Danh Vo du boat people à la Fondation Pinault

Publié le 11 Octobre 2015

Invité en 2015 à représenter le Danemark, à la Biennale de Venise, le plasticien est aussi choisi par François Pinault pour mettre en scène sa collection à la Punta della Dogana. Il est également présent à la Monnaie de Paris pour l'exposition Take me

Danh Vo est né à Ba Ria. Après la victoire des communistes et la chute de Saigon, la famille Vo se réfugie à l'île de Phu Quoc. Alors qu'il avait 4 ans, sa famille fuit en bateau et est secouru en mer par un cargo appartenant à la compagnie danoise Maersk. La famille s'installe au Danemark. Leur assimilation à la culture européenne et les événements qui ont mené à leur départ de Vietnam sont reflétées dans l'art de Vo, qui juxtapose l'historique et le personnel.

Les œuvres de Danh Vo, apparemment intimes, sont imprégnées de force politique. Sans être directes et frontales, elles interrogent les rapports de pouvoir qui sous-tendent les sociétés libérales, les règles qui les régissent et la fragilité de l’idée d’État-nation. Elles révèlent la complexité des échanges entre les peuples dans le contexte de la décolonisation. Le travail de l’artiste se construit autour de la circulation des valeurs, qu’elles soient matérielles, économiques, symboliques ou spirituelles.

À la Biennale de Berlin de 2010, Danh Vo installe dans un petit appartement, outre les lettres de Théophile Venard dupliquées par son père, la Rolex de celui-ci, son briquet Dupont et sa chevalière, qui représentaient les aspirations occidentales de la famille. Il déclare: «J’ai une formation d’artiste, je l’ai déjà dit dans plein d’autres interviews, j’en sais plus sur l’art que sur l’histoire, et j’ai raté tous mes examens d’histoire à la fac, donc ne faites pas confiance à mes jugements historiques ! J’agence des choses entre elles pour regarder comment elles fonctionnent

En 2013 à Paris, il présente des bouts de fauteuils dépiautés, le cadre d’un côté, la bourre de l’autre, le cuir ailleurs, ayant appartenu à Robert McNamara, secrétaire à la Défense de 1961 à 1968 sous Kennedy et Lyndon B. Johnson. McNamara souhaitait le désengagement des Etats-Unis au Vietnam, mais géra aussi la «sale guerre». Il devint ensuite président de la Banque mondiale. Pas loin, trois lustres de la salle de bal de l’Hôtel Majestic, où furent signés le 27 janvier 1973 les Accords de Paris entre les Etats-Unis et le Vietnam. Dans le grand corridor du musée d’Art moderne de la Ville de Paris, des bouts de la statue de la Liberté, reproduits en cuivre et en taille réelle, intitulés We the People. Et puis des cartons d’emballage d’Evian, dont les typos sont refaites à la feuille d’or. Enfin, la dernière lettre de Théophile Venard, missionnaire qui sera décapité au Vietnam en 1861.

Il déclare : « Aujourd'hui, l'industrie de l'art a surtout pour préoccupation de divertir le public. L'artiste a donc une vraie responsabilité de s'engager. Et même s'il échoue, il doit prendre tous les risques . Mon travail s'efforce de rendre très étrange le très familier. Dialogue entre la petite et la grande histoire, chacune de mes sculptures et installations mêle références autobiographiques, problématiques post-coloniales, allusions à la question gay... J'aime rappeler que toute production culturelle naît d'un contexte de guerre ou de problématiques sociétales et économiques, des conquistadors à l'éviction des Maures d'Andalousie. Je ne parle pas du Vietnam, mais des pouvoirs qui composent l'histoire ».

Expositions récentes:

Statue de la Liberté MAM Paris 2013

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Danh Vo du boat people à la Fondation Pinault

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #art contemporain, #art conceptuel, #Danh Vo

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