qui, du coup, est tombé de manière déséquilibrée. Le blockhaus devient une espèce de berceau dans lequel Guy Bourdin se love comme un bébé. C'est à la fois un berceau et un tombeau. Et la mer va recouvrir le blockhaus jusqu'à faire disparaître l'image en une nuit.

Visages Villages

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

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