Une nouvelle amie de François Ozon

Publié le 19 Novembre 2014

Dans le cinéma de François Ozon la sexualité, l'ambiguïté, l'ambivalence et la subversion des normes sociales ou familiales sont ses thèmes privilégiés. Son nouveau film Une nouvelle amie n'échappe pas à la règle. Avec une fin qui va faire bondir la Manif pour tous.

Claire vient de perdre Laura, sa meilleure amie d'enfance, morte trop jeune, quelques jours après avoir mis au monde une fille. Eplorée, elle tombe dans une profonde dépression. Elle renoue avec David, le mari de son amie. Avec Gilles, son époux, elle le retrouve pour un dîner. Elle se rend à l'improviste au domicile de celui-ci et franchit la porte d'entrée, restée opportunément ouverte.La jeune femme découvre, dans le salon, donnant le biberon à sa fille, David travesti en femme. Abasourdie, horrifiée, Claire écoute David lui expliquer et se justifier. Sa femme, Laura était au courant. mais il lui précise qu' il n'est pas gay, coucher avec un homme ne lui viendrait pas à l'esprit. Au contraire, ce sont les femmes qui l'attirent, elles lui plaisent même tellement qu'il rêve d'en devenir une, de temps en temps. Il aime sentir sur sa peau une robe qui glisse, des bas remonter sur ses cuisses, un eye-liner lui souligner le regard.

Sans trop savoir pourquoi, sans même avoir conscience de l'accepter, Claire cache cette nouvelle à son mari. Elle accepte, aussi, de revoir David. De l'entendre, de le comprendre. De parler perruques et colifichets, et même de faire, avec lui, du shopping entre filles. A cette créature blonde, un peu vulgaire, mais plus glamour qu'elle ne l'a jamais été, Claire a même trouvé un prénom : Virginia. «Je suis femme.» Virginia envoie ce texto à Claire. La phrase, imprécise, résume le trouble identitaire du personnage incarné par Romain Duris.

Dans son film, le réalisateur persiste dans la description d’un univers clos, angoissant, mais surtout générique. Les maisons où vivent David-Virginia ou Claire sont des villas sans qualification architecturale précise, le centre commercial qu’elles visitent est dépourvu de tout indice géographique, et la propriété familiale qui sert de refuge d’un week-end ne pourrait être résumée qu’à la dénomination courante de manoir bourgeois de l’Europe occidentale. Cette imprécision constante est évidemment voulue par François Ozon qui a tourné une partie du film au Canada pour avoir une architecture sans grande particularité, pour donner l’impression que l’on n’est pas vraiment en France.

Ozon balise et élimine les fausses pistes, il filme une série de possibilités comme des trompe-l'oeil : un banal désir freudien pourrait expliquer le comportement de David, mais sa mère voulait bien un garçon. une attirance morbide pour son amie pousserait Claire à s'éprendre de son reflet, revenu d'entre les morts, comme dans Sueurs froides, de Hitchcock, mais aucun fétichisme ne se déclenche lorsqu'elle revoit la chambre de Laura. David pourrait n'être qu'un homosexuel refoulé, amoureux fou du beau mari de Claire, mais une scène de douche nie cette hypothèse. L'étrange famille que l'on voit s'éloigner à la fin du film ne prône rien, n'attaque personne, ne défend que son droit à l'existence, exilée, fragile, friable mais elle-même.

Et là, la Manif pour tous explose, Une fille, un papa et une maman enceinte du papa, mais le papa outrageusement maquillée, perruque et talon haut.

Une nouvelle amie de François Ozon

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma

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