Hommage à Jirô Taniguchi

Publié le 12 Février 2017

Rendons hommage à Jirô Taniguchi mangaka japonais, mort, à l'âge de 69 ans, samedi 11 février 2017.

Invité pour la première fois en 1991 au Festival d'Angoulême, Jirô Taniguchi était alors inconnu. Il était revenu en 2015 comme invité d'honneur.

Lecteur dans sa jeunesse de mangas, il décide de devenir mangaka en 1969, et devient l'assistant de Kyūta Ishikawa. Il publie sa première bande dessinée en 1970 : Kareta heya, puis devient assistant de Kazuo Kamimura. C'est à cette époque qu'il découvre la bande dessinée européenne, alors inconnue au Japon, et dont le style (netteté et diversité du dessin), notamment celui de la Ligne claire, va fortement l'influencer.

Il s'associe dans les années 1980 avec les scénaristes Natsuo Sekikawa (également journaliste) et Caribu Marley, avec lesquels il publiera des mangas aux styles variés : aventures, policier, mais surtout un manga historique, Au temps de Botchan ( Botchan no jidai, 2002-2006), sur la littérature et la politique dans le Japon de l'ère Meiji.

Autour du thème de la relation entre l'homme et la nature, il s'attache particulièrement à l'alpinisme, avec K, Le Sauveteur, Le Sommet des dieux (Kamigami no Itadaki, 2004). L'histoire présente deux thèmes principaux, tous deux inspirés de faits réels et articulés autour des enquêtes du photographe Fukamachi Makoto . Le premier est la rivalité entre deux alpinistes japonais, Hase Tsunéo, qui a été fortement inspiré de Tsuneo Hasegawa, alpiniste conventionnel, et Habu Jôji, d'origine modeste et marginalisé par une ascension ayant entrainé la mort de son coéquipier. Il est maintenant obligé de grimper en solitaire et dans la clandestinité.
Le second thème, qui maintient le suspense tout au long des 5 tomes, est le mystère entourant le sort de George Mallory, le célèbre alpiniste qui fut le premier à essayer de vaincre l'Everest. George Mallory disparût avec Andrew Irvine, lors de cette ascension en 1924, sans que l'on puisse savoir s'ils sont parvenus au sommet. L'appareil photo de Mallory, jamais retrouvé, pourrait fournir des indices précieux, et celui-ci serait peut-être réapparu dans une boutique de Kathmandou.

Son dessin, bien que caractéristique du manga, est cependant accessible aux lecteurs qui ne connaissent que la bande dessinée occidentale. Taniguchi dit d'ailleurs trouver peu d'inspiration parmi les auteurs japonais, et est plus influencé par des auteurs européens, tel que Jean Giraud, avec qui il a publié Icare, ou François Schuiten, proche comme lui de La Nouvelle Manga, mouvement initié par Frédéric Boilet, le promoteur du manga d'auteur en France.

Son histoire d'amour avec la France débute en 1995 lorsque Casterman publie L'Homme qui marche. Ces déambulations dans les rues de Tokyo sont prétextes à l'observation, aux souvenirs et aux plaisirs minuscules que procurent la vue d'un arbre ou le rire d'un enfant, ces récits de promenade inaugurent un genre nouveau.

Le vrai déclic se produit en 2002 avec Quartier lointain (Haruka-na machi, 2002). Cette histoire fantastique d'un quadragénaire condamné à revivre l'année de ses 14 ans devient par la grâce du bouche-à-oreille un phénomène d'édition. Plus de trois cent mille exemplaires vendus et un intérêt qui ne faiblit pas, puisque en 2010 le manga a été porté à l'écran par le Belge Sam Garbarski, puis adapté un an plus tard au théâtre par le Suisse Dorian Rossel. Virtuose de la mise en scène, le mangaka sait faire parler les images. Il excelle dans les décors minutieux et les situations suspendues où les regards, les silences et les non-dits en disent davantage que n'importe quel dialogue. Densité de l'image et économie de paroles pour un maximum d'émotion.

Notons encore Les Années douces ( Sensei no kaban, 2008 ).Tsukiko, 35 ans, croise par hasard, dans le café où elle va boire un verre tous les soirs après son travail, son ancien professeur de japonais. Elle est, semble-t-il, une célibataire endurcie, quant à lui, il est veuf depuis de longues années, et dépasse les 70 ans. La relation de Tsukiko et du Maître est indéfinissable, parfois distante et presque froide, parfois proche de celle d'un couple d'amoureux, parfois d'une très forte amitié, parfois simplement de deux êtres qui se découvrent et sont apaisés par les mêmes choses est, quoi qu'il en soit, singulière est douce, douce comme ces années qu'ils passeront à se croiser et s'arrêter l'un à côté de l'autre. Mais insensiblement le hasard fait place aux rendez-vous programmés et l'amour platonique devient contacts physiques poussés.

Taniguchi, pourtant, n'était pas toujours prophète en son pays. Sa notoriété y est sans commune mesure avec la passion qu'il suscite en France. Adapté en série et diffusé sur TV Tokyo, Le Gourmet solitaire ( Kodoku no gurume, 2005) fait d'excellentes audiences, les déambulations tokyoïtes d'un commercial en costard-cravate à la recherche des gargotes où l'on prépare encore le porc sauté, les haricots noirs sucrés ou les beignets de poulpe à l'ancienne passionnent un public urbain à la recherche de ses racines. Sorti au Japon en 1994 dans un quasi-anonymat et réédité depuis la diffusion de la série, le manga s'est écoulé à plus de quatre cent mille exemplaires.

Hommage à Jirô Taniguchi

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #Japon, #Manga

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