Dernières nouvelles du cosmos

Publié le 15 Novembre 2016

Présenté en avant-première au Festival international du film de La Rochelle 2016 , ce film de Julie Bertuccelli, en présence de l'héroïne du film, Hélène Nicolas est  un documentaire scénarisé et étonnant.

A bientôt 30 ans, Hélène a toujours l’air d’une adolescente. Elle est l'auteure de textes puissants et physiques, à l’humour corrosif. Elle fait partie comme elle dit d’un « lot mal calibré, ne rentrant nulle part ». Visionnaire, sa poésie télépathe pense loin et profond, elle nous parle de son monde et du nôtre. Elle accompagne un metteur en scène qui adapte son œuvre, dialogue avec un mathématicien. Pourtant Hélène ne peut pas parler ou tenir un stylo et n’a jamais appris à lire ni à écrire. C’est à ses 20 ans que sa mère découvre qu'elle peut communiquer en agençant des lettres plastifiées sur une feuille de papier. Un des nombreux mystères de celle qui se surnomme Babouillec.

Filmer une personne en décalage avec sa propre image est déstabilisant. Autant l'apparence d'Hélène Nicolas peut mettre mal à l'aise, autant le pouvoir visionnaire de Babouillec fascine. En entrant dans cette histoire douloureuse et complexe, où l'autisme reste un carcan même vaincu par la force de l'esprit, Julie Bertuccelli est mue par la générosité. Quand un mathématicien vient partager ses connaissances avec la jeune fille, tous deux se rejoignent dans une activité mentale bouillonnante, on touche alors à la dimension cosmogonique de la pensée mise en exergue par le titre.

Déclarations de Julie Bertuccelli:
La question de la différence et des préjugés traverse mon cinéma. Mais faire un film sur l'autisme n'a jamais été mon intention. J'ai voulu multiplier les angles, raconter tout à la fois une artiste au travail, sa relation avec sa mère et la montrer en interaction avec des gens qui la découvrent et se montrent mal à l'aise, incrédules ou épatés. Et ce pour analyser ce qu'Hélène questionnait chez eux et montrer qu'elle est toujours en éveil avec une manière singulière d'être au monde.
J'ai d'abord imaginé un documentaire avec des voix off d'acteurs où j'aurais filmé des impressions en parallèle de ce qu'Hélène vivrait. Mais ce dispositif compliqué ne me correspondait pas. J'ai donc opté pour ce que je fais depuis toujours: vivre au milieu des gens et les filmer comme je le ressens. Ce film raconte donc aussi ma rencontre avec Hélène. Le filtre de la caméra est devenu l'une des histoires du film. Car elle représente pour Hélène une partie de son processus d'ouverture au monde. J'ai ressenti le plaisir qu'elle prenait à exister dans le regard d'un autre.
Je vais loin dans l'intimité profonde d'Hélène. Je craignais d'ailleurs qu'elle ne sache pas m'exprimer son éventuelle gêne. Mais j'avais ce désir de faire connaître son parcours si singulier qui peut donner espoir à de nombreuses familles. Car Hélène n'est pas un "cas" unique. Sa singularité tient dans le fait qu'un chemin a pu être trouvé pour qu'elle puisse avancer. Son cas montre que rien n'est a priori impossible et qu'on ne peut pas cataloguer tous les gens atteints d'autisme comme déficients graves.

Dernières nouvelles du cosmos

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma, #Documentaire

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