L'Escale, film documentaire de Kaveh Bakhtiari.

Publié le 25 Février 2014

Un documentaire long (1h 40), non scénarisé, qui montre sans pathos le sort cruel, la vie en pointillé, la mort toute proche, de ces migrants (ici Iraniens, qui tentent de rejoindre l'Europe Occidentale.


Réalisation : Kaveh Bakhtiari
Musique : Luc Rambo
Durée : 100mn
Dates de sortie 19 Mai 2013 (Festival de Cannes , quinzaine des réalisateurs)
3 Juillet 2013 ( Festival International du Film de La Rochelle )
France 27 novembre 2013
Prix du Jury au Festival international du film francophone d
e Namur


Kaveh Bakhtiari présente son film :

Alors qu'un festival grec venait tout juste de m'inviter avec mon court métrage, La Valise, on m'informait qu'un membre de ma famille, que je n'avais pas revu depuis plusieurs années, avait quitté l'Iran. Depuis la Turquie, et sans se noyer, il avait réussi à rallier illégalement l'île de Samos où il avait finalement été cueilli par les douaniers grecs et incarcéré à Athènes. Moi, on m'invitait dans un hôtel pour parler de mon film, alors que lui, qui voulait juste transiter par la Grèce pour aller plus loin en Europe, était sous les verrous. Je l'ai finalement rejoint à sa sortie de prison. Il m'emmena alors dans son « lieu de vie » dans la banlieue d'Athènes, une buanderie aménagée en petit appartement où d'autres clandestins se terraient en attendant de trouver le moyen de quitter la Grèce. C'est ainsi que je me suis immergé dans la clandestinité, ou plutôt dans l'univers des clandestins, des destins suspendus et des passeurs.

Le film est né de ce lien personnel : En Grèce, le cousin du réalisateur devient son passeur, celui qui l’amène à rencontrer la communauté de l’escale. Au sein de ce groupe, le cinéaste occupe une position particulière : à la fois dedans et dehors. Il est Iranien d’origine mais immigré en Suisse, et se trouve ainsi de l’autre côté de la géographie de l’exil. Ce qu’il partage avec les migrants l’autorise à pénétrer dans leur quotidien, et permet à ces derniers d’accepter de s’exposer, non sans difficultés, au regard de sa caméra. Mais il travaille sa rencontre avec eux également à partir de son altérité, de ce qui fait de lui un étranger parmi eux, presque un migrant. C’est depuis cette position qu’il leur adresse ses interrogations sur leurs désirs, leurs espoirs, leurs visions de la vie et du monde.

Kaveh Bakhtiari raconte le quotidien de migrants clandestins qui partagent un lieu de vie passager, durant quelques mois, avant de reprendre leurs trajectoires séparées. Venus d’Iran, ils sont chacun bloqués à Athènes pour diverses raisons Ils attendent ce qui pourra les faire passer de « l’autre côté », contacts, papiers. En réalisant le portrait d’un groupe, Kaveh Bakhtiari fait la chronique de la détresse et de la solidarité qui animent chacun de ses membres. Filmer les clandestins, c’est faire apparaître la réalité d’une condition par définition invisible dans l’espace social. Tout l’enjeu du film est de faire voir et de faire sentir ce que la survie nécessite de cacher au jour le jour. Le dispositif cinématographique offre ici un espace de visibilité aux migrants, dans une temporalité et un espace qui les protègent. Par-là, le cinéma déjoue quelque chose de la violence quotidienne imposée aux clandestins ; celle qui consiste à ne pas être vu, à ne pas être reconnu en tant que soi-même, dans l’espoir, souvent vain, d’une existence meilleure.

 L'Escale, film documentaire de Kaveh Bakhtiari.

Rédigé par nezumi dumousseau

Publié dans #cinéma, #droits de l'homme

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